Le niveau de rémunération du personnel infirmier est sujet à controverse depuis de nombreuses années. La pandémie de COVID‑19 et, plus récemment, la crise du coût de la vie, ont attiré l’attention sur le niveau de rémunération du personnel infirmier, et sur la question de savoir si ce niveau était suffisant pour attirer du personnel dans la profession et le retenir.
En 2023, les infirmiers exerçant en milieu hospitalier percevaient, en moyenne dans les pays de l’OCDE, une rémunération 20 % supérieure au salaire moyen de l’ensemble des travailleurs. Toutefois, en Suisse, au Royaume‑Uni, en Finlande et en Italie, les infirmiers percevaient un salaire inférieur au salaire moyen, tandis qu’au Mexique, en Pologne, au Chili, et en Tchéquie, leur revenu était au moins 50 % supérieur au salaire moyen (Graphique 8.15, partie gauche).
Le Graphique 8.15 (partie droite) compare la rémunération des personnels infirmiers exerçant en milieu hospitalier sur la base d’une monnaie commune (dollar américain), après prise en compte des différences de pouvoir d’achat, afin de donner une indication du bien-être économique relatif du personnel infirmier dans les différents pays. En 2023, les infirmiers au Luxembourg percevaient une rémunération plus de trois fois supérieure à celle de leurs homologues au Mexique, au Portugal, en Bulgarie et en Grèce. De manière générale, les infirmiers des pays d’Europe centrale et orientale et du Sud perçoivent des rémunérations inférieures à la moyenne de l’OCDE, ce qui peut en partie expliquer pourquoi un grand nombre d’entre eux choisissent d’émigrer vers d’autres pays de l’UE. La rémunération des infirmiers aux États-Unis est plus élevée que dans la plupart des autres pays de l’OCDE, ce qui est l’une des raisons pour lesquelles les États-Unis sont en mesure d’attirer chaque année plusieurs milliers d’infirmiers étrangers (voir l’indicateur « Migrations internationales de personnel infirmier »).
Dans la plupart des pays de l’OCDE, la rémunération des infirmiers a augmenté en valeur réelle pendant les années qui ont précédé la pandémie. C’est particulièrement le cas dans les pays d’Europe centrale et orientale et dans les pays baltes. En Pologne, en Lettonie et en Lituanie, les infirmiers ont vu leur rémunération augmenter de 9 à 11 % par an en valeur réelle en moyenne dans les années qui ont précédé la pandémie, ce qui a permis de réduire l’écart avec les autres pays de l’UE (Graphique 8.16). En Hongrie, en République slovaque et en Tchéquie, leur rémunération a augmenté de 6 % par an. En revanche, les rémunérations ont baissé en valeur réelle entre 2013 et 2019 en en Grèce, en Irlande et au Portugal, de l’ordre de 1 % par an ou plus, conséquence des mesures d’ajustement prises pour maîtriser les dépenses publiques au lendemain de la crise financière et de la crise de la dette.
Entre 2019 et 2023, le personnel infirmier a vu sa rémunération augmenter en valeur réelle dans la moitié seulement des pays de l’OCDE. En Lituanie et en Lettonie, le personnel infirmier a bénéficié d’importantes augmentations de salaire annuelles (de près de 10 %, voire plus). La croissance annuelle des salaires a également été dynamique en Pologne, en Hongrie, en République slovaque, en France et en Estonie, à plus de 4 %. En revanche, la rémunération des infirmiers a diminué en valeur réelle de plus de 1 % par an en Nouvelle‑Zélande, au Chili, en Italie, aux Pays-Bas et au Royaume‑Uni.
Deux tendances contradictoires peuvent expliquer en partie les écarts dans l’évolution de la rémunération du personnel infirmier entre 2019 et 2023. D’un côté, dans de nombreux pays, une large part du personnel infirmier et des autres professionnels de santé ont reçu une prime « COVID‑19 » en 2020 et en 2021 en reconnaissance du rôle de premier plan qu’ils ont joué durant la pandémie. Néanmoins, ces primes ont souvent été versées sous forme de paiements forfaitaires et n’ont donc pas été prises en compte dans les salaires habituels (à quelques exceptions près, dont la Slovénie). De l’autre côté, l’augmentation modeste des salaires nominaux a souvent été compensée par une inflation élevée lors des crises du coût de la vie et de l’énergie, ce qui a débouché sur des taux de croissance négatifs en valeur réelle. Le personnel infirmier n’a pas été la seule catégorie de travailleurs touchée par ce phénomène. Dans de nombreux pays, les salaires réels moyens ont diminué entre 2021 et 2023 en raison de l’inflation (OCDE, 2024[1]).