Il est possible de conjuguer des indicateurs de la culture de la sécurité des patients du point de vue des soignants avec des mesures de l’expérience déclarée par les patients quant à la sécurité et des indicateurs classiques de la sécurité des patients (voir la section « Sécurité des soins aigus – complications chirurgicales et gestion des erreurs ») pour obtenir une vision globale de la sécurité au sein des systèmes de santé.
L’adoption par les soignants d’une culture positive de la sécurité des patients se traduit par une perception commune de l’importance de la sécurité, une transparence et une confiance accrues, des niveaux plus élevés de responsabilité partagée, ainsi qu’une confiance accrue dans les initiatives de sécurité au niveau de la structure et au niveau national. Un nombre croissant d’études révèlent qu’une culture positive de la sécurité des patients est associée à une amélioration des résultats sanitaires et du vécu des patients, ainsi qu’à des gains de productivité pour la structure et à une meilleure satisfaction du personnel. Les modèles renforcés de gouvernance de la sécurité des patients et les investissements visant à améliorer la culture de la sécurité des patients ont des effets importants et durables sur les résultats (G20 Health & Development Partnership, 2021[1]).
Le Graphique 6.18 et le Graphique 6.19 illustrent deux domaines du questionnaire HSPSC (Hospital Survey on Patient Safety Culture), qui demande au personnel hospitalier de communiquer des informations sur certains aspects de leur environnement de travail et d’indiquer si ces derniers contribuent à garantir la sécurité des patients. Le Graphique 6.18 indique dans quelle mesure le personnel a le sentiment que des informations importantes sur la prise en charge des patients sont communiquées d’une unité hospitalière à l’autre et lors des changements d’équipe. La perception positive qu’a le personnel de la sécurité des transferts et de l’échange d’information varie considérablement d’un pays à l’autre, avec un écart de 25 p.p. (de 78 % à 53 %) pour les pays qui utilisent la version 2.0 du questionnaire HSPSC. Les pays qui utilisent la version 1.0 du questionnaire HSPSC observent généralement de moindres niveaux de perception positive des transferts et des transitions en raison du format des questions de l’enquête, les valeurs allant de 53 % à 36 % des effectifs ayant une perception positive de la sécurité des patients dans leur hôpital. Le Graphique 6.19 montre que la plupart des travailleurs hospitaliers estiment que les effectifs et le rythme de travail ne leur permettent pas d’assurer la sécurité des soins aux patients. Pour tous les types de personnel, les perceptions quant aux effectifs et au rythme de travail sont les plus positives en Pologne, en Israël, en Colombie, aux États-Unis et en Lettonie (50 % ou plus de perceptions positives parmi différents types de personnel). Dans la plupart des pays, il existe un décalage évident entre les perceptions du personnel de direction et celles du personnel de première ligne. En moyenne, pour les pays de l’OCDE qui utilisent la version 2.0 du questionnaire HSPSC, 44 % seulement des médecins et des infirmiers dans les établissements hospitaliers estimaient que les effectifs et le rythme de travail permettaient d’assurer la sécurité des soins, contre 53 % du personnel de direction.
Le point de vue des patients est également essentiel pour rendre les systèmes de santé plus sûrs et davantage centrés sur la personne. D’après les données tirées de l’enquête PaRIS de l’OCDE, 25 % des usagers des soins primaires âgés de 45 ans et plus ont indiqué avoir subi une situation qui aurait pu entraîner, ou qui a effectivement entraîné, un préjudice inutile pour eux-mêmes, par exemple ne pas obtenir de rendez-vous lorsque c’était nécessaire, recevoir un diagnostic ou un traitement erroné ou retardé, ou connaître des problèmes de communication entre les professionnels de santé. Ces taux allaient de plus de 50 % en Grèce et en Arabie saoudite à moins de 10 % en Tchéquie et en Suisse (Graphique 6.20). Les événements indésirables sapent considérablement la confiance à la fois dans les professionnels de santé et dans le système de santé au sens large. Il ressort de l’analyse des données de l’enquête PaRIS que les personnes ayant fait face à un événement ou une situation susceptibles de leur porter préjudice dans le contexte des soins de santé sont 1.6 fois moins susceptibles de faire confiance au système de santé que celles qui n’ont pas connu d’événement indésirable (45 % contre 70 %). De même, la confiance dans le dernier professionnel de santé consulté est 1.4 fois plus faible chez les personnes qui ont vécu un événement indésirable que chez celles qui n’ont rien connu de tel (59 % contre 85 %) (OCDE, 2025[2]).