Dans sa recommandation sur les marchés publics, l’OCDE invite les pays à se doter d’agents chargés des marchés publics qui soient capables d’optimiser l’utilisation des ressources de manière efficiente et efficace. Les marchés publics ne sont plus seulement une fonction administrative : ils représentent un élément stratégique essentiel du service public, exigeant une expertise technique en droit, en études et analyses de marché, en évaluation d’appels d’offres, et en gestion de contrats, ainsi que des compétences non techniques, notamment en matière de gestion de projets et de négociation. Par conséquent, la professionnalisation du personnel chargé des marchés publics devrait être une priorité centrale dans les réformes des marchés publics (OCDE, 2023).
Les pays de l’OCDE investissent dans des initiatives de professionnalisation, telles que l’élaboration de modèles de compétences et de cadres de certification, la reconnaissance de la fonction de passation de marchés comme fonction à part entière au sein de la fonction publique, la mise en place d’activités de renforcement des capacités, l’adoption de mesures incitatives, et la collaboration avec des centres de connaissances. En 2024, 19 des 35 pays de l’OCDE interrogés (54 %) ont déclaré disposer de modèles de compétences applicables aux agents chargés des marchés publics. Cette proportion est passée de 40 % en 2020 à 50 % en 2024 sur un total de 30 pays de l’OCDE disposant de données comparables (Tableau 11.2). Par exemple, la Lettonie et la Slovénie ont élaboré des modèles de compétences en adaptant le cadre européen de compétences destiné aux acheteurs publics (ProcurCompEU) mis en place par la Commission européenne à la fin de 2020 pour soutenir la professionnalisation de la passation des marchés publics.
Les cadres de certification gagnent également du terrain, bien qu’ils ne soient pas encore largement répandus. Moins d’un tiers des pays de l’OCDE (11 sur 35, soit 31 %) disposent d’un tel cadre. Cette proportion est passée de 25 % en 2020 à 31 % en 2024 sur un total de 32 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles au titre de ces deux années (Tableau 11.2). En juillet 2022, par exemple, la Lituanie a mis en place son tout premier cadre de certification des agents chargés des marchés publics, qui couvre les connaissances et compétences essentielles dans des domaines tels que la législation, les études de marché, l’analyse des besoins, les marchés publics écologiques et les achats socialement responsables. De même, la Norvège a instauré en 2021 une certification en matière de marchés publics durables, en complément du certificat de base qui existait dans ce pays. Les pays de l’OCDE mettent également en œuvre des initiatives de renforcement des capacités, parmi lesquelles des formations ainsi qu’un soutien méthodologique apporté sous la forme de lignes directrices et de manuels (97 % des pays dans les deux cas), de services d’assistance (86 %), de modèles (80 %) et de listes de questions fréquemment posées (71 %). Des approches plus concrètes, comme la formation en cours d’emploi et le mentorat, restent toutefois moins courantes (Graphique 11.2).
Malgré les progrès accomplis, des lacunes subsistent. En 2024, seuls 17 pays de l’OCDE sur 35 (49 %) considéraient la passation de marchés publics comme une profession à part entière au sein de la famille d’emplois de la fonction publique (Graphique 11.3) ; les perspectives en matière d’évolution de carrière, de maintien dans l’emploi et de gratification en fonction des performances s’en trouvent limitées. En outre, seuls 5 pays de l’OCDE sur 35 (14 %) déclarent proposer des salaires compétitifs dans le secteur des marchés publics, par rapport à d’autres secteurs d’activité de la fonction publique (Graphique en ligne J.8.2). Cela met en évidence la nécessité de redoubler d’efforts pour rendre la passation de marchés publics plus attractive et plus compétitive en tant que filière professionnelle, compte tenu de sa complexité, ainsi que les risques qui pèsent sur la profession d’acheteur public.