Commerce alimentaire enregistré et non enregistré au Nigéria (2014), au Bénin (2019, 2022) et au Togo (2019)
Note: The ratio of country survey to combined ECO‑ICBT/BACI data is 7.5:1 for Benin, 2:1 for Nigeria and 0.5:1 for Togo.
Mesurer la véritable ampleur du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest nécessite d’aller au-delà des statistiques officielles. Une base de données unifiée construite par l’OCDE/CSAO combine les flux commerciaux enregistrés issus de la Base d’Analyse du Commerce International (BACI) avec les flux non enregistrés provenant de l’initiative ECO-ICBT sur le commerce informel transfrontalier de la CEDEAO, ainsi que des enquêtes nationales menées par les instituts nationaux statistiques du Bénin (2019, 2022), du Togo (2019) et par la Banque centrale du Nigéria (2014).
Les résultats sont frappants : les volumes réels du commerce intrarégional alimentaire sont en moyenne 4,6 fois supérieurs à ceux indiqués par les statistiques officielles. Cependant, la couverture reste partielle : la plupart des enquêtes nationales portent sur une seule année et sur un nombre limité de postes‑frontières, entraînant d’importantes disparités.
Par exemple, l’enquête du Nigéria ne couvre que 16 postes‑frontières (soit environ 156 km par poste), tandis que celle du Bénin en recensait 201 (10 km par poste). Cet écart de 15 pour 1 dans la couverture des postes‑frontières entre les deux enquêtes nationales illustre l’ampleur probable de la sous-estimation au Nigéria, véritable géant du commerce alimentaire régional. Dans l’hypothèse, conservatrice, que la moitié des flux ait été omise dans l’enquête du Nigéria, la valeur totale du commerce alimentaire intrarégional augmenterait d’environ 1,7 milliard USD par an.
Ces résultats soulignent l’urgence de mettre en place une collecte de données régulière, exhaustive et harmonisée sur le commerce non-enregistré dans la région. Sans cela, le rôle des marchés alimentaires intrarégionaux dans la transformation économique, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, ainsi que l’intégration régionale en Afrique de l’Ouest demeurera systématiquement sous-estimé.