Les infrastructures sont de plus en plus vulnérables au changement climatique, ce qui entraîne des défaillances généralisées et des dommages de plus en plus importants. Entre les années 70 et 2010, le montant des pertes économiques dues à des phénomènes climatiques extrêmes a été multiplié par sept, passant de 198 milliards USD à 1 600 milliards USD, les infrastructures représentant une part importante des dommages (OCDE, 2024). À mesure que les risques climatiques s’intensifient, les actifs d’infrastructure seront exposés à différents types de risque au cours de leur vie. Pour les atténuer, les fournisseurs d’infrastructures doivent planifier la montée en puissance de leur fonctionnement au gré de cette intensification. De leur côté, les pouvoirs publics doivent prendre en considération l’évolution des risques dans la conception, la construction, l’exploitation et la maintenance des infrastructures. Dans la Recommandation de l’OCDE sur la gouvernance des infrastructures, les pouvoirs publics sont appelés à consolider leurs stratégies de mise à disposition d’infrastructures résilientes face au changement climatique.
Une approche axée sur les résultats pour la planification et la mise en œuvre d’infrastructures résilientes au changement climatique permet d’aligner les décisions prises tout au long du cycle de vie des infrastructures sur des objectifs de résilience à long terme. Un suivi et une communication régulière des progrès réalisés sont essentiels à une prise de décision fondée sur des données probantes et pour garantir la responsabilité du gouvernement. Bien que 21 des 32 pays de l’OCDE pour lesquels des informations sont disponibles (66 %) aient défini des résultats de résilience climatique pour les actifs d’infrastructure, seulement 7 des 31 pour lesquels on dispose de données (23 %) rendent compte de l’évolution de la situation annuellement ou tous les deux ans (Graphique 10.5). Il existe donc un écart entre le suivi et la communication des résultats, pourtant indispensables à la réalisation des objectifs de résilience. Un exemple notable est la Stratégie nationale d’adaptation du Canada qui vise, à l’horizon 2050, à développer des systèmes d’infrastructure climato-résilients capables de s’adapter en continu aux impacts futurs, afin de servir l’ensemble de la société de manière fiable, équitable et durable. La stratégie fixe également des objectifs en matière de mesure et de suivi des progrès, et prévoit l’élaboration de rapports de mi-parcours lors des cycles d’exécution de cette dernière.
Bien que l’importance des résultats en matière de résilience climatique soit de plus en plus reconnue, leur prise en compte dans l’évaluation de projets demeure encore faible. Ainsi, seulement 9 des 32 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles (28%) procèdent à des études comparatives de solutions d’infrastructures alternatives fondées sur la résilience climatique (Graphique 10.6). L’Administration nationale suédoise des transports applique une méthode spécifique pour comparer les niveaux de résilience climatique des solutions de transport, en fonction des ressources économiques disponibles, et dans le cadre du développement durable de l’ensemble du système de transport.
De même, moins de la moitié des pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données (14 sur 31, soit 45 %) mesurent et expriment en valeur monétaire les coûts et avantages de la résilience face aux catastrophes d’origine climatique dans les projets d’infrastructure, et seulement 10 (32 %) utilisent les données obtenues dans la sélection et la hiérarchisation des projets (Graphique 10.7). L’organisme néo-zélandais des transports (NZTA) a défini une méthode pour mesurer et exprimer en valeur monétaire la résilience des infrastructures de transport. Cette méthode met l’accent sur les avantages, qu’il est plus complexe d’évaluer que les coûts : la résilience est appréciée au regard des coûts de perturbation évités, c’est-à-dire des coûts d’utilisation (par exemple, déviations et retards), des coûts directs (par exemple, blessures corporelles et réparations) et des coûts indirects (par exemple, conséquences sur les personnes non-usagères, préparation aux catastrophes et avantages économiques).