Les systèmes de santé offrent une protection financière adéquate lorsque le paiement des soins de santé n’expose pas les individus à des difficultés financières. Le manque de protection financière peut restreindre l’accès aux soins, fragiliser l’état de santé, accentuer la pauvreté et exacerber les inégalités en matière de santé et sur le plan socioéconomique. Les ménages les plus pauvres et ceux qui doivent supporter les coûts d’un traitement de longue durée, comme celui des médicaments prescrits en cas de maladie chronique, sont particulièrement vulnérables. Si le reste à charge des patients joue souvent un rôle important dans le financement des systèmes de santé, la protection financière s’amoindrit lorsque ces derniers abusent de cette solution. Globalement, dans les pays de l’OCDE, un peu moins d’un cinquième des dépenses de santé est ainsi réglé directement par les patients (voir la section « Dépenses de santé par type de financement » au chapitre 7).
La part de la consommation des ménages consacrée aux soins de santé fournit une évaluation globale du fardeau financier que représentent les dépenses à la charge des patients. Dans l’ensemble des pays de l’OCDE, en 2023, environ 3.2 % des dépenses totales des ménages étaient consacrées aux biens et services de santé. Inférieure à 2 % en Pologne, au Luxembourg, en Colombie et en Türkiye, cette proportion était en revanche supérieure à 5 % en Suisse, en Corée et au Chili (Graphique 5.8).
Le degré de couverture des différents biens et services de santé varie selon les systèmes de santé des pays de l’OCDE (voir la section « Étendue de la couverture de santé »). Les produits pharmaceutiques et autres biens médicaux constituent la principale dépense à la charge des ménages : ils représentaient 41 %, en moyenne, de la participation financière directe aux soins en 2023 (Graphique 5.9). Au Mexique, en République slovaque et en Pologne, les produits pharmaceutiques représentaient plus de 60 % des dépenses au titre du reste à charge. Les soins ambulatoires représentaient quant à eux quelque 22 %, en moyenne, des dépenses que les ménages consacrent aux soins, cette proportion étant toutefois nettement plus élevée en Belgique (43 %), en Italie (48 %) et au Portugal (52 %) où le partage des coûts est fréquent en ce qui concerne ces soins. Les soins dentaires représentaient 16 % des dépenses de santé à la charge des patients en 2023, et les soins de longue durée 13 %. Les soins hospitaliers ne constituent qu’une part minime (8 %) des dépenses laissées à la charge des patients dans les pays de l’OCDE, à l’exception de la Grèce (34 %) en raison du recours aux services d’hôpitaux privés.
L’indicateur le plus largement utilisé pour mesurer les difficultés financières associées aux paiements directs pour les ménages est l’incidence des dépenses de santé catastrophiques (Cylus, Thomson et Evetovits, 2018[1]). Celle‑ci varie fortement d’un pays de l’OCDE à l’autre, avec moins de 2 % de ménages concernés en Suède, en Slovénie, au Royaume‑Uni, en Irlande et aux Pays-Bas, contre plus de 10 % en Lituanie, en Lettonie et en Hongrie (Graphique 5.10). Dans tous les pays, les ménages les plus pauvres (c’est-à-dire ceux qui appartiennent au quintile de consommation le plus bas) sont les plus susceptibles de se trouver confrontés à des dépenses de santé catastrophiques, bien que de nombreux pays aient pris des mesures de protection financière.
L’incidence des dépenses catastrophiques est étroitement liée à la dépendance d’un système de santé vis-à-vis des dépenses directes. Les pays ont la possibilité de réduire le reste à charge des patients en augmentant leurs dépenses de santé ; néanmoins, les choix stratégiques quant à la couverture de la prise en charge ont aussi leur importance. La protection financière de la population suppose que les soins soient financés sur fonds publics, bien que cela ne soit pas une garantie suffisante en soi. Les pays où l’incidence des dépenses catastrophiques sur la santé est la plus faible sont ceux qui atténuent les effets négatifs du reste à charge par des mesures de partage des coûts bien pensées, par exemple des exonérations pour les plus modestes et un plafonnement annuel de la participation financière. De plus, inclure les soins primaires dans l’éventail de services pris en charge est aussi de nature à atténuer les difficultés financières (Bureau régional de l'OMS pour l'Europe, 2023[2]). Au Portugal, par exemple, l’élimination de la participation forfaitaire aux coûts des soins primaires et des prestations obligatoires ont sans doute contribué à réduire l’incidence des dépenses de santé catastrophiques depuis quelques années.