César Barreto
OCDE
Ana Damas de Matos
OCDE
Alexander Hijzen
OCDE
César Barreto
OCDE
Ana Damas de Matos
OCDE
Alexander Hijzen
OCDE
Le présent chapitre éclaire d’un jour nouveau l’insertion des immigrés sur le marché du travail en étudiant tout particulièrement le rôle des entreprises pour expliquer, au moyen de données croisées employeurs-salariés portant sur 15 pays de l’OCDE, l’écart de rémunération entre les immigrés et les personnes nées dans le pays. Dans un premier temps, il décrit cet écart de rémunération à l’entrée sur le marché du travail, et examine dans quelle mesure il est déterminé par la concentration des travailleurs immigrés dans les entreprises, les secteurs et les professions caractérisés par de faibles niveaux de rémunération. Il analyse ensuite la façon dont l’écart de rémunération évolue à mesure que les immigrés s’insèrent sur le marché du travail en accédant à des entreprises, des secteurs d’activité et des professions qui offrent des salaires plus élevés. Les implications pour les politiques d’intégration des immigrés sont examinées en conclusion.
Le présent projet s’inscrit dans le cadre du projet LinkEED 2.0 de l’OCDE qui exploite des données croisées employeurs-salariés à l’appui de la recherche et de l’analyse des politiques à l’échelle internationale (www.oecd.org/en/about/projects/linkeed-200.html). Il s’appuie sur les contributions d’un réseau de chercheurs et de chercheuses qui ont accès à des données croisées employeurs-salariés confidentielles à l’échelle de leur pays, notamment : Winnie Chan et Tahsin Mehdi (Canada), Lukas Delgado-Prieto (Colombie), Paolo Santini (Danemark), Erik Vickstrom (États-Unis)*, Stefano Lombardi (Finlande), Yajna Govind (France), Gaetano Basso (Italie), Patrick Bennett et Kjell Salvanes (Norvège), Nazila Alinaghi et Lucas Chen (Nouvelle‑Zélande), Jordy Meekes (Pays-Bas), et Andrei Gorskov et Oskar Nordstrom-Skans (Suède).
Le Secrétariat remercie également Jaime Arellano-Bover pour ses observations et suggestions.
*Les opinions et conclusions exprimées ici sont celles des auteurs et ne reflètent pas les vues du Bureau du recensement (Census Bureau) des États-Unis. Le Bureau du recensement a assuré un accès adapté aux données confidentielles et une utilisation appropriée, et il a examiné ces résultats aux fins d’éviter toute divulgation d’informations (projet 7526852 : CBDRB-FY25‑CES023‑009).
Pour faire rempart à la pauvreté et offrir aux immigrés de meilleures conditions de vie, il est essentiel qu’ils puissent réaliser leur potentiel de rémunération dans le pays d’accueil. D’importants progrès ont été accomplis pour mesurer les résultats en matière d’intégration, mais il existe peu d’études internationales sur les revenus d’activité des immigrés, principalement faute de données disponibles.
Le présent chapitre fournit des données internationales sur l’ampleur et les causes de l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays, ainsi que sur son évolution dans le temps sur le marché du travail du pays d’accueil. Il s’appuie sur des données de panel croisées employeurs-salariés couvrant la période 2000‑2019 et 15 pays de l’OCDE : Allemagne, Autriche, Canada, Colombie, Danemark, Espagne, États‑Unis, Finlande, France, Italie, Norvège, Nouvelle‑Zélande, Pays-Bas, Portugal, et Suède.
Dans l’ensemble des pays, les immigrés perçoivent en moyenne à leur entrée sur le marché du travail une rémunération inférieure de 34 % à celle des travailleurs du même âge et du même sexe nés dans le pays. Cet écart de rémunération diminue d’un tiers environ (13 points de pourcentage (p.p.)) après cinq ans passés dans le pays d’accueil, et de près de moitié après dix ans.
Les immigrés dont la rémunération initiale est faible sont plus susceptibles de cesser d’être en emploi dans le pays d’accueil, mais cet effet de composition est limité et n’influe pas sur la réduction de l’écart de rémunération.
Près de deux tiers (63 %) de l’écart de rémunération initial dont pâtissent les immigrés peuvent s’expliquer par leur concentration dans les entreprises et les secteurs à bas salaires, en moyenne dans les pays considérés. Le fait de travailler dans des secteurs à bas salaires explique plus d’un tiers (36 %) de l’écart de rémunération, et un quart supplémentaire (27 %) tient au fait de travailler dans des entreprises à bas salaires au sein des secteurs et des régions.
Au cours des premières années sur le marché du travail, les immigrés évoluent vers des secteurs et des entreprises offrant de meilleures rémunérations. La réduction de l’écart de rémunération au cours des cinq premières années sur le marché du travail tient à hauteur de 18 % à l’évolution vers des secteurs plus rémunérateurs, et à hauteur de 24 % à l’évolution vers des entreprises à plus hauts salaires. Les entreprises auxquelles les immigrés accèdent avec le temps sont généralement de meilleure qualité au sens général : elles sont plus grandes, plus productives et moins ségrégées.
En moyenne dans les six pays pour lesquels des données sont disponibles, le fait d’exercer une profession moins rémunératrice contribue à hauteur d’un quart à l’écart de rémunération initial. Pour ce sous-ensemble de pays, les secteurs et les entreprises expliquent néanmoins près de la moitié de l’écart de rémunération. L’effet lié à l’emploi est en partie lié à la forte proportion d’immigrés surdiplômés par rapport à l’emploi qu’ils occupent sur les marchés du travail des pays d’accueil. Il est frappant de constater que les immigrés n’accèdent pas à des emplois mieux rémunérés au fil du temps.
Si l’on tient compte des différences de niveau d’études entre immigrés et personnes nées dans le pays dans deux pays pour lesquels on dispose de données, l’écart de rémunération initial diminue d’un quart. Néanmoins, ces différences n’ont pas d’incidence marquée sur la réduction de l’écart de rémunération, et elles n’influent pas sur le rôle joué par les entreprises et les secteurs dans l’écart de rémunération en défaveur des immigrés et sa diminution au fil du temps.
L’écart de rémunération est plus prononcé à l’entrée sur le marché du travail dans le cas des immigrés d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie par rapport aux immigrés originaires de pays de l’UE‑15, d’Amérique du Nord et d’Océanie. Cela tient en partie au fait que les immigrés originaires d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie exercent des emplois dans des secteurs et des entreprises à bas salaires. Avec le temps, tous les immigrés, quelle que soit leur origine, évoluent vers des entreprises qui les rémunèrent mieux.
L’écart de rémunération est légèrement plus marqué chez les hommes que chez les femmes, et il diminue de manière plus prononcée pour les immigrées. Cela tient en partie à la plus grande concentration de l’emploi des hommes immigrés dans les entreprises à bas salaires, et à sa persistance relative dans le temps.
Ce chapitre souligne l’importance de conjuguer des politiques de reconnaissance des diplômes étrangers et des mesures en faveur de la montée en compétences, dans la mesure où une grande partie de l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés continue d’être liée au fait qu’ils occupent des emplois faiblement rémunérés.
Toutefois, il montre également que la mobilité professionnelle vers les entreprises et les secteurs plus rémunérateurs peut jouer un rôle important dans l’intégration des immigrés sur le plan salarial. Autrement dit, il peut y avoir intérêt à adopter des politiques qui ciblent les obstacles à la mobilité professionnelle, notamment par la communication d’informations sur la recherche d’emploi et le marché du travail du pays d’accueil, des services d’orientation professionnelle, le développement de réseaux professionnels, l’amélioration des transports locaux, la lutte contre la discrimination sur le marché du logement et l’offre de logements abordables.
Pour élaborer des politiques d’intégration efficientes et efficaces, il est nécessaire de bien comprendre l’insertion des immigrés sur le marché du travail et dans la société des pays d’accueil. Les résultats en matière d’intégration sont bien documentés dans un nombre croissant de domaines : éducation, emploi, conditions de vie, état de santé ou participation à la vie civique (OCDE/Commission européenne, 2023[1]).
S’agissant de l’insertion des immigrés sur le marché du travail, la rémunération constitue l’un des indicateurs clés de la réussite des immigrés qui occupent un emploi. Pour faire rempart à la pauvreté et offrir aux immigrés de meilleures conditions de vie, il est essentiel qu’ils puissent réaliser leur potentiel de rémunération sur le marché du travail du pays d’accueil. Au-delà des avantages pour les immigrés eux-mêmes, des revenus plus élevés améliorent la contribution des immigrés à l’économie du pays d’accueil et jouent un rôle important pour attirer les immigrés et faire en sorte qu’ils s’installent.
