Le présent chapitre passe en revue les principales évolutions ayant eu lieu au cours de l’année 2024 et en début d’année 2025. Il rend également compte des données les plus récentes concernant le soutien à l’agriculture dans les différents pays, y compris son niveau, sa composition et son évolution dans le temps.
Politiques agricoles : Suivi et évaluation 2025 (version abrégée)
3. Évolution des politiques et du soutien agricoles par pays
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Principaux messages
Copier le lien de Principaux messagesFace à un contexte commercial complexe en 2024‑25, les gouvernements ont réagi en cherchant à conclure des accords commerciaux (mettant souvent l’accent sur la durabilité) tout en adaptant les mesures aux frontières et leur politique nationale afin de soutenir la production, d’élargir l’accès aux marchés et d’assurer la sécurité alimentaire.
L’estimation du soutien aux producteurs exprimée en pourcentage des recettes agricoles brutes (ESP en %) diminue, mais avec des variations importantes qui reflètent les différences au niveau des objectifs et de la mise en œuvre de la politique. C’est en Suisse, en Islande, en Norvège et en Corée que l’ESP en pourcentage est la plus élevée, s’échelonnant entre 40 % et 49 %. À l’inverse, des valeurs négatives comprises entre -11 % et -15 % ont été observées en Argentine, au Viet Nam et en Inde, où la politique en vigueur revient à imposer une taxe nette implicite aux producteurs.
La composition du soutien varie fortement. L’Inde est le pays qui s’appuie le plus sur les formes de soutien les plus susceptibles d’entraîner des distorsions de la production et des échanges, qui représentent 95 % des transferts totaux aux producteurs et 40 % des recettes agricoles brutes (RAB). En revanche, en Australie, au Chili et aux États-Unis, ces mesures représentent moins de 1 % des RAB. On constate une nette diminution du recours aux mesures plus distorsives au Japon, en Norvège, en Suisse et en Islande.
Les transferts ayant moins d’effets de distorsion sur les marchés, tels que ceux au titre de droits antérieurs (p. ex., superficie cultivée, nombre d’animaux ou niveau de revenus) restent courants. Toutefois, les paiements reposant sur des critères non liés à des produits agricoles sont rares. La Suisse et le Mexique constituent des exceptions notables à cet égard : ces deux pays consacrent une part relativement importante de leur soutien à des mécanismes non liés aux produits agricoles, qui visent des objectifs environnementaux et sociaux plus généraux.
Les pays affichant de forts niveaux de soutien aux producteurs sont également ceux où le soutien aux services d’intérêt général est le plus élevé. Le Japon, la Corée et la Suisse ont consacré chacun plus de 7 % de la valeur de la production agricole à ces services pendant la période de référence. À l’autre extrémité du classement, l’Argentine, le Brésil et l’Ukraine ont dépensé moins de 1 % de la valeur de la production du secteur dans les services d’intérêt général.
L’infrastructure reste le premier poste de dépenses de services d’intérêt général dans la plupart des pays, notamment au Japon, en Corée, aux Philippines, en Türkiye, au Chili et au Viet Nam. La Suisse, la Norvège et la Corée affectent également des moyens importants au système de connaissances et d’innovation agricoles, avec des dépenses pouvant atteindre 4.2 % de la valeur de la production.
Un nombre relativement restreint de pays a recours à des transferts budgétaires ciblant les consommateurs, principalement ceux ayant de faibles revenus. Les États‑Unis, l’Inde, la Norvège et l’Indonésie sont ceux qui, en proportion des dépenses de consommation, investissent le plus dans ce type de soutien ciblé aux consommateurs.
Activités, réformes et réactions aux événements en 2024-25
Copier le lien de Activités, réformes et réactions aux événements en 2024-25En 2024 et en 2025, le système commercial mondial a été mis à l’épreuve par des phénomènes naturels et des événements découlant de mesures qui ont permis aux produits agroalimentaires de franchir les frontières plus facilement à certains endroits, et ont rendu cette étape plus complexe à d’autres. L’action publique dans le secteur agricole tient compte de l’évolution des conditions influant sur le secteur, en apportant des réponses à court terme aux phénomènes violents ou en s’adaptant aux tendances à long terme, notamment celles liées à la durabilité environnementale, économique et sociale. Le présent chapitre passe en revue les principales évolutions ayant eu lieu au cours de l’année 2024 et en début d’année 2025.
Les pouvoirs publics ont cherché à tirer parti des débouchés commerciaux et mis à profit la politique commerciale pour favoriser la production intérieure, la croissance économique et la sécurité alimentaire
En 2024 et en 2025, l’environnement commercial a été relativement instable, les droits de douane applicables à certains produits variant fortement. En parallèle, le nombre d’accords commerciaux conclus a continué à augmenter, et d’autres mesures ont été mises en place en vue d’améliorer l’efficacité et la fiabilité du système commercial mondial. Les pays s’efforcent d’élargir leur accès aux marchés en signant des accords commerciaux, mais de plus en plus se tournent également vers de nouveaux types de dispositions telles que celles axées sur les enjeux de durabilité. Globalement, les échanges de produits agricoles ont continué à augmenter en proportion de la production agricole.
Accords et négociations dans le domaine commercial
En décembre 2024, l’Union européenne est parvenue à un accord politique avec quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay et Uruguay) concernant le volet commercial de l’accord de partenariat UE-Mercosur. Les négociations relatives l’Accord-cadre avancé entre l’Union européenne et le Chili ont été finalisées ; l’accord a pris effet le 1er février 2025. Le 1er mai 2024, l’accord de libre-échange (ALE) Nouvelle-Zélande–Union européenne est entré en vigueur. C’est l’un des premiers ALE mondiaux qui inclut un chapitre sur les systèmes alimentaires durables. Il prévoit des suppressions et des réductions des droits de douane sur des produits clés.
L’accord conclu entre l’Association européenne de libre-échange (AELE ; Norvège, Suisse, Islande et Liechtenstein) et le Chili a été modernisé afin d’améliorer l’accès aux marchés. Les membres de l’AELE ont également signé un accord de partenariat économique et commercial avec l’Inde. Dans le cadre de cet accord, ils se sont engagés à investir 100 milliards USD et à créer un million d’emplois en Inde au cours des quinze prochaines années. L’offre d’accès au marché de l’AELE couvre 100 % des produits non agricoles et inclut des concessions tarifaires sur les produits agricoles transformés. De son côté, l’Inde supprime les droits de douane pour 82.7 % de ses lignes tarifaires, qui représentent 95.3 % des exportations de l’AELE, mais certains produits tels que les produits laitiers, le soja et d’autres produits agricoles sensibles sont exclus de l’accord.
Quatre pays – le Costa Rica, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Viet Nam – ont signé un accord avec les Émirats arabes unis. Dans chaque cas, il s’agissait du premier accord de libre-échange entre le pays en question et un pays du Moyen-Orient. Ces accords visent donc à élargir les débouchés commerciaux à de nouvelles régions.
L’Accord sur le changement climatique, le commerce et la durabilité a été signé en novembre 2024 par le Costa Rica, l’Islande, la Nouvelle-Zélande et la Suisse. Il représente un nouveau type d’accord où les engagements commerciaux sont mis à profit pour répondre aux enjeux environnementaux. Il inclut des engagements à favoriser la libéralisation des services de recherche et de développement expérimental concernant les sciences agricoles en lien avec les préoccupations environnementales. Le Costa Rica a également signé un accord d’association commerciale avec l’Équateur.
Mesures tarifaires
Depuis le 8 juillet 2024, les Philippines ont diminué les droits de douane sur le riz, qui sont passés de 35 % à 15 %. Cette mesure visait à réduire le prix à la consommation du riz et à aider à maîtriser l’inflation, étant donné l’impact considérable du riz sur l’indice des prix à la consommation. Une réduction temporaire des droits de douane applicables aux aliments de base a été approuvée au Costa Rica en 2024. Cette intervention a permis d’importer en franchise de droits 6 260 tonnes de haricots noirs et rouges entre octobre 2024 et janvier 2025 afin d’éviter une pénurie sur le marché national.
En juin 2024, l’Union européenne a étendu l’exemption de droits de douane sur les importations ukrainiennes, en réponse à l’agression militaire russe, mais a instauré un mécanisme de sauvegarde qui limite les exportations ukrainiennes de certains produits tels que le sucre, la volaille et le maïs aux volumes moyens exportés sur la période 2021-23. À la suite d’une proposition des autorités lettonnes, l’Union européenne a augmenté les droits de douane sur certains produits agricoles provenant de la Russie et du Bélarus.
La République populaire de Chine (ci-après la « Chine ») a annoncé le 4 mars 2025 une hausse de ses droits de douane, qui touchera des produits agricoles et alimentaires américains d’une valeur de 22 milliards USD (10 % de droits de douane supplémentaires s’appliqueront à 19 milliards USD de produits et 15 % supplémentaires, aux 3 milliards USD restants). Parmi les produits concernés figurent le soja, le maïs, le sorgho, le blé, la viande, les produits de la pêche, le coton, les produits laitiers, les fruits et les légumes. Le 7 mars, en rétorsion aux nouveaux droits de douane imposés par le Canada sur les véhicules électriques chinois, la Chine a annoncé des droits de douane de 100 % sur les importations canadiennes d’huile de colza et de pois, ainsi que des droits de douane de 25 % sur la viande porcine et certains produits de la mer.
En réaction aux nouveaux droits de douane des États-Unis sur l’acier et l’aluminium, l’Union européenne a porté jusqu’à 25 % les droits de douane sur des produits agricoles américains, notamment le maïs, le soja et les produits laitiers, et prévu des contre-mesures supplémentaires ciblant 95 milliards EUR (103 milliards USD) d’importations américaines. Une trêve de 90 jours a été annoncée en avril afin de permettre des négociations.
En mai 2024, en réponse à la hausse des prix de gros du chou, la Corée a réduit les droits de douane sur les importations de ce produit de 27 % à 0 %. Les rendements du chou ont été affectés par les températures élevées, ce qui a réduit la disponibilité de cet aliment au sein du pays.
