Commerce alimentaire intra et extrarégional d’Afrique de l’Ouest (hors cacao et noix de cajou), d’après lesdonnées observées (A) et après prise en compte de la valeur estimée du commerce non enregistré (B),moyenne pour la période 2014-22
Source : Calculs des auteurs.
L’ampleur réelle du commerce alimentaire intra-régional en Afrique de l’Ouest est largement sous-estimée. Les estimations couramment citées suggèrent que seulement 8% à 15 % du commerce alimentaire se fait au sein de la région selon les années, les produits et le périmètre régional. Mais cette vision occulte une réalité bien plus dynamique. En effet, le commerce intra-régional est nettement plus susceptible d’échapper à l’enregistrement que les flux extra-régionaux, entraînant une forte sous-estimation de sa part. De plus, les chiffres de commerce extra-régional sont biaisés par le poids du cacao et de la noix de cajou, qui représentent à eux seuls près des deux tiers des exportations alimentaires ouestafricaines, presque entièrement destinées aux marchés extérieurs.
Le cacao représente près de la moitié de toutes les exportations alimentaires ouest-africaines – dont 90 % proviennent de la Côte d'Ivoire et du Ghana – tandis que la noix de cajou en constitue 15 %, dont la moitié provient également de ces deux pays. Si l’on exclut ces cultures de rente et que l’on intègre le commerce non enregistré, une image radicalement différente se dessine : près de 40 % des exportations alimentaires de la région – et jusqu’à 60 % en considérant les estimations sur leur valeur total réelle – restent en Afrique de l’Ouest.
Même les importations alimentaires, dominées en apparence par des flux extra-régionaux comme le riz, le blé, et l’huile de palme, comporteraient une part régionale beaucoup plus importante, atteignant environ 40 % en réalité, contre 16 % selon les données officielles.
Ces constats révèlent l’importance stratégique, mais souvent invisible, des marchés alimentaires régionaux pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, les moyens de subsistance et la stabilité des prix. Les politiques publiques devraient donc aller au-delà de la seule valorisation des cultures d’exportation et soutenir activement le développement des chaînes de valeur alimentaires régionales, moteur essentiel d’intégration économique, d’emplois et de résilience.