De nombreux auteurs ont déjà documenté les revenus d’activité des immigrés et leur croissance au fil du temps dans certains pays d’accueil (par exemple Chiswick (1978[2]), Lubotsky (2007[3]), Abramitzky, Boustan et Eriksson (2014[4])), mais les études internationales sont rares. Cela tient principalement au manque de données fiables et comparables entre les pays en matière de rémunération.
La plupart des études disponibles sur les revenus d’activité des immigrés reposent sur une approche fondée sur le capital humain, selon laquelle les caractéristiques des immigrés sont l’une des sources de l’écart de rémunération avec les personnes nées dans le pays. L’une des explications est que les immigrés seraient moins bien rémunérés dans un premier temps parce qu’ils sont moins productifs que les personnes nées dans le pays en raison d’un moindre niveau d’études, d’une faible portabilité des compétences acquises à l’étranger ou d’une maîtrise insuffisante de la langue du pays d’accueil ; toutefois, leurs revenus d’activité augmentent à mesure qu’ils accumulent du capital humain spécifique au pays d’accueil.
Une autre explication vient compléter la première, à savoir que, selon l’entreprise, les travailleurs, à productivité égale, sont rémunérés différemment. Il apparaît de plus en plus que, sur des marchés du travail qui ne sont pas parfaitement concurrentiels, les rémunérations ne sont pas seulement déterminées par le capital humain d’un travailleur : elles le sont aussi par son employeur (Card, Heining et Kline, 2013[5] ; Song et al., 2019[6] ; OCDE, 2022[7]). En conséquence, plus la probabilité est grande que les immigrés travaillent pour des entreprises peu rémunératrices, plus ils risquent de percevoir des revenus inférieurs. La raison en est peut-être que les immigrés disposent d’un réseau local plus restreint, qu’ils peinent à s’y retrouver sur le marché du travail du pays d’accueil, ou qu’ils font l’objet d’une discrimination à l’embauche. Dans ce cas, la mobilité professionnelle entre entreprises peut jouer un rôle potentiellement important dans l’amélioration de l’insertion des immigrés sur le marché du travail.
Le présent chapitre a pour but de présenter des données internationales détaillées sur les sources de l’écart de rémunération au détriment des immigrés et sur son évolution au fil du temps depuis l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil. Il s’articule autour de trois questions essentielles. Premièrement, dans quelle mesure l’orientation des immigrés vers les différents secteurs d’activité, entreprises et emplois explique‑t-elle l’écart de rémunération à l’entrée sur le marché du travail ? Deuxièmement, dans quelle mesure les immigrés s’insèrent-ils sur le marché du travail en évoluant au fil du temps vers des entreprises, des secteurs et des emplois qui proposent une meilleure rémunération ? Troisièmement, dans quelle mesure les différentes caractéristiques des immigrés (par exemple, pays d’origine, sexe) influencent-elles l’écart de rémunération à l’entrée sur le marché du travail, ainsi que leur insertion professionnelle ultérieure ?
Afin de répondre à ces questions, le chapitre utilise des données de panel croisées employeurs-salariés pour 15 pays de l’OCDE1. Pour la plupart des pays, les données proviennent de sources administratives liées au système fiscal ou à la sécurité sociale. Les données sont très complètes – portant souvent sur la population totale des travailleurs et des employeurs d’un pays – et fournissent des informations très fiables, notamment sur les revenus d’activité.
Étudier le rôle des entreprises dans l’écart de rémunération entre les immigrés et les personnes nées dans le pays au fil du temps a de grandes implications pour l’action des pouvoirs publics. La plupart des mesures visant l’insertion des immigrés sur le marché du travail se concentrent sur les travailleurs, leur proposant par exemple des cours d’apprentissage de la langue du pays d’accueil ou une mise à niveau de leurs compétences ou facilitant la reconnaissance de leurs qualifications acquises à l’étranger. Le présent chapitre tend à montrer que les politiques visant à encourager la mobilité professionnelle des immigrés, qui ont jusqu’à présent reçu moins d’attention de la part des pouvoirs publics, doivent aussi faire partie de la panoplie d’instruments à l’appui de l’intégration des immigrés.
Le chapitre est structuré comme suit : la première section présente les données et la méthodologie utilisées aux fins de l’analyse de l’écart de rémunération subi par les immigrés et décrit en détail les caractéristiques des immigrés considérés dans l’analyse. La deuxième section contient des estimations internationales de l’écart de rémunération en défaveur des immigrés à leur entrée sur le marché du travail du pays d’accueil et au fil du temps. La troisième section évalue l’influence des entreprises, des secteurs et des emplois sur l’écart de rémunération. La quatrième section présente les résultats ventilés par région d’origine et par sexe. La dernière section tire des conclusions sur le plan des politiques d’intégration des immigrés.
Ce chapitre étudie les revenus d’activité des immigrés entrés sur le marché du travail entre le début des années 2000 et 2015 sur une période de cinq ans, et jusqu’à 10 ans pour les cohortes antérieures2. Les revenus d’activité des immigrés à leur entrée sur le marché du travail, et chaque année par la suite, sont comparés à ceux des personnes du même âge et du même sexe nées dans le pays, la même année. L’écart de rémunération en défaveur des immigrés après cinq ans, et dix ans, est comparé à l’écart initial afin de déterminer dans quelle mesure il se résorbe parallèlement à l’insertion des immigrés sur le marché du travail du pays d’accueil.
Dans un deuxième temps, l’écart de rémunération subi par les immigrés chaque année depuis leur entrée sur le marché du travail est décomposé selon que les différences de salaire des immigrés sont dues à l’exercice d’un emploi dans des entreprises ou des secteurs à bas salaire. Pour les pays pour lesquels on dispose de données sur les professions, on analyse aussi dans quelle mesure le fait de travailler dans des professions moins bien rémunérées explique l’écart de rémunération3. La méthodologie est décrite en détail dans l’Encadré 4.1.
Les profils d’intégration des immigrés, c’est-à-dire les différences de résultats au fil du temps dans le pays d’accueil par rapport aux personnes de même âge et de même sexe nées dans le pays, sont estimés au moyen de la spécification de référence suivante :
où représente le résultat sur le plan de l’intégration du travailleur l’année auprès de son employeur principal au cours de l’année1. Les résultats en matière d’intégration sont le salaire du travailleur, mesuré en utilisant le logarithme des revenus d’activité mensuels réels2, ou les caractéristiques de l’entreprise, par exemple, sa productivité (valeur ajoutée par travailleur ou, à défaut, chiffre d’affaires par travailleur) ; ses avantages salariaux (salaire moyen dans l’entreprise en fonction de la composition de la main-d’œuvre) ; sa taille (emploi) et le degré de ségrégation des immigrés (une variable indicatrice égale à 1 pour les entreprises employant plus de 50 % d’immigrés, sinon à 0). correspond à un ensemble de variables de contrôle qui comprend une quartique de l’âge pleinement mise en interaction avec les effets fixes de sexe et d’année. correspond à un ensemble complet de variables indicatrices du nombre d’années depuis l’entrée sur le marché du travail, ou plus précisément du nombre d’année depuis l’entrée dans l’emploi formel. Le coefficient d’intérêt représente, pour chaque année depuis l’entrée, la différence moyenne entre les immigrés et les personnes du même âge et du même sexe nées dans le pays pour le résultat considéré, en tenant compte des effets d’année communs. correspond au terme d’erreur. L’indice 1 désigne la spécification de référence (Équation 1).
La spécification de référence est estimée en s’intéressant aux cinq premières années depuis l’entrée dans l’emploi formel afin de porter à son maximum le nombre de cohortes d’entrées d’immigrés prises en compte dans l’analyse. L’analyse suit l’évolution des résultats des immigrés après la première période d’emploi formel étant donné que les données de la majorité des pays n’indiquent pas l’année effective d’arrivée dans le pays d’accueil.
Pour analyser le poids des entreprises et des professions dans l’écart de rémunération en défaveur des immigrés chaque année depuis l’entrée sur le marché du travail, estimé plus haut, la spécification de référence est élargie de manière à inclure des effets fixes d’entreprise et de profession (code à 2 chiffres) qui neutralisent les effets de la sélection différentielle des immigrés par rapport aux personnes nées dans le pays, dans les entreprises et les emplois. Comme suit :
où et correspondent aux effets fixes d’entreprise et de profession respectivement, tandis que représente l’écart de rémunération inexpliqué après prise en compte des entreprises et des professions exercées.
