La démence est un défi mondial majeur du vieillissement de la population. Elle couvre les troubles cérébraux, dont la maladie d’Alzheimer, qui entraîne une détérioration progressive et la mort des cellules cérébrales, provoquant une dégradation graduelle des capacités fonctionnelles et des relations sociales de l’individu. À ce jour, il n’existe pas de traitement curatif et les traitements modifiant le cours de la maladie ne font que ralentir sa progression, au risque d’entraîner des effets secondaires.
Avec le vieillissement démographique, le nombre de personnes souffrant de démence devrait lui aussi augmenter. Dans 19 pays de l’OCDE, on estimait en moyenne que 61 personnes pour 1 000 habitants âgés de 65 ans et plus souffraient de démence en 2023 (Graphique 10.7), avec des taux allant de 24 pour 1 000 en Colombie à 122 pour 1 000 au Japon, bien que les différences dans les taux de diagnostic, les définitions et les mesures nuisent à la comparabilité internationale.
Au moins 24 pays de l’OCDE sur 29 ont des plans spécifiques relatifs à la démence, qui visent à améliorer la prévention, le diagnostic et les soins prodigués aux personnes atteintes de cette maladie (OCDE, à paraître[1]). La prévention de la démence reste un enjeu complexe, même si environ 45 % des cas de démence dans le monde sont liés à des facteurs de risque modifiables, comme la prise en charge des maladies chroniques (Livingston et al., 2024[2]). Une intervention rapide peut retarder la progression de la maladie, mais exige un diagnostic précoce. Au moins 23 pays de l’OCDE ont mis en place des orientations en matière de diagnostic pour aider les professionnels de santé à reconnaître les symptômes et à rationaliser les parcours diagnostics.
Les progrès récents dans la recherche‑développement pharmaceutique ont suscité de nouveaux espoirs en ce qui concerne le traitement de la démence. Si ces nouveaux médicaments visent à ralentir la progression de la maladie d’Alzheimer, des effets secondaires non négligeables, un rapport coût-efficacité défavorable, des pratiques cliniques limitées et la charge administrative importante qu’ils représentent restreignent leur disponibilité, ce qui incite les pays à faire preuve de prudence avant de les intégrer dans leurs systèmes de santé. En juillet 2025, le donanemab (Kisunla) a été autorisé en Australie, au Japon, au Mexique, au Royaume‑Uni et aux États-Unis, tandis que le lecanemab (Leqembi) l’a été dans l’Union européenne, en Israël, au Japon, en Corée, au Royaume‑Uni et aux États-Unis, avec un taux de remboursement variable selon les pays.
Dans le traitement de la démence des formes légères à modérées, les interventions multidimensionnelles sur le mode de vie (telles que l’étude finlandaise sur les interventions gériatriques visant à prévenir les troubles cognitifs et le handicap (FINGER)) et les approches non pharmacologiques (telles que la kinésithérapie et la musicothérapie) donnent des résultats prometteurs. Néanmoins, le niveau de mise en œuvre varie selon les pays.
À mesure que la maladie progresse, de nombreuses personnes atteintes de démence présentent des symptômes comportementaux et psychologiques. Les symptômes non cognitifs devraient être pris en charge en priorité à l’aide de méthodes non pharmacologiques ; les neuroleptiques à court terme ne sont recommandés que lorsque celles-ci échouent et que les risques liés à l’absence de traitement l’emportent sur les effets indésirables potentiels.
Toutefois, l’utilisation inappropriée de ces médicaments reste répandue et la réduction de leur surprescription est une priorité des pouvoirs publics. Dans 17 pays de l’OCDE, en moyenne 54 personnes âgées de 65 ans et plus sur 1 000 se sont vu prescrire des médicaments antipsychotiques. En 2023, la prescription de neuroleptiques variait d’un facteur de près de six dans ces pays, allant de seulement 16 prescriptions pour 1 000 personnes âgées de 65 ans et plus en Suède à plus de 90 prescriptions pour 1 000 en Slovénie. En outre, les taux standardisés suivant l’âge de prescription des médicaments antipsychotiques étaient plus élevés de 27 % pour les femmes que pour les hommes dans les 17 pays de l’OCDE (Graphique 10.8).