Compte tenu du niveau de qualification très élevé des médecins spécialistes et de la lourde charge de travail qui pèse sur un grand nombre d’entre eux, leur rémunération est beaucoup plus élevée que le salaire national moyen de l’ensemble des travailleurs dans tous les pays. Les médecins spécialistes salariés gagnent entre deux et cinq fois plus que le salaire moyen, tandis que les spécialistes installés en libéral gagnent généralement trois à cinq fois plus. En Corée, ils gagnent près de sept fois plus (Graphique 8.11 ; partie gauche). Dans presque tous les pays où coexistent spécialistes libéraux et spécialistes salariés, les praticiens qui exercent en libéral perçoivent une rémunération nettement supérieure. Les Pays-Bas font figure d’exception, qui s’explique par le fait qu’un nombre croissant de spécialistes libéraux exercent au titre d’un statut de « dirigeant-actionnaire » qui incite à déclarer de faibles « salaires habituels » pour des raisons fiscales.
Lorsque l’on compare la rémunération des spécialistes en valeur absolue sur la base d’une monnaie commune (dollar américain), après prise en compte des différences de pouvoir d’achat et de l’inflation, c’est en Irlande que les spécialistes salariés gagnent le plus, puisque le revenu moyen y est supérieur à 250 000 USD depuis l’entrée en vigueur en 2024 du nouveau contrat réservé aux consultants renonçant au droit à une patientèle privée (Graphique 8.11 ; partie droite). Les spécialistes libéraux les mieux rémunérés exercent en Allemagne, en Corée et en Autriche, avec un revenu proche de 300 000 USD ou plus. À l’autre extrémité de l’échelle de rémunération, c’est en Bulgarie que les spécialistes salariés sont les moins bien rémunérés des pays de l’OCDE et des pays candidats à l’adhésion, tandis que les salaires des spécialistes au Mexique, en Colombie, en Grèce et au Costa Rica sont aussi relativement bas (entre 65 000 et 75 000 USD). Il convient de noter que si les spécialistes salariés au Mexique se classent en dernière position parmi les pays de l’OCDE sur la base de cette mesure, leur rémunération est supérieure à la moyenne de l’OCDE lorsqu’elle est rapportée au salaire moyen national (Graphique 8.11 ; partie gauche).
Le niveau de revenu et ses variations d’une catégorie de médecins à l’autre peuvent influencer les décisions quant au choix de poursuivre une carrière dans la médecine générale ou dans une des nombreuses spécialités médicales. En moyenne dans les pays de l’OCDE et les différentes spécialités, les médecins spécialistes gagnent environ 40 % de plus que les généralistes. En Corée, les revenus des spécialistes étaient au moins deux fois supérieurs à ceux des généralistes dans le secteur libéral. En Suisse, l’écart entre ces deux catégories était nettement moindre, à 6 % environ. Pour ce qui est des médecins salariés, les revenus des spécialistes sont deux fois plus élevés que ceux des généralistes en Türkiye, en Israël et en Corée.
Le calcul d’une moyenne générale pour les nombreuses spécialités médicales masque des différences importantes dans la rémunération potentielle entre les différentes spécialités, ce qui peut avoir une incidence sur les décisions professionnelles des jeunes médecins en formation. S’il existe des différences entre les pays de l’OCDE, on constate des tendances récurrentes. En moyenne, les radiologues, anesthésistes et ophtalmologues sont les spécialistes les mieux rémunérés des pays de l’OCDE, et gagnent 60 à 80 % de plus environ que les généralistes (Graphique 8.12). Les pédiatres ont généralement quant à eux des revenus légèrement inférieurs ou légèrement supérieurs à ceux des généralistes.
On observe d’importants écarts de revenu entre les spécialités dans certains pays comme le Canada, où les ophtalmologues gagnent en moyenne plus de trois fois plus que les généralistes et 75 % plus que les chirurgiens généraux, tandis qu’en Allemagne, les radiologues ont une rémunération plus de deux fois supérieure à celle des généralistes et des pédiatres. En Israël, les anesthésistes gagnent près de trois fois plus que les médecins généralistes. L’écart est plus restreint dans d’autres pays comme le Portugal, où radiologues et ophtalmologues perçoivent une rémunération comparable à celle des généralistes, tandis que les chirurgiens et les anesthésistes gagnent environ 10 % de plus que les généralistes.
Différents facteurs peuvent contribuer à expliquer les variations des niveaux de rémunération entre les pays et les spécialités, notamment : les méthodes de rémunération en général (salaires ou rémunération à l’acte pour les médecins libéraux par exemple), salaires ou paiements à l’acte horaires ou mensuels spécifiques, ou différences dans la charge de travail (nombre d’heures de travail).