La différence entre et représente la part de l’écart de rémunération pouvant être expliquée par des différences dans la répartition des immigrés et des personnes nées dans le pays dans les différentes entreprises et professions. Les différences dans l’écart de rémunération expliqué chaque année depuis l’entrée (YSE – Year Since Entry) sont décomposées en parts attribuables à la répartition dans les entreprises et les professions selon (Gelbach, 2016[8])3. La décomposition de Gelbach permet de déterminer sans ambiguïté le poids des entreprises () et des emplois dans la part expliquée de l’écart de rémunération chaque année depuis l’entrée sur le marché du travail :
Dans la pratique, s’obtient par régression des effets fixes d’entreprise estimés de la spécification complète (Équation 2) sur les covariables de la spécification de base (Équation 1), YSE et X. De même, s’obtient par régression des effets fixes d’emploi estimés dans la spécification complète sur les covariables de la spécification de base. Le poids des entreprises indique l’incidence de toutes les caractéristiques d’entreprise invariables dans le temps sur l’écart de rémunération en défaveur des immigrés. Il s’agit des caractéristiques propres aux entreprises, mais aussi de celles des groupes de secteurs d’activité et de régions auxquels elles appartiennent (Card, Rothstein et Yi, 2024[9] ; Card, Rothstein et Yi, 2025[10])4.
Pour comprendre le rôle des entreprises diminué de celui des régions et des secteurs d’activité, le poids des entreprises () est encore décomposé en poids des régions (), poids des secteurs d’activité ( et poids des entreprises au sein des régions et des secteurs d’activité (). Dans la pratique, on effectue une régression des effets fixes d’entreprise à partir de la spécification complète sur les variables indicatrices régionales, sectorielles et un terme résiduel. Le résidu de cette régression indique le poids des entreprises au sein des régions et des secteurs d’activité. Les estimations de et sont obtenues en effectuant des régressions distinctes à partir d’estimations des effets fixes des secteurs d’activité et régions et des résidus en tant que variables dépendantes et en les modélisant par régression par rapport aux covariables du modèle de base YSE et X.
1. L’employeur principal dans une année correspond généralement à celui pour lequel la plus forte rémunération est déclarée en tenant compte de toutes les périodes d’emploi de l’année ou à la date de la collecte des données (ex. octobre au Portugal). À l’exception de l’Allemagne, l’employeur fait référence à l’entreprise et non pas à l’établissement.
2. L’analyse porte sur la rémunération mensuelle afin de porter au maximum le nombre de pays couverts et leur comparabilité. Il faut toutefois savoir que le rattrapage de l’écart de rémunération peut être en partie attribué à une augmentation du nombre d’heures travaillées et pas nécessairement à une amélioration du salaire horaire. Pour en tenir compte, dans la mesure du possible, nous estimons également les profils d’intégration à partir de la rémunération horaire.
3. On trouvera de plus amples informations ainsi qu’une dérivation théorique de la décomposition de Gelbach en Annexe 4.A.
4. La spécification ne prenant pas en compte les effets fixes de travailleur, la composante entreprise peut en partie indiquer l’hétérogénéité inobservée des travailleurs. Aussi, en sus de la décomposition de Gelbach, nous rapportons les écarts de rémunération aux avantages salariaux des entreprises selon le modèle AKM qui tient compte de l’hétérogénéité inobservée des travailleurs, avec des résultats analogues (Abowd, Kramarz et Margolis, 1999[11]).
Le cadre est mis en œuvre à l’aide de données longitudinales harmonisées et croisées employeurs-salariés pour 15 pays de l’OCDE : Allemagne, Autriche, Canada, Colombie, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Italie, Norvège, Nouvelle‑Zélande, Pays-Bas, Portugal et Suède.
Les données proviennent de registres administratifs établis à des fins fiscales ou de sécurité sociale ou, dans quelques cas, d’enquêtes obligatoires auprès des employeurs. Elles sont par conséquent très complètes et de grande qualité, compte tenu des implications financières des erreurs de déclaration auprès des systèmes fiscaux et de sécurité sociale. Dans neuf des 15 pays considérés, les données couvrent l’ensemble de la population de travailleurs sur le marché du travail ; dans les six autres pays, on a recours à un vaste échantillon aléatoire représentatif (Tableau d’annexe 4.A.1)4. Il est important de noter que les identifiants des travailleurs et des entreprises, qui sont invariables dans le temps, permettent de suivre les résultats des travailleurs et de leurs employeurs au fil du temps.
Les données étant recueillies à des fins administratives dans les pays, elles ne sont pas nécessairement comparables d’un pays à l’autre. Pour améliorer la comparabilité internationale des données, d’importants efforts d’harmonisation ont été consentis en termes de nettoyage des données, de sélection des échantillons (années et cohortes prises en compte par ex.) et de définition des variables (classification des secteurs d’activité, revenus d’activité, régions d’origine par ex.).
La principale variable de résultat est le revenu mensuel individuel. Le revenu mensuel reflète à la fois le nombre d’heures travaillées et la rémunération horaire. Pour distinguer ces deux composantes de l’écart de rémunération en défaveur des immigrés, les salaires horaires sont analysés en tant que résultat supplémentaire pour les pays qui disposent de données sur les heures travaillées (Danemark, France, Italie, Pays-Bas et Portugal). Pour le Canada, les États-Unis et la Norvège, ce sont les données sur les revenus annuels d’activité qui sont utilisées à la place, car il n’existe pas d’informations sur le nombre de mois travaillés.
Les immigrés sont identifiés sur la base de leur nationalité au moment où ils entrent sur le marché du travail. Dans ce chapitre, le terme « immigrés » fait donc référence aux ressortissants étrangers plutôt qu’aux personnes nées à l’étranger, comme c’est couramment le cas dans les études de l’OCDE5. Le statut au regard de l’immigration étant défini à l’entrée sur le marché du travail, l’obtention de la citoyenneté après l’entrée n’est pas facteur de confusion. Cette définition des immigrés peut toutefois inclure les personnes qui sont nées dans le pays d’accueil, mais qui n’en possèdent pas la nationalité, comme les enfants adultes nés dans le pays de parents immigrés dans certains pays de l’OCDE.
Le chapitre porte sur les premières années pendant lesquelles les immigrés occupent un emploi formel dans le pays d’accueil, c’est-à-dire la première année de leur présence dans les données. Pour éviter d’inclure des travailleurs qui ne font pas leur entrée sur le marché du travail, mais reprennent simplement un travail après une période d’inactivité, l’analyse ne prend en compte que les immigrés qui n’exercent pas d’emploi au cours des trois premières années de la collecte de données, mais qui entrent sur le marché du travail dans les années suivantes6.
Par rapport aux données d’enquête par exemple, les données administratives fournissent peu d’informations sur les caractéristiques individuelles. Les informations sur le niveau d’études ne sont notamment pas disponibles pour tous les pays. C’est pourquoi l’écart de rémunération subi par les immigrés ne tient pas compte des différences de niveau d’études dans les principaux résultats. Cependant, pour les pays pour lesquels des données sont disponibles, des résultats complémentaires sont présentés qui tiennent compte des différences entre immigrés et personnes nées dans le pays en termes de niveau d’études.
L’analyse porte sur tous les immigrés entrés pour la première fois sur le marché du travail de 15 pays de l’OCDE entre le début des années 2000 et le milieu des années 2010. Au cours de cette période, les données montrent plus de 7 millions de nouveaux arrivants immigrés sur le marché du travail (Tableau d’annexe 4.B.1). Les femmes représentent 43 % de l’ensemble des immigrés inclus dans l’échantillon. En moyenne, les immigrés qui entrent sur le marché du travail du pays d’accueil sont âgés de 32 ans.
Leur région d’origine varie considérablement d’un pays d’accueil à l’autre. Ces différences reflètent en partie les liens géographiques et historiques entre certains pays d’origine et de destination. En Espagne, États-Unis et au Portugal, une grande partie des immigrés viennent de pays d’Amérique latine (33 %, 22 % et 40 %) (Graphique 4.1). Au Portugal, ils sont principalement originaires du Brésil, tandis qu’en Espagne et aux États-Unis les immigrés sont principalement originaires de pays latino‑américains hispanophones. En France, plus de la moitié des immigrés viennent de pays d’Afrique (33 % d’Afrique du Nord et 21 % d’Afrique subsaharienne), principalement d’anciennes colonies majoritairement francophones. Au Canada et en Nouvelle‑Zélande, près de la moitié des immigrés viennent d’Asie.
