La sécurité des prescriptions de médicaments peut être utilisée comme un indicateur de la qualité des soins de santé, en venant compléter les informations relatives à la consommation et aux dépenses de produits pharmaceutiques (voir aussi le chapitre 9 « Produits pharmaceutiques, technologies et santé numérique »). La surconsommation, la sous-consommation ou le mauvais usage des médicaments prescrits peuvent avoir des effets non négligeables sur la santé des patients et entraîner des dépenses inutiles. C’est le cas des opioïdes et des antibiotiques, par exemple.
Les antibiotiques sont prescrits pour le traitement des infections bactériennes, mais leur surconsommation ou leur prescription inappropriée peut entraîner une augmentation des taux de résistance aux antimicrobiens, qui est associée à une hausse de la mortalité et des coûts de santé dans l’ensemble des pays de l’OCDE (OCDE, 2018[1]). Les directives recommandent que les antibiotiques ne soient prescrits que lorsque cela est clairement étayé par des données cliniques. Le volume total d’antibiotiques prescrits en milieu extrahospitalier a été validé comme étant un indicateur de la sécurité et de l’efficacité des soins, et les pays s’efforcent de réduire les prescriptions d’antibiotiques dans le cadre des soins primaires afin de lutter contre la résistance aux antimicrobiens.
En moyenne, 16 doses quotidiennes définies (DQD) d’antibiotiques pour 1 000 habitants ont été prescrites dans les pays de l’OCDE en 2023, soit une légère réduction par rapport aux 17 DQD pour 1 000 habitants enregistrées en 2013 (Graphique 6.6). C’est en Finlande que la baisse des prescriptions d’antibiotiques a été la plus importante au fil du temps, suivie du Canada, de l’Autriche, d’Israël et de l’Australie. Le volume total des antibiotiques prescrits en 2023 variait du simple au triple selon les pays de l’OCDE, la Suède, les Pays-Bas et l’Autriche déclarant les volumes quotidiens par habitant par jour les plus faibles, la Grèce et la Corée les plus élevés. Les écarts observés peuvent s’expliquer par des différences au niveau des directives sur les prescriptions dans le cadre des soins primaires et des incitations à une gestion avisée des antimicrobiens, ainsi que par les attitudes et les attentes concernant le traitement optimal des maladies infectieuses.
Les opioïdes sont utilisés pour le traitement de la douleur aiguë, par exemple, associée au cancer. Cependant, depuis dix ans, ils sont de plus en plus utilisés pour le traitement des douleurs chroniques, malgré le risque de dépendance et d’accoutumance, entraînant de graves risques pour la santé. Le mauvais usage des opioïdes a été à l’origine d’une épidémie alarmante de décès par surdose dans certains pays de l’OCDE, notamment les États-Unis et le Canada. Les directives relatives aux prescriptions cliniques sont une mesure de gestion qui vise à réduire la prescription d’opioïdes sur le long terme en tant que mesure de sécurité pour les patients en favorisant la prise d’autres antalgiques et en mettant en place des stratégies de dosage appropriées (OCDE, 2019[2]).
Parmi les 19 pays pour lesquels des données sont disponibles, l’Islande a fait état d’un volume global d’opioïdes prescrits qui est deux fois supérieur à la moyenne de l’OCDE, soit 33 doses quotidiennes définies (DQD) pour 1 000 adultes. La Türkiye, la Corée et l’Italie ont affiché les volumes les plus faibles, avec 5 DQD ou moins pour 1 000 adultes (Graphique 6.7). Ces écarts importants peuvent en partie s’expliquer par les différentes pratiques cliniques pour la prise en charge de la douleur, ainsi que par des différences au niveau de la réglementation, des cadres juridiques applicables aux opioïdes, des politiques en matière de prescription et des directives de traitement. La moyenne de l’OCDE a diminué de 4 DQD pour 1 000 habitants entre 2013 et 2023. L’Espagne, l’Estonie et le Portugal ont tous fait état d’une augmentation de plus de 5 DQD pour 1 000 habitants.
La polypharmacie est la prescription de routine de multiples médicaments (souvent plus de cinq) à un patient. Si la polypharmacie peut se justifier pour la prise en charge de comorbidités multiples, il est fréquent qu’elle soit inappropriée, par exemple dans le cas de la consommation de médicaments inappropriés ou faisant double emploi, ou de la consommation excessive de médicaments (de Bienassis et al., 2022[3]). Les risques associés à la polypharmacie sont importants ; ils comprennent les effets indésirables liés aux médicaments, les interactions médicamenteuses ou interactions entre un médicament et une maladie, les chutes et les troubles cognitifs.
D’après l’enquête de l’OCDE fondée sur les déclarations des patients (PaRIS), en moyenne dans l’ensemble des pays de l’OCDE, dans le cadre des soins primaires, un patient sur quatre de 45 ans et plus atteint de maladies chroniques déclarait prendre cinq médicaments ou plus (Graphique 6.8.). Cette proportion variait de 35 % en Slovénie et 32 % au Luxembourg et en France, à 18 % en Roumanie (pays candidat à l’adhésion à l’OCDE) et 14 % au Pays de Galles (Royaume‑Uni). Dans 8 des 19 pays étudiés (États-Unis, France, Luxembourg, Norvège, Slovénie, Suisse et Tchéquie), 5 % ou plus des patients prenaient dix médicaments ou plus. Les analyses fondées sur les registres qui concernent les personnes âgées de 75 ans et plus sont un complément précieux des données autodéclarées, car elles indiquent que jusqu’à la moitié de cette population prend plus de cinq médicaments en même temps (section « Sécurité des soins de longue durée » au chapitre 10). La rationalisation de la polypharmacie dans les soins primaires peut conduire à des prescriptions plus efficaces, plus sûres et davantage centrées sur le patient, tout en réduisant les dépenses inutiles grâce à la déprescription.