L’un des principes fondamentaux qui sous-tendent tous les systèmes de santé des pays de l’OCDE est de faire en sorte que toutes les populations, quelle que soit leur situation, aient accès à des soins de bonne qualité. Cependant, cet accès peut être limité pour plusieurs raisons, dont le manque de disponibilité ou de faisabilité financière des services. Les politiques doivent donc garantir une offre et une distribution adéquates de professionnels de santé et de services de santé sur l’ensemble du territoire, et permettre de surmonter tous les obstacles financiers aux soins (OCDE, 2019[1]).
En moyenne, dans les 28 pays de l’OCDE disposant de données comparables, 3.4 % seulement des habitants ont déclaré, en 2024, avoir des besoins de santé non satisfaits en raison du coût, de la distance ou des délais d’attente (Graphique 5.4). Néanmoins, ils étaient plus de 8 % en Lettonie (8.4 %), en Estonie (8.5 %), en Finlande (8.6 %), au Canada (9.1 %) et en Grèce (12.1 %), contre moins de 1 % en Allemagne, aux Pays-Bas et en Tchéquie. Le motif le plus fréquent dans la plupart des pays était les délais d’attente, cités en moyenne par 2.3 % de la population de la zone OCDE en 2024. En Lettonie, en Estonie et en Finlande, plus de 5 % de la population a déclaré que les délais d’attente constituaient un obstacle. Le coût des soins est un autre obstacle majeur, et même le premier par ordre d’importance en Grèce, en Lettonie et en France, où il a été cité par 2 % au moins de la population en 2024. La distance à parcourir a également été mentionnée comme un obstacle, mais moins souvent que les délais d’attente ou le coût.
Dans tous les pays de l’OCDE étudiés, les disparités socioéconomiques sont significatives (Graphique 5.5). Les besoins de soins médicaux non satisfaits sont bien plus fréquents chez les plus modestes que chez les plus aisés. En effet, en 2024, les personnes appartenant au quintile de revenu le plus faible étaient 2.5 fois plus susceptibles de faire état de besoins de soins médicaux non satisfaits que celles du quintile le plus élevé, en moyenne dans les 28 pays de l’OCDE pris en considération. C’est en Grèce, en Lettonie et en Finlande que le gradient de revenu est le plus important, avec un écart de pourcentage de plus de 8 points entre les deux groupes. En Grèce, plus d’une personne sur six appartenant au premier quintile de revenu fait état de besoins non satisfaits, et plus d’une sur dix en Estonie, en Finlande et en Lettonie.
Les besoins déclarés non satisfaits sont généralement plus importants en matière de soins dentaires qu’en matière de soins médicaux (Graphique 5.6), Cela tient au fait que les soins dentaires sont moins bien pris en charge par les régimes publics dans la plupart des pays de l’OCDE, de sorte que les patients doivent souvent payer de leur poche ou souscrire une assurance maladie privée additionnelle (voir la section « Étendue de la couverture de santé »). Plus de 8 % de la population en Grèce, en Lettonie et en Islande a fait état de besoins en soins dentaires non satisfaits en 2024, contre moins de 1 % en Allemagne, en Hongrie et aux Pays-Bas, ainsi qu’en Croatie, pays candidats à l’adhésion. Dans tous les pays étudiés, ces besoins non satisfaits concernent d’abord et avant tout les plus modestes. Cet état de fait est particulièrement visible en Grèce, en Lettonie et au Portugal, où plus de 15 % des personnes appartenant au premier quintile de revenu ont déclaré avoir renoncé à recevoir des soins dentaires en 2024 contre 5 % tout au plus pour le dernier quintile.
Les besoins non satisfaits, qu’il s’agisse de soins médicaux ou de soins dentaires, ont augmenté dans de nombreux pays de l’OCDE après la pandémie. Dans les pays de l’OCDE étudiés, le pourcentage de la population concernée par des besoins de soins médicaux non satisfaits est passé de 2.7 % en 2019 à 3.4 % en 2024. Pour ce qui est des soins dentaires, les besoins non satisfaits ont également augmenté, passant de 3.8 % de la population en 2019 à 4.1 % en 2024. Le principal motif derrière l’augmentation des besoins non satisfaits, aussi bien médicaux que dentaires, est à chercher dans les délais d’attente excessifs. Le fait est particulièrement net en Finlande, en Lituanie, en Irlande, en Grèce, en Espagne et en France, où les besoins de soins médicaux non satisfaits en raison des délais d’attente ont progressé de 1.4 p.p. (p.p.), au minimum, depuis 2019. Certains de ces pays ont pris des initiatives visant à réduire l’attente. La Grèce, par exemple, a mis en place en 2024 une Liste unique numérique afin de centraliser sur une seule plateforme électronique les listes d’attente relatives aux interventions chirurgicales réalisées dans les hôpitaux publics de manière à pouvoir en faire un suivi en temps réel. En Espagne, un Groupe de travail sur les listes d’attente (Grupo de Trabajo sobre Listas de Espera) a été créé dans le cadre du Système de santé national pour normaliser la gestion et le suivi des listes d’attentes au niveau des communautés autonomes.