Commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest, 2014-22
Note : Les exportations servent de proxy pour le commerce alimentaire intrarégional, toutes les exportations et importations intrarégionales s’équilibrant comme deux faces d’un même commerce. Seuls trois pays – Nigéria, Bénin et Togo – disposent de données d’enquête nationale, dont deux seulement – Nigéria et Bénin – communiquent des valeurs significatives.
Le commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest est considérablement plus important qu’on ne le pense généralement. Souvent perçu comme un phénomène informel, de petite échelle et limité aux échanges de proximité, il représente en réalité un levier économique et stratégique majeur pour la région. Selon les données de l'OCDE/CSAO, la valeur du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest est estimée à environ 10 milliards de dollars US par an — soit six fois plus que les chiffres officiels. Cela équivaut au montant des importations régionales de riz, de blé et d’huile de palme en provenance de l’extérieur du continent. C’est aussi six fois le montant de l’aide publique au développement annuelle allouée à l’alimentation et à l’agriculture dans la région.
Malgré leur ampleur, 85 % de ces échanges ne sont pas enregistrés. Les données soulignent également le rôle d’acteurs clés — formels comme informels — qui structurent des réseaux commerciaux à longue distance. En moyenne, les pays ouest-africains commercent avec 12 de leurs 14 partenaires potentiels. Parmi les principaux exportateurs, le Sénégal, le Ghana et la Côte d’Ivoire réalisent respectivement 58 %, 48 % et 39 % de leur commerce alimentaire régional avec des pays non frontaliers.
Les statistiques officielles offrent par ailleurs une vision déformée de la composition du commerce alimentaire intrarégional. L’analyse de l’OCDE/CSAO recense 134 produits alimentaires distincts commercés au sein de la région. Si seulement 20 à 30 % des produits transformés, huiles et graisses échappent aux enregistrements officiels, cette part atteint 70 à 90 % pour les denrées de base et les produits à forte valeur ajoutée tels que les tubercules, céréales, fruits et légumes.
Ces constats soulignent le rôle essentiel du commerce alimentaire intrarégional pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest. Il favorise la disponibilité et l’accessibilité alimentaires, atténue les effets de la saisonnalité et des chocs, et stimule le développement agricole en reliant les bassins de production aux marchés urbains en pleine expansion. Cependant, le manque de données sur ces flux commerciaux empêche de mesurer leur véritable contribution à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, et fausse la formulation des politiques agricoles et alimentaires. Une meilleure compréhension du commerce intrarégional, fondée sur des données précises et actualisées, est indispensable pour concevoir des politiques efficaces, capables de libérer le potentiel régional et de renforcer la résilience alimentaire en Afrique de l’Ouest.