De nombreux pays de l’OCDE se tournent vers des médecins formés à l’étranger pour étoffer leurs effectifs de médecins rapidement et pour un coût relativement faible. Si ces recrutements ont pour effet immédiat d’atténuer les tensions en termes de main-d’œuvre, ils introduisent une plus grande incertitude dans la planification des effectifs et peuvent aggraver les pénuries dans les pays d’origine. En 2023, les pays Membres de l’OCDE comptaient plus de 600 000 médecins formés à l’étranger, soit une hausse d’un peu plus de 50 % depuis 2010. Leur répartition est inégale : près de trois cinquièmes d’entre eux exercent dans trois pays uniquement, à savoir les États-Unis, le Royaume‑Uni et l’Allemagne.
Les médecins formés à l’étranger représentaient en moyenne 20 % du corps médical dans les pays de l’OCDE en 2023, contre 16 % en 2010 (Graphique 8.23). Leur nombre a augmenté plus rapidement que celui des médecins formés dans les pays dans presque tous les pays Membres. La proportion de médecins formés à l’étranger était très variable en 2023, de 1 % ou moins en Lituanie et en Italie à plus de 40 % en Suisse, en Nouvelle‑Zélande, en Irlande et en Norvège, voire 59 % en Israël. La progression entre 2010 et 2023 a été particulièrement soutenue en Suisse, où les effectifs en valeur absolue de médecins formés à l’étranger ont doublé, et en Allemagne, où ils ont triplé.
Dans certains pays, bon nombre de ces médecins sont en fait des personnes qui ont obtenu leur premier diplôme de médecine à l’étranger avant de revenir dans leur pays d’origine pour y suivre leur formation de troisième cycle et y exercer. Ces personnes qui sont allées étudier à l’étranger représentent 80 % des médecins formés à l’étranger en Grèce, 57 % en Norvège, 55 % en Israël et 25 % en Suède. Cette tendance reflète davantage l’internationalisation des formations médicales et le développement d’un marché international des diplômes médicaux (OCDE, 2019[1]) plutôt qu’une « fuite des cerveaux » à sens unique. L’Irlande se distingue par une situation paradoxale : bien qu’elle soit devenue un pôle de formation international, puisque près de la moitié de ses étudiants en médecine viennent désormais de l’étranger, elle recrute de plus en plus de médecins diplômés étrangers, car un grand nombre de médecins irlandais quittent le pays une fois diplômés (OCDE, 2025[2]).
Le recours croissant à des médecins formés à l’étranger s’est accompagné d’une augmentation des capacités nationales de formation. Entre 2010 et 2023, les médecins formés dans les pays représentaient encore l’essentiel de la croissance des effectifs de médecins dans la plupart des pays Membres de l’OCDE (Graphique 8.24). Cependant, dans cinq pays, les médecins formés à l’étranger ont contribué à plus de la moitié de cette augmentation, notamment en Suisse (86 %), en Norvège (70 %) et en Irlande (57 %). Dans les pays de l’OCDE, les médecins formés à l’étranger ont contribué à hauteur d’environ un tiers à la croissance totale des effectifs de médecins.
Les entrées annuelles de médecins formés à l’étranger sont très volatiles, influencées par différents facteurs allant des tensions géopolitiques et des cycles économiques aux déplacements forcés, en passant par les voies d’immigration, les règles relatives à la reconnaissance des diplômes et les campagnes actives de recrutement. Les entrées de médecins formés à l’étranger dans les principaux pays de destination augmentent rapidement depuis la pandémie de COVID‑19 (Graphique 8.25). En 2023, le Royaume‑Uni a admis plus de 18 000 médecins formés à l’étranger, soit le plus haut niveau jamais enregistré et un chiffre multiplié par trois depuis 2010. L’Irlande et Israël ont enregistré des hausses comparables.
L’un des principaux obstacles à une intégration réussie des professionnels de santé formés à l’étranger, dont les médecins, sur le marché du travail du pays d’accueil tient à la reconnaissance des diplômes et aux procédures d’autorisation d’exercer. Ces procédures peuvent en effet contribuer à un « gaspillage des cerveaux », qui correspond à la situation où des travailleurs qualifiés ne sont pas en mesure d’exercer leur profession ou doivent occuper des fonctions pour lesquelles ils sont surdiplômés. Les données du recensement au Canada illustrent l’ampleur du problème : en 2021, 90 % des médecins nés et formés au Canada exerçaient la médecine, contre 36 % seulement des médecins nés et formés à l’étranger résidant dans le pays. L’écart est comparable, quoique plus limité, pour le personnel infirmier. Par conséquent, un vivier considérable de médecins et d’infirmiers qualifiés reste inexploité en dépit des pénuries de main-d’œuvre actuelles, principalement en raison de formations passerelles longues et de procédures d’autorisation complexes qui retardent ou empêchent l’exercice de ces professions (OCDE, 2025[2]).
Dans les pays de l’OCDE, les politiques migratoires relatives aux professionnels de santé reposent depuis longtemps sur des listes de métiers en tension et des accords bilatéraux de formation ou de développement des compétences. Des voies d’accès spécialement conçues pour les professionnels de santé commencent à apparaître, et les mesures temporaires adoptées lors des crises récentes – en particulier celle du COVID‑19 et liées aux déplacements provoqués par l’invasion de l’Ukraine – ont incité les responsables publics à concevoir de nouvelles stratégies pour attirer des professionnels de santé. Même si elles étaient conçues comme des solutions temporaires, ces mesures ont suscité un intérêt plus large pour des réformes durables, en particulier l’introduction d’autorisations temporaires et conditionnelles qui facilitent l’entrée sur le marché du travail des médecins formés à l’étranger (OCDE, 2025[2]).