Jusqu'à la fin des années 1990, l'OCDE comparait les résultats des systèmes d'éducation sur la base du nombre d'années d'études, qui n'est pas un indicateur fiable de ce que les individus savent et sont capables de faire. Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) a changé la donne. L’idée est d'évaluer directement les compétences des élèves selon une échelle convenue à l'échelle internationale ; de relier ces données avec des informations sur les élèves, les enseignants, les établissements scolaires et les systèmes d'éducation pour comprendre les différences de performance ; et d'exploiter le pouvoir de la collaboration pour agir en conséquence, à la fois par la création de valeurs de référence et par le levier de la pression des pairs.
L'enquête PISA a été conçue dans l'intention non de créer un nouveau niveau de responsabilité hiérarchisé, mais d'aider les établissements et les responsables politiques des pays à cesser de chercher des solutions dans les hautes sphères de leurs systèmes d’éducation et à les trouver plutôt parmi les autres enseignants, dans les autres établissements et dans les autres pays. L’enquête PISA évalue ce qui importe vraiment et met ces résultats à la disposition des professionnels de l’éducation et des responsables politiques afin qu’ils prennent des décisions en meilleure connaissance de cause.
Les pays de l'OCDE qui ont initié le programme PISA ont tenté de différencier cette enquête des évaluations traditionnelles à d'autres égards aussi. Dans un monde qui valorise de plus en plus non seulement les connaissances des individus, mais ce qu’ils peuvent en faire, l'enquête PISA ne cherche pas seulement à évaluer dans quelle mesure les élèves parviennent à reproduire ce qu'ils ont appris à l'école. Pour obtenir de bons résultats à l'enquête PISA, les élèves doivent être capables de faire des extrapolations à partir de leurs connaissances, de réfléchir sans s'en tenir au champ de chaque discipline, d'appliquer leurs connaissances de manière créative dans des situations inédites et d'adopter des stratégies efficaces d'apprentissage. Par exemple, dans l’évaluation de mathématiques, les élèves ne doivent pas seulement démontrer qu’ils connaissent le contenu mathématique, mais également qu’ils peuvent penser comme un mathématicien, transposer les problèmes du monde réel dans le monde des mathématiques, se livrer à un raisonnement mathématique, et interpréter les solutions mathématiques dans le contexte du problème d’origine. Si nos enfants apprennent seulement ce que nous savons, ils en sauront assez pour marcher dans nos pas, mais s’ils apprennent à apprendre et sont aptes à réfléchir par eux-mêmes, ainsi qu’à travailler avec les autres, ils pourront suivre n’importe quel parcours.
Selon certains, les épreuves PISA sont injustes, car les élèves doivent résoudre des problèmes qu'ils n'ont jamais vus à l'école. Mais la vie est injuste : l'enjeu dans la vraie vie, ce n'est pas de se rappeler ce que l'on a appris à l'école, mais d'être capable de résoudre des problèmes qu'il est impossible d’anticiper.
Le plus grand atout de l'enquête PISA réside dans ses méthodes de travail. La plupart des évaluations sont définies de manière centralisée et sont ensuite sous-traitées à des experts qui les conçoivent. C’est ainsi que les épreuves créées sont la propriété d’une institution et non des personnes qui peuvent changer l’éducation. L’enquête PISA a renversé cette approche. L'idée sous-tendant l'enquête PISA a séduit les plus grands penseurs du monde et a mobilisé dans les pays participants des centaines d'experts, de professionnels de l’éducation et de chercheurs qui se sont employés à mettre au point une évaluation mondiale grâce à une communauté mondiale d’experts. Aujourd'hui, ce processus serait dit de « production participative », mais, quel que soit son nom, il a créé ce sens de la propriété qui était la clé de la réussite.
En résumé, l’enquête PISA doit sa réussite à la collaboration entre les pays et économies qui y participent, aux experts et aux institutions qui œuvrent à l’échelle nationale et internationale dans le cadre du Consortium PISA et au Secrétariat de l’OCDE. Les experts dans les matières concernées, praticiens et responsables politiques des pays participants ont travaillé sans relâche pour établir un consensus au sujet des résultats d’apprentissage importants à évaluer et la façon de mieux les évaluer ; pour concevoir et valider les items susceptibles d’évaluer avec le plus de justesse et de précision possible ces résultats dans des cultures et des pays différents ; et pour trouver les moyens de comparer ces résultats de manière sensée et fiable. L’OCDE assure la coordination et s'emploie avec les pays à tirer des conclusions probantes de ces résultats et à les réunir dans des rapports.
L’enquête PISA 2022 en est à son huitième cycle depuis sa création en 2000. Les épreuves du PISA évaluent les connaissances et les compétences des élèves en mathématiques, en sciences et en compréhension de l’écrit, l'un de ces domaines faisant l'objet d'une évaluation approfondie, et les deux autres d'une évaluation plus sommaire. PISA 2022 a également recueilli auprès des élèves une série plus large de résultats d’ordre cognitif, social et émotionnel, dans le cadre du nouveau tableau de bord Happy Life du PISA.
En une vingtaine d'années, l'enquête PISA est devenue la référence mondiale dans le domaine de l’évaluation de la qualité, de l’équité et de l’efficience des systèmes d’éducation et un levier majeur de réforme de l'éducation. Elle a aidé les responsables politiques à réduire les coûts de l'action publique en étayant les décisions — mais elle a aussi accru le coût politique de l'inaction en exposant les domaines où les politiques et pratiques n'ont pas été efficaces.
Ces derniers résultats montrent que les systèmes d’éducation peuvent offrir à la fois un enseignement de grande qualité et des possibilités d’apprentissage équitables pour tous, et qu’ils peuvent stimuler l’excellence, non pas au détriment du bien-être des élèves, mais en favorisant leur bien-être. En même temps, les résultats montrent que de nombreux systèmes d’éducation ne sont pas à la hauteur de cette tâche. Cette publication présente de nombreuses indications sur ce que nous pouvons faire pour changer cette situation. Les pays et économies qui participent à l’enquête PISA sont culturellement différents et ont atteint divers niveaux de développement économique. Néanmoins, ils doivent faire face à un défi commun, celui de permettre aux enfants et aux jeunes d’atteindre leur plein potentiel en tant qu’apprenants et êtres humains. L’enquête PISA fournit les données et les éclairages politiques dont les pays ont besoin pour appréhender ces questions. Il est urgent d’agir. Il est de la responsabilité des gouvernements d’aider les systèmes d’éducation à relever ce défi.
Andreas Schleicher
Directeur de la Direction de l’éducation
et des compétences et conseiller spécial
du Secrétaire général de l’OCDE,
chargé de la politique de l’éducation