Autres mesures commerciales
L’Argentine a supprimé les volumes d’équilibre des exportations (quotas d’exportation) pour le maïs et le blé, qui étaient gérés par le biais de permis administratifs d’exportation délivrés par l’ancien ministère de l’Agriculture en fonction de la quantité disponible et du prix sur le marché intérieur (en place depuis janvier 2021).
L’Australie a adopté une loi qui interdit les exportations de moutons vivants par voie maritime à compter de mai 2028, assortie d’un mécanisme d’aide financière pour les exportateurs de moutons concernés. Le Kazakhstan a limité les exportations de bétail et les importations de blé durant la majeure partie de l’année 2024.
Plusieurs enquêtes anti-subventions, antidumping et de sauvegarde ont été lancées en Chine, ce qui a eu des répercussions sur des produits tels que la viande bovine, les produits laitiers, le colza et le brandy. De nouvelles procédures aux frontières ont été mises en place pour les exportations d’engrais.
En Afrique du Sud, la Loi sur la santé des plantes a été promulguée. Elle propose un nouveau cadre réglementaire pour les normes phytosanitaires afin d’accroître les débouchés des produits agricoles. Avec cette nouvelle loi, l’Afrique du Sud respectera l’Accord sur l’application des mesures sanitaires et phytosanitaires de l’Organisation mondiale du commerce et la Convention internationale pour la protection des végétaux.
L’Espagne a mis en place un système intégré commun pour l’exportation et l’importation des produits agroalimentaires. Cette nouvelle structure réunit l’ensemble des services de contrôle aux frontières sous la responsabilité d’une seule unité de coordination du ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation, afin de simplifier les processus, réduire le fardeau administratif des utilisateurs et améliorer l’efficacité des contrôles aux frontières. La Pologne, la Hongrie et la Slovaquie continuent d’interdire de façon unilatérale les importations en provenance d’Ukraine, même si la liste des produits agricoles concernés a été modifiée dans certains cas. La Lettonie a interdit l’importation de produits agricoles et d’aliments pour animaux provenant de la Russie et du Bélarus.
La Türkiye a prolongé l’interdiction des exportations d’huile d’olive en vrac et en tonneaux jusqu’à fin mai 2024 afin de réduire la pression sur les prix intérieurs. La réglementation a également été étendue au secteur des légumineuses, et elle interdit ou limite les exportations de lentilles, de pois chiches et de haricots secs.
Les cadres de gouvernance et d’action applicables à l’ensemble de l’économie ou au seul secteur agricole ont été définis ou révisés
Un nouveau ministère de coordination des Affaires alimentaires a été créé en Indonésie, qui couvre sept ministères, dont ceux de l’Agriculture, des Forêts, de la Pêche et de l’Environnement. Le ministère de l’Agriculture relevait du ministère des Affaires économiques auparavant. Le nouveau ministère de coordination des Affaires alimentaires chapeaute également l’Agence nationale des produits alimentaires et la nouvelle Agence nationale pour la nutrition. Ces changements institutionnels reflètent le fait que le nouveau gouvernement considère l’autosuffisance comme une priorité absolue, de même que les aspects nutritionnels de la sécurité alimentaire. Le Viet Nam a également restructuré ses ministères, fusionnant le ministère de l’Agriculture et du Développement rural avec le ministère des Ressources naturelles et de l’Environnement afin de créer un nouveau ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, qui est officiellement opérationnel depuis le 1er mars 2025.
Au Chili, vingt-cinq mesures prioritaires issues du plan de mise en œuvre de la Stratégie nationale pour la souveraineté de la sécurité alimentaire ont été officiellement lancées. Le plan complet comprend 84 mesures regroupées en quatre piliers stratégiques : production durable, diversification des marchés, innovation et transformation, et promotion des régimes alimentaires sains. Au Mexique, le Plan national de développement a été élaboré pour la période 2024-30. Il comprend un Programme sectoriel pour l’agriculture et le développement rural qui définit les objectifs de la politique agricole.
Israël a établi un Plan national interministériel pour la sécurité alimentaire 2050, qui décrit les mesures et les initiatives en faveur de la production agricole locale. Le plan vise une hausse de 33 % de celle-ci d’ici dix ans, tout en tenant compte des mesures d’adaptation et d’atténuation relatives au changement climatique, en réexaminant les accords commerciaux internationaux et en réduisant les pertes et le gaspillage alimentaires.
Le cadre juridique de référence de la politique agricole du Japon, la Loi fondamentale pour l’alimentation, l’agriculture et les zones rurales, a été révisé afin de prendre en compte les changements importants intervenus dans le secteur agricole depuis l’adoption de la Loi en 1999. La version révisée fait de la sécurité alimentaire un principe fondamental qui ne se limite plus à l’approvisionnement alimentaire, mais vise un accès stable à des aliments de qualité à des prix raisonnables. Elle met également l’accent sur l’agriculture durable et le maintien des communautés rurales.
Le plan décennal 2024-35 pour stimuler la consommation de céréales a été publié en Chine. Il vise à développer le secteur céréalier grâce à des normes de production plus élevées, à la recherche et à la coopération internationale. Il encourage également les entreprises agroalimentaires et les établissements financiers à créer des fonds de développement afin de soutenir l’industrie des céréales. Le plan appelle aussi la Chine à participer activement à la formulation de normes internationales pour le commerce de céréales.
L’Ukraine a lancé sa Stratégie 2030 pour le développement de l’agriculture et des zones rurales, de même que le Plan opérationnel de mesures pour sa mise en œuvre en 2025-27. Les principaux axes de travail de cette stratégie élaborée conformément à l’initiative « La facilité pour l’Ukraine » de l’UE sont les suivants : favoriser les mesures inclusives, assurer la sécurité alimentaire, renforcer la compétitivité, améliorer l’affectation des terres, soutenir l’agriculture climato-intelligente, moderniser le secteur et encourager le développement rural.
La Norvège a élaboré « la Stratégie pour une plus grande autosuffisance en produits agricoles et le plan pour accroître les possibilités de revenus dans le secteur agricole ». En voici quelques-uns des principaux objectifs : atteindre un taux d’autosuffisance de 50 % pour les produits agricoles, améliorer et développer la production de produits végétaux afin de renforcer la compétitivité de l’agriculture face aux importations, accroître la part d’ingrédients nationaux dans le fourrage, tout en utilisant les ressources pastorales afin de maintenir un taux d’autosuffisance élevé en viande et en produits laitiers.
Malte a lancé sa Stratégie pour des systèmes alimentaires résilients pour la période 2025-34, dans laquelle elle définit une vision et un cap communs pour les systèmes alimentaires du pays, qui se fondent sur trois grands axes : a) assurer la viabilité de la production locale ; b) pérenniser l’approvisionnement alimentaire ; et c) faire renaître la fierté vis-à-vis des produits alimentaires locaux et encourager une culture alimentaire axée sur les connaissances.
La version révisée de la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne – appelée règlement de simplification – est entrée en vigueur avec l’objectif de réduire la charge administrative des agriculteurs. Les modifications approuvées, qui seront en vigueur jusqu’à la fin de la PAC 2023-27, ont donné plus de flexibilité aux États membres concernant certaines règles de conditionnalité. Aux États-Unis, la Loi sur l’aide aux Américains (American Relief Act) a prolongé jusqu’à 2025 les programmes agricoles autorisés dans la Loi agricole de 2018 (2018 Farm Bill) pendant que l’élaboration d’un nouveau texte se poursuit.
En Australie, le plan gouvernemental relatif à la sécheresse (2024-29) expose la politique nationale actualisée de lutte contre la sécheresse, tandis que l’accord national relatif à la sécheresse (2024-29) règle la collaboration entre l’administration nationale, les États et les territoires.
La résolution parlementaire sur la politique agricole jusqu’en 2040 de l’Islande sera mise en œuvre en plusieurs phases quinquennales. La mise en œuvre du premier plan d’action quinquennal a débuté en 2024. Celui-ci prévoit 28 mesures en lien avec les dix enjeux principaux de la politique : sécurité alimentaire, adaptation au changement climatique et atténuation du changement climatique, biodiversité, affectation et préservation des terres, économie circulaire, enjeux des marchés internationaux, consommateurs, innovation et technologie, éducation et recherche-développement, et système de soutien à l’agriculture.
Au Royaume-Uni, l’Irlande du Nord a mis en place le paiement de transition en faveur des exploitations agricoles durables (FSTP) dans le cadre de son programme agricole durable. L’objectif de ce programme est de faciliter le passage du régime de paiement de base (qui a été maintenu en Irlande du Nord après la sortie de l’Union européenne) au paiement en faveur de la durabilité des exploitations agricoles, qui devrait être lancé en 2026.
Les pouvoirs publics ont pris des mesures pour accroître la production nationale, souvent dans le contexte d’objectifs de sécurité alimentaire
Les Philippines ont prolongé le Fonds d’amélioration de la compétitivité du riz jusqu’en 2031 en modifiant la Loi sur la tarification du riz (Rice Tariffication Law). Ce fonds, financé par les recettes tirées des droits de douane sur les importations de riz, est destiné à compenser l’impact de la diminution de la protection douanière. Il est utilisé afin d’acheter des machines et du matériel pour la riziculture, d’encourager la mise au point de semences de riz, ainsi que de soutenir la formation, les services de vulgarisation, l’amélioration de la santé des sols, la lutte contre les organismes nuisibles et les maladies, et enfin la gestion de l’eau.
En 2024, le Kazakhstan a modifié les méthodes de répartition des fonds utilisées pour les principaux programmes d’aide. Les producteurs ont bénéficié d’une augmentation du nombre de prêts subventionnés et de garanties de prêts accordés par les établissements financiers, ainsi que de subventions aux intrants fournies par l’intermédiaire des fabricants d’intrants. Le versement de paiements aux producteurs est abandonné au profit de subventions pour les engrais minéraux, les pesticides et les machines agricoles dirigées vers les fabricants nationaux d’intrants.
