Le personnel infirmier occupe un rôle central dans la prestation des soins et constitue la catégorie la plus nombreuse des professionnels de santé dans la plupart des pays de l’OCDE. La plupart des personnels infirmiers sont employés à l’hôpital, mais ils sont également nombreux dans les établissements de soins de longue durée et dans le secteur extrahospitalier. En 2023, on comptait 9.2 infirmiers en exercice pour 1 000 habitants en moyenne dans les pays de l’OCDE, contre 8.1 en 2013. En 2023, les effectifs de personnel infirmier étaient compris entre 3 pour 1 000 habitants ou moins en Colombie, en Türkiye et au Mexique et plus de 15 pour 1 000 habitants en Suisse, en Norvège et en Islande (Graphique 8.13). Les pays candidats à l’adhésion à l’OCDE comptent moins d’infirmiers par habitant que la moyenne de l’OCDE, même si leur nombre a sensiblement augmenté au cours des dix dernières années en Roumanie, en Croatie et au Brésil, mais pas en Bulgarie.
Le nombre d’infirmiers par habitant est en hausse dans la plupart des pays de l’OCDE depuis une dizaine d’années ; toutefois, il reste stable dans certains pays et a même légèrement reculé dans quelques pays (comme l’Islande et la Lettonie). Les hausses ont été particulièrement marquées en Suisse, en Australie, en Slovénie et en Corée, en grande partie sous l’effet de l’augmentation du nombre de nouveaux diplômés des programmes de formation en soins infirmiers (voir l’indicateur « Personnel infirmier nouvellement diplômé »). En Suisse, cette progression peut aussi s’expliquer par une forte augmentation du nombre de personnels infirmiers « de niveau intermédiaire » moins qualifiés que les infirmiers « de niveau supérieur ». En effet, ces dix dernières années, le nombre d’infirmiers de niveau intermédiaire en Suisse a augmenté de plus de 50 % tandis que celui des infirmiers de niveau supérieur a progressé de 20 %.
Dans certains pays, l’embauche de personnel infirmier formé à l’étranger joue aussi un rôle important. Par exemple, en Irlande, le personnel infirmier formé à l’étranger a contribué à hauteur de 92 % à la croissance globale des effectifs infirmiers entre 2021 et 2024. Il a également contribué à hauteur de plus de 80 % à la progression des effectifs de personnel infirmier au Royaume‑Uni et en Nouvelle‑Zélande ces dernières années (voir l’indicateur « Migrations internationales de personnel infirmier »).
Dans plusieurs pays, un grand nombre de personnels infirmiers ont fait état d’une détérioration de leurs conditions de travail pendant et après la pandémie de COVID‑19, et une forte proportion déclaraient ne pas être satisfaits au travail et envisager de quitter leur emploi (OCDE, 2023[3]). Selon de récentes enquêtes menées auprès du personnel hospitalier, en moyenne dans les pays de l’OCDE pour lesquels on dispose de données, une majorité d’infirmiers (56 %) dans les établissements hospitaliers estiment que les effectifs et le rythme de travail ne permettent pas d’assurer la sécurité des soins (voir l’indicateur « Sécurité des soins aigus – culture sur le lieu de travail et vécu des patients » dans le chapitre 6). Des craintes se sont exprimées dans certains pays en 2021 quant à une « grande démission » des infirmiers et des autres professionnels de santé, y compris aux États-Unis et au Royaume‑Uni. Toutefois, des données récentes sur le Royaume‑Uni montrent une certaine stabilisation : 10.1 % des personnels infirmiers et autres soignants dans les établissements hospitaliers et les services de proximité ont ainsi quitté le National Health Service entre septembre 2023 et septembre 2024, contre 12.5 % entre septembre 2021 et septembre 2022, au pic de la vague de départs. Cette amélioration a été favorisée par un programme spécifiquement conçu pour accroître les taux de maintien en poste (NHS England, 2025[8]).
Les infirmiers sont plus nombreux que les médecins dans la plupart des pays de l’OCDE. En moyenne, on compte 2.5 infirmiers pour un médecin. Ce ratio s’inscrit dans une fourchette comprise entre 1.2 ou moins en Colombie, au Mexique, en Türkiye et en Lettonie, ainsi qu’en Bulgarie, pays candidat à l’adhésion, et plus de 4.0 au Japon, en Finlande, aux États-Unis et en Suisse (Graphique 8.14). Plusieurs pays ont pris des mesures pour renforcer les fonctions exercées par le personnel infirmier dans l’objectif d’améliorer l’accès aux soins et de faire face aux pénuries de médecins, à l’instar des fonctions d’« infirmiers praticiens » et d’« infirmiers de famille et de proximité ». Les infirmiers en pratique avancée ont généralement un niveau de formation supérieur (de niveau master le plus souvent) et sont autorisés à jouer un rôle plus actif dans le diagnostic des maladies et la prescription des médicaments et autres traitements, sous la supervision ou non de médecins. Aux États‑Unis, le nombre d’infirmiers praticiens a augmenté plus rapidement que les effectifs totaux de personnel infirmier entre 2013 et 2023, et il devrait continuer à progresser fortement entre 2023 et 2033. Les évaluations des infirmiers praticiens dans les soins primaires dans plusieurs pays montrent que ce personnel infirmier en pratique avancée permet d’améliorer l’accès aux services de santé et de réduire les délais d’attente pour certains patients, en particulier ceux qui rencontrent des problèmes de santé mineurs ou qui ont besoin d’un suivi ordinaire, et peut assurer dans le même temps des soins de qualité équivalente à ceux dispensés par les médecins. Ces évaluations font également ressortir un taux de satisfaction élevé des patients (Brownwood et Lafortune, 2024[9]).