Part des régions d’origine dans l’ensemble des entrées d’immigrés sur le marché du travail, en pourcentage
Note : Le graphique indique la distribution des immigrés selon les régions d’origine telle que mesurée la première année sur le marché du travail du pays d’accueil. Les pays sont classés en fonction du pourcentage d’immigrés originaires de l’UE (UE‑15 + autres UE‑27). « OCDE » correspond à la moyenne non pondérée pour l’ensemble des pays.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
Les différences entre les pays de l’OCDE au regard des régions d’origine tiennent également aux différences dans les catégories de flux migratoires (migrations de travail, familiales ou humanitaires par exemple). Plus de la moitié des immigrés en Autriche, au Danemark, en Norvège et aux Pays-Bas sont issus d’un autre pays de l’UE‑27, ce qui témoigne de l’importance, pour ces pays, des migrations liées à la libre circulation au sein de la zone UE‑AELE. En Suède, 30 % des immigrés viennent du Moyen-Orient, ce qui tient notamment à l’importance des migrations humanitaires. Dans certains pays, les données administratives contiennent des informations sur la catégorie d’entrée des immigrés. L’Encadré 4.5 présente les résultats par catégorie d’entrée pour le Canada.
Dans tous les pays de l’OCDE considérés dans l’analyse, les immigrés pâtissent, à leur entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, d’importantes pénalités salariales par rapport aux personnes du même âge et du même sexe nées dans le pays. En moyenne dans les 15 pays de l’OCDE considérés, les revenus d’activité des immigrés sont inférieurs de 34 % à ceux des personnes nées dans le pays (Graphique 4.2)7. Cet écart varie entre 28 % (Danemark, France, Portugal) et 45 % (Italie).
À compter de la cinquième année sur le marché du travail du pays d’accueil, l’écart de rémunération par rapport aux personnes nées dans le pays est nettement moins marqué qu’à l’entrée sur le marché du travail. L’écart de rémunération diminue ainsi d’un tiers en moyenne dans les différents pays, ou de 13 p.p., passant de 34 % à l’entrée à 21 % au bout de cinq ans8. Près de la moitié de la réduction de l’écart de rémunération subi par les immigrés intervient entre la première et la deuxième année sur le marché du travail du pays d’accueil, en moyenne dans les différents pays.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés la première, la deuxième et la cinquième année depuis l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, en pourcentage
* Les revenus pris en compte correspondent aux revenus annuels. Dans les pays pour lesquels on dispose d’informations sur les revenus annuels, l’écart de rémunération la première année correspond à celui constaté la deuxième année afin de corriger les différences dans les jours travaillés et les revenus mécaniquement bas en raison du jour d’entrée sur le marché du travail.
** En raison d’un panel court, l’écart de rémunération en Colombie est estimé après quatre ans au lieu de cinq.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
S’agissant des cohortes d’immigrés antérieures, pour lesquelles il est possible d’estimer l’écart de rémunération après dix ans, on constate que ce dernier est réduit de plus de moitié, passant de 37 % à 16 % la dixième année (Graphique d’annexe 4.B.1)9. Par conséquent, sur dix ans, l’écart de rémunération se réduit de près de deux tiers au cours des cinq premières années.
La diminution de l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays traduit une augmentation sensible du revenu réel des immigrés. Après cinq ans sur le marché du travail, les revenus d’activité moyens des immigrés sont supérieurs de 24 % à ceux perçus par les immigrés la première année dans les 15 pays d’accueil considérés (Tableau d’annexe 4.B.2).
L’écart de rémunération en défaveur des immigrés pourrait s’expliquer en partie par des différences en matière de compétences si les immigrés ont un niveau de compétences inférieur à celui des personnes nées dans le pays. D’autres sources de données montrent que ce n’est qu’en partie vrai. Dans la plupart des pays d’accueil, si les immigrés sont plus susceptibles que les personnes nées dans le pays de ne pas être diplômés du deuxième cycle du secondaire, ils sont aussi plus nombreux à avoir suivi des études supérieures (Tableau d’annexe 4.B.3).
Si l’on tient compte du niveau d’études dans les pays pour lesquels ces données sont disponibles (Allemagne, Portugal), l’écart de rémunération initial diminue d’un quart environ10. Toutefois, la prise en compte des différences de niveau d’études n’a qu’un effet marginal sur la réduction de l’écart de rémunération au fil du temps11. La sous-section suivante montre qu’à l’inverse, les différences concernant les secteurs et les entreprises dans lesquels travaillent les immigrés et les professions qu’ils occupent contribuent fortement à l’écart de rémunération par rapport aux personnes nées dans le pays, ainsi qu’à sa réduction.
Les différences dans le nombre d’heures travaillées expliquent en partie l’écart de rémunération initial en défaveur des immigrés et sa diminution au fil du temps. Pour les six pays pour lesquels on dispose de données sur les heures travaillées, l’Encadré 4.2 compare l’écart de rémunération mensuelle et horaire à l’entrée sur le marché du travail et après cinq ans. Un nombre d’heures travaillées inférieur à celui des personnes nées dans le pays contribue à hauteur d’un quart environ à l’écart de rémunération initial en défaveur des immigrés en moyenne dans ces pays. Cela concorde avec les données qui montrent que les immigrés arrivés récemment dans le pays d’accueil sont plus susceptibles d’occuper des emplois à temps partiel, et en particulier sans l’avoir choisi (OCDE/Commission européenne, 2023[1]). Plus le temps passé sur le marché du travail du pays d’accueil augmente, plus leur temps de travail s’allonge, avec à la clé des revenus plus élevés. La hausse du nombre d’heures de travail contribue à hauteur d’un cinquième à la réduction de l’écart de rémunération au cours des cinq premières années en moyenne dans les six pays considérés.
Une partie de l’écart de rémunération initial entre immigrés et personnes nées dans le pays tient au fait que les immigrés travaillent moins d’heures par mois. L’écart de rémunération horaire initial subi par les immigrés est nettement moins important que l’écart de rémunération mensuelle dans les six pays pour lesquels on dispose de données sur les heures travaillées. En moyenne, l’écart de rémunération horaire par rapport aux personnes nées dans le pays est inférieur d’environ un quart à l’écart de rémunération mensuelle (26 % contre 34 %).
C’est au Danemark et en France que le nombre d’heures travaillées a une incidence particulièrement marquée. Dans ces pays, l’écart initial de rémunération horaire ne représente que 42 % et 53 % respectivement de l’écart de rémunération mensuelle. Au Portugal, en revanche, le nombre d’heures travaillées des immigrés et des personnes nées dans le pays est plus proche. L’écart initial de rémunération horaire représente 90 % de l’écart de rémunération mensuelle.
À la cinquième année sur le marché du travail, le nombre d’heures travaillées a une incidence moins forte sur l’écart de rémunération mensuelle qu’à l’entrée dans l’emploi. Le temps de travail des immigrés s’allonge tout au long de leur insertion sur le marché du travail du pays d’accueil, ce qui contribue à l’augmentation de leur rémunération mensuelle. Un cinquième de la réduction de l’écart de rémunération mensuelle entre les immigrés et les personnes nées dans le pays au cours des cinq premières années est imputable à l’augmentation du nombre d’heures travaillées, en moyenne dans les six pays considérés. L’augmentation du nombre d’heures travaillées est particulièrement importante au Danemark et en France, où les écarts initiaux en termes d’heures travaillées sont plus creusés.
Écart de rémunération mensuelle et horaire en défaveur des immigrés la première et la cinquième année depuis l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, en pourcentage
Note : Pour l’Allemagne, l’échantillon est limité aux travailleurs à temps plein pour le calcul des écarts de rémunération horaire. Les pays sont classés en fonction de l’écart de rémunération mensuelle la cinquième année.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
Lorsque l’on étudie l’évolution des revenus d’activité des immigrés au fil du temps, la crainte est qu’elle puisse être liée à des changements dans la composition de la population immigrée sous l’effet de départs ou de différences dans les liens avec le marché du travail. Par exemple, les immigrés qui enregistrent les moins bons résultats sur le marché du travail seraient plus susceptibles de quitter l’emploi, voire leur pays d’accueil (Lubotsky, 2007[3]). En conséquence, les effectifs restants dans le pays d’accueil se composeraient progressivement d’immigrés affichant de meilleurs résultats professionnels et l’écart de rémunération se réduirait même si en réalité leur situation sur le marché du travail ne s’améliore pas. Pour pallier ce problème, du moins en partie, l’analyse est répétée en limitant l’échantillon aux immigrés qui occupent toujours un emploi après cinq ans dans le pays d’accueil.
