Lorsque les patients atteints de maladies chroniques sont soignés par de multiples prestataires dans différents établissements de santé, le morcèlement des services peut donner lieu à des résultats médiocres sur le plan de la santé, à des besoins non satisfaits, à un recours excessif aux services et à des coûts accrus. Il ressort des données de l’enquête PaRIS qu’en moyenne, dans les pays de l’OCDE, seuls 59 % des usagers des soins primaires atteints de maladies chroniques ont déclaré que les soins étaient bien coordonnés, les résultats allant de 22 % au Pays de Galles (Royaume‑Uni) à 81 % en Suisse. Face à cette situation, de nombreux pays mettent actuellement au point de nouveaux modèles de soins afin de mieux intégrer l’offre de services, dans le but de renforcer la santé de la population, d’améliorer l’expérience des patients, de réduire les coûts, de favoriser le bien-être des professionnels de santé et de promouvoir l’équité en santé (OCDE, 2023[1]).
L’intégration optimale des différents niveaux de soins pour les patients victimes d’AVC et d’insuffisance cardiaque chronique (ICC) réduit les réhospitalisations inutiles et la mortalité, tout en favorisant le respect des lignes directrices en matière de prescription appropriée (Barrenho et al., 2022[2]). Parmi les patients sortis de l’hôpital, des indicateurs tels que les taux de réhospitalisation, la mortalité et le respect des recommandations en matière de prescription servent d’indicateurs clés de l’efficacité avec laquelle les systèmes de santé dispensent des soins intégrés.
Le graphique 6.35 illustre la proportion de patients ayant présenté des résultats médiocres dans l’année ayant suivi leur sortie de l’hôpital pour un AVC ischémique ou une ICC en 2023. Le niveau et le type de résultats après la sortie d’hôpital varient considérablement d’un pays à l’autre. En moyenne dans les pays de l’OCDE, 15 % des patients victimes d’un AVC sont décédés et 23 % ont été de nouveau hospitalisés dans l’année, ce qui revient à une issue défavorable dans 38 % des cas. Les Pays-Bas (31 %) et l’Islande (33 %) ont enregistré les taux globaux les plus faibles, tandis que la Tchéquie (54 %) et le Danemark (48 %) les taux les plus élevés, affichant un taux particulièrement élevé de mortalité et de réhospitalisation sans lien avec l’accident vasculaire cérébral initial. Dans presque tous les pays, les réhospitalisations pour des pathologies autres que le diagnostic initial représentent la plus grande proportion des événements postérieurs à la sortie d’hôpital.
Pour les ICC, la charge des événements indésirables postérieurs à la sortie d’hôpital est systématiquement plus élevée que pour les AVC. C’est l’Islande qui affiche le taux global le plus bas, à 24 %. En revanche, la Norvège (71 %) et la Tchéquie (69 %) ont enregistré les taux les plus élevés, la mortalité et les réhospitalisations y dépassant les moyennes de l’OCDE. Ces résultats montrent qu’il est possible de renforcer les parcours de soins de transition et d’améliorer la continuité de la gestion des maladies chroniques.
Entre 2013 et 2023, la part des patients décédés ou de nouveau hospitalisés dans l’année qui a suivi leur sortie d’hôpital a diminué dans la plupart des pays, tant pour les ICC que pour les AVC. En moyenne dans les pays de l’OCDE, les taux d’issue défavorable ont diminué d’environ 6 p.p. pour l’ICC et de 5 p.p. pour l’AVC. C’est en Islande que les résultats se sont le plus améliorés, les taux pour les ICC étant passés de 32.6 % à 23.1 % et ceux pour les AVC de 35.3 % à 23.2 %. La Suisse a aussi enregistré des baisses importantes. Ces tendances donnent à penser que les soins prodigués après la sortie d’hôpital progressent, la plupart des pays maintenant ou améliorant leurs résultats. Toutefois, plusieurs pays ont connu une dégradation de la situation, en particulier en ce qui concerne les ICC. La Norvège a enregistré une hausse de la mortalité toutes causes confondues dans l’année qui a suivi la sortie d’hôpital (de 23.3 % en 2017 à 27.8 % en 2023). Le Canada et la Tchéquie ont également fait état d’une hausse modeste mais constante de la mortalité post-sortie d’hôpital, ce qui suscite des préoccupations quant à la coordination des soins et aux capacités des soins primaires.
Les patients qui se remettent d’un AVC ischémique devraient se voir prescrire des antihypertenseurs et des antithrombotiques dans le cadre de la prévention secondaire après leur sortie d’hôpital. Le fait pour un patient de se voir prescrire au moins une ordonnance de médicaments dans un délai de 18 mois permet d’évaluer le degré d’intégration des soins entre les hôpitaux et les structures extrahospitalières (Barrenho et al., 2022[2]). Le graphique 6.36 montre que les taux de prescription varient considérablement d’un pays à l’autre, allant de 68 % aux Pays-Bas à 83 % en Suède pour les antihypertenseurs, et de 31 % en Croatie, pays candidat à l’adhésion à l’OCDE, à 94 % en Suède pour les antithrombotiques. Les bons résultats de la Suède sont probablement le résultat du transfert efficace d’informations entre les différents niveaux de prise en charge et d’une documentation fournie sur les diagnostics (Dahlgren et al., 2017[3]).