La raison motivant les dépenses consacrées à la préparation aux crises et aux capacités de soins critiques pour faire face aux menaces sanitaires mondiales est claire. La pandémie de COVID‑19 a fait des millions de victimes et provoqué la plus importante récession mondiale depuis des décennies. Les estimations actuelles font état d’une probabilité de 2 à 3 % par an qu’une pandémie dont les caractéristiques de transmission et de mortalité seraient similaires à celles du COVID‑19 se produise, ce qui tend à indiquer qu’une pandémie de cette ampleur pourrait survenir environ une fois tous les 50 ans (G20/OMS/Banque mondiale, 2024[1]).
Les estimations de l’OCDE révèlent que les États membres ont consacré en moyenne 101 USD par habitant à la prévention, à la préparation et à l’intervention en 2023, notamment à un certain nombre de programmes de vaccination, à la surveillance des maladies et aux systèmes nationaux de laboratoires (Graphique 7.22). Les États-Unis ont été le pays qui a dépensé le plus, à savoir 279 USD par habitant, suivis par l’Allemagne (209 USD). La Lettonie, le Mexique et le Costa Rica ont affiché les niveaux de dépenses par habitant les plus bas en matière de prévention, de préparation et d’intervention, à savoir moins de 40 USD en 2023. Entre 2013 et 2019, la part des dépenses liées à la prévention, la préparation et l’intervention dans le total des dépenses de santé a diminué, les dépenses annuelles par habitant dans ce domaine ayant augmenté en moyenne de 2.4 %, un taux légèrement inférieur à celui du total des dépenses de santé (2.5 %). Toutefois, plusieurs pays – dont la Corée, la Lituanie et l’Estonie, ainsi que la Bulgarie et la Roumanie (pays candidats à l’adhésion) – ont accru leurs dépenses consacrées à la prévention, la préparation et l’intervention de plus de 60 % sur la même période.
Portées par les dépenses d’urgence liées au COVID‑19, les dépenses de prévention, de préparation et de réponse (PPR) dans ce domaine ont progressé entre 2019 et 2023, augmentant en moyenne de 6 % par an. Les dépenses ont atteint un pic spectaculaire en 2021, s’élevant en moyenne à près de 140 USD par habitant dans la zone OCDE. En 2021, les dépenses ont temporairement franchi la barre des 300 USD par habitant au Japon et dépassé les 200 USD en Australie, au Danemark, en Allemagne, en Suisse, au Royaume‑Uni et aux États-Unis.
Renforcer la préparation aux crises et les capacités de soins critiques dans les seuls pays de l’OCDE ne suffit pas pour lutter contre les menaces sanitaires mondiales sans efforts parallèles dans tous les systèmes de santé, mais les niveaux d’investissement sont très inégaux. En 2022, les pays à revenu élevé (principalement les pays de l’OCDE) ont dépensé environ cinq fois plus par habitant (96 USD) que la moyenne des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (18 USD) et nettement plus que les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure (5.5 USD) et les pays à faible revenu (3.7 USD) (Graphique 7.23). Dans les pays à revenu élevé, les sources publiques couvraient 85 % des dépenses consacrées à la prévention, la préparation et l’intervention, les 15 % restants étant financés par des sources privées. En revanche, dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, plus de 60 % et de 45 % respectivement des dépenses en la matière ont été financées par des sources externes en 2022.
Une des principales sources de financement extérieur de la santé est l’aide publique au développement (APD), qui soutient un éventail d’activités dans le secteur des soins de santé, notamment la prévention, la préparation et l’intervention, mais aussi les infrastructures, les soins de santé primaires et le renforcement des systèmes de santé. En 2023, les pays membres du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE ont engagé près de 15 milliards USD d’APD bilatérale en faveur de la santé dans les pays en développement (Graphique 7.24). Les États-Unis étaient de loin le plus grand donneur en valeur absolue, avec une contribution de plus de 7.5 milliards USD, suivis du Japon et du Royaume‑Uni. Les pays membres du CAD ont consacré en moyenne 0.02 % de leur revenu national brut (RNB) à la santé, le Luxembourg, la Suède et la Norvège y consacrant 0.04 % oudavantage.
Néanmoins, l’APD se trouve à une étape déterminante. La pandémie de COVID‑19 a eu des conséquences majeures tant sur la santé publique que sur la stabilité économique du monde entier. Les demandes croissantes liées à des priorités de développement concurrentes exercent une pression sur les ressources limitées de l’APD, et l’évolution de la dynamique géopolitique redéfinissent les engagements des donneurs traditionnels. Les diminutions annoncées par les principaux donneurs signifient que l’APD nette des pays du CAD pour la santé devrait baisser de 6 % en 2024 et de 14 à 29 % en 2025 (OCDE, 2025[2]). Cette évolution a des incidences directes sur les pays bénéficiaires concernés et fait également peser de nouveaux risques sur la sécurité sanitaire mondiale.