Dans les pays de l’OCDE considérés, les immigrés qui sont en emploi dans le pays d’accueil pendant cinq ans ou plus affichaient un écart de rémunération initial par rapport aux personnes nées dans le pays moins marqué que celui estimé pour l’ensemble des immigrés (indépendamment de la durée de séjour) (Graphique 4.4).
Écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays à l’entrée sur le marché du travail, pour tous les immigrés et pour ceux occupant un emploi après cinq ans ou plus dans le pays d’accueil, en pourcentage
Note : * La mesure des revenus correspond aux revenus annuels. Dans les pays où seulement les revenus annuels sont disponibles, l’écart de revenus de la première année correspond à celui enregistré au cours de la deuxième année afin de corriger les différences en termes de jours travaillés et les revenus mécaniquement faibles induits par le jour d’entrée sur le marché du travail. ** Pour la Colombie, l’écart de revenus est estimé après quatre ans, au lieu de cinq, en raison de la structure du panel court.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
L’effet de sélection est limité en moyenne dans les différents pays. L’écart de rémunération initial subi par les immigrés qui occupent un emploi après cinq ans est inférieur de 2 p.p. à l’écart de rémunération initial global (32 % contre 34 %). L’effet de sélection est généralement plus prononcé dans les pays d’accueil qui affichent les plus grands écarts de rémunération initiaux, comme l’Italie ou la Suède, mais aussi les États-Unis. L’effet de sélection est faible en Allemagne, malgré un grand écart de rémunération initial, ainsi qu’aux Pays‑Bas et au Portugal.
Par conséquent, la sélection positive des immigrés occupant un emploi n’est pas à l’origine de la diminution estimée de l’écart de rémunération en défaveur des immigrés. Si l’on s’intéresse exclusivement aux immigrés qui occupent un emploi dans le pays d’accueil pendant au moins cinq ans, la réduction de l’écart de rémunération est estimée à 11 p.p., ce qui est très proche des 13 points observés si tous les immigrés entrant sur le marché du travail du pays d’accueil sont pris en compte.
Près de deux tiers (63 %) de l’écart de rémunération initial dont pâtissent les immigrés peuvent s’expliquer par leur concentration dans les entreprises et les secteurs à bas salaires, en moyenne dans les pays considérés (Graphique 4.5). Il s’agit de secteurs et d’entreprises où tous les travailleurs, qu’ils soient étrangers ou nés dans le pays, sont moins bien rémunérés en moyenne. Le poids combiné des entreprises et des secteurs dans l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays, important dans l’ensemble des pays, varie de 44 % en Finlande à 85 % en Colombie. En revanche, les immigrés ont tendance à être concentrés dans les régions où les salaires sont plus élevés, notamment dans les zones urbaines. Les régions ont toutefois un très faible impact positif sur l’écart de rémunération, quel que soit le pays considéré.
À elle seule, la concentration d’immigrés dans les secteurs à bas salaires contribue à hauteur de plus d’un tiers (36 %) à l’écart de rémunération, en moyenne dans l’ensemble des pays. Le poids des secteurs dans cet écart est important dans tous les pays, et varie de 18 % en Colombie à 50 % environ en Allemagne, en Autriche et au Portugal. Au Portugal, par exemple, 57 % de tous les immigrés travaillent dans des secteurs à bas salaires (hébergement et restauration, activités de services administratifs et construction) lorsqu’ils entrent sur le marché du travail.
Dans les pays de l’OCDE, les immigrés sont fortement concentrés dans quelques secteurs, notamment la construction, les services domestiques, l’hébergement et la restauration, l’industrie manufacturière, les soins de santé ou les technologies de l’information (OCDE, 2020[12]). Dans la présente analyse, à leur entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, les immigrés sont initialement surreprésentés dans les activités des services administratifs (qui comprennent la sécurité et la propreté des bâtiments), dans l’hébergement et la restauration, ainsi que dans l’agriculture (Tableau d’annexe 4.B.4). Ces mêmes schémas se retrouvent plus ou moins sur l’ensemble des cohortes d’immigrés et des pays.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés à l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, décomposé selon la contribution des secteurs, des régions, des entreprises (au sein des secteurs et des régions) et d’une composante interne à l’entreprise, en pourcentage
Note : L’écart de rémunération global correspond à la différence de revenu mensuel moyen entre les immigrés à l’entrée dans le pays d’accueil et les travailleurs du même âge et du même sexe nés dans le pays, la même année. La décomposition de l’écart de rémunération suit le modèle établi par Gelbach (2016[8]), voir Encadré 4.1 pour plus de détails. * La mesure des revenus correspond aux revenus annuels. Dans les pays où seulement les revenus annuels sont disponibles, l’écart de revenus de la première année correspond à celui enregistré au cours de la deuxième année afin de corriger les différences en termes de jours travaillés et les revenus mécaniquement faibles induits par le jour d’entrée sur le marché du travail. ** Pour la Colombie, l’écart de revenus est estimé après quatre ans, au lieu de cinq, en raison de la structure du panel court.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
Les immigrés ne sont pas seulement concentrés dans certains secteurs de l’économie, mais aussi dans certaines entreprises spécifiques au sein des secteurs. Dans les 15 pays de l’OCDE considérés, la concentration des immigrés dans les entreprises à bas salaires au sein des secteurs d’activité contribue à hauteur d’un quart environ (27 %) à l’écart de rémunération en défaveur des immigrés à l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil12. Le poids des différences de salaires entre les entreprises au sein des secteurs d’activité dans l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés varie entre 13 % et 40 % dans la plupart des pays. Les Pays‑Bas et la Colombie font toutefois exception : dans le premier cas, les différentiels de rémunération n’expliquent que très peu l’écart ; dans le second, les effets d’entreprise comptent pour deux tiers de l’écart de rémunération. Le poids des entreprises dans l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés en Colombie pourrait, dans une certaine mesure, traduire la plus grande importance des différences de pratiques de fixation des salaires et des différences de résultats d’une entreprise à l’autre, comme c’est le cas dans nombre d’économies émergentes (Kline, 2024[13]).
Par ailleurs, les entreprises à bas salaires sont souvent, au sens plus général, des entreprises de faible qualité (Graphique 4.6). Lorsqu’ils entrent sur le marché du travail du pays d’accueil, les immigrés travaillent dans des entreprises non seulement à bas salaires, mais aussi de plus petite taille, moins productives (moindre valeur ajoutée par travailleur) et beaucoup plus cloisonnées, par rapport aux entreprises qui emploient leurs homologues nés dans le pays, et ce dans tous les pays.
Les données présentées ci-dessus s’ajoutent à une littérature académique de plus en plus abondante sur la ségrégation des immigrés dans les entreprises dans les pays de l’OCDE13. La ségrégation des immigrés par lieu de travail pourrait tenir à différents facteurs. De nombreux travailleurs trouvent un emploi grâce à leurs contacts professionnels et personnels. Si les contacts des immigrés sont majoritairement composés d’autres immigrés, les immigrés auront tendance à travailler ensemble. La discrimination par les employeurs pourrait aussi entrer en jeu, avec à la clé une concentration des immigrés dans les entreprises qui ne les pénalisent pas à l’embauche.
