La consommation de produits pharmaceutiques augmente depuis plusieurs décennies, à la fois sous l’effet de la demande croissante de médicaments destinés à traiter les maladies liées à l’âge et les affections chroniques, et sous celui de l’évolution de la pratique clinique. La présente section examine la consommation de quatre catégories de produits pharmaceutiques utilisés pour certaines affections chroniques : les antihypertenseurs, les agents modifiants les lipides, les antidiabétiques et les antidépresseurs (Graphique 9.6). Ces médicaments soignent des pathologies dont la prévalence a sensiblement augmenté dans les pays de l’OCDE.
La consommation d’antihypertenseurs dans les pays de l’OCDE a augmenté en moyenne de 6 % entre 2013 et 2023, mais elle a progressé de près de 50 % au Chili. Les niveaux de consommation restent très variables entre les pays de l’OCDE, ce qui témoigne des différences en matière de prévalence de l’hypertension et de pratiques cliniques.
Bien plus importante a été la croissance de la consommation d’agents réduisant les lipides sériques, qui a progressé de près de 65 %, en moyenne, dans les pays de l’OCDE, entre 2013 et 2023. C’est au Danemark et en Finlande que la consommation par habitant a été la plus élevée en 2023, et en Türkiye qu’elle a été la plus faible, consommation qui varie du simple à plus du quintuple à travers la zone OCDE.
L’utilisation de médicaments antidiabétiques elle aussi a considérablement augmenté, de 50 %, sur la même période et a même plus que triplé au Canada et en République slovaque. Cette progression peut s’expliquer en partie par la prévalence croissante du diabète, elle‑même largement liée à celle de l’obésité, et par l’utilisation croissante de certains médicaments A10 pour d’autres indications telles que l’obésité, l’insuffisance cardiaque ou les maladies rénales. Au Canada, les données du Système d’information sur l’utilisation des médicaments prescrits de certaines provinces, qui rend compte de toutes les ordonnances délivrées, montre une réelle envolée de la consommation, imputable en partie à la prescription accrue du sémaglutide après son autorisation de mise sur le marché en 2021 pour lutter contre l’obésité, même s’il n’est pas remboursé par le régime public pour cette indication. En République slovaque, cette hausse est due aux médecins ayant suivi des études cliniques prônant l’usage du médicament A10 pour des affections cardiaques et rénales. En 2023, la consommation de médicaments antidiabétiques allait du simple au quadruple entre la Lettonie, la Nouvelle‑Zélande et l’Autriche, où elle était la plus basse, et la République slovaque et le Canada, où elle était la plus élevée.
La consommation d’antidépresseurs a augmenté de plus de 40 % dans les pays de l’OCDE entre 2013 et 2023 ; elle a fait plus que doubler au Chili, en Corée, en Estonie et en Lettonie. Si elle peut dénoter une progression des troubles de santé mentale, elle peut aussi témoigner d’une meilleure prise en considération de ces troubles, d’une évolution des directives cliniques et d’une meilleure disponibilité des traitements, ainsi que d’une prise en charge sur la durée (Bogowicz et al., 2021[1] ; Madeira, Queiroz et Henriques, 2023[2]). C’est en Islande et au Portugal que la consommation a été la plus élevée en 2023, à un niveau environ six fois supérieur à celui de la Lettonie.
Plus récemment, la consommation de produits pharmaceutiques dans chacune de ces quatre catégories a augmenté d’environ 20 à 30 % en moyenne dans la zone OCDE entre 2019 et 2023, exception faite de celle des médicaments antihypertenseurs, qui est restée relativement stable. L’évolution des habitudes de consommation peut refléter en partie celle de la charge de morbidité depuis la pandémie de COVID‑19, avec par exemple une prévalence plus importante de l’anxiété et de la dépression (voir la section « Santé mentale » au chapitre 3).