La détection et le diagnostic précoces du cancer sont essentiels pour réduire la mortalité par cancer au niveau de la population et faire augmenter le taux de survie des personnes atteintes de cancer. Le dépistage systématique du cancer du sein, du cancer du col de l’utérus et du cancer colorectal dans la population cible est considéré comme une mesure efficace et rentable pour lutter contre la charge du cancer. La plupart des pays de l’OCDE disposent de programmes pour les populations cibles, mais la population concernée varie pour chaque type de cancer, ainsi que la fréquence et les méthodes de dépistage.
L’OMS recommande d’organiser les programmes de dépistage du cancer du sein par mammographie au sein de la population en fonction de l’âge des femmes (OMS, 2014[1]). Les pays de l’OCDE organisent généralement un dépistage tous les deux ans pour les femmes âgées de 50 à 69 ans, même si certains ont élargi la fourchette d’âge des bénéficiaires et sont en train de mettre au point des programmes pour adapter le dépistage aux niveaux de risques pour les individus.
Le graphique 6.3 illustre la proportion de femmes âgées de 50‑69 ans ayant passé une mammographie au cours des deux années précédant 2013 et 2023. Le taux de dépistage varie considérablement d’un pays de l’OCDE à l’autre ; ainsi, sur la période la plus récente, le taux le plus élevé est observé au Danemark et en Suède (83 % de la population cible) et le taux le plus bas en Grèce, au Mexique et au Costa Rica, où moins de 25 % des femmes âgées de 50‑69 ans ont passé une mammographie au cours des deux années précédentes. Si le taux moyen de dépistage du cancer du sein était similaire en 2013 et en 2023 dans les pays de l’OCDE, il a sensiblement augmenté en Lituanie (de 21 p.p.) et en Estonie (de 11 p.p.), à la suite d’activités menées pour améliorer l’accès au dépistage grâce à des investissements dans des mammographes et l’accessibilité géographique. Il a à l’inverse considérablement baissé aux Pays-Bas et au Royaume‑Uni (‑10 p.p.), ainsi qu’au Costa Rica (‑9 p.p.). Les données du Royaume‑Uni font état d’un recours accru au dépistage en 2024, qui s’explique par la résorption du nombre de dossiers en attente en raison de la pandémie de COVID‑19.
Pour ce qui concerne le cancer du col de l’utérus, l’OMS recommande le test de détection de l’ADN du papillomavirus humain (HPV) chez les femmes à partir de 30 ans, à réaliser tous les 5 à 10 ans. La stratégie mondiale de l’OMS pour éliminer le cancer du col de l’utérus recommande un taux de couverture vaccinale contre le HPV de 90 % chez les filles de 15 ans, un taux de dépistage du cancer du col de l’utérus de 70 % à 35 et 45 ans et une amélioration du taux de diagnostic précoce et de traitement (traitement de 90 % des femmes atteintes de lésions précancéreuses et prise en charge de 90 % des femmes atteintes d’un cancer invasif) (OMS, 2021[2]). Dans les pays de l’OCDE, le dépistage du cancer du col de l’utérus est souvent réalisé tous les 3 à 5 ans chez les femmes appartenant au groupe d’âge cible. Les recommandations en matière de population cible et de dépistage ont changé dans un certain nombre de pays à la suite de l’intégration du test de dépistage de l’ADN du HPV dans le cadre du dépistage primaire, qui est généralement effectué tous les cinq ans, et des programmes de vaccination contre le HPV (OCDE, 2024[3]).
Le Graphique 6.4 montre que la part des femmes dépistées varie beaucoup pour ce qui est du cancer du col de l’utérus, conformément aux directives nationales. En 2023, le taux le plus élevé était de 78 % en Suède, suivi de 75 % en Suisse et en Tchéquie, tandis que les taux les plus faibles étaient observés en Pologne (11 %) et au Costa Rica (4 %), ainsi qu’en Roumanie, pays candidat à l’adhésion à l’OCDE (6 %). Le Costa Rica a mis en œuvre un dépistage opportuniste des femmes concernées et a déployé en 2024 le test de détection de l’ADN du HPV chez les femmes âgées de 30‑64 ans. Bien que certains hôpitaux privés ne soient pas pris en considération, les estimations nationales indiquent que 34 % des femmes âgées de 35‑64 ans ont fait l’objet d’un test de dépistage en 2023.
Le cancer colorectal est souvent largement évitable par traitement s’il est détecté à un stade précoce dans le cadre d’un dépistage systématique, et de nombreux pays de l’OCDE ont adopté des programmes nationaux de dépistage. Les directives nationales recommandent généralement de pratiquer tous les deux ans un test de recherche de sang occulte dans les selles chez les quinquagénaires et sexagénaires, mais certains pays ciblent d’autres groupes d’âge et utilisent d’autres méthodes, notamment la coloscopie. Les recommandations différentes en termes de fréquence du dépistage font qu’il est difficile de comparer les taux de dépistage entre les pays.
Le Graphique 6.5 illustre les taux de couverture des programmes de dépistage du cancer colorectal établis à partir des protocoles nationaux de dépistage. En 2023, les proportions étaient variables, le taux le plus élevé étant enregistré en Finlande (74 %), devant le Royaume‑Uni (72 %), les États-Unis (68 %) et les Pays-Bas (67 %), et le taux le plus faible (9 %) en Hongrie. Les Pays-Bas envoient directement les invitations, les brochures et les kits de dépistage aux personnes concernées, tandis que les Hongrois ne reçoivent les invitations que si leur médecin généraliste a adhéré au programme de dépistage, et les bénéficiaires doivent commander eux-mêmes un kit de dépistage (OCDE, 2024[3]).
Alors que les taux de dépistage du cancer étaient de façon générale à la hausse avant la pandémie de COVID‑19, ils ont chuté en 2020‑2021 en raison de l’interruption des programmes ou de l’accès retardé aux services de santé. Les taux ont toutefois augmenté dans la plupart des pays en 2023. Les tendances en matière de participation au dépistage depuis la pandémie sont les mêmes pour différents types de dépistage du cancer au sein d’un même pays, ce qui tend à montrer la nécessité d’adopter des stratégies spécifiques pour améliorer les taux de dépistage, par exemple en faisant mieux connaître les programmes et en les rendant plus accessibles (OCDE, 2024[3]).