Caractéristiques des entreprises dans lesquelles travaillent les immigrés à leur entrée sur le marché du travail, par rapport aux personnes du même âge et du même sexe nées dans le pays
Note : L’effet fixe d’entreprise correspond à un avantage salarial dont bénéficient tous les travailleurs d’une entreprise donnée déduction faite de la composition de la main-d’œuvre selon Abowd, Kramarz et Margolis (1999[11]). La productivité des entreprises est mesurée en termes de valeur ajoutée par travailleur, à l’exception du Portugal où elle est mesurée selon le chiffre d’affaires par travailleur. La taille d’entreprise correspond au nombre de salariés dans une entreprise et une année données. La ségrégation dans les entreprises est une variable indicatrice égale à 1 si les immigrés constituent plus de 50 % de l’effectif total dans une entreprise et une année données. On ne dispose pas de données sur la productivité au niveau des entreprises en Allemagne, en Autriche, en Colombie, en Espagne, aux États-Unis, en France et aux Pays-Bas. Il n’existe pas d’informations sur la proportion d’immigrés dans les entreprises en Espagne, aux États-Unis et en Italie. Pour l’Espagne, l’Italie et la France, les effets fixes d’entreprise ne tiennent pas compte de la composition de la main-d’œuvre en raison de la petite taille de l’échantillon d’entreprises.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
Les différences de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays au sein de la même entreprise expliquent l’écart de rémunération initial restant, en moyenne dans les pays considérés (42 %). Ces différences intra‑entreprise vont de 16 % et 22 % en Colombie et en Espagne, à plus de 50 % dans divers pays comme le Canada, le Danemark, les États‑Unis, la Finlande ou la Nouvelle‑Zélande. Les écarts de rémunération au sein d’une même entreprise peuvent traduire des différences au niveau des tâches effectuées par les immigrés dans les entreprises (différences d’emplois), des différences de productivité à ces postes selon l’ancienneté, la maîtrise de la langue ou le niveau de formation ou encore des différences de rémunération à valeur de travail égale (ex. négociation, discrimination).
Il ressort d’une analyse complémentaire réalisée pour l’Allemagne et le Portugal, pour lesquels on dispose de données sur le niveau d’études, que les écarts de rémunération dans les entreprises ne varient qu’à la marge si l’on tient compte des différences de niveau d’études entre les deux groupes (Graphique d’annexe 4.B.2). Par ailleurs, les immigrés ne travaillent pas dans les secteurs et les entreprises à bas salaire en raison d’un niveau d’études inférieur. À l’inverse, la section ci‑après montre que, dans les pays pour lesquels des données sont disponibles, une grande partie de l’écart de rémunération entre les immigrés et les personnes nées dans le pays s’explique par le fait que les immigrés occupent des emplois moins bien rémunérés.
En moyenne dans les pays pour lesquels on dispose de données sur les professions exercées, la concentration d’immigrés dans les professions à bas salaire explique à hauteur de plus d’un quart (27 %) l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays (Graphique 4.7). Il s’agit de professions dans lesquelles tous les travailleurs, qu’ils soient nés à l’étranger ou dans le pays, sont en moyenne moins bien rémunérés. Le poids des professions dans l’écart de rémunération est particulièrement prononcé au Portugal et en Allemagne : plus de 30 % de l’écart initial à l’entrée sur le marché du travail peuvent être expliqués par le fait que les immigrés exercent des professions moins rémunératrices que les travailleurs nés dans le pays14. En Finlande, à l’inverse, les professions exercées expliquent 17 % seulement de l’écart de rémunération entre immigrés et travailleurs nés dans le pays.
La prise en compte des professions exercées par les immigrés réduit l’ampleur de l’écart de rémunération au sein des entreprises, signe que les immigrés exercent des professions à bas salaire au sein de ces mêmes entreprises. L’écart de rémunération restant au sein des entreprises après prise en compte des professions exercées traduit des différences de tâches et de responsabilités au sein d’une même profession, des différences de productivité à un poste donné (ex. ancienneté, niveau de formation, maîtrise de la langue) ou des différences de rémunération à travail de valeur égale15.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés à l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, décomposé selon la contribution des secteurs, des régions, des entreprises (au sein des secteurs et des régions), des professions et d’une composante interne à l’entreprise, en pourcentage
Note : L’écart de rémunération global correspond à la différence de revenu mensuel moyen entre les immigrés à l’entrée dans le pays d’accueil et les travailleurs du même âge et du même sexe nés dans le pays, la même année. La décomposition de l’écart de rémunération suit le modèle établi par Gelbach (2016[8]), voir Encadré 4.1 pour plus de détails. La profession est mesurée au niveau de la classification à 2 chiffres pour tous les pays considérés. Pour la Finlande, les données sur la profession exercée sont disponibles à partir de 2004 seulement. * La mesure des revenus correspond aux revenus annuels. Dans les pays où seulement les revenus annuels sont disponibles, l’écart de revenus de la première année correspond à celui enregistré au cours de la deuxième année afin de corriger les différences en termes de jours travaillés et les revenus mécaniquement faibles induits par le jour d’entrée sur le marché du travail.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
La concentration d’immigrés dans les professions à bas salaire tient non seulement au niveau de formation inférieur d’une partie de la population immigrée, mais aussi au fait que les immigrés diplômés du supérieur sont le plus souvent trop qualifiés par rapport à l’emploi qu’ils occupent. L’écart entre immigrés et personnes nées dans le pays en matière de déclassement est bien documenté dans les pays de l’OCDE (OCDE/Commission européenne, 2023[1] ; Dustmann, Frattini et Preston, 2012[14]). L’Encadré 4.3 présente les taux de déclassement des immigrés et des personnes nées dans le pays tirés d’autres sources de données pour les pays considérés dans l’analyse.
En moyenne dans l’ensemble des pays, la proportion d’immigrés déclassés, mesurée en proportion des immigrés diplômés du supérieur occupant des emplois moyennement à peu qualifiés, est supérieure de 27 p.p. à celle des travailleurs nés dans le pays (Tableau 4.1). Le taux de déclassement des immigrés est particulièrement élevé en Italie et en Norvège, ainsi qu’au Portugal et en Suède. Il est relativement plus bas en Allemagne et en Autriche, et proche de zéro au Canada et aux États-Unis.
Proportion de travailleurs diplômés du supérieur (arrivés récemment) travaillant dans des professions moyennement à peu qualifiées, par pays
|
Pays |
Personnes nées à l’étranger |
Personnes nées dans le pays |
Différence (Nés à l’étranger – Nés dans le pays) |
|---|---|---|---|
|
ITA |
64 |
14 |
50 |
|
NOR |
49 |
12 |
37 |
|
PRT |
41 |
12 |
29 |
|
SWE |
41 |
12 |
28 |
|
DNK |
34 |
13 |
22 |
|
ESP |
51 |
33 |
18 |
|
FRA |
38 |
20 |
18 |
|
FIN |
33 |
18 |
15 |
|
OCDE |
44 |
17 |
27 |
|
NLD |
23 |
14 |
9 |
|
AUT |
31 |
23 |
8 |
|
DEU |
25 |
18 |
8 |
|
CAN* |
36 |
34 |
2 |
|
USA* |
35 |
35 |
0 |
Note : Pour les pays européens, le taux de déclassement des immigrés est calculé pour l’ensemble des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur arrivés dans le pays d’accueil entre 2006 et 2015 conformément à l’EFT-UE. Pour les États-Unis et le Canada (signalés par un astérisque), le taux de déclassement est mesuré sur la base de l’ensemble des immigrés diplômés de l’enseignement supérieur résidant dans le pays en 2015, conformément à la Base de données sur les immigrés dans les pays membres et non membres de l’OCDE (DIOC). Pour la Nouvelle‑Zélande, l’enquête sur la population active ne fournit pas d’informations sur les professions et à ce titre le taux de déclassement ne peut être mesuré.
Sources : EFT-UE, DIOC, calculs des auteurs.
Plusieurs mécanismes pourraient contribuer à expliquer le rôle des professions et du déclassement. Les immigrés rencontrent parfois des obstacles à la transférabilité du capital humain acquis dans le pays d’origine, par exemple en raison de difficultés liées à la reconnaissance officielle de leurs qualifications dans le pays d’accueil. La barrière de la langue et la délivrance d’autorisations professionnelles peuvent aussi empêcher le redéploiement vers des emplois mieux rémunérés. Des décalages entre la demande de compétences dans le pays d’accueil et les compétences acquises par les immigrés dans leur pays d’origine sont également possibles.
À mesure qu’ils gagnent en expérience professionnelle dans le pays d’accueil, les immigrés comblent en partie l’écart de rémunération par rapport aux travailleurs nés dans le pays grâce à leur progression vers des entreprises et des secteurs à plus hauts salaires (Graphique 4.8). En moyenne dans l’ensemble des pays, l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés est réduit d’un tiers environ (soit 13 p.p.) par rapport à la première année d’activité.
