Les dépenses de défense augmentent rapidement dans les pays de l’OCDE, nombre d’entre eux s’efforçant de renforcer leur sécurité. L’objectif principal des dépenses militaires est de renforcer la défense, et non de stimuler le PIB, mais il est important que les pouvoirs publics appréhendent les conséquences économiques d’une augmentation des dépenses militaires, et des répercussions sur les finances publiques. Ce chapitre examine les tendances en matière de dépenses militaires dans les pays de l’OCDE, le contexte budgétaire dans lequel s’inscrit l’augmentation de ces dépenses et ses conséquences, ainsi que les données relatives aux répercussions immédiates et à plus long terme des dépenses militaires (Conigrave et Shin, 2026). Bien que la sécurité soit essentielle à la stabilité économique, la hausse des dépenses militaires aura probablement des répercussions plus larges, y compris sur la croissance et les finances publiques. De manière générale, les données disponibles suggèrent que le multiplicateur économique des dépenses de défense est modéré. Toutefois, les effets économiques d’une augmentation des dépenses de défense varieront d’un pays à l’autre, en raison de facteurs tels que le contexte économique et budgétaire dans lequel elle s’inscrit, le tissu industriel et la composition des achats militaires. Les échanges et les liens entre les chaînes d’approvisionnement auront également pour effet de diffuser certains gains de production à des segments de l’économie non liés à la défense et au-delà des frontières nationales.
À court terme, les achats militaires pourraient contribuer à rapprocher la production de son niveau potentiel dans les économies disposant de capacités inutilisées pour absorber la demande supplémentaire. Les importations, malgré leur capacité potentielle à faire baisser les coûts budgétaires liés à l’accroissement rapide des capacités, dilueront les gains de production résultant des dépenses de défense dans les pays dont la capacité de production militaire est limitée. À l’inverse, l’impulsion initiale sur la production pourrait être amplifié dans les pays qui s’approvisionnent davantage auprès de fournisseurs nationaux pour couvrir leurs besoins en matière de défense. Néanmoins, la concurrence pour l’allocation des ressources avec l’augmentation des dépenses militaires pourrait contribuer à la hausse des prix et évincer d'autres activités privées, au risque de détourner la main-d’œuvre et les capitaux d’utilisations plus efficaces au sein de l’économie. Le pouvoir d’achat des budgets de défense pourrait aussi baisser, dans un contexte de forte demande internationale de matériel militaire et d’inflation élevée des prix liée à la défense. La hausse des taux d’intérêt ou les ajustements budgétaires, essentiels dans de nombreux pays pour maintenir les finances publiques sur une trajectoire viable, pourraient limiter encore plus l’effet à court terme de stimulation de la croissance induit par les dépenses militaires. Les baisses compensatoires des dépenses publiques dans des domaines autres que la défense pourraient aussi compromettre d’autres objectifs de l’action publique si par exemple les pouvoirs publics décident de reporter les mesures de lutte contre le changement climatique, de réduire les dépenses sociales ou de baisser les budgets consacrés à la santé et à l’éducation.
À long terme, il est peu probable que l’accroissement des dépenses militaires augmentera les capacités productives des économies, à moins de générer des retombées dans des secteurs non liés à la défense par le biais de l’innovation. Toutefois, pour que ces retombées se concrétisent, des réformes structurelles pourraient être nécessaires, consistant à améliorer les pratiques de passation des marchés publics, renforcer la concurrence et atténuer les pénuries de compétences qui risquent de freiner la diffusion des connaissances. Une meilleure coordination des achats militaires, surtout en Europe, pourrait accroître l’efficience globale de l’augmentation des dépenses, contenir les tensions sur les coûts et élargir les marchés pour les entreprises productives tout en favorisant l’interopérabilité.