L’analyse des dépenses des administrations publiques par opération économique ventile ces dépenses en fonction de la nature de l’activité économique qu’elles financent (par exemple, rémunération des salariés, consommation intermédiaire, subventions, ou transferts sociaux). Contrairement aux classifications par fonction, qui organisent les dépenses par domaine d’action, cette approche est axée sur le type d’opérations et indique comment les administrations publiques déploient des ressources pour assurer la production de biens et services ou la redistribution des revenus. Cette distinction aide les décideurs publics à analyser la mécanique opérationnelle qui sous-tend les dépenses publiques, comme l’équilibre entre la prestation des services en interne et leur externalisation, ou l’ampleur des aides directes au revenu. Cette classification est de ce fait essentielle pour évaluer la viabilité budgétaire, l’efficience du secteur public et les implications macroéconomiques plus larges de l’action des administrations publiques.
En 2023, les prestations sociales sont restées la principale composante des dépenses publiques dans les pays de l’OCDE (représentant en moyenne 39.0 % de leur volume total), et elles en ont constitué une part encore plus importante (43.4 %) parmi ceux également membres de l’UE (Tableau 15.3). Le Japon, les Pays-Bas et la Belgique dépassent largement la moyenne OCDE, la part des prestations sociales dans leurs dépenses totales s’élevant respectivement à 51.6 %, 47.3 % et 47.0 %, alors que l’Islande (19.4 %) et le Mexique (14.5 %) sont les pays de l’OCDE où cette part était la plus faible. Entre 2019 et 2023, la part des dépenses consacrées aux prestations sociales a augmenté dans 7 des 37 pays pour lesquels des données sont disponibles, la plus forte augmentation étant observée au Mexique (+2 p.p.) et les diminutions les plus marquées en Italie (-5 p.p.), en Pologne (-3.9 p.p.) et en Grèce (-3.7 p.p.).
La rémunération des salariés est restée en 2023 la deuxième catégorie de dépenses publiques par ordre d’importance : elle a représenté en moyenne 20.6 % des dépenses totales dans les pays de l’OCDE et 20.3 % parmi ceux qui sont également membres de l’UE. Le Chili (34.3 % des dépenses totales), l’Islande (30.7 %) et le Mexique (28.9 %) sont les pays dont la part des dépenses consacrées à cette catégorie a été la plus élevée, tandis que le Japon (12.5 %) et la Colombie (13.9 %) sont ceux où elle a été la plus réduite. Ces disparités peuvent s’expliquer par les différences de taille de la fonction publique selon les pays, le Japon étant par exemple le pays de l’OCDE où la proportion d’emplois publics est la plus faible, d’un niveau nettement inférieur à la moyenne OCDE (voir au chapitre 13 la section sur l’emploi dans les administrations publiques). Si la part des dépenses publiques totales affectée à la rémunération des salariés a diminué entre 2019 et 2023 dans tous les pays à l’exception de l’Australie (+0.3 p.p.), la plus forte baisse a été observée au Costa Rica (-14.4 p.p.), où la rémunération des salariés des administrations publiques s’est de ce fait rapprochée de la moyenne OCDE à la suite de la limitation des rémunérations dans le secteur public dans le cadre de la réforme budgétaire de 2018, dont les premiers effets se sont fait sentir en 2021, et grâce à la grille salariale unique et unifiée mise en place par la loi-cadre sur l’emploi public adoptée en 2022 (OCDE, 2023).
Dans l’ensemble, la part des dépenses publiques consacrée aux prestations sociales et à la rémunération des salariés a diminué en moyenne depuis 2019 tant dans les pays de l’OCDE (de -1.2 p.p. et -1.8 p.p. respectivement) que parmi ceux également membres de l’UE (de -2.3 p.p. et -1.5 p.p. respectivement), tandis que celle allouée aux autres opérations, et en particulier les dépenses d’investissement (+1.4 p.p. dans les pays de l’OCDE et +2.5 p.p. parmi ceux également membres de l’UE), a augmenté.