Les pays de l’OCDE ont généralement moins recours au personnel infirmier formé à l’étranger qu’aux médecins formés à l’étranger. En 2023, 8.8 % des infirmiers étaient formés à l’étranger (Graphique 8.26), ce qui est bien en-deçà de la moyenne de 19.6 % constatée pour les médecins. Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cet écart : les études d’infirmier sont moins chères et plus courtes, la reconnaissance des diplômes étrangers peut être plus difficile, et les immigrés sont plus nombreux à occuper des postes pour lesquels ils sont surdiplômés ou à quitter purement et simplement la profession.
Malgré tout, les effectifs d’infirmiers formés à l’étranger ont fortement augmenté dans les pays de l’OCDE, pour s’établir à plus de 800 000 en 2023, soit une hausse de près de 69 % depuis 2010. Cette tendance se vérifie dans la plupart des pays de l’OCDE. Si les séries chronologiques disponibles pour l’Irlande sont plus limitées, la proportion d’infirmiers formés à l’étranger a augmenté pour passer de 47 % en 2021 à 52 % en 2023 (et à 54 % en 2024). La Nouvelle‑Zélande, la Suisse et le Royaume‑Uni comptent également une part importante et croissante d’infirmiers formés à l’étranger. Comme pour les médecins, les infirmiers formés à l’étranger se concentrent dans quelques grands pays de destination : les États-Unis, le Royaume‑Uni et l’Allemagne concentrent plus de 60 % du total des effectifs d’infirmiers formés à l’étranger, et les dix principaux pays de destination représentent 92 % du total.
Si le recours aux infirmiers formés à l’étranger est moindre que pour les médecins, ils représentaient tout de même en moyenne un infirmier supplémentaire sur cinq (21 %) dans les pays de l’OCDE entre 2010 et 2023 (Graphique 8.27). Leur contribution a été particulièrement marquée au Royaume‑Uni, puisque les infirmiers formés à l’étranger ont contribué à hauteur de 83 % à l’augmentation des effectifs totaux d’infirmiers (passant de 70 000 à 170 000 en valeur absolue). Ils ont aussi joué un rôle important dans la hausse des effectifs d’infirmiers en Suisse (58 %), en Nouvelle‑Zélande (55 %), en Australie (33 %), en Allemagne (26 %) et aux Pays-Bas (26 %). En Irlande, où les séries chronologiques sont plus limitées, les infirmiers formés à l’étranger ont contribué à hauteur de 92 % à l’augmentation des effectifs totaux entre 2021 et 2024.
Si l’on se concentre sur le lieu de naissance plutôt que sur le lieu de formation, le nombre d’infirmiers nés à l’étranger travaillant dans les pays de l’OCDE a plus que doublé depuis 20 ans. Les principaux pays d’origine des infirmiers travaillant dans les pays de l’OCDE en 2020‑2021 étaient les suivants : Philippines (270 000 infirmiers environ exerçant dans les pays de l’OCDE), Inde (120 000), Pologne (64 000) et Nigéria (54 000). Le Code de pratique mondial pour le recrutement international des personnels de santé de l’OMS a été adopté en 2010 pour atténuer l’éventuelle « fuite des cerveaux » des pays d’origine, en encourageant un recrutement éthique et en conciliant les intérêts des pays d’origine et d’accueil tout en protégeant les droits des professionnels de santé immigrés. Depuis sa révision de 2023, le code contient une Liste d’appui et de sauvegarde pour les personnels de santé qui couvre 55 pays exposés aux plus graves tensions en matière de personnels de santé et il précise que le recrutement actif dans ces pays doit être évité à moins d’être accompagné de mesures compensatoires. En 2020‑2021, environ 257 000 infirmiers exerçant dans les pays de l’OCDE étaient originaires d’un pays confronté à de graves tensions en matière de personnels de santé, dont un grand nombre en provenance du Nigéria (54 000), de Haïti (35 800) et du Ghana (21 400) (OCDE, 2025[1]).
Les entrées annuelles d’infirmiers formés à l’étranger sont en hausse dans presque tous les grands pays de destination depuis 2010 (Graphique 8.28). Si la plupart de ces pays ont enregistré un recul des entrées en 2020‑2021 lors de la pandémie de COVID‑19, cette contraction a été suivie par de nets rebonds marqués par des entrées annuelles supérieures à celles enregistrées avant la crise. Le Royaume‑Uni illustre les efforts intensifs de recrutement à l’international et incarne un nouveau profil, celui de « tremplin » vers d’autres destinations. Les entrées d’infirmiers formés à l’étranger ont été multipliées par sept, passant de 3 000 à plus de 21 000 entre 2010 et 2023, mais certains d’entre eux peuvent partir dans d’autres pays par la suite. Les demandes de Certificate of Current Professional Status, attestation obligatoire pour pouvoir travailler à l’étranger, ont nettement augmenté ces dernières années au Royaume‑Uni, plus de quatre cinquièmes d’entre elles concernant les États‑Unis, l’Australie ou la Nouvelle‑Zélande (The Health Foundation, 2024[2]). Cette situation souligne les risques d’une forte dépendance à l’égard des personnels infirmiers étrangers. L’émigration secondaire est un phénomène qui n’est ni nouveau ni propre au Royaume‑Uni. La Nouvelle‑Zélande par exemple enregistre depuis longtemps des déplacements de personnel infirmier étranger vers l’Australie dans le cadre de l’Accord de reconnaissance mutuelle Trans-Tasman.