L’accès aux soins médicaux suppose un nombre suffisant de médecins et une répartition géographique adéquate de ces derniers dans l’ensemble du pays. Une pénurie de médecins, qu’elle soit généralisée ou limitée à certaines régions, peut entraîner des inégalités dans l’accès aux soins et des besoins non satisfaits. Dans tous les pays de l’OCDE, le nombre de médecins a progressé plus rapidement que la taille de la population au cours des dix dernières années, de sorte qu’en moyenne, il est passé de 3.3 médecins pour 1 000 habitants en 2013 à 3.9 en 2023 (Graphique 8.4). Cela ne signifie pas pour autant que la pénurie de médecins s’est résorbée, compte tenu de la demande croissante de soins de santé, tirée en partie par le vieillissement démographique.
En 2023, c’est en Grèce, au Portugal, en Autriche, en Italie et en Norvège que l’on comptait le plus grand nombre de médecins parmi les pays de l’OCDE, avec 5.0 médecins ou plus pour 1 000 habitants, même si les chiffres de la Grèce et du Portugal sont surestimés, car ils comprennent l’ensemble des médecins autorisés à exercer (et pas uniquement les médecins en activité). C’est en Türkiye et en Colombie que le nombre de médecins était le plus bas, à 2.5 médecins ou moins pour 1 000 habitants. De nombreux pays non européens, notamment le Japon et la Corée en Asie et le Canada, le Mexique et les États-Unis en Amérique du Nord, comptaient aussi un nombre relativement faible de médecins par rapport à la moyenne de l’OCDE. Parmi les pays candidats à l’adhésion à l’OCDE, le Brésil et le Pérou comptaient en 2023 moins de médecins par habitant que dans n’importe quel pays de l’OCDE. L’Argentine semble compter davantage de médecins que la moyenne de l’OCDE, mais ces chiffres sont surestimés, car ils comprennent l’ensemble des médecins autorisés à exercer.
L’augmentation du nombre de médecins dans les pays de l’OCDE est principalement due à la hausse du nombre d’étudiants diplômés en médecine dans leur pays (voir l’indicateur « Médecins nouvellement diplômés »). Les inquiétudes de longue date concernant la pénurie de médecins et le vieillissement du corps médical ont incité de nombreux pays de l’OCDE à accroître le nombre d’étudiants admis en faculté de médecine il y a plusieurs années (OCDE, 2023[1]). Dans certains pays, l’immigration de médecins formés à l’étranger a également contribué à l’augmentation des effectifs de médecins (voir l’indicateur « Migrations internationales de médecins »). Cette augmentation s’explique aussi par le fait que dans plusieurs pays, un nombre croissant de médecins restent en activité au-delà de l’âge normal de la retraite (voir l’indicateur « Répartition des médecins par âge, genre et catégorie »).
Si le nombre de médecins par habitant a augmenté ces dix dernières années dans tous les pays, leur temps de travail moyen a diminué dans la plupart des pays, ce qui signifie que la progression du nombre d’équivalents temps plein (ETP) est plus modeste. Les données de l’Enquête sur les forces de travail de l’Union européenne montrent qu’en moyenne dans les pays de l’UE, le temps de travail des hommes médecins est passé de 44.3 heures par semaine en 2012 à 43.2 heures en 2022 (soit une baisse de 2.5 %), tandis que celui de leurs consœurs a légèrement reculé, de 40.0 heures par semaine à 39.5 heures (soit une baisse de 1.2 %) (OCDE/European Commission, 2024[2]).
La densité de médecins varie non seulement d’un pays à l’autre, mais aussi à l’intérieur d’un même pays, et elle est généralement plus élevée dans les régions métropolitaines, signe de la concentration des services spécialisés et des préférences des médecins pour les zones densément peuplées. Dans de nombreux pays, on observe une concentration particulièrement élevée de médecins dans la région de la capitale nationale (Graphique 8.5). (Voir également l’indicateur « Accessibilité physique des services de santé » au chapitre 5 sur les variations entre les zones métropolitaines et les zones rurales/isolées en termes de densité de médecins.).
Les médecins sont parfois réticents à exercer en dehors des régions urbaines pour diverses raisons professionnelles et sociales. Différents leviers d’action peuvent être utilisés pour influencer le choix du lieu d’exercice des médecins, notamment : 1) proposer des incitations financières aux médecins afin qu’ils travaillent dans les déserts médicaux ; 2) augmenter les inscriptions dans les filières médicales d’étudiants issus de zones rurales ou délocaliser les facultés de médecine ; 3) réglementer le choix du lieu d’exercice des nouveaux médecins ; et 4) réorganiser l’offre de services pour améliorer les conditions de travail des médecins dans les zones rurales ou mal desservies (OCDE, 2016[3]).