La mobilité vers des entreprises à plus hauts salaires contribue à hauteur d’un quart (24 %) à la réduction de l’écart, et la mobilité vers des secteurs plus rémunérateurs à hauteur de 13 %. Le fait que la mobilité vers des entreprises à plus hauts salaires réduit davantage l’écart que la mobilité vers des secteurs plus rémunérateurs s’explique par des transitions plus difficiles d’un secteur à un autre compte tenu des différences éventuelles de compétences recherchées. La mobilité vers des régions où les salaires sont plus élevés n’entre pas en ligne de compte dans la réduction de l’écart de rémunération, puisqu’elle n’y contribue qu’à hauteur de 1 point de pourcentage (p.p.) seulement. Les immigrés ayant tendance à entrer sur le marché du travail dans des régions où les salaires sont plus élevés, en comparaison avec les personnes nées dans le pays, la marge d’amélioration en la matière est négligeable.
Variation de l’écart de rémunération en défaveur des immigrés entre la cinquième et la première année sur le marché du travail du pays d’accueil, décomposé selon la variation de la contribution des secteurs, des régions, des entreprises (au sein des secteurs et des régions) et d’une composante interne aux entreprises, en pourcentage
Note : La variation de l’écart de rémunération entre la première et la cinquième année, en points de pourcentage, peut être décomposée comme la somme de la variation de chaque composante (entreprise, secteur, région, intra‑entreprise) entre la première et la cinquième année. * La mesure des revenus correspond aux revenus annuels. Dans les pays où seulement les revenus annuels sont disponibles, l’écart de revenus de la première année correspond à celui enregistré au cours de la deuxième année afin de corriger les différences en termes de jours travaillés et les revenus mécaniquement faibles induits par le jour d’entrée sur le marché du travail. ** Pour la Colombie, l’écart de revenus est estimé après quatre ans, au lieu de cinq, en raison de la structure du panel court.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
La mobilité des immigrés vers des entreprises à plus hauts salaires va de pair avec une amélioration qualitative des entreprises par comparaison avec les travailleurs nés dans le pays (Graphique 4.9). Dans l’ensemble des pays considérés, les immigrés évoluent vers des entreprises qui, en plus d’offrir des salaires plus élevés, sont aussi plus productives et plus grandes, et dans lesquelles la ségrégation professionnelle est moindre.
Variation des caractéristiques des entreprises des immigrés relativement aux travailleurs nés dans le pays entre la cinquième et la première année d’emploi dans le pays d’accueil
Note : L’effet fixe d’entreprise correspond à un avantage salarial dont bénéficient tous les travailleurs d’une entreprise donnée déduction faite de la composition de la main-d’œuvre selon Abowd, Kramarz et Margolis (1999[11]). La productivité des entreprises est mesurée en termes de valeur ajoutée par travailleur, à l’exception du Portugal où elle est mesurée selon le chiffre d’affaires par travailleur. La taille d’entreprise correspond au nombre de salariés dans une entreprise et une année données. La ségrégation dans les entreprises est une variable indicatrice égale à 1 si les immigrés constituent plus de 50 % de l’effectif total dans une entreprise et une année données. On ne dispose pas de données sur la productivité au niveau des entreprises en Allemagne, en Autriche, en Colombie, en Espagne, aux États-Unis, en France et aux Pays-Bas. Il n’existe pas d’informations sur la proportion d’immigrés dans les entreprises en Espagne, aux États-Unis et en Italie. Pour l’Espagne, l’Italie et la France, les effets fixes d’entreprise ne tiennent pas compte de la composition de la main-d’œuvre en raison de la petite taille de l’échantillon d’entreprises.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
La mobilité professionnelle vers de meilleures entreprises représente effectivement une importante marge de manœuvre pour la progression salariale des immigrés, mais il ne faut pas oublier que la plus grande part de la réduction de l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays se produit au sein des entreprises. En moyenne dans l’ensemble des pays, plus de la moitié (61 %) de la réduction de l’écart de rémunération après cinq ans peut être attribuée à la progression au sein des entreprises. La mobilité interne est particulièrement pertinente en Finlande, en Norvège et en Suède, ainsi qu’en Espagne et aux Pays-Bas, tandis qu’elle joue un rôle moindre en Autriche et en Colombie. Cela tient à l’augmentation du nombre d’heures travaillées (comme indiqué plus haut), à l’ancienneté et, éventuellement, à l’évolution vers des emplois mieux rémunérés. La sous-section suivante élargit le champ de l’analyse de manière à inclure la mobilité professionnelle, dans les pays pour lesquels on dispose de données, afin d’établir dans quelle mesure la réduction de l’écart de rémunération au sein de l’entreprise traduit des progressions vers des professions mieux rémunérées.
La mobilité professionnelle vers des professions mieux rémunérées ne contribue pas à réduire l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés dans les pays considérés qui disposent de données sur les professions. En moyenne dans les sept pays, les professions exercées ne contribuent quasiment pas à la réduction globale de l’écart de rémunération au cours des premières années sur le marché du travail (Graphique 4.10). Le constat est le même dans tous les pays : le poids des professions exercées dans la réduction de l’écart de rémunération est faible partout, et le plus souvent négatif. Cela signifie que les immigrés accèdent à des professions mieux rémunérées moins rapidement que les personnes du même âge et du même sexe nées dans le pays.
Bien que le fait de travailler dans une profession à bas salaire influe fortement sur l’écart de rémunération en défaveur des immigrés, dans les pays pris en compte dans l’analyse, les travailleurs immigrés ne gravissent pas les échelons professionnels. Par rapport aux personnes nées dans le pays, les immigrés sont plus nombreux à avoir un faible niveau de formation, ce qui explique en partie pourquoi ils travaillent dans des professions moins qualifiées et moins bien rémunérées. Néanmoins, on constate également que le déclassement des immigrés diplômés du supérieur est fréquent à leur arrivée dans le pays d’accueil : ils occupent des emplois moins qualifiés et moins bien rémunérés que ce à quoi ils pourraient prétendre au vu de leur niveau de formation. Pour les immigrés diplômés du supérieur, la mobilité professionnelle ascendante (accès à des professions correspondant à leurs études) pourrait contribuer à réduire l’écart de rémunération par rapport aux personnes nées dans le pays.
Variation de l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays entre la cinquième et la première année sur le marché du travail du pays d’accueil, décomposé selon la contribution des entreprises, des secteurs, des régions, des professions et d’une composante interne aux entreprises et aux professions, p.p.
Note : La variation de l’écart de rémunération entre la première et la cinquième année, en points de pourcentage, peut être décomposée comme la somme de la variation de chaque composante (entreprise, secteur, région, emploi, composante interne à l’entreprise et à l’emploi exercé) entre la première et la cinquième année. * La mesure des revenus correspond aux revenus annuels. Dans les pays où seulement les revenus annuels sont disponibles, l’écart de revenus de la première année correspond à celui enregistré au cours de la deuxième année afin de corriger les différences en termes de jours travaillés et les revenus mécaniquement faibles induits par le jour d’entrée sur le marché du travail. La profession est mesurée au niveau de la classification à 2 chiffres pour tous les pays considérés. Pour la Finlande, les données sur les emplois exercés sont disponibles à partir de 2004 seulement.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
Il importe de noter que les entreprises et les secteurs contribuent encore fortement à la réduction de l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays après prise en compte de la mobilité professionnelle. Ce constat vient renforcer la conclusion selon laquelle la mobilité professionnelle vers des entreprises et des secteurs offrant des rémunérations plus élevées, ainsi que la progression salariale au sein des entreprises, sont essentielles à l’intégration des immigrés sur le plan salarial.
Les éléments présentés dans ce chapitre montrent que l’écart de rémunération en défaveur des immigrés tend à persister dans le temps, en dépit des améliorations enregistrées au cours des premières années sur le marché du travail (Tableau d’annexe 4.B.1). Se pose donc la question de savoir si cet écart persiste d’une génération à l’autre. L’Encadré 4.4 présente des données internationales récentes qui montrent que les travailleurs nés dans le pays de parents immigrés souffrent d’un écart de rémunération beaucoup plus faible que leurs parents. Ils travaillent eux aussi dans des secteurs et des emplois moins bien rémunérés que ceux des personnes nées dans le pays, mais dans une bien moindre mesure que les personnes nées à l’étranger.
Dans de nombreux pays de l’OCDE, les enfants adultes nés dans le pays de parents immigrés représentent une population importante et croissante (OCDE/Commission européenne, 2023[1]). Si les enfants adultes nés dans le pays de parents immigrés sont moins bien rémunérés que les personnes nées dans le pays qui ne sont pas issues de l’immigration, les données récentes montrent que cet écart est nettement moins marqué que celui constaté à l’arrivée des immigrés sur le marché du travail (Boustan, 2025[15]).
