Dans ce contexte de tensions, les progrès réalisés grâce à la coopération internationale et à la mobilisation mondiale prouvent toutefois que l’action collective est porteuse d'espoir. Car les événements récents nous le démontrent : c’est l’action internationale qui permet de relever le plus efficacement des défis mondiaux comme les pandémies, les changements climatiques, les perturbations de l’approvisionnement énergétique ou les cyberattaques. La mutualisation de l’expertise scientifique et des ressources financières permet notamment aux sociétés de réagir plus rapidement et plus efficacement aux crises mondiales. Tout comme la coopération et les accords internationaux peuvent, en établissant des normes et des standards mondiaux, contribuer à consolider les progrès sociaux en matière de droits humains, d’égalité et de lutte contre les discriminations.
Au sein des pays, la participation électorale et la confiance dans les institutions démocratiques sont en berne, sauf pour ceux qui estiment avoir leur mot à dire dans les décisions des pouvoirs publics, qui font alors part de niveaux de confiance bien plus élevés. D’où l’importance de la participation citoyenne qui, grâce aux diverses formes de gouvernance participative, offre aux citoyens la possibilité d’avoir un véritable impact sur les décisions publiques. Face à la diversité croissante des formes d’expression citoyenne, les processus démocratiques traditionnels doivent néanmoins s’adapter. Des mouvements comme #MeToo, Black Lives Matter et Fridays for Future, ainsi que la diffusion des approches décoloniales, libèrent ainsi la parole sur les inégalités d’expression et de représentation dans nos démocraties et notre paysage culturel de plus en plus mondialisé. Par ailleurs, si l’explosion des technologies numériques et des réseaux sociaux crée de nouveaux défis en facilitant la propagation de la désinformation, elle permet aussi à des voix toujours plus nombreuses de se joindre au débat démocratique.
Plus globalement, les progrès technologiques et les innovations révolutionnent notre vie dans toutes ses dimensions et renouvellent notre approche de défis mondiaux comme les changements climatiques, la sécurité alimentaire et la santé publique. Les technologies de pointe, notamment l’intelligence artificielle, l’Internet des objets et la réalité virtuelle, transforment ainsi déjà notre façon de travailler, d’apprendre et de communiquer. Sources de multiples inquiétudes (suppressions d’emplois, confidentialité des données, équité, santé mentale, pour ne citer qu’elles), ces technologies portent toutefois aussi la promesse de créer de la croissance et de révolutionner des domaines aussi divers que l’agriculture, les transports, la médecine et la culture – un véritable catalyseur d’investissements et d’innovations.
Dans le domaine de l’éducation, les mutations rapides du marché du travail amènent par ailleurs à s’interroger sur la meilleure façon d’anticiper les besoins futurs de compétences et de diversifier les parcours éducatifs afin de répondre à la demande croissante de travailleurs hautement qualifiés et d’apprentissage tout au long de la vie. Face à la vitesse de ces changements, comment conjuguer au mieux l’enseignement de compétences spécialisées et celui de compétences plus génériques (métacognitives, notamment) indispensables à l’apprentissage tout au long de la vie ? Comment les systèmes éducatifs peuvent-ils garantir le développement de compétences fondamentales, mais aussi plus complexes, en veillant à ce qu’elles se complètent plutôt que de se faire concurrence ? Et comment le secteur de l’éducation peut-il lui-même mettre à profit les avancées technologiques pour optimiser ses processus ?
À plus long terme, jusqu’à quel point les évolutions technologiques et les impératifs de durabilité impacteront-ils les besoins de main-d’œuvre humaine et la manière dont nous interagissons ? Les priorités ont déjà évolué : pour nombre de jeunes, le travail n’est par exemple plus une composante essentielle de leur identité. L’IA améliore en outre la capacité des robots à travailler avec les humains dans différents domaines et nous serons de plus en plus nombreux à collaborer avec des machines intelligentes dans les prochaines années. Et si l’humain reste au cœur de la relation à l’autre, les nouvelles technologies transforment d’ores et déjà en profondeur nos interactions sociales. À l’heure où notre temps d’interaction directe avec les autres réduit comme peau de chagrin, l’éducation peut-elle contribuer au maintien d’un sens du collectif et veiller, chez chacun, à l’épanouissement des compétences socio-émotionnelles et du bien-être ?
Voici quelques-unes des questions soulevées au fil de ce rapport, qui espère ainsi amener le lecteur à s’intéresser activement à ces problématiques, à explorer différentes hypothèses d’avenir sans idées préconçues et à s’approprier les questions, les scénarios et les outils de réflexion pour les mettre au service de débats constructifs entre parties prenantes, et de politiques éducatives résolument tournées vers l’avenir et prêtes à le faire fructifier.