Importations (à gauche) et exportations (à droite) intrarégionales de denrées alimentaires par pays, moyenne pour la période 2014-22
Note : Les chiffres correspondent à la part de chaque pays dans la valeur totale des importations régionales (à gauche) et dans celle des exportations régionales (à droite). Source : Calculs des auteurs.
Le paysage du commerce alimentaire intra-régional en Afrique de l’Ouest est marqué par de fortes asymétries, le Nigéria s’imposant comme l’acteur dominant. Les statistiques commerciales officielles offrent toutefois une image trompeuse. Si l’on s’en tient aux flux enregistrés, le Nigéria apparaît relativement mineur — occupant seulement le 8ᵉ rang parmi les importateurs et le 6ᵉ parmi les exportateurs de denrées alimentaires régionales. Cette représentation est en décalage radical avec la réalité. Une fois les flux non enregistrés pris en compte, le Nigéria se hisse au premier rang à la fois des importateurs et des exportateurs, révélant combien l’incomplétude des données masque sa véritable centralité.
Entre 2014 et 2022, les importations alimentaires annuelles moyennes du Nigéria — flux enregistrés et non enregistrés confondus — ont atteint 1,35 milliard USD, soit 61 % du total des importations enregistrées dans la région. Ce chiffre dépasse à lui seul la somme des importations alimentaires régionales de l’ensemble des autres pays d’Afrique de l’Ouest, reflétant à la fois la taille démographique et le poids économique du Nigéria. Du côté des exportations, le Nigeria représente 34 % du commerce alimentaire intra-régional, devant la Côte d’Ivoire et le Bénin, chacun à 24 %. Ce double rôle — premier acheteur et premier vendeur à la fois — consolide la position du Nigeria comme pilier du système d’échanges alimentaires ouest-africain.
D’autres pays, bien que de moindre envergure, jouent des rôles complémentaires. Le Ghana et la Côte d’Ivoire sont les deuxième et troisième marchés d’importation alimentaires régionaux, contribuant respectivement à 15 % et 13 % du total des importations.
Du côté des exportations, le Bénin (24 %), le Burkina Faso (12 %) et le Sénégal (10 %) illustrent comment des économies plus petites entretiennent des liens commerciaux solides, tirés par les exportations de poisson (Sénégal), de bétail (Burkina Faso) et de céréales (Bénin). L’écart avec le Nigéria demeure toutefois frappant : même les « petites » importations régionales nigérianes, comme les bananes — 30ᵉ produit importé du pays — représentent à elles seules la moitié des recettes totales d’exportation alimentaire du Libéria.
Le profil des importations du Nigéria met également en évidence sa dépendance à l’égard d’un nombre restreint de fournisseurs. Le Niger, le Burkina Faso et le Mali fournissent ensemble plus de 80 % de ses importations alimentaires régionales, notamment en bétail et en céréales. Inversement, les exportations du Nigéria sont fortement concentrées : les flux céréaliers à destination du Niger représentent à eux seuls près de la moitié de ses exportations intra-régionales.