La transformation numérique des systèmes de santé dépend de la disponibilité de données de qualité et interopérables pour assurer des services de santé efficients, résilients et équitables. Les technologies numériques telles que la télémédecine, les dossiers médicaux électroniques (DME), les thérapies numériques et l’intelligence artificielle (IA) sont de plus en plus utilisées, ce qui améliore la continuité des soins et les délais. Conscients qu’ils peuvent réduire les disparités en matière de santé, les pays continuent de développer les infrastructures d’information dans ce domaine et de rendre les données de santé facilement accessibles afin de renforcer la résilience des systèmes, d’améliorer les performances et de faciliter la coopération transfrontière (OCDE, 2022[1]).
Les pays de l’OCDE ont progressé dans l’élargissement de l’accès aux DME. En 2024, la disponibilité moyenne des services de santé numériques en ligne a atteint 82 %, soit une augmentation par rapport aux 79 % enregistrés en 2023 dans les pays disposant de données comparables. Seules la Belgique et l’Estonie offrent actuellement un accès complet aux fonctions des DME. La disponibilité reste faible en Irlande, où les gens ont accès à moins de 30 % des fonctionnalités de base des DME (Graphique 9.13). Néanmoins, tous les pays ont amélioré l’accès aux DME depuis 2022, les hausses les plus fortes étant observées en France, en Irlande, au Portugal, en République slovaque et en Tchéquie. Ces progrès donnent à penser que l’on investit de plus en plus dans l’accessibilité des données, mais l’interopérabilité entre les hôpitaux, les cabinets de médecine générale et d’autres structures médicales reste difficile. Garantir l’interopérabilité n’est pas seulement un obstacle technique, mais aussi un défi organisationnel et de gouvernance, car la fragmentation des systèmes de données réduit l’efficacité, entrave la continuité des soins et limite le potentiel des analyses avancées et de l’IA.
Il est essentiel de renforcer la confiance pour encourager une utilisation active des technologies numériques en santé. L’enquête PaRIS de 2024 sur les indicateurs fondés sur les déclarations des patients montre que les personnes âgées et moins instruites se méfient davantage des outils numériques pour gérer leur santé et déclarent avoir plus de difficultés à comprendre les informations de santé que les jeunes et les personnes ayant un niveau d’études plus élevé. Dans les pays de l’OCDE étudiés, l’écart selon le niveau d’études en matière de culture numérique dans le domaine de la santé dépasse 15 points de pourcentage (p.p.) en France, en Islande, en Australie, aux États-Unis et au Pays de Galles (Royaume‑Uni), les personnes ayant un faible niveau d’études déclarant avoir nettement moins confiance. À l’inverse, en Arabie saoudite et en Slovénie, les personnes moins instruites se déclarent plus confiantes, tandis qu’en Roumanie, au Portugal et en Belgique, l’écart entre les groupes est relativement faible (Graphique 9.14).
Pendant la pandémie de COVID‑19, la télémédecine s’est révélée essentielle. En 2019, le nombre de consultations à distance, par téléphone ou vidéo, était en moyenne de 0.5 par patient et par an dans les pays de l’OCDE ; en 2021, ce nombre a plus que doublé pour atteindre 1.3 téléconsultation, avec des hausses significatives en Australie, en Espagne, en Lituanie et en Slovénie. Toutefois, en 2023, le taux de téléconsultations s’était stabilisé à 1.0 par patient et par an, reflétant un recul partiel par rapport aux pics de la pandémie, tout en maintenant des niveaux bien supérieurs à ceux d’avant. C’est en Israël que le recours à la télémédecine a été le plus élevé en 2023 (2.8 téléconsultations par patient et par an), tandis que les baisses les plus importantes ont été observées en Pologne, en Lituanie et en Espagne après la pandémie (Graphique 9.15). Après avoir découvert les avantages que cela pouvait avoir, les systèmes de santé ont étendu le recours aux consultations à distance, même si des obstacles financiers, juridiques et opérationnels subsistent (Keelara, Sutherland et Almyranti, 2025[2]). Pour pérenniser l’utilisation de la télémédecine, il faudra non seulement lever les obstacles juridiques et financiers, mais aussi adapter les systèmes de paiement, renforcer les infrastructures à haut débit et intégrer les téléconsultations dans les parcours de soins traditionnels.