Hermansen et al (2025[16]) s’appuient sur des données administratives portant sur certains pays de l’OCDE pour décrire l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés, et leurs enfants, au sein des secteurs et des emplois et entre eux (un emploi correspond à une profession exercée au sein d’un établissement ou d’une entreprise). Cette étude montre que dans les 6 pays de l’OCDE pour lesquels des données sont disponibles (Allemagne, Canada, Danemark, Norvège, Pays-Bas et Suède), l’écart de rémunération est nettement moindre pour les travailleurs nés dans le pays de parents immigrés que pour les immigrés. Par ailleurs, les revenus des travailleurs nés dans le pays de parents immigrés sont quasiment les mêmes que ceux des personnes nées dans le pays qui travaillent dans les mêmes secteurs et les mêmes emplois. Par conséquent, les modestes différences de revenu entre les travailleurs nés dans le pays de parents immigrés et leurs homologues nés dans le pays tiennent au fait qu’ils travaillent dans des secteurs et des emplois où les salaires sont inférieurs.
La situation des immigrés sur le marché du travail varie selon leur région d’origine (voir le chapitre 2). Ces variations s’expliquent notamment par des différences au regard du motif de départ, des caractéristiques individuelles (niveau d’études, qualité de l’enseignement, vécu dans le pays d’accueil), et des réseaux personnels. Cette section présente l’évolution de l’écart de rémunération sur le marché du travail selon les principales régions d’origine des immigrés dans 15 pays de l’OCDE et évalue dans quelle mesure les secteurs et les entreprises jouent un rôle dans cet écart.
L’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés est plus prononcé à l’entrée sur le marché du travail dans le cas des immigrés d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie par rapport aux immigrés originaires de pays de l’UE‑15, d’Amérique du Nord et d’Océanie en moyenne dans les pays d’accueil (Graphique 4.11). Ainsi, l’écart de rémunération par rapport aux personnes du même âge et du même sexe nées dans le pays s’établit à 44 % pour les immigrés originaires d’Afrique et du Moyen-Orient et à 40 % pour les immigrés originaires d’Asie, contre 19 % pour les immigrés provenant des pays de l’UE‑15 et 15 % pour les immigrés originaires d’Amérique du Nord et d’Océanie.
Les immigrés originaires de toutes les régions travaillent dans des secteurs et des entreprises offrant des salaires moins élevés que ceux perçus par les personnes nées dans le pays. Le fait de travailler dans des entreprises et des secteurs à faible niveau de rémunération a de plus fortes incidences dans le cas des groupes d’immigrés affichant les plus grands écarts de rémunération avec les personnes nées dans le pays. Le fait de travailler dans des secteurs et des entreprises à bas salaires contribue à hauteur de 18 et de 12 p.p. à l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés originaires d’Afrique et du Moyen-Orient. Pour les immigrés originaires de l’UE‑15, cette incidence se chiffre à 8 et 4 points en moyenne dans les différents pays d’accueil. Le petit groupe d’immigrés originaires d’Amérique du Nord et d’Océanie travaille dans des entreprises offrant des rémunérations comparables à celles des personnes nées dans le pays (même s’ils travaillent dans des secteurs où les salaires sont plus bas en moyenne).
Avec le temps, l’écart de rémunération diminue pour tous les immigrés, quelle que soit leur région d’origine. Cependant, la réduction de l’écart de rémunération est comparable d’une région d’origine à l’autre sur cinq ans, ce qui signifie que les écarts initiaux entre les différents groupes d’immigrés persistent. Avec le temps, tous les immigrés, quelle que soit leur origine, évoluent vers des entreprises qui les rémunèrent mieux. Les variations dans l’effet d’entreprise entre les groupes d’origine persistent également dans le temps. Consulter le Graphique d’annexe 4.B.3, le Graphique d’annexe 4.B.4 et le Graphique d’annexe 4.B.5 pour les écarts selon la région d’origine et le pays d’accueil.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés à l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil par catégorie d’entrée, décomposé selon la contribution des secteurs, des régions, des entreprises (au sein des secteurs et des régions) et d’une composante interne à l’entreprise, par région d’origine, en pourcentage
Note : Moyenne des pays (non pondérée). L’écart de rémunération global correspond à la différence de revenu mensuel moyen entre les immigrés à l’entrée dans le pays d’accueil et les travailleurs du même âge et du même sexe nés dans le pays, la même année. La décomposition de l’écart de rémunération suit le modèle établi par Gelbach (2016[8]), voir Encadré 4.1 pour plus de détails.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
La composition de la population immigrée, notamment au regard des pays d’origine, est en partie déterminée par les politiques migratoires. Les immigrés qui arrivent dans le pays d’accueil par différentes voies (migrations de travail, familiales ou humanitaires) ont des liens différents avec le marché du travail et des résultats différents sur le front de l’emploi. L’Encadré 4.5 présente des estimations de l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés au Canada, ainsi que l’influence exercée par les secteurs d’activité et les entreprises sur cet écart, par grande catégorie d’entrée. Le Canada est l’un des rares pays pour lesquels on dispose de données détaillées sur les types de visas des immigrés.
Par ailleurs, plusieurs travaux universitaires récents se concentrent sur les immigrés admis pour motif humanitaire ou sur les vagues migratoires massives afin d’étudier le rôle des entreprises dans leur intégration dans certains pays de l’OCDE. L’Encadré 4.6 récapitule les conclusions de ces travaux.
Selon leur catégorie d’entrée dans le pays d’accueil, les immigrés obtiennent souvent des résultats différents sur le marché du travail et peuvent avoir besoin de dispositifs différents d’aide à l’intégration. Souvent, les migrants de travail arrivent avec une offre d’emploi, alors que les immigrés admis pour raisons familiales ou les réfugiés doivent d’abord choisir s’ils entrent ou non sur le marché du travail et si oui, chercher un emploi.
Au Canada, les données administratives contiennent des informations sur le permis de séjour ou de travail dont bénéficie la personne à tout moment. Ces données sont très détaillées, mais aux fins de la présente analyse, les immigrés ont été regroupés en six catégories à leur entrée sur le marché du travail canadien1.
Les immigrés de ces six catégories perçoivent, à leur entrée sur le marché du travail, une rémunération inférieure à celle des personnes du même âge et du même sexe nées dans le pays (Graphique 4.12). Parmi les immigrés admis à titre permanent, ceux qui ont été admis pour des motifs économiques sont ceux pour qui l’écart de rémunération est le moins marqué au départ et diminue le plus rapidement, suivis des personnes admises pour raisons familiales et des réfugiés.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés à l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, et évolution de cet écart entre la cinquième et la première année, par catégorie d’entrée, décomposé selon la contribution des secteurs, des régions, des entreprises (au sein des secteurs et des régions) et d’une composante interne à l’entreprise, en pourcentage et en points de pourcentage
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
L’important écart de rémunération initial (principalement au sein des secteurs et des entreprises) dont pâtissent les étudiants en mobilité internationale tient principalement au poids des emplois à temps partiel qui permettent de concilier études et travail. Les étudiants en mobilité internationale enregistrent la plus forte réduction de l’écart de rémunération étant donné qu’un grand nombre d’entre eux accèdent à un emploi à temps plein après la fin de leurs études.
Les immigrés admis à titre temporaire sont ceux qui subissent l’écart de rémunération le plus limité. Ce groupe est hétérogène puisqu’il comprend des travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés et peu qualifiés, et des participants au Programme de mobilité internationale du Canada.
À l’entrée sur le marché du travail, les immigrés correspondant à toutes les catégories d’entrée travaillent dans des secteurs et des entreprises à bas salaires. L’effet d’entreprise compte pour 10 à 20 points dans l’écart de rémunération initial. Au fil du temps, toutes les catégories d’immigrés évoluent vers des entreprises qui les rémunèrent mieux.
1. Il s’agit de quatre catégories d’immigrés admis à titre permanent (demandeurs principaux de l’entrée au titre de l’immigration économique, personnes dépendantes des immigrés économiques, immigrés admis pour raisons familiales et réfugiés) et de deux catégories d’immigrés admis à titre temporaire (étudiants en mobilité internationale et migrants économiques temporaires).
Par rapport aux migrants économiques, l’insertion des réfugiés sur le marché du travail s’accompagne de problématiques différentes (Brell, Dustmann et Preston, 2020[17]). Compte tenu du caractère forcé de leur émigration, les réfugiés enregistrent généralement des résultats nettement moins bons en matière d’intