La façon dont les individus évaluent eux-mêmes leur santé donne une idée globale de la santé physique et mentale de la population. Ce point de vue sur la qualité de vie complète les indicateurs d’espérance de vie et de mortalité, qui mesurent uniquement la survie (OCDE, 2025[1]). Malgré son caractère subjectif, l’état de santé auto-déclaré est généralement un indicateur prévisionnel fiable de la mortalité et des besoins de soins futurs (Palladino et al., 2016[2]). Les comparaisons internationales sont néanmoins compliquées par les différences socioculturelles, mais aussi par des différences de caractéristiques socioéconomiques et démographiques (en particulier, les populations plus pauvres et plus âgées sont plus susceptibles de faire état de problèmes de santé, toutes choses égales par ailleurs) et par la formulation des questions d’enquête (voir l’encadré « Définition et comparabilité »).
En moyenne, dans les pays de l’OCDE, environ 8 % des adultes s’estimaient en mauvaise santé en 2023 (Graphique 3.22), pourcentage qui variait de plus de 13 % au Japon et en Lettonie, de 12 % en Estonie et au Portugal, à moins de 3 % en Colombie et en Nouvelle‑Zélande. La Corée, le Japon et le Portugal présentent des taux d’espérance de vie particulièrement élevés, mais une assez forte proportion de personnes se déclarant en mauvaise santé. En règle générale, les femmes ont tendance à faire état d’un moins bon état de santé que les hommes, ce qui témoigne de différences dans la perception de la santé, l’accès aux soins et la prévalence de certaines maladies chroniques. La différence entre les hommes et les femmes lorsqu’il s’agit de l’état de santé auto-déclaré comme insatisfaisant est la plus prononcée en Corée, en Lituanie et au Portugal, avec des écarts de près ou de plus de 4 p.p. Les différences entre les genres sont nettement moindres en Australie, au Canada, en Colombie et en Suisse.
Dans tous les pays de l’OCDE, les personnes à faible revenu jugent en moyenne moins favorablement leur état de santé que les personnes à revenu élevé (Graphique 3.23). En moyenne, en 2023, plus de 80 % des adultes du quintile supérieur de revenu se déclaraient en bonne ou très bonne santé, contre 59 % des adultes du quintile inférieur. Les disparités socioéconomiques sont particulièrement marquées en Lettonie et en Lituanie, avec un écart de revenu de 40 p.p. ou plus. Ces disparités tiennent probablement en grande partie à des différences de comportement (tabagisme, consommation nocive d’alcool, et autres facteurs de risques) (voir au chapitre 4 « Déterminants non médicaux et facteurs de risque »). Les disparités socioéconomiques sont relativement faibles en Nouvelle‑Zélande et en République slovaque, où l’écart est de moins de 8 p.p..
L’état de santé auto-déclaré a tendance à diminuer avec l’âge. Dans de nombreux pays, ce déclin est particulièrement marqué à compter de 45 ans, et s’accentue après l’âge de la retraite (voir la section intitulée « État de santé et incapacité autodéclarés à 65 ans » au chapitre 10). Les données de l’enquête PaRIS auprès de personnes souffrant de maladies chroniques indiquent que, en moyenne dans 17 pays de l’OCDE, 65 % des usagers de services de soins primaires âgés de 45 ans et plus déclarent être en bonne, très bonne ou excellente santé, soit beaucoup moins que les 91 % d’usagers de services de soins primaires âgés de 45 ans et plus sans maladie chronique (Graphique 3.24) (OCDE, 2025[1]). Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, ce sont les usagers de services de soins primaires âgés de 45 ans et plus atteints de maladies chroniques du Canada, des États-Unis et de la Suisse qui font état du meilleur état de santé, avec près ou plus de 80 % d’entre eux estimant leur santé générale satisfaisante. En revanche, en Italie et au Portugal, environ 40 % ou moins déclarent être en bonne santé. Ces différences peuvent tenir à des variations dans la manière dont les pays gèrent la prise en charge des maladies chroniques ou assurent l’accès aux services de soins primaires.
La comparaison des usagers des services de soins primaires qui ne sont pas atteints de maladie chronique révèle des différences moins marquées entre les pays. Plus de 95 % des usagers des services de soins primaires sans maladie chronique en Belgique, au Canada, aux États-Unis, en France et en Suisse ont déclaré être en bonne santé. En revanche, l’Italie et le Portugal affichent les plus faibles pourcentages, avec moins de 80 % déclarant être en bonne santé.