Quel que soit l’endroit où elle vit, il convient que la population ait un accès correct aux professionnels de santé et infrastructures de soin. Or les carences observées dans certaines régions peuvent être la cause d’inégalités dans cet accès, qui elles-mêmes seront peut-être à l’origine de besoins non satisfaits (voir la section « Besoins de santé non satisfaits »). Les pays sont aux prises avec ce problème depuis de nombreuses années et y répondent notamment par des mesures visant à inciter davantage de médecins à s’installer dans les régions isolées et peu densément peuplées.
En ce qui concerne la densité médicale, on comptait en moyenne, en 2023, dans 18 pays de l’OCDE, 5 médecins pour 1 000 habitants en zone métropolitaine, contre 3.2 pour 1 000 dans les régions isolées (Graphique 5.14). La Lituanie dénombrait 6.6 médecins pour 1 000 habitants dans les zones métropolitaines, mais deux seulement dans les zones isolées. De même, en Pologne et en Türkiye, il n’y avait pas plus de deux médecins en exercice pour 1 000 habitants dans ces zones. La répartition des médecins est plus homogène dans l’ensemble sur le territoire de la Belgique, de la Corée et du Japon.
Au Portugal, où l’on constate aussi une nette différence entre zones métropolitaines et zones isolées, une ventilation plus fine des données montre que les médecins se concentrent dans l’aire urbaine de Lisbonne et sont nettement moins présents dans les localités reculées (voir la section « Médecins (nombre total et répartition) » au chapitre 8). Pour remédier à ce problème d’accessibilité, le gouvernement portugais a pris diverses mesures, lançant notamment le programme « Plus de médecins en 2024 » qui accorde des gratifications, sous forme d’avantages salariaux et d’aides au logement, aux jeunes diplômés qui choisissent d’exercer dans les hôpitaux de zones moins densément peuplées (OCDE/Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé, 2023[1]). Au Japon, où les écarts de densité médicale sont faibles, un quota de 16 % des étudiants en médecine bénéficie d’une bourse octroyée par les régions. Des études récentes ont montré que ces étudiants sont, par rapport aux autres diplômés, plus nombreux à rester dans la région où ils ont commencé à exercer. Ils sont aussi plus susceptibles de travailler dans un hôpital rural par la suite et moins enclins à se spécialiser dans un domaine, comme la dermatologie ou l’ophtalmologie, dont l’essentiel des praticiens s’installe en ville (Matsumoto et al., 2021[2]).
En ce qui concerne l’accès physique aux hôpitaux, on constate également de nettes différences entre les zones rurales et les villes. En moyenne, dans 14 pays de l’OCDE, en 2023, la quasi-totalité de la population urbaine habitait à moins de 45 minutes de route d’un hôpital, tandis que 17 % de la population rurale devait effectuer un trajet d’une durée supérieure à 45 minutes pour se rendre à l’hôpital le plus proche (Graphique 5.15). C’est en Norvège et en Suède que l’écart est le plus important ; dans ces pays, la très grande majorité des citadins peut accéder facilement à un hôpital, mais seuls 57 % des ruraux, en Norvège, et 66 %, en Suède, se trouvaient à moins de 45 minutes d’une telle structure. En Norvège, le problème de l’accessibilité est particulièrement criant en ce qui concerne les consultations de spécialistes. Ainsi, plus de 80 % des patients ont attendu plus de trois mois une opération de la cataracte en 2024, soit le délai d’attente le plus important des 13 pays de l’OCDE disposant de données comparables (voir la section « Délais d’attente »).
En Grèce, 15 % de la population citadine vivait loin d’un hôpital, et cette proportion atteint 43 % en zone rurale. De fait, la Grèce est, des 28 pays de l’OCDE étudiés, celui dont les habitants sont les plus nombreux, en proportion, à faire état de besoins de santé non satisfaits en raison de l’éloignement, le coût et les délais d’attente constituant d’autres obstacles importants (voir la section « Besoins de santé non satisfaits »). Les écarts étaient plus faibles en France, au Japon et en Tchéquie, où plus de 98 % de la population rurale vit à proximité d’un hôpital. En France, l’hospitalisation à domicile permet aux patients de recevoir des soins réguliers chez eux, même s’ils souffrent d’une affection complexe.