L’économie mondiale a été résiliente cette année, malgré les craintes d’un ralentissement plus marqué compte tenu du renforcement des obstacles au commerce et de la forte incertitude liée à l’action publique. L’activité a bien résisté grâce au phénomène d’anticipation qui a caractérisé la production et les échanges, au dynamisme de l’investissement lié à l’intelligence artificielle (IA), ainsi qu’à l’orientation expansionniste des politiques budgétaires et monétaires.
La croissance des échanges mondiaux s’est néanmoins modérée au deuxième trimestre de cette année, et nous prévoyons que la hausse des droits de douane se traduise progressivement par des hausses de prix, réduisant la croissance de la consommation des ménages et des investissements des entreprises. La situation des marchés du travail reste relativement tendue, mais ils montrent des signes de détente, puisque le nombre d’emplois vacants est retombé au niveau d’avant la pandémie, observé en 2019.
D’après nos projections, la croissance du PIB mondial devrait ralentir pour passer de 3.3 % en 2024 à 3.2 % en 2025, puis à 2.9 % en 2026, avant de rebondir légèrement pour s’établir à 3.1 % en 2027. L’inflation devrait revenir progressivement vers l’objectif visé dans la plupart des grandes économies d’ici à la mi‑2027.
Ces perspectives restent cependant fragiles. Un nouveau renforcement des barrières commerciales, en particulier concernant des intrants essentiels, pourrait être très préjudiciable aux chaînes d’approvisionnement et à la production mondiale. Le niveau élevé de valorisation de certains actifs, fondé sur des anticipations optimistes concernant les bénéfices des entreprises reposant sur l’IA, présente un risque de corrections brutales des prix. Les vulnérabilités budgétaires pourraient entraîner une hausse des rendements des obligations souveraines à long terme, entraînant un durcissement des conditions financières et freinant la croissance.
Un dialogue constructif entre les pays est essentiel pour garantir une dissipation durable des tensions commerciales et améliorer les perspectives économiques. Toutes choses égales par ailleurs, des marchés mondiaux ouverts fonctionnant bien amènent à une amélioration des niveaux de vie et à un renforcement de la croissance. Les gouvernements devraient s’engager ensemble de manière productive pour déboucher sur des accords commerciaux internationaux plus équitables et qui fonctionnent mieux, tout en préservant les avantages économiques de marchés ouverts et d’un commerce mondial fondé sur des règles.
Les banques centrales devraient rester vigilantes, en continuant d’abaisser leurs taux si l’inflation est solidement ancrée au niveau de l’objectif retenu ou en voie d’y revenir, tout en se tenant prêtes à changer de cap en cas de nouvelles tensions inflationnistes ou de fléchissement inattendu du marché du travail. Les autorités de réglementation financière doivent assurer une surveillance efficace des établissements financiers non bancaires et des crypto-actifs, pour garantir que l’innovation financière n’entraîne pas des risques excessifs pour la stabilité financière.
La discipline budgétaire est nécessaire pour remédier à une dette publique élevée et croissante, et conserver des marges de manœuvre budgétaires pour réagir aux chocs. Des examens systématiques et réguliers des dépenses, un renforcement des pratiques en matière de marchés publics, une plus grande utilisation des outils numériques par les administrations publiques et une amélioration du ciblage des prestations sociales permettraient d’accroître l’efficience des dépenses publiques, et de libérer des ressources pouvant être réaffectées à des usages favorisant davantage les opportunités et la croissance.
Il importe de mettre en œuvre des réformes structurelles ambitieuses pour offrir de meilleures perspectives de croissance économique. Le taux de croissance du PIB potentiel par habitant est aujourd’hui estimé à 1.4 % dans la zone OCDE, alors que cette estimation se situait aux alentours de 2.2 % à la fin des années 90. Il est essentiel d’engager des réformes visant à alléger les formalités administratives, simplifier la réglementation et réduire les obstacles à l’entrée dans les secteurs des services afin de renforcer la concurrence, l’innovation, la productivité et la dynamique des entreprises.
Selon les Perspectives économiques de l’OCDE, les récents chocs commerciaux et la forte incertitude devraient avoir un effet négatif relativement modeste sur l’économie mondiale. Les décideurs politiques doivent remédier aux facteurs de fragilité sous‑jacents, faire avancer les réformes structurelles et optimiser les finances publiques, pour améliorer durablement les perspectives de croissance et le niveau de vie des populations.
2 décembre 2025
Mathias Cormann
Secrétaire général de l’OCDE