L’économie mondiale s’est révélée plus résiliente que prévu cette année, mais des facteurs de fragilité sous-jacents subsistent. L’orientation expansionniste des politiques macroéconomiques, l’amélioration des conditions financières favorisée par l’optimisme concernant les effets potentiels des nouvelles technologies, ainsi que l’augmentation des échanges et des investissements nécessaires à l’intelligence artificielle (IA) ont contribué à soutenir la demande à des degrés divers selon les économies, atténuant les conditions adverses générées par l’incertitude élevée liée à l’action publique et le renforcement des obstacles aux échanges. Les effets de la hausse des droits de douane ne se sont pas encore pleinement fait sentir, mais ils transparaissent de plus en plus dans les choix de dépenses, les coûts supportés par les entreprises et les prix à la consommation, en particulier aux États-Unis. La croissance des échanges mondiaux a baissé après un début d’année caractérisé par le dynamisme des échanges de marchandises réalisés par anticipation préalablement au relèvement des droits de douane, et l’inflation n’est pas encore revenue au niveau de l’objectif retenu dans certains pays. De plus, quelques signes d’affaiblissement de la demande de main-d’œuvre apparaissent dans l’ensemble des économies. La croissance du PIB mondial devrait baisser, passant de 3.2 % en 2025 à 2.9 % en 2026, avant de remonter à 3.1 % en 2027. De nouvelles baisses des taux d’intérêt directeurs sont attendues, et un resserrement budgétaire modeste est prévu dans de nombreux pays malgré la nécessité de remédier aux tensions budgétaires croissantes. Les marchés du travail devraient continuer de se détendre, ce qui renforcera les pressions à la baisse exercées sur l’augmentation des coûts de main-d’œuvre et l’inflation. Dans les pays du G20, la hausse annuelle de l’inflation mesurée par les prix à la consommation devrait se modérer pour s’établir à 2.8 % en 2026 et à 2.5 % en 2027, contre 3.4 % cette année. D’ici à la mi-2027, l’inflation devrait être revenue au niveau de l’objectif dans la quasi-totalité des grandes économies.
Ces projections sont entourées de risques importants susceptibles d’interagir entre eux. De nouvelles initiatives renforçant ou modifiant rapidement les obstacles aux échanges, notamment l’application de taux de droits de douane plus élevés à un plus large éventail de biens ou un durcissement des mesures de contrôle des exportations de produits critiques comme les terres rares, affaibliraient la croissance, accentueraient l’incertitude liée à l’action publique et provoqueraient des perturbations importantes des chaînes d’approvisionnement mondiales. Une croissance plus faible que prévu, des rendements de l’investissement net dans l’IA inférieurs aux attentes ou des hausses inattendues de l’inflation sont autant de facteurs qui pourraient entraîner une réévaluation généralisée des risques, compte tenu de la valorisation élevée du prix des actifs et de l’optimisme concernant les bénéfices des entreprises, et être exacerbés par les ventes forcées d’actifs réalisées par des intermédiaires financiers non bancaires à fort effet de levier. La grande volatilité des cours des crypto-actifs et les liens de plus en plus étroits des intermédiaires financiers non bancaires avec le système financier traditionnel sont également source de risques pour la stabilité financière. En l’absence de progrès face aux vulnérabilités budgétaires, les rendements des obligations souveraines à long terme pourraient encore augmenter, ce qui se traduirait par un durcissement des conditions financières, un alourdissement de la charge du service de la dette et un assombrissement des perspectives de croissance. Du côté des risques à la hausse, des accords aboutissant à une inversion du mouvement de renforcement des obstacles aux échanges apporteraient un soutien supplémentaire à la croissance et réduiraient les tensions inflationnistes. La capacité des entreprises de s’adapter à des chocs négatifs majeurs et à une forte incertitude pourrait également se révéler plus grande qu’attendu, limitant l’impact négatif sur la croissance. Les gains de productivité futurs liés aux nouvelles technologies pourraient en outre se matérialiser plus rapidement et plus largement qu’anticipé et donner un nouvel élan aux perspectives de croissance mondiale.
Dans ce contexte, les priorités clés de l’action publique consistent à faire diminuer durablement les tensions commerciales, l’incertitude liée à l’action publique et l’inflation, ainsi qu’à remédier aux risques qui apparaissent en matière de stabilité financière, à définir une trajectoire budgétaire crédible menant à la viabilité de la dette et à mettre en œuvre des réformes ambitieuses propres à renforcer les gains de productivité.
Les pays doivent parvenir à travailler ensemble dans le cadre du système commercial mondial et à rendre la politique commerciale plus prévisible. Des accords atténuant les tensions commerciales et renforçant les relations commerciales amélioreraient la prévisibilité de l’action publique ainsi que les perspectives d’investissement, de productivité et de croissance de la production. Les autres domaines dans lesquels il existe des possibilités de réformes sont notamment la poursuite de l’amélioration de la facilitation des échanges, la réduction des obstacles réglementaires qui entravent l’accès aux marchés de services nationaux et les initiatives visant à renforcer la fourniture transnationale de services par voie numérique.
Les banques centrales devraient rester vigilantes et réagir rapidement à toute évolution de la balance des risques pesant sur la stabilité des prix. Sous réserve que les anticipations d’inflation restent bien ancrées, il faudrait continuer d’abaisser les taux d’intérêt directeurs dans les économies où l’inflation sous-jacente devrait s’atténuer ou rester modérée. Les responsables de l’action publique seront confrontés à des difficultés différentes selon les pays : l’impact négatif de l’incertitude accrue sur la demande et les marchés du travail et l’affaiblissement des exportations exerceront sans doute une influence déterminante sur les décisions des autorités dans la plupart des pays, tandis que ce sont plutôt les tensions inflationnistes qui poseront problème dans les pays qui relèvent leurs droits de douane.
Face à l’accentuation des risques qui pèsent sur la stabilité financière et à l’intensification des liens entre les banques et un grand nombre d’intermédiaires financiers non bancaires (IFNB) soumis à une réglementation moins stricte, il est essentiel, pour préserver la stabilité, d’assurer un suivi et une surveillance efficaces des banques, et de mettre en œuvre une réglementation solide applicable aux IFNB et aux crypto-actifs, conformément aux recommandations approuvées au niveau international par le G20 et le Conseil de stabilité financière.
Les pouvoirs publics doivent veiller à assurer la viabilité de la dette à long terme et conserver une marge de manœuvre permettant de réagir face à des chocs futurs, sachant que la normalisation de la politique monétaire et le rapprochement de la croissance à son niveau tendanciel offrent un moment opportun pour agir dans de nombreuses économies. Il sera essentiel de redoubler d’efforts pour maîtriser et réaffecter les dépenses, améliorer l’efficience du secteur public et accroître les recettes, en les inscrivant sur des trajectoires d’ajustement à moyen terme crédibles et adaptées aux spécificités de chaque pays, afin que la charge de la dette reste gérable et que soient conservées les ressources nécessaires pour faire face aux défis posés par les dépenses à plus long terme. Les choix effectués en matière de dépenses et de fiscalité devraient se fonder sur la nécessité de renforcer une croissance économique durable, tout en veillant à ce que ceux qui en ont besoin continuent de bénéficier d’un soutien adéquat.
La montée du protectionnisme, l’incertitude géopolitique et les perspectives de croissance médiocres accentuent la nécessité d’engager des réformes structurelles ambitieuses permettant de rehausser le niveau de vie, d’accroître la résilience et d’améliorer les perspectives de viabilité de la dette. Il conviendrait en priorité de mettre en œuvre des réformes de la réglementation, en particulier afin de renforcer les incitations et l’aptitude des entreprises à innover et à se développer, ainsi que la capacité des travailleurs à se tourner vers les secteurs de l’économie où leurs compétences sont les plus nécessaires. En permettant une meilleure réaffectation des ressources, ces améliorations contribuent à renforcer la faculté d’adaptation des économies à des chocs futurs inattendus, ainsi qu’à accroître les gains de productivité futurs. Des réformes de la réglementation du secteur financier peuvent également favoriser une répartition plus efficiente du capital et aider les économies à se prémunir contre les risques systémiques.