Les perturbations de l’approvisionnement en énergie et la hausse des prix de l’énergie liées au conflit en cours au Moyen-Orient ont remis l’accessibilité financière de l’énergie et la sécurité des approvisionnements au centre du débat sur l’action publique. La hausse des prix de l’énergie alimente à nouveau l’inflation, accentuant les tensions sur les budgets des ménages et renchérissant les coûts pour les entreprises, alors même que la marge de manœuvre budgétaire est limitée. Les pouvoirs publics se retrouvent donc face à un dilemme familier : faut-il amortir les effets économiques et sociaux à court terme du choc énergétique, et comment le faire sans alourdir des budgets publics déjà sous tension ni affaiblir les incitations à économiser l’énergie ?
Les mesures gouvernementales prises en réponse à la crise montrent à quel point cet équilibre peut être difficile à trouver. Les gouvernements de nombreux pays ont réagi rapidement et ont souvent déployé des mesures telles que des réductions des taxes sur les carburants, des subventions et autres interventions sur les prix. Ces mesures de vaste portée peuvent apporter une aide opportune en situation d’urgence car elles peuvent être mises en œuvre rapidement et ne nécessitent pas l’utilisation de données ou de systèmes administratifs pour identifier en temps réel les ménages et les entreprises vulnérables. Elles présentent également des caractéristiques qui en améliorent l’acceptabilité politique en période de crise car elles évitent la prise de décisions politiquement difficiles à assumer concernant l’éligibilité et contribuent à réduire le risque que des lacunes apparaissent dans le champ d’application. Elles sont toutefois généralement coûteuses et difficiles à démanteler, et ont tendance à affaiblir les incitations à économiser l'énergie, comme l'a montré la crise énergétique de 2022/2023.
Les enseignements tirés de cette crise restent très instructifs au regard de la crise énergétique actuelle. Les mesures de soutien sont plus efficaces et moins onéreuses lorsqu’elles ciblent les ménages vulnérables et des entreprises viables, mais exposées, lorsqu’elles sont temporaires par nature et lorsqu’elles préservent les incitations à économiser l’énergie et à réduire la dépendance à l’égard des combustibles fossiles. Dans le même temps, les crises à répétition ont démontré que le renforcement de la résilience face aux chocs énergétiques exige davantage que des mesures de soutien à court terme.
Dans le présent chapitre, les auteurs s’appuient sur l’outil OCDE de suivi des mesures de soutien liées à l'énergie pour décrire les mesures prises par les pouvoirs publics en réponse à la crise énergétique de 2026 et recenser les priorités de l’action publique. Les responsables de l’action publique disposent désormais d’un large éventail d'outils (mesures du côté de l’offre ou de la demande, décisions en matière de gouvernance, mesures d’ordre réglementaire) pour améliorer la riposte en cas de crise et la préparation à des crises futures, et pour accroître la résilience du système énergétique à plus long terme (tableau 2.1) :
La réponse à la crise est principalement axée sur la gestion du choc immédiat. Elle consiste notamment à coordonner l’utilisation des stocks stratégiques, l’activation de mesures d’urgence pour restreindre la demande et l’octroi d’un soutien au revenu pour les ménages vulnérables ainsi qu’aux entreprises exposées, mais par ailleurs viables, sans perdre de vue la nécessité de préserver les incitations aux économies d’énergie. Instaurer des règles claires et transparentes d’examen des mesures de soutien assorties de clauses d’extinction ou de règles de suppression progressive explicites peut contribuer à limiter les coûts budgétaires et à favoriser la levée en temps voulu des mesures d’aide d’urgence.
La préparation aux crises vise avant tout à renforcer la capacité du système énergétique et des administrations publiques d’anticiper les chocs et de coordonner et de mettre en œuvre la riposte. Elle suppose notamment de veiller à ce que les systèmes de stockage de l’énergie soient bien conçus, bien gérés et prêts à être déployés en cas de perturbations. Elle appelle en outre une amélioration de la disponibilité et de la continuité des données, permettant d’appréhender les vulnérabilités et d’éclairer la prise de décisions, la numérisation des systèmes de distribution des prestations, pour pouvoir apporter un soutien ciblé en temps voulu, ainsi que l’utilisation de l’analytique avancée pour faciliter le triage opérationnel et la détection des anomalies et des fraudes en plus des prévisions à court terme du nombre de dossiers à traiter et des besoins budgétaires. Enfin, elle exige une plus grande flexibilité de la demande d’électricité et le déploiement de capacités de stockage pour atténuer les tensions sur les réseaux.
La résilience structurelle nécessite des réformes de l’action publique visant à réduire durablement la vulnérabilité aux perturbations des approvisionnements en combustibles fossiles et à d’autres chocs que pourrait subir le système énergétique. Il faut pour cela poursuivre deux objectifs se complétant et se renforçant mutuellement : une plus grande efficacité énergétique et une plus grande diversification des sources d’énergie, des technologies et des provenances géographiques. L’électrification des utilisations finales peut concourir à la réalisation de ces deux objectifs en permettant l’intégration d’un plus large éventail de sources d’énergie primaires dans la demande finale, à condition qu’une modernisation des réseaux et des réformes de la réglementation facilitent l’amélioration du fonctionnement, du suivi, du contrôle et de la flexibilité des systèmes électriques.