La Türkiye a créé le ministère de la Sécurité de l’approvisionnement en réponse aux risques en matière de sécurité alimentaire liés aux crises géopolitiques et aux marchés agricoles internationaux qui pourraient toucher le pays. Ce ministère suit, entre autres, l’évolution de la production, de la consommation, des stocks, de la demande intérieure et internationale, et repère les moments où le prix de certains produits stratégiques augmente davantage que leur coût de production. La Türkiye a également mis en place une planification pour la production végétale, animale et aquacole. Ce système de planification de la production vise à assurer la sécurité de l’approvisionnement alimentaire, à utiliser les ressources efficacement, à cultiver les produits stratégiques aux endroits les plus adaptés et à veiller à une utilisation durable des ressources naturelles.
Les crédits totaux accordés à l’agriculture commerciale au Brésil pour la récolte 2024-25 ont été augmentés de 10 % par rapport à la période 2023-24. Un montant de 239 milliards BRL (44 milliards USD) a été approuvé pour les crédits aux petits exploitants, à l’agriculture traditionnelle et aux exploitations familiales. En Italie, le Décret sur l’agriculture a permis d’augmenter les fonds pour couvrir les intérêts des prêts bancaires des agriculteurs et d’octroyer une aide supplémentaire aux exploitations touchées par des événements particuliers compromettant leur viabilité économique.
Un nouveau programme de subventions a été mis en place en 2024 en Ukraine, au titre duquel les exploitations situées dans des zones de conflit actives ou potentielles bénéficient de paiements à l’hectare. En 2024, la Pologne a versé des aides aux producteurs de maïs et de céréales afin de pallier les pertes de liquidités causées par les perturbations des marchés découlant de l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Le Costa Rica a lancé un projet d’irrigation de grande ampleur dans la province de Guanacaste (l’une des plus sèches du pays). Quelque 18 639 ha et 746 petites, moyennes et grandes exploitations devraient bénéficier de ce nouveau service d’irrigation. La Bulgarie a alloué des fonds supplémentaires par l’intermédiaire de son Programme de développement rural afin d’appuyer son objectif de quadrupler la superficie irriguée. Par ailleurs, un nouveau dispositif d’aide pour l’approvisionnement en eau d’irrigation est prévu dans le budget national et devrait être maintenu durant au moins quatre ans. Afin de lutter contre la rareté de l’eau et d’accroître la productivité agricole, le Portugal a réalisé de nouveaux investissements pour moderniser les systèmes d’irrigation, en particulier dans la région d’Alentejo. Ces efforts visent à optimiser l’efficacité d’utilisation de l’eau.
Pour réduire sa dépendance à l’égard des importations de matières premières servant à fabriquer des engrais chimiques, le Japon a pris des mesures afin de développer l’utilisation de ressources nationales pour la production d’engrais biologiques. La principale mesure est le versement d’aides aux éleveurs et aux producteurs de compost afin de couvrir partiellement le coût de la construction des installations nécessaires à cette activité. La Slovaquie a adopté une réglementation relative à la « végétation fonctionnelle agricole » dont l’objectif est de protéger davantage les sols et les terres agricoles les plus fertiles où la rétention d’eau est la meilleure.
De nombreux pays ont renforcé leurs dispositifs de protection environnementale
Le Règlement sur la restauration de la nature a été approuvé par l’Union européenne. Ce texte législatif impose aux États, entre autres, de remettre en état les surfaces et les habitats terrestres, d’inverser la tendance au déclin des pollinisateurs, d’améliorer la biodiversité dans les écosystèmes agricoles et de restaurer au moins 30 % des tourbières drainées utilisées en agriculture d’ici à 2030. Le Règlement sur la restauration de la nature (Naturrestaureringsförordningen) a été adopté en Suède dans le cadre de la Stratégie de l’UE en faveur de la biodiversité. Il définit les exigences nationales pour diverses mesures de restauration, avec un accent particulier sur la réhumidification des sols organiques (tels que les tourbières ou les zones humides) utilisés dans la production agricole.
En Allemagne, dans le cadre des solutions fondées sur la nature pour le climat et la biodiversité, deux projets de recherche et de démonstration ont été lancés. L’objectif est de créer de nouveaux habitats de tourbières presque naturels, ainsi que de revitaliser les tourbières, d’optimiser les niveaux d’eau et de récolter la biomasse dans les zones de tourbières. Le Danemark a mis en œuvre des dispositifs publics afin de faciliter la création de davantage de zones naturelles et de forêts, visant notamment à reboiser 250 000 ha, à réhumidifier et à restaurer 140 000 ha de tourbières drainées pour un usage agricole et à créer six parcs nationaux supplémentaires afin de préserver et de rétablir la diversité.
Plusieurs pays ont lancé des programmes de gestion des sols. En 2024, la Norvège a instauré un système d’échantillonnage régulier des sols des pâturages et des forêts afin de documenter leur état et l’évolution de leurs propriétés. Ce mécanisme complète les tests des sols déjà en place sur les terres agricoles. En 2025, l’Alliance pour les sols du Mexique a mis au point un Programme national de restauration des sols afin de remettre en état les sols dégradés. Ce programme vise à restaurer 25 % des surfaces érodées en mettant en place des pratiques de gestion qui améliorent le sol de couverture et les matières organiques des sols, ainsi qu’en réalisant des travaux afin de réduire l’érosion du sol.
Au chapitre du changement climatique, le Zero Net Emissions from Agriculture Cooperative Research Centre (ZNE Ag CRC) a été fondé en Australie afin d’appuyer les réductions d’émissions à long terme. Il vise à améliorer la compétitivité, la productivité et la durabilité de l’agriculture australienne grâce à la recherche et au développement, ainsi qu’à contribuer à la réalisation de l’objectif de ramener à zéro les émissions nettes de gaz à effet de serre (GES) du secteur agricole à l’horizon 2040. Le Danemark a instauré une taxe sur les émissions du secteur agricole, dont celles de l’élevage, et prévoit d’augmenter son taux au fil du temps. Le règlement relatif aux absorptions de carbone et à l’agrostockage du carbone (CRCF) de l’Union européenne, publié en décembre 2024 sous le nom de Règlement (UE) 2024/3012, crée le premier cadre volontaire à l’échelle de l’UE pour certifier les absorptions de carbone, les pratiques d’agrostockage du carbone et le stockage du carbone dans des produits.
La Colombie a présenté plusieurs mesures pour améliorer la durabilité environnementale. Le Projet biocarbone d’Orinoquia cherche à déterminer et à mettre au point des solutions de remplacement qui contribuent à améliorer les conditions pour une planification et une production agricoles durables, l’objectif étant de réduire les émissions de GES. La Slovénie a publié son premier rapport annuel sur le climat pour le secteur agricole, présentant les efforts d’adaptation et d’atténuation des émissions de GES. Ce rapport servira de fondement scientifique pour élaborer des mesures agricoles ciblées en réaction au changement climatique.
Afin de réduire les retombées d’azote, le Luxembourg a adopté de nouvelles règles imposant que le lisier, le purin, le digestat et les boues d’épuration soient épandus en bande au niveau du sol ou directement sur le sol. Dans le cadre du Programme national pour les zones rurales (NPLG), un nouvel instrument d’action a été mis en place aux Pays-Bas afin de faciliter le déplacement volontaire des exploitations agricoles pour réduire les retombées d’azote dans les zones Natura 2000. Un deuxième instrument du NPLG a également été lancé afin de favoriser les investissements des exploitants dans des technologies éprouvées qui réduisent sensiblement les émissions d’azote.
En Lettonie, les écorégimes « pratiques agricoles favorables à l’environnement et au climat », « pratiques agricoles qui réduisent les émissions d’ammoniac et d’azote et la pollution associée » et une sous-mesure des « surfaces d’intérêt écologique » ont connu un franc succès.
En 2025, les agriculteurs du Royaume-Uni (Écosse) devront respecter de nouveaux critères de conditionnalité pour être éligibles aux paiements directs. Ils devront appliquer des plans sur leur exploitation, réaliser des audits et remplir des conditions supplémentaires en lien avec le maintien des matières organiques du sol. En Angleterre, le déploiement des systèmes de gestion écologique des terres se poursuit et, en mars 2025, les programmes agroenvironnementaux couvraient plus de la moitié des terres agricoles du pays. Au Pays de Galles, un nouveau programme en faveur d’une agriculture durable, qui sera déployé à partir de 2026, rétribuera les agriculteurs en fonction des résultats qu’ils auront obtenus en matière de gestion durable des terres, notamment en ce qui concerne la qualité de l’eau, la biodiversité et la santé animale.
En Irlande, le développement d’AgNav, une plateforme nationale en ligne pour la durabilité, axée sur les agriculteurs, a été accéléré en 2024 et en 2025 grâce à des fonds supplémentaires alloués par Teagasc, Bord Bia et la fédération irlandaise de l’élevage bovin.
Une aide à l’investissement dans la production de biométhane a été lancée en Estonie. Cette aide permettra de construire cinq nouvelles unités de production de biométhane, ce qui accroîtra sensiblement la capacité de production de ce gaz dans le pays, contribuera à réduire les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur agricole comme dans ceux utilisant du biométhane, et fournira des revenus supplémentaires aux entreprises agricoles.
Les mesures axées sur le renouvellement des générations, la qualité de vie rurale et l’égalité des chances soulignent l’intérêt croissant porté aux questions sociales
Les questions de durabilité sociale se posent depuis longtemps, mais les facteurs qui les sous-tendent gagnent en importance et les font remonter dans la hiérarchie des préoccupations des pouvoirs publics dans de nombreux endroits (Asai et Antón, 2024[1]). Par exemple, de nombreux pays de l’UE sont confrontés à un vieillissement de leur population agricole, de moins en moins de jeunes intégrant ce secteur. Aux États-Unis et au Canada, certaines communautés rurales sont aux prises avec un déclin de leur population, tandis que les jeunes agriculteurs font souvent face à des obstacles tels que le prix élevé des terres qui rendent difficile leur entrée dans le monde agricole. Des pays tels que le Japon et la Corée sont confrontés à la désertion des campagnes, les jeunes s’installant en zone urbaine pour améliorer leurs perspectives professionnelles.
