La Recommandation de l’OCDE sur la gouvernance des infrastructures souligne l’importance de recueillir, stocker et gérer de manière systématique les données pertinentes sur l’intégralité du cycle de vie des infrastructures, au niveau d’administration approprié (administration centrale ou infranationale). Pour mettre à disposition des infrastructures de qualité et assurer une gestion efficiente et efficace d’actifs résilients, notamment face aux risques climatiques, il est crucial de prendre des décisions sur la base de données probantes. Une approche stratégique des données permet de mieux comprendre les tendances et les besoins en matière d’infrastructure, améliorant la planification des investissements et des aménagements sur le long terme. De même, une approche fondée sur des éléments probants augmente la résilience des actifs et renforce la responsabilité et la transparence dans la prise de décision tout au long du cycle de vie des projets d’infrastructure.
La prise de décisions sur la base de données probantes consiste à se fonder sur des éléments factuels disponibles et des analyses antérieures pour mettre en perspective les coûts, avantages et effets des projets d’infrastructure et, ainsi, guider les décisions futures. La plupart des pays pour lesquels on dispose de données (28 sur 31, soit 90 %) recourent à l’analyse coûts-avantage pour étudier et sélectionner les partenariats public-privé (PPP) ou d’autres projets d’infrastructure. Cette méthode procède d’une logique simple et fournit des chiffres parlants (par exemple, valeur actualisée nette, rapport avantage/coût) potentiellement utiles pour comparer et classer les projets. Des méthodes, comme l’analyse multicritères, compatibles avec les objectifs de plus long terme (par exemple, la durabilité environnementale) sont moins largement utilisées (par 18 pays sur 31, soit 58 %) (Graphique 10.8).
L’indice IGI relatif à la prise de décision fondée sur des données probantes donne une vue d’ensemble de l’utilisation faite de ces données dans le secteur des transports à différents stades d’un projet d’infrastructure : planification stratégique, examen préalable et analyse d’impact, passation des marchés et gestion des infrastructures. Le score moyen des pays de l’OCDE considérés s’élève à 0.65 sur 1, avec des valeurs comprises entre 0.14 et 1 (Graphique 10.9). L’utilisation des éléments probants est plus répandue aux stades de l’examen préalable et de l’analyse d’impact, tandis que des progrès pourraient être accomplis à l’étape de la passation de marchés.
La quasi-totalité des pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données (29 sur 30, soit 97 %) s’appuient préalablement sur l’analyse des tendances passées de l’utilisation des infrastructures pour définir les besoins prévisionnels. La majorité (26 sur 30, soit 87 %) évaluent également les risques de perturbation systématique de service (par exemple, catastrophes locales ou nationales) pour élaborer des plans d’intervention sur la base de données précises. En revanche, il est moins commun de réaliser a posteriori des analyses systématiques et détaillées, par exemple pour dresser le bilan des activités de planification, sélection et livraison de projet ou pour évaluer le fonctionnement d’infrastructures en cours d’exploitation. Un grand nombre de pays impose l’évaluation ex post des projets de transport, mais rares sont ceux qui font véritablement respecter cette obligation (FIT, 2017). Cette carence tient souvent à l’insuffisance des fonds spécifiquement alloués à ce type d’exercice et des données utiles disponibles. Par exemple, seulement un peu plus de la moitié des pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données (15 sur 29, soit 52 %) s’appuient sur l’analyse ex post des précédents plans directeurs des transports pour élaborer les suivants (Graphique 10.10). Ils sont autant à systématiquement analyser a posteriori l’exécution des termes des contrats, par exemple sous l’angle des dépassements de coûts et des retards. En revanche, ils ne sont que 13 (45 %) à le faire en prévision des marchés publics (voir le Graphique en ligne J.7.3). Pour réaliser avec succès des évaluations ex post, il est notamment recommandé de planifier la collecte des données de façon à pouvoir définir en amont les besoins liés à l’évaluation, mais aussi de réaliser des contrôles sur l’ensemble du cycle de vie des infrastructures (FIT, 2017).