Une approche stratégique de la lutte contre la corruption permet aux gouvernements de recenser les enjeux clés, fixer des priorités et des objectifs clairs, et de définir des mesures concrètes afin d’atteindre les résultats souhaités. Elle permet également de clarifier l’attribution des responsabilités, de favoriser le consensus autour de certains objectifs et des actions à mener. L’approche stratégique favorise également la mise en œuvre efficace de l’action publique via un dispositif robuste de suivi et d’évaluation, reposant sur des indicateurs spécifiques de performance. La Recommandation de l’OCDE de 2017 sur l’intégrité publique invite les pays adhérents à adopter une approche stratégique destinée à atténuer les risques pesant sur l’intégrité dans le secteur public, en particulier la corruption. Une telle approche, associant l’ensemble de l’administration et l’ensemble de la société, permet de passer de politiques ponctuelles à un système d’intégrité cohérent et global, capable de lutter contre les formes les plus graves de corruption telles que l’influence indue, la corruption politique ou systémique.
Une stratégie en matière d’intégrité et de lutte contre la corruption peut constituer une expression de volonté politique, mais seules les stratégies adoptées par un conseil des ministres ou par un organe équivalent peuvent être considérées comme des approches à l’échelle de l’ensemble de l’administration susceptibles de favoriser un large soutien politique. Les pays de l’OCDE ont récemment redoublé d’efforts afin d’élaborer ce genre d’approche stratégique : 20 pays sur 32 (63 %) possèdent un cadre stratégique à l’échelle de toute l’administration qui englobe les principaux objectifs stratégiques visant à renforcer la lutte contre la corruption et l’intégrité publique (Tableau 12.1).
Une stratégie robuste en matière d’intégrité et de lutte contre la corruption vise à promouvoir une culture de l’intégrité dans la société et comporte des mesures destinées à atténuer les risques de corruption dans les entités publiques comme privées. Cependant, seuls 14 pays de l’OCDE sur 32 (44 %) se sont fixé des objectifs stratégiques d’atténuation des risques de corruption dans le secteur privé, les sociétés publiques, les entreprises à capitaux publics ou les partenariats public-privé. Les stratégies nationales en matière d’intégrité et de lutte contre la corruption continuent de mettre l’accent sur les domaines traditionnels tels que la fraude et d’autres formes de corruption (19 des 20 cadres stratégiques en place en 2024, soit 95 %), le contrôle interne et la gestion des risques (17 sur 20, 85 %) et la gestion des ressources humaines (14 sur 20, 70 %) (Tableau 12.1).
Les Indicateurs d’intégrité publique de l’OCDE mesurent la qualité globale des cadres stratégiques en évaluant 45 critères classiques liés à leur couverture (principaux objectifs stratégiques), à l’analyse des problèmes et aux outils de diagnostic fondés sur des données probantes, aux dispositifs de consultation, aux plans d’action pour la mise en œuvre, ainsi qu’au suivi et à l’évaluation. En moyenne, les pays de l’OCDE possédant un cadre stratégique en 2024 remplissent 22 de ces critères (50 %). La Lettonie et le Chili disposent des cadres les plus robustes, avec plus de 36 critères (80 %) remplis (Graphique 12.4).
L’indicateur relatif à l’adéquation de la mise en œuvre utilise 15 critères pour évaluer la qualité des plans d’action et des rapports de suivi. Les pays de l’OCDE respectent 48 % de ces critères en moyenne. En règle générale, les pays qui remplissent le plus de critères, à savoir le Chili, la Grèce, la Lettonie, la Lituanie, et la République tchèque, ont tendance à posséder des cadres plus solides. La qualité des plans d’action et des rapports de suivi a donc une influence déterminante sur la qualité globale du cadre stratégique (Graphique 12.4).
Le suivi du taux de mise en œuvre des activités planifiées constitue un levier essentiel pour un pilotage efficace, mais seuls six pays de l’OCDE ont mis en place un suivi détaillé de ces données : le taux de mise en œuvre s’élève donc à 28 % au Chili, 36 % en Grèce, 48 % en Finlande, 49 % en Hongrie, 56 % en Estonie et 98 % en République tchèque (Graphique 12.4). Les lacunes de mise en œuvre des activités s’expliquent par différents facteurs, souvent liés aux contraintes de ressources, à l’évolution de l’engagement politique ou à l’inadéquation des structures de mise en œuvre.