Plusieurs initiatives visant à encourager les jeunes à s’engager davantage dans le secteur agricole ont été mises en place aux Philippines. Il s’agit notamment de programmes de formation complets et de possibilités d’échanges internationaux permettant aux jeunes agriculteurs de se familiariser avec des technologies avancées et des pratiques innovantes. En outre, l’édition 2024 du programme Défi jeunes agriculteurs, un programme de subventions, vise à aider de jeunes Philippins actifs dans le secteur agricole.
L’Italie a mis en place un dispositif d’aide à l’installation des jeunes agriculteurs (doté de 15 millions EUR par an), ainsi que des régimes fiscaux favorables et des incitations pour l’achat de terres agricoles. Une loi a également créé l’Observatoire national pour l’entrepreneuriat et l’emploi des jeunes dans le secteur agricole. La Pologne verse désormais la somme forfaitaire de 225 EUR/ha aux petites exploitations de 5 ha maximum, ce qui remplace les autres types de paiements directs. Le Portugal a lancé des initiatives pour attirer des jeunes dans le secteur agricole en offrant des incitations financières, des programmes de formation et une aide à l’adoption de technologies innovantes.
En Hongrie, une modification de la législation et le décret d’application de la Loi de 2021 sur la transmission des exploitations agricoles ont facilité le renouvellement des générations en clarifiant le processus relatif aux contrats de transmission d’exploitations agricoles entières. En Corée, le Système de paiements directs pour la transmission des terres agricoles lors du départ à la retraite a été modifié afin d’encourager davantage les agriculteurs âgés à prendre leur retraite et à céder leurs terres à de jeunes agriculteurs. En 2024, les paiements ont été revus à la hausse et les critères d’admissibilité ont été élargis pour inclure les agriculteurs âgés de 65 à 84 ans (contre 65 à 74 ans auparavant), avec des paiements jusqu’à 84 ans (contre 75 ans auparavant).
La France est parvenue à un accord avec le Fonds européen d’investissement fin 2024 afin de renforcer l’impact du fonds de garantie de l’Initiative nationale pour l’agriculture française, catalysant des investissements supplémentaires pour soutenir la transformation agricole, notamment l’adaptation au climat et le renouvellement des générations, tout en améliorant l’accès au crédit, en particulier pour les jeunes agriculteurs.
L’Espagne a commencé à appliquer la conditionnalité sociale des aides de la PAC en 2024. Le versement complet de certaines subventions est désormais subordonné au respect de normes fondamentales relatives aux conditions de travail et à l’emploi des ouvriers agricoles, ainsi qu’à la santé et à la sécurité au travail. Les bénéficiaires ne se conformant pas à ces règles et faisant l’objet d’une sanction définitive émise par l’autorité compétente se verront imposer une pénalité.
L’Espagne a réuni pour la première fois en 2024 l’ensemble des participants à son Programme CULTIVA, un programme de formation qui s’adresse aux jeunes exploitants et éleveurs et leur propose des séjours dans des fermes modèles de tout le pays. Quelque 290 personnes ont répondu à l’appel à candidatures lancé en 2024. Le programme est doté d’un budget de 1.2 million EUR.
La Suisse a poursuivi la mise en œuvre des dispositions de la Politique agricole à partir de 2022 (PA22+) adoptées dans les domaines économique et social. Cette réforme prévoit notamment la mise en place d’une couverture de sécurité sociale obligatoire pour les personnes qui travaillent de façon régulière et significative sur l’exploitation agricole de leur conjoint. À partir de 2027, ces personnes devront disposer de leur propre assurance.
L’Autriche a commencé à mettre en œuvre le plan d’action en faveur de l’égalité des genres. Les mesures sont notamment axées sur les services de conseil en matière d’agriculture et de foresterie et sur les investissements liés aux exploitations et à la diversification. Le plan a été élaboré par le groupe de travail sur l’égalité des genres dans le cadre des activités du comité de suivi du Plan stratégique autrichien relatif à la PAC. En Irlande, un nouveau groupe de travail sur les femmes dans le secteur agricole a été chargé de faciliter et guider la mise en œuvre du Plan d’action en faveur des femmes dans le secteur agricole, élaboré en 2023.
La Colombie continue à renforcer la Réforme rurale intégrale dans le cadre de l’Accord pour la fin du conflit. Cette réforme repose sur la démocratisation des terres, dont les fondements sont l’accès, la formalisation et la régularisation des droits de propriété. Cependant, elle va au-delà de la question des terres et vise à améliorer la qualité de vie des habitants des zones rurales en général, en particulier des populations marginalisées, tout en garantissant les droits territoriaux.
En mars 2024, la Corée a annoncé la Stratégie de lutte contre l’extinction du monde rural dans le cadre du nouveau paradigme rural, afin de remédier au déclin de la population rurale et de créer de nouvelles possibilités de développement pour l’agriculture et les zones rurales. Cette stratégie prévoit un soutien financier et un train de mesures en faveur du logement afin d’encourager les nouvelles entreprises rurales et la création de groupes d’exploitations intelligentes, d’entreprises agroindustrielles, d’entreprises des technologies alimentaires et d’entreprises des biotechnologies vertes, dans le but de promouvoir l’innovation.
En Italie, le registre des « villes d’identité » a été mis en place afin de recenser les communes où au moins 30 % des produits agroalimentaires ont une certification de qualité et qui ont une longue tradition de production (au moins 50 ans).
En réponse aux manifestations d’agriculteurs en Belgique, la Flandre et la Wallonie ont mis sur pied des groupes spéciaux pour engager le dialogue avec les parties prenantes du secteur et mettre en place des simplifications administratives visant à alléger la charge réglementaire.
En Afrique du Sud, la nouvelle Loi sur l’expropriation permet au gouvernement d’acquérir des propriétés à des fins publiques moyennant une indemnisation juste et équitable, remplaçant l’ancien système de 1975 fondé sur la valeur de marché. L’indemnisation tient compte de l’utilisation des terres, de l’historique, de la valeur marchande, des investissements publics et de la finalité, les dispositions prévoyant une contrepartie faible ou nulle si les terres sont inutilisées, abandonnées ou financées par l’État.
Israël a créé un organe administratif spécial, l’Administration de la région de Tkuma, chargé de superviser le redressement et la remise en état de la région sud à la suite des attaques d’octobre 2023. Cet organe couvre la zone des sept premiers kilomètres à partir de la bande de Gaza. Un plan stratégique quinquennal de relèvement de l’agriculture a été élaboré pour la région.
Les pouvoirs publics apportent leur soutien à l’adoption de technologies et à l’innovation
Les technologies numériques, l’utilisation de données et de nouveaux types de données, la biotechnologie et d’autres démarches innovantes continuent d’accélérer la transformation de la production agricole. Les pouvoirs publics ont réagi à cette évolution et la soutiennent en finançant des mesures et des investissements au sein des exploitations et en dehors, ainsi que par l’intermédiaire d’organismes nationaux de recherche et de vulgarisation.
Promotion de l’agriculture intelligente
En janvier 2025, la Corée a élaboré le Premier plan directeur pour encourager l’agriculture intelligente (2025-29) prévu en vertu de la Loi sur la promotion et l’accompagnement de l’agriculture intelligente (juillet 2024)1. Ce plan expose les mesures et initiatives planifiées pour encourager l’agriculture intelligente durant les cinq prochaines années. Il vise à convertir 35 % des 55 000 hectares de serres du pays en exploitations intelligentes et à appliquer au moins une technologie agricole intelligente à 20 % des surfaces consacrées aux principales cultures de plein champ en cours de mécanisation. Le Plan d’action pour une agriculture intelligente 2024-28 de la Chine encourage la transformation numérique du secteur agricole en aidant les agriculteurs et les autres parties prenantes de la chaîne de valeur agroalimentaire à intégrer des technologies telles que les mégadonnées et l’intelligence artificielle aux processus de production. Au Japon, la Loi sur la promotion de l’utilisation des technologies agricoles intelligentes a été promulguée en 2024 afin de stimuler la productivité et la durabilité de l’agriculture. Elle vise à remédier aux pénuries de main-d’œuvre et à améliorer l’efficacité des ressources en mettant en place des incitations financières et des exemptions spéciales pour que les agriculteurs, les coopératives et les établissements de recherche investissent dans les technologies intelligentes, l’agriculture de précision et l’agriculture fondée sur des données.
La PAC 2023-27 de l’EU institue des stratégies de transformation numérique afin d’amplifier l’adoption de technologies numériques et le développement des infrastructures dans les zones agricoles et rurales. En Allemagne, pour soutenir la transformation numérique du secteur agricole, 11 projets d’optimisation de l’échange de données et d’informations entre machines agricoles, véhicules ou équipements de traitement centralisé bénéficient d’un financement de 15 millions EUR sur trois ans à compter du début de l’année 2025. Cette « interopérabilité » vise à améliorer l’efficacité d’utilisation des applications numériques dans les exploitations. En Estonie, une solution numérique permettant une fertilisation raisonnée et un équilibrage des nutriments sur le terrain a été mise au point.
Amélioration des services numériques destinés aux agriculteurs
Dans son programme national de réforme de 2024, Chypre a présenté deux initiatives pour accroître sa compétitivité agricole : la création d’un centre national pour l’excellence en agrotechnologie afin de piloter la transformation numérique, et la mise en place d’une plateforme en nuage afin de simplifier les échanges et d’améliorer la symétrie de l’information dans l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement. La plateforme numérique e-khalati a été lancée afin de suivre le prix des produits essentiels et permet aux consommateurs de comparer les prix des supermarchés. Le « portail de connaissances » du système de connaissances et d’innovation agricoles de la Slovénie a récemment été actualisé afin de mettre à la disposition des agriculteurs, des conseillers, des chercheurs et d’autres intervenants un éventail complet de connaissances agricoles, notamment des résultats de recherche, des supports de formation et des rapports.
Un nouveau centre national de connaissances pour la transformation numérique a été créé en Suède dans le cadre d’un réseau de centres comblant le fossé entre la recherche et la pratique, renforçant la collaboration au sein du système de connaissances et d’innovation agricoles et intégrant les conseillers. En outre, une plateforme de connaissances à l’intention des agriculteurs et des conseillers, qui fournit des informations vérifiées et à jour, a été développée et devrait être lancée début 2025. Dans le cadre des avancées réalisées dans l’optique de son adhésion à l’UE, l’Ukraine a mis en ligne trois plateformes numériques d’apprentissage sur l’agriculture en 2024 afin de renforcer la capacité institutionnelle ; elles concernent les animaux d’élevage, les cultures et le stockage des céréales. De plus, l’Ukraine a adopté des lois pour harmoniser sa législation avec les normes numériques de l’UE. La Croatie a instauré un service de surveillance électronique qui collecte et suit différents types de données liées à la croissance des plantes, un système d’apprentissage électronique qui propose des cours en ligne aux agriculteurs et un système de conseiller électronique pour recueillir des informations et des données et les transmettre aux agriculteurs et aux autres acteurs du système de connaissances et d’innovation agricoles.
La mise en œuvre du Système national d’identification et de traçabilité des têtes de bétail du Costa Rica a débuté en 2024. Ce système exige que chaque animal soit identifié et enregistré au moyen de marques auriculaires et de transpondeurs. Une plateforme numérique associée stocke les informations d’enregistrement et d’autres données pertinentes. La même année, l’Argentine a remplacé le Système national de traçabilité électronique des bovins, des buffles et des cervidés par un nouveau système numérique, qui est un outil d’identification individuelle obligatoire conçu d’après les spécifications techniques définies par l’autorité compétente. Il permettra d’assurer la traçabilité précise de chaque animal du premier mouvement jusqu’à la filière viande.
Renforcement des capacités au sein des institutions publiques
La Lituanie a investi dans la transformation numérique dans divers ministères afin d’améliorer l’efficacité et de réduire la charge administrative des producteurs, notamment en créant un système d’évaluation des risques pour optimiser les inspections dans le secteur laitier.
En Irlande, un groupe de coordination du système de connaissances et d’innovation agricoles a été mis sur pied. Celui-ci a produit une nouvelle carte nationale du système de connaissances et d’innovation agricoles, qui a été publiée par le réseau irlandais de la PAC. De même, en Espagne, un organe pluraliste chargé de la coordination et de la gouvernance du système de connaissances et d’innovation agricoles a été approuvé et s’est réuni pour la première fois en 2024. Cet organe est formé de trois groupes de travail qui ont commencé leurs travaux en 2025 ; ces travaux portent sur les services de conseil, la formation dans l’agroalimentaire et les mesures en faveur de la recherche, du développement et de l’innovation dans ce même secteur. Deux de ses groupes de travail, sur les services consultatifs agroalimentaires et la formation agroalimentaire, ont également débuté leurs activités. Le projet de mégadonnées sur l’agriculture de l’Estonie (lancé en 2022) vise à relier les ensembles de données disponibles collectés par les secteurs public et privé et à créer des outils décisionnels numériques permettant aux producteurs agricoles d’adopter des technologies respectueuses du climat et de l’environnement.
Le Centre tchèque pour la recherche agricole, créé en janvier 2025, réunit les experts de trois instituts de recherche afin d’améliorer l’efficacité de la recherche. Son travail porte principalement sur des thèmes tels que la biotechnologie, l’agriculture durable et les méthodes d’exploitation peu polluantes alignées sur les objectifs de la PAC de l’UE.
Le 12 juin 2024, l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay ont signé un protocole d’accord pour la création d’un réseau international de biosécurité (ABRE-Bio, réseau des organismes de biosécurité pour la biotechnologie) afin de favoriser l’échange d’informations scientifiques et la coopération pour l’évaluation des risques et la réglementation relatives aux organismes génétiquement modifiés, ainsi qu’aux produits dérivés des nouvelles techniques de sélection. Ces pays s’emploieront à créer des procédures communes pour évaluer la biosécurité, en cherchant à réduire les coûts et les délais, ainsi qu’à harmoniser la réglementation avec les différentes législations nationales.
Les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent un moteur d’action courant
À la suite d’un état d’urgence nationale déclaré après de fortes précipitations liées au passage d’un ouragan et d’une tempête tropicale, le Costa Rica a mis en place un fonds spécial pour accorder des crédits à des conditions favorables à des microentreprises et des petites et moyennes entreprises dans les régions touchées, dont les exploitations agricoles, et débloqué une enveloppe pour fournir des intrants agricoles aux agriculteurs des zones sinistrées.
En Corée, en 2024, le temps chaud a fait doubler le prix de produits alimentaires de base tels que le chou, les radis et les oignons verts au cours de l’été. Le gouvernement coréen a mis sur le marché des choux provenant des stocks nationaux afin de réguler les prix et prévoit d’améliorer la constitution de réserves de ce produit.
Les paiements au titre des catastrophes naturelles ont continué à augmenter en Chine en 2024 à la suite des graves inondations et des importants dommages subis par les cultures dans plusieurs régions. Des fonds ont été débloqués pour gérer les dégâts causés aux cultures par les inondations, remettre en état les installations agricoles endommagées et soutenir les mesures de lutte contre les inondations et le drainage des champs. Les subventions au titre des primes d’assurance agricole ont également été relevées de près de 19 %.
L’UE a utilisé la réserve agricole de la PAC pour atténuer les conséquences des phénomènes météorologiques défavorables. Ce mécanisme a permis de dédommager des agriculteurs en Autriche, en République tchèque et en Pologne ayant subi des pertes causées par des phénomènes météorologiques extrêmes tels que le gel et la grêle. En Grèce, des exploitations agricoles ont reçu des aides exceptionnelles en 2024 à la suite des tempêtes « Daniel » et « Elias » de 2023 et des incendies et autres catastrophes naturelles survenus ces dernières années. La Roumanie a revu à la hausse les garanties d’État pour les prêts agricoles, versé des indemnisations en utilisant l’aide publique et reporté le remboursement des prêts agricoles dans le cadre d’une série de mesures destinées à soutenir les agriculteurs touchés par la sécheresse.
Mesures en faveur du système alimentaire
Amélioration des systèmes alimentaires
En Autriche, le Centre national de coordination de la durabilité des systèmes alimentaires, instauré en janvier 2023 par les ministères responsables de l’agriculture, de la protection du climat et de la santé, a été prolongé jusqu’à la fin de 2025. Il est chargé de coordonner les mesures en faveur de systèmes alimentaires durables. En Allemagne, la stratégie nutritionnelle et alimentaire du gouvernement fédéral, baptisée « Une bonne alimentation pour l’Allemagne », a été lancée en janvier 2024. Elle prévoit plusieurs mesures, dont un concours entre des régions modèles pour amorcer une transition vers un système alimentaire plus sain et plus durable, ainsi que des projets concernant les services de restauration communaux.
En Belgique, la Flandre a lancé un débat ouvert sur la politique alimentaire, tandis que la Wallonie a dévoilé un plan d’action tourné vers un approvisionnement alimentaire durable, les services de restauration collective, les chaînes d’approvisionnement locales et la participation citoyenne. La Finlande a lancé des études sur les activités du commerce de gros du secteur alimentaire, ainsi que sur l’efficacité et les conditions de concurrence du marché alimentaire. Un groupe de travail a été nommé afin de produire des statistiques sur le secteur alimentaire et dresser ainsi un tableau actualisé du marché alimentaire.
Le Département de surveillance du marché du lait de la Lituanie a créé et mis en œuvre un système d’évaluation des risques, afin de réduire le nombre d’inspections en repérant les 20 % d’entités économiques présentant le plus de risques. Les rapports d’inspection sont désormais soumis au format électronique.
Pertes et gaspillage alimentaires
En 2024, le Chili a commencé à élaborer une Stratégie nationale pour la prévention et la réduction des pertes et du gaspillage alimentaires. Son lancement est prévu pour le deuxième semestre 2025. En outre, un accord pour une production propre a été conclu en 2024 entre AB Chile (l’association de l’industrie agroalimentaire), l’Agence du changement climatique et de la durabilité (ASCC) et l’Office des études et des politiques agricoles (ODEPA). Cet accord est le premier à s’attaquer à la gestion des pertes et du gaspillage alimentaires dans l’ensemble du secteur des aliments et des boissons.
Le Plan d’action pour la conservation des aliments et la lutte contre le gaspillage alimentaire a été mis en application en Chine en novembre 2024. Il est destiné à optimiser l’exploitation de la production de céréales et d’oléagineux en renforçant l’utilisation des sous-produits de la transformation. Il préconise également l’utilisation et l’évaluation d’indicateurs de réduction des pertes et du gaspillage alimentaires, en particulier par les fournisseurs de services alimentaires, qui seraient soumis à des sanctions en cas de non-conformité.
La Roumanie a créé la Plateforme nationale pour la prévention et la réduction du gaspillage alimentaire afin de garantir une gestion et un suivi plus efficaces des mesures visant à éviter et à réduire ce gaspillage. Les acteurs économiques concernés de la filière agroalimentaire doivent désormais soumettre des rapports sur leurs donations alimentaires. L’Espagne a adopté la loi no 1/2025 relative à la prévention des pertes alimentaires et du gaspillage évitable, qui établit un cadre juridique complet recouvrant l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement – de la production à la consommation. Cette loi rend obligatoire l’établissement de plans de prévention par les entreprises, préconise le don de denrées alimentaires en surplus et définit une structure hiérarchique pour la gestion des déchets alimentaires. Elle prévoit en outre des sanctions pour les contrevenants et promeut la sensibilisation et l’éducation des consommateurs.
Besoins des consommateurs et nutrition
La nouvelle Agence nationale de nutrition de l’Indonésie pilote un nouveau programme, Repas nutritifs gratuits (MBG), qui témoigne de la priorité accordée à l’amélioration des apports nutritionnels. Ce programme promeut également les connaissances nutritionnelles et les régimes alimentaires sains, tout en cherchant à améliorer la fréquentation scolaire. Le programme MBG cible les élèves de tout âge, de même que les jeunes enfants et les femmes enceintes et allaitantes.
À Malte, dans le cadre de l’initiative Stabbiltà, les principaux importateurs et détaillants ont dû réduire les prix de détail recommandés d’aliments de base d’au moins 15 % par rapport à ceux en vigueur au 31 octobre 2023. En 2024, les Philippines ont mis en œuvre plusieurs programmes visant à améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition. Pour faire face à la hausse des prix des produits alimentaires, le pays a lancé deux programmes de subventionnement du riz en juillet et en août : le programme 29, qui a fourni du riz à 29 PHP (0.5 USD) le kilo aux groupes vulnérables, et le programme Riz pour tous (KNP Rice-for-All), qui a proposé du riz au prix initial de 45 PHP (0.8 USD) le kilo à l’ensemble de la population avant que celui-ci ne soit ramené à 40 PHP (0.7 USD). De plus, en vertu d’une ordonnance administrative conjointe, les citoyens âgés et les personnes handicapées ont bénéficié d’une réduction de 5 % sur les produits essentiels, plafonnée à 125 PHP (2 USD) par semaine. Le programme de délivrance de bons d’alimentation Walang Gutom 2027 a également été élargi et fournit chaque mois des bons d’alimentation à 300 000 ménages en situation d’insécurité alimentaire dans 10 régions.
L’Argentine a élaboré un manuel pour faciliter l’interprétation et l’application effective des règlements pris en vertu de la Loi pour la promotion d’une alimentation saine. Cette loi a rendu obligatoire l’apposition d’une ou plusieurs étiquettes de mise en garde pour chaque nutriment critique, selon qu’il convient, ainsi que de messages d’avertissement, par exemple, pour les édulcorants et la caféine.
Niveaux de soutien et tendances par pays
Copier le lien de Niveaux de soutien et tendances par paysCette section présente les résultats des estimations les plus récentes des mesures de soutien. Tandis que le chapitre 2 donnait une vue d’ensemble du soutien fourni collectivement par le groupe des pays de l’OCDE et par celui des économies émergentes (EE), le présent chapitre s’intéresse à l’approche adoptée par chacun des pays pour apporter ce soutien. Le constat est que tous les pays ne procèdent pas de la même façon pour aider les producteurs. Alors que la plupart des États membres de l’OCDE fournissent uniquement un soutien positif, un grand nombre des 54 pays couverts pratiquent à la fois le soutien positif et le soutien négatif. Le soutien net est négatif dans trois pays : l’Inde, l’Argentine et le Viet Nam. La composition du soutien est elle aussi variée, certains pays ayant recours au soutien des prix du marché (SPM) alors que d’autres n’y ont que très peu recours.
Le chapitre 2 a montré que les niveaux globaux de soutien n’avaient pas beaucoup évolué entre 2023 et 2024. Ce résultat général peut masquer une variation plus marquée du niveau de soutien pour des produits particuliers dans certains pays. Ces phénomènes s’expliquent souvent par les variations des prix mondiaux qui modifient le niveau du soutien des prix du marché pour un produit. Dans certains cas, ces variations peuvent même transformer un soutien positif en soutien négatif d’une année à l’autre, et inversement (encadré 3.1).
Encadré 3.1. Évolutions les plus marquées des chiffres en 2024
Copier le lien de Encadré 3.1. Évolutions les plus marquées des chiffres en 2024Voici une sélection des résultats de la collecte des données sur l’estimation du soutien aux producteurs (ESP) réalisée pour ce rapport. L’objectif n’est pas d’en fournir une liste complète, mais d’apporter quelques éclairages supplémentaires sur le contenu de la base de données. Les résultats ont été choisis en fonction de l’évolution en pourcentage estimée et en privilégiant les pays qui sont d’importants producteurs ou affichent d’ordinaire un soutien public d’un montant élevé (positif ou négatif). Les lecteurs intéressés sont invités à consulter les chapitres par pays où ils trouveront davantage de détails sur le cadre d’action national.
S’agissant du blé, les transferts budgétaires au titre d’un seul produit ont diminué de 92 % entre 2023 et 2024. Une grande partie de cette évolution s’explique par la modification des taxes à l’exportation en Argentine (diminution de 52 %), conséquence de l’évolution du prix de référence mondial (baisse de 65 %). De manière générale, les prix de référence du blé ont diminué notablement entre 2023 et 2024 avec l’amélioration des perspectives d’exportation de l’Ukraine et les récoltes globalement bonnes. Dans les pays de l’OCDE, le SPM du blé a diminué de 28 % en moyenne entre 2023 et 2024, bien qu’il ait augmenté dans les économies émergentes.
Pour le maïs, le SPM a enregistré une forte variation en Inde du fait de la baisse des prix de référence de 15 % et de la hausse des prix intérieurs de 10 %, Le SPM a ainsi augmenté de 2.3 milliards USD en un an. Si le SPM du maïs est resté globalement stable, il a aussi accusé de fortes variations en Indonésie, au Brésil, en Argentine et au Mexique.
En ce qui concerne le soja, c’est en Argentine que le SPM a le plus changé : après le pic de 2023, les prix intérieurs se sont normalisés en 2024 du fait de l’atténuation des conditions de sécheresse et de l’augmentation de la surface de culture du soja. Les prix à la production et les prix de référence ont également été nettement inférieurs au Brésil, au Japon, en Indonésie et aux États-Unis.
Les prix des œufs ont fluctué en Amérique du Nord, où la grippe aviaire a entraîné l’abattage de troupeaux et des chocs sur l’offre, notamment aux États-Unis, où les prix ont bondi de 50 % entre 2023 et 2024. Ces événements ont eu des répercussions sur le SPM au Canada et au Mexique, où le prix des œufs aux États-Unis sert de référence. Ainsi, le Mexique a enregistré un SPM négatif record pour les œufs en 2024. Les prix de référence élevés des œufs aux États-Unis ont maintenu le SPM des œufs à zéro au Canada les trois dernières années.
Le prix intérieur de la viande ovine au sein de l’Union européenne a augmenté de 15 % en raison d’un cheptel ovin réduit fin 2023, de mauvaises conditions météorologiques et de maladies ayant également pesé sur la production. En parallèle, le prix de référence a diminué de 9 %, entraînant une hausse du SPM, qui a atteint 565 millions USD après avoir été quasi nul les trois années précédentes.
Le SPM pour la viande de volaille a augmenté sensiblement en Colombie, en Inde et en Türkiye, ce qui s’explique en grande partie par l’augmentation des prix intérieurs, résultat de la hausse du coût des aliments pour animaux. À l’inverse, le SPM pour la viande de volaille a diminué au Royaume-Uni et en Corée sous l’effet du recul des prix intérieurs, qui s’explique par l’amélioration de l’offre et la baisse des coûts des intrants sur ces deux marchés nationaux.
Les pays où l’estimation du soutien total (EST) a le plus changé entre 2023 et 2024 sont l’Inde (de ‑4 milliards USD à ‑28 milliards USD), avec le retour à la normale de l’EST en 2024 après une EST négative exceptionnellement faible en 2023, le Kazakhstan (+106 %, principalement attribuable à l’augmentation du SPM pour le blé), l’Ukraine (+66 %, sous l’effet de la hausse du SPM pour les œufs) et l’Argentine (61 % plus négatif du fait du SPM pour le soja ; réduction du SPM négatif pour de nombreux autres produits).
Certaines des évolutions les plus importantes du soutien budgétaire ont concerné les paiements au titre de la production de produits autres que des produits de base. Les paiements dans cette catégorie ont également été 56 % plus élevés dans l’Union européenne, ce qui s’explique essentiellement par les dépenses nationales pour le rachat d’exploitations d’élevage. En Norvège, ces paiements ont été versés pour certains éléments de paysage comme les bandes tampons.
Les paiements au titre de l’utilisation d’intrants ont progressé de 56 % au Kazakhstan avec la mise en place d’un nouveau programme de crédit, et de 28 % en Indonésie avec une augmentation des aides pour les engrais ainsi que des paiements au titre du développement des cultures de plantation. Le soutien au titre des intrants a diminué de 48 % au Japon avec l’arrêt des aides temporaires pour les engrais, et de 74 % en Argentine, où plusieurs programmes ont été progressivement supprimés.
Les dépenses consacrées aux services d’intérêt général ont grimpé de 41 % aux Philippines du fait de la hausse des dépenses liées aux infrastructures et à la constitution de stocks publics. L’estimation du soutien aux services d’intérêt général (ESSG) a augmenté 19 % en Türkiye, ce qui s’explique aussi par l’augmentation des dépenses consacrées aux infrastructures d’irrigation.
Note : Tous les résultats de 2024 sont préliminaires et susceptibles d’être révisés. Les données sur le SPM sont fréquemment révisées, car elles dépendent des données relatives aux prix et aux quantités, qui sont souvent préliminaires au moment de la publication. Ces chiffres donnent une bonne indication des évolutions globales, mais les changements particuliers doivent être interprétés avec prudence.
Source : OCDE (2025), « Estimations du soutien aux producteurs et aux consommateurs », Suivi de la politique agricole (base de données), https://data-explorer.oecd.org/?lc=fr&pg=0.
Les niveaux de soutien sont très variés selon les pays
Le soutien aux producteurs en pourcentage des recettes agricoles brutes (ESP en %) s’est élevé en moyenne à 13 % dans la zone OCDE et à 6.8 % dans les économies émergentes entre 2022 et 2024. Les niveaux de soutien les plus élevés en pourcentage des recettes agricoles brutes sont tous relevés dans la zone OCDE (Graphique 3.1). La Norvège, l’Islande, la Suisse et la Corée fournissent toutes un niveau de soutien supérieur à 40 % des recettes agricoles brutes (RAB), tandis que les politiques de l’Inde, du Viet Nam et de l’Argentine se traduisent par un soutien négatif net. La plupart des pays ont réduit leur soutien en pourcentage des recettes agricoles ; seuls la Chine, le Kazakhstan, l’Indonésie, l’Ukraine et la Nouvelle-Zélande ont augmenté leur soutien ces vingt dernières années (sachant qu’il représentait moins de 10 % des RAB en 2000-02 dans chacun de ces pays) ; il y a lieu de préciser que l’ESP en % est très faible en Nouvelle-Zélande et en Ukraine.
Les pays affichant l’ESP en pourcentage le plus élevé (ou le plus négatif) sont également ceux où le SPM pèse lourd dans la panoplie de mesures, de sorte que les variations de prix peuvent avoir un effet non négligeable sur le soutien d’une année à l’autre. Par exemple, le SPM de l’Inde a été influencé par les cours mondiaux élevés de la viande bovine en 2024, et le SPM de la Corée pour les œufs a été multiplié par plus de deux en 2024 en raison d’une baisse des prix à la frontière (alors que le prix des œufs était plus élevé dans d’autres parties du monde).
Dans la plupart des pays, le soutien aux services d’intérêt général représente moins de 5 % de la valeur de la production.
Le soutien aux services d’intérêt général (ESSG) correspond généralement à une plus petite part de la production que le soutien aux producteurs (ESP). Seule l’ESSG du Japon, de la Suisse, de la Corée et de la Türkiye représente plus de 5 % de la valeur de la production. Parmi les pays examinés dans ce rapport, 13 ont une ESSG équivalant à moins de 2 % de la valeur de la production. Le sous-investissement dans le soutien aux services d’intérêt général peut représenter un risque pour la croissance durable de la productivité lorsque les producteurs ne possèdent ni les connaissances, ni l’infrastructure nécessaires pour optimiser leurs activités.
De manière générale, les dépenses consacrées à l’infrastructure sont la principale composante de l’ESSG, leur part s’élevant à 47 % en moyenne pour l’ensemble des pays couverts par ce rapport. Ces dépenses ciblent généralement l’irrigation, comme au Japon, qui investit massivement dans les systèmes d’irrigation pour produire du riz paddy. Parmi les autres pays qui investissent plus de la moitié de l’ESSG dans l’infrastructure figurent la Corée, les Philippines, l’Inde, le Chili, la Colombie, le Mexique, le Viet Nam et l’Indonésie.
Le système de connaissances et d’innovation agricoles est le deuxième plus gros poste de dépenses de l’ESSG, avec 22 % du total en moyenne. La Norvège, l’Union européenne, l’Australie et le Brésil y consacrent tous plus de la moitié de leur ESSG. Ces dépenses comprennent la création de connaissances agricoles, le transfert de connaissances agricoles et les services de vulgarisation. Par exemple, la Suisse affecte plus de la moitié de son budget réservé au système de connaissances et d’innovation agricoles à la recherche agronomique, tandis que 90 % des dépenses liées au système de connaissances et d’innovation agricoles du Brésil concernent l’éducation.
Les répercussions des politiques publiques sur les consommateurs consistent essentiellement en une variation des prix alimentaires
Le SPM, lorsqu’il est positif, est un transfert des consommateurs vers les producteurs, ou bien des producteurs vers les consommateurs lorsqu’il est négatif. Il représente la majeure partie de l’estimation du soutien aux consommateurs (ESC), même si certains pays se sont dotés d’importantes politiques budgétaires qui apportent un soutien aux consommateurs. C’est en Inde, aux États-Unis, au Viet Nam et en Argentine que le soutien aux consommateurs est le plus élevé en pourcentage des dépenses de consommation brutes (ESC en %), prenant la forme d’un panachage de soutien budgétaire et de SPM dans le premier pays, d’un soutien budgétaire dans le deuxième, et d’un SPM uniquement dans les deux derniers. En Corée, en Islande, au Japon et en Suisse, l’ESC en % est d’au moins -20 % par rapport aux dépenses brutes, ce qui témoigne du niveau élevé du SPM dont bénéficient les producteurs2. Le soutien aux consommateurs concerne à la fois les consommateurs finaux de produits agricoles et les clients de l’industrie qui transforment ces produits.
Les États-Unis sont le pays où le soutien budgétaire aux consommateurs a été le plus élevé, avec une aide aux ménages à bas revenu qui représentait 21 % des dépenses de consommation brutes en 2022-24 (graphique 3.3). L’Inde aussi a fourni un soutien budgétaire non négligeable aux consommateurs sous forme de distribution publique de céréales alimentaires, équivalant à plus de 5 % des dépenses de consommation. La Norvège et l’Indonésie sont les seuls autres pays où le soutien budgétaire aux consommateurs représentait plus de 1 % des dépenses de consommation. La Norvège subventionne les céréales et les oléagineux produits sur son territoire en réduisant leur prix de vente et l’Indonésie verse des subventions aux entreprises de transformation agroalimentaire. Pour 13 pays, aucun soutien budgétaire aux consommateurs n’est répertorié.
De nombreux pays continuent d’utiliser les formes de soutien susceptibles de créer le plus de distorsions
D’après les travaux passés et actuels de l’OCDE, les formes de soutien considérées comme pouvant avoir le plus d’effets de distorsion sur les décisions de production et les marchés sont le soutien des prix du marché, les paiements au titre de la production et les paiements au titre de l’utilisation sans contraintes d’intrants variables. Ces formes de soutien sont par ailleurs réputées pour être à la fois inefficaces et peu adaptées aux ménages qui ont le plus besoin d’aide. Les données montrent que l’utilisation de ces formes de soutien varie fortement selon les pays, certains les utilisant peu, tandis que pour d’autres, il s’agit du principal instrument d’action.
L’Inde arrive en tête des pays pour le poids des formes de soutien potentiellement les plus génératrices de distorsions en pourcentage des recettes agricoles brutes : elles y représentent 95 % du soutien total et 40 % des RAB, et la majorité prend la forme de mesures destinées à maintenir des prix bas pour les consommateurs. La Corée, l’Islande, le Japon, la Suisse, la Norvège et le Viet Nam utilisent tous les formes de soutien susceptibles de créer le plus de distorsions, principalement le soutien des prix du marché pour les produits principaux ou stratégiques, à hauteur de plus de 20 % des RAB (graphique 3.4). À l’autre extrémité du classement, ce soutien ne pèse que 0.29 % des RAB en Australie (essentiellement des prêts bonifiés aux agriculteurs) et moins de 1 % au Chili et aux États-Unis. Au Chili, il s’agit principalement d’un soutien au titre des intrants, notamment d’un programme de partage des coûts pour restaurer les sols agricoles. Aux États-Unis, il s’agit d’un SPM pour le sucre (le seul produit bénéficiant d’un SPM dans le pays) et d’une aide pour l’énergie et l’irrigation.
Dans les pays affichant l’ESP en pourcentage la plus élevée, les formes de soutien potentiellement les plus génératrices de distorsions continuent de représenter la majeure partie du soutien, mais leur part a diminué en Norvège et en Suisse, où 50 % du soutien environ prend désormais des formes moins distorsives. L’Union européenne et les États-Unis utilisent relativement peu les formes de soutien susceptibles de créer le plus de distorsions en pourcentage du total de l’ESP, avec des parts de 30 % et 10 % respectivement.
Le soutien des prix du marché a tendance à cibler des produits de base particulièrement importants
Le choix des produits bénéficiant d’un SPM ciblé dépend des objectifs nationaux, qui peuvent être influencés par des facteurs tels que la volonté d’autosuffisance du pays et la dépendance des consommateurs à l’égard de certains produits. Par exemple, un produit de base dont le pays est un gros importateur net est souvent traité différemment d’un produit qui est exporté, comme le révèlent l’éventail de stratégies adoptées et le champ d’application du SPM par produit dans les pays examinés dans ce rapport.
Les pays utilisent très souvent le SPM afin d’atteindre un seuil d’autosuffisance pour des produits agricoles stratégiques. C’est le cas pour le riz dans des pays où il constitue un aliment de base, notamment le Japon, la Corée, les Philippines et le Viet Nam. En Norvège, en Islande et en Suisse, ce sont les marchés des produits animaux qui font l’objet des plus grandes attentions, l’objectif étant d’encourager l’autosuffisance alimentaire et de maintenir des activités de production traditionnelles.
L’Argentine utilise les taxes sur les exportations de plusieurs produits pour maintenir des prix intérieurs bas et comme source de recettes. Les taxes les plus élevées concernent le soja. L’Inde utilise les mesures aux frontières pour maintenir les prix intérieurs de certains produits dans la fourchette visée, en particulier ceux des céréales de base, et applique une série de mesures ciblant la commercialisation des produits qui abaissent les prix à la sortie de l’exploitation. En Inde et au Viet Nam, le SPM du produit le plus taxé implicitement s’élève respectivement à -134 % et -95 % des recettes agricoles brutes du produit, mais il existe aussi au moins un produit qui fait l’objet d’un SPM positif équivalant à 25 % et 34 % des recettes respectivement (graphique 3.5) (voir l’encadré 2.2 pour plus d’informations sur le mode de calcul du SPM).
Certains pays peuvent afficher un faible taux de SPM moyen masquant le fait que certains produits bénéficient d’un soutien bien plus élevé que d’autres, et que certains sont implicitement taxés. En Indonésie, par exemple, le SPM total représentait 3 % des recettes agricoles brutes en 2022-24. Or, ce soutien équivalait à 39 % des recettes brutes liées à la production de sucre, et à -24 % de celles associées à la production d’huile de palme3. Aux États-Unis, le SPM s’est établi autour de 0.5 % des RAB en moyenne, mais a représenté 34 % des recettes brutes dans le cas du sucre. Ces chiffres reflètent le fait que le sucre ne représente qu’une petite partie de la production agricole totale, de sorte que ce soutien a peu d’effet sur la moyenne nationale.
Graphique 3.5. Dans la plupart des pays, le SPM varie sensiblement selon les produits
Copier le lien de Graphique 3.5. Dans la plupart des pays, le SPM varie sensiblement selon les produitsAmpleur relative du soutien des prix du marché des différents produits par pays, 2022-24, en pourcentage des recettes agricoles brutes du produit
Note : Le point bleu du haut indique le SPM en pourcentage des recettes brutes du produit faisant l’objet du soutien le plus fort. Le point bleu du bas représente le produit bénéficiant du soutien le plus faible ou pour lequel le soutien est le plus négatif. Le point noir correspond au SPM moyen en pourcentage des recettes agricoles brutes pour l’ensemble du pays.
Source : OCDE (2025), « Estimations du soutien aux producteurs et aux consommateurs », Suivi de la politique agricole (base de données), https://data-explorer.oecd.org/?lc=fr&pg=0.
Les formes de soutien qui créent moins de distorsions sont très variées
D’autres formes de soutien sont considérées comme moins susceptibles d’engendrer des effets de distorsion de la production et des échanges. Cela inclut les paiements reposant sur la superficie cultivée, le nombre d’animaux, les recettes ou le revenu (S/Na/Rec/Rev), ainsi que les paiements accordés selon des critères non liés à des produits de base4. Ils sont considérés comme ayant moins d’effets de distorsion, car ils ne sont pas directement liés au prix ou à la quantité produite d’un produit donné, bien que la production soit parfois un critère d’éligibilité.
C’est en Norvège, en Suisse, en Islande et dans l’Union européenne que la part du soutien considéré comme moins susceptible d’engendrer des effets de distorsion, exprimée en pourcentage des recettes agricoles brutes, est la plus élevée (graphique 3.6). Pour une partie des pays qui utilisent le plus ce type de soutien, certains signes montrent que sa composition se modifie : les paiements traditionnels fondés sur la superficie cultivée ou le nombre d’animaux sont abandonnés au profit de formes de soutien encore moins liées à la production. En Suisse, ce changement traduit l’importance croissante des paiements accordés selon des critères non liés à des produits de base, qui ont représenté 6 % des RAB en 2022-24, soit le plus haut niveau parmi tous les pays couverts par ce rapport (le Mexique utilise également beaucoup les formes de soutien fondées sur des critères non liés à des produits de base avec son programme d’agroforesterie Sembrando Vida). En 2003, la Norvège a mis en place un paiement au titre du paysage culturel et une aide structurelle aux producteurs laitiers. En Islande, le paiement direct aux producteurs de viande ovine est la forme de soutien de ce type la plus développée. Le soutien a évolué au sein de l’Union européenne au fil des réformes de la PAC, dont l’instrument phare est désormais le mécanisme d’aide de base au revenu, qui ne nécessite pas d’avoir une production.
Parmi les économies émergentes, la Chine et l’Inde ont commencé à fournir ce type de soutien, alors que les montants versés jusqu’ici étaient très faibles. En Chine, l’objectif est de développer la production agricole et en Inde, ce soutien est fourni grâce au mécanisme d’aide au revenu PM-KISAN.
Graphique 3.6. En pourcentage des recettes agricoles brutes, c’est en Norvège et en Suisse que le soutien est le moins couplé à la production
Copier le lien de Graphique 3.6. En pourcentage des recettes agricoles brutes, c’est en Norvège et en Suisse que le soutien est le moins couplé à la productionUtilisation et composition des formes de soutien moins couplées à la production dans certains pays, 2000-02 et 2022-24, en pourcentage des recettes agricoles brutes
Note : Le graphique présente les pays dont la part des paiements accordés au titre de la superficie cultivée, du nombre d’animaux, des recettes et du revenu (S/Na/Rec/Rev) et selon des critères non liés à des produits de base a dépassé 1 % durant la période 2022-24. Les pays sont classés en fonction de la part totale des paiements pour 2022-24. L’Union européenne fait référence à l’UE15 pour 2000-02 et à l’UE27 pour 2022-24. Les données relatives au Royaume-Uni ne sont pas disponibles pour 2000-02.
Source : OCDE (2025), « Estimations du soutien aux producteurs et aux consommateurs », Suivi de la politique agricole (base de données), https://data-explorer.oecd.org/?lc=fr&pg=0.
Conclusions
Copier le lien de ConclusionsL’ESP en pourcentage diminue un peu partout en raison de l’augmentation de la valeur de la production agricole, mais avec toutefois de nettes disparités
L’ESP en pourcentage, ou l’ESP exprimée en pourcentage des recettes agricoles brutes (RAB), reste l’indicateur central de l’ampleur des interventions publiques dans le secteur agricole. Les variations importantes d’un pays à l’autre reflètent les différences en termes d’objectifs d’action et de mécanismes de mise en œuvre. L’ESP en pourcentage moyenne était particulièrement élevée en Suisse, en Islande, en Norvège et en Corée, s’établissant entre 40 % et 49 %, ce qui révèle un fort soutien aux revenus par le biais de l’action publique. À l’inverse, des valeurs négatives comprises entre -11 % et -15 % ont été observées en Argentine, au Viet Nam et en Inde, où la politique en vigueur revient à imposer une taxe implicite nette aux producteurs.
La diminution de l’ESP en pourcentage observée à l’échelle globale au cours des deux dernières décennies est visible dans la plupart des pays étudiés dans le présent rapport et tient principalement à la hausse de la valeur de la production (en termes nominaux, le soutien demeure proche de ses niveaux record). Il convient de noter que la République populaire de Chine (ci-après « la Chine ») est le seul pays à avoir augmenté de façon significative son soutien aux producteurs en termes relatifs, puisque celui-ci est passé de 5 % des RAB en 2000-02 à 13 % en 2022-24.
La composition du soutien varie selon les pays et les produits
La composition du soutien varie fortement. L’Inde est le pays qui s’appuie le plus sur les formes de soutien susceptibles d’entraîner les distorsions les plus importantes de la production et des échanges. Ces formes de soutien représentent 95 % des transferts totaux aux producteurs et 40 % des RAB, et visent en majorité à maintenir des prix bas pour les consommateurs. En revanche, en Australie, au Chili et aux États-Unis, ces mesures représentent moins de 1 % des RAB, ce qui reflète une intervention minime sur les marchés. On constate une nette diminution du recours aux mesures susceptibles de générer des distorsions au Japon, en Norvège, en Suisse et en Islande, où ces instruments ont eu un rôle majeur dans le passé.
Cependant, les chiffres globaux peuvent masquer le fait que certains produits bénéficient d’un soutien et d’autres, non. Certains pays, dont l’Inde, le Viet Nam, l’Indonésie et le Kazakhstan, pratiquent un SPM positif pour certains produits, mais négatif pour d’autres. Ces différences de traitement entre les produits compliquent l’interprétation des niveaux de soutien globaux et de leurs effets probables.
La plupart des paiements sont liés à la production
Les transferts jugés moins générateurs de distorsions sur les marchés, tels que ceux au titre de droits antérieurs (p. ex., superficie cultivée, nombre d’animaux ou niveau de revenus), restent courants. Toutefois, les paiements reposant sur des critères sans rapport avec les produits sont rares. La Suisse et le Mexique constituent des exceptions notables à cet égard : ces deux pays consacrent une part relativement importante du soutien à des mécanismes sans rapport avec des produits, qui visent des objectifs environnementaux et sociaux plus généraux.
Les pays affichant de forts niveaux de soutien aux producteurs sont également ceux où le soutien aux services d’intérêt général est le plus élevé
Les investissements dans les services d’intérêt général (p. ex., R-D, infrastructure, systèmes d’inspection) ont diminué par rapport à la production sectorielle. Cependant, il existe des différences marquées entre les pays. Le Japon, la Corée et la Suisse ont consacré chacun plus de 7 % de la valeur de la production agricole à ces services pendant la période de référence. À l’autre extrémité du classement, l’Argentine, le Brésil et l’Ukraine ont dépensé moins de 1 % de la valeur de la production du secteur dans les services d’intérêt général.
L’infrastructure reste le premier poste de dépenses dans la plupart des pays, notamment au Japon, en Corée, aux Philippines, en Türkiye, au Chili et au Viet Nam. La Suisse, la Norvège et la Corée affectent également des ressources significatives au système de connaissances et d’innovation agricoles, avec des dépenses pouvant atteindre 4.2 % de la valeur de la production.
L’effet des mesures sur les consommateurs varie considérablement, certains pays privilégiant l’accessibilité financière
Dans la plupart des pays, le soutien des prix du marché fait augmenter les prix intérieurs et taxe implicitement les consommateurs. À l’inverse, certains pays, dont l’Inde, le Viet Nam et l’Argentine, appliquent des mesures qui font baisser les prix nationaux par rapport aux prix mondiaux et apportent ainsi concrètement un soutien aux consommateurs.
Un nombre relativement restreint de pays a recours à des transferts budgétaires ciblant les consommateurs, principalement ceux ayant de faibles revenus. Les États‑Unis, l’Inde, la Norvège et l’Indonésie sont les pays qui, en proportion des dépenses de consommation, ont le plus investi dans ce type de soutien ciblé aux consommateurs.
Référence
[1] Asai, M. et J. Antón (2024), Social issues in agriculture in rural areas, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/fec15b38-en.
Notes
Copier le lien de Notes← 1. La Corée définit l’agriculture intelligente comme l’utilisation de technologies de pointe pour optimiser la production et la durabilité.
← 2. En 2023, la Norvège affichait le 5e ESC en pourcentage le plus élevé, mais en 2024, elle ne se classait qu’au dixième rang, ce qui reflète l’évolution du niveau du SPM.
← 3. Les recettes agricoles brutes par produit incluent la valeur de la production du produit en question plus les transferts éventuels découlant des mesures publiques prises le concernant.
← 4. Voir le chapitre 2 pour une description plus détaillée du contenu de ces catégories de l’ESP.