Note: Les données sont disponibles jusqu’au 30 juin 2023. L’épaisseur des liens est proportionnelle au nombre de relations conflictuelles entre acteurs impliqués dans des événements violents en Afrique du Nord et de l’Ouest. La taille des noeuds est quant à elle proportionnelle au nombre de liens qu’ils entretiennent avec d’autres acteurs (centralité de degré). BFA=Burkina Faso, MLI=Mali, NGA=Nigéria. Source : Au teurs, d’après les données (ACLED, 2023).
En Afrique du Nord et de l’Ouest, les conflits impliquent une multitude d’acteurs – forces étatiques, groupes rebelles, organisations extrémistes, pour ne citer qu’eux – aux relations complexes, instables et souvent mal comprises. Des organisations alliées un jour pourront ainsi s’affronter le lendemain, puis coopérer à nouveau. Le CSAO se propose, dans ce contexte, de cartographier à l’aide de l’analyse dynamique des réseaux sociaux les relations de plus de 3 800 acteurs sur la période 1997-2023. Deux grands types de relations se distinguent: les rivalités – toute relation conflictuelle entre deux acteurs qui aboutit à un événement violent – ; et les alliances – toute relation de coopération. Cibles des forces gouvernementales, d’organisations extrémistes violentes et d’autres groupes armés, les civils nigérians occupent le centre du réseau de rivalités présenté ici. Au premier semestre 2023, l’Armed Conflict Location & Event Data Project (ACLED) recense ainsi 527 affrontements entre groupes armés non identifiés et civils au Nigéria, avec un bilan de 554 morts. Dans le Sahel central, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans en arabe, Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM) se démarque non seulement comme la plus grande coalition d’organisations djihadistes de la région, mais aussi comme celle comptabilisant le plus d’ennemis. Le groupe est en conflit avec les forces militaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger, des milices identitaires comme Dan Na Ambassagou, des groupes d’autodéfense comme les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), d’autres groupes djihadistes comme l’État islamique au Sahel (EIS), et des civils.
Cette centralisation du réseau de conflit autour d’un petit nombre d’acteurs extrêmement violents témoigne de la transformation de la région en un vaste théâtre de conflit, où les activités violentes ne sont plus isolées mais s’intègrent dans un environnement conflictuel plus large.