La charge de la maladie mentale est considérable, touchant une personne sur deux à un moment de leur vie (voir la section « Santé mentale » au chapitre 3). Depuis la pandémie, la prévalence des troubles psychiques graves a augmenté et reste supérieure à aux niveaux d’avant la pandémie dans la plupart des pays de l’OCDE. Selon les estimations, le coût économique des troubles de la santé mentale représente plus de 4.2 % du produit intérieur brut (PIB) ; si une partie découle directement des traitements, l’autre est indirectement liée à la baisse des taux d’emploi et de la productivité (OCDE, 2021[1]). Des soins de qualité prodigués en temps voulu peuvent améliorer les résultats et faire reculer les taux de suicide et de surmortalité chez les personnes atteintes de troubles de la santé mentale.
Les taux de décès par suicide après la sortie d’hôpital peuvent servir d’indicateur de la qualité des soins dans le secteur extrahospitalier après l’hospitalisation, mais aussi de la coordination entre le milieu hospitalier et le milieu non hospitalier. Dans les pays de l’OCDE, en 2023, les taux de suicide chez les patients hospitalisés au cours de l’année précédente allaient de 1.4 pour 1 000 patients au Royaume‑Uni à 6.9 pour 1 000 patients en Corée (Graphique 6.29). Les écarts en matière de taux de suicide peuvent également s’expliquer par des différences en termes d’accès aux soins de santé mentale et de gravité des pathologies prises en charge en milieu hospitalier, car les taux de sortie d’hôpital varient considérablement d’un pays à l’autre. Entre 2013 et 2023, le nombre de suicides après une sortie d’hôpital a augmenté au Chili, en Tchéquie, en République slovaque, en Slovénie et en Corée, mais a diminué en Finlande, au Danemark, en Lettonie, au Canada, en Lituanie, en Suède, en Israël et en Islande. En Finlande, la prévention du suicide est une priorité des pouvoirs publics, dans le cadre de sa Stratégie nationale pour la santé mentale et de son Programme de prévention du suicide, qui visent à accroître les ressources allouées aux services de santé mentale dans les soins primaires et à renforcer la coordination entre les soins primaires et les soins spécialisés (OCDE/Observatoire européen des systèmes et des politiques de santé, 2023[2]).
Un taux de surmortalité supérieur à 1 signifie que les personnes atteintes de troubles de la santé mentale présentent un risque de décès supérieur au reste de la population. Le Graphique 6.30 montre que dans les pays de l’OCDE, les taux de mortalité sont plus de quatre fois plus élevés chez les personnes atteintes de schizophrénie que dans la population générale, et plus de deux fois plus élevés chez les personnes atteintes de troubles bipolaires. En 2023, les taux de surmortalité allaient de 2.1 en Lituanie à 6.5 en Norvège pour les personnes atteintes de schizophrénie, et de 1.4 en Lituanie à 4.3 en Corée pour les personnes atteintes de troubles bipolaires. Au cours de la dernière décennie, la surmortalité des personnes atteintes de troubles graves de la santé mentale a augmenté dans la plupart des pays, à l’exception des troubles bipolaires en Suède et de la schizophrénie au Chili. Une étude a montré que la hausse de la surmortalité chez les personnes schizophrènes pendant la pandémie était due à une baisse du nombre d’hospitalisations pour des maladies somatiques, à l’accès limité des patients schizophrènes à des soins aigus non liés au COVID‑19 et à la moindre efficacité de ces soins chez ces patients par rapport aux patients n’ayant pas de troubles graves de la santé mentale (Boyer et al., 2022[3]).
Les mesures de l’expérience déclarée par les patients (PREM) peuvent aider à appréhender la qualité des soins prodigués aux personnes atteintes de troubles de la santé mentale. Ces indicateurs sont de plus en plus utilisés dans le cadre des soins de santé mentale pour comprendre la façon dont les personnes ont perçu les services de santé et l’offre de soins centrés sur la personne (de Bienassis et al., 2022[4]). Le Graphique 6.31 indique si les usagers des services se sont sentis aussi associés qu’ils le souhaitaient à la prise de décisions concernant leur traitement, à la fois dans les services de santé mentale avec hospitalisation et dans les services extrahospitaliers. La part des usagers des services hospitaliers de santé mentale qui déclarent se sentir associés à la prise de décisions concernant leur traitement allait de 50 % au Japon à 83 % en Türkiye. En ce qui concerne les services extrahospitaliers de santé mentale, le Japon affichait la part la plus faible (75 %), et les parts les plus élevées étaient observées en Türkiye (96 %) et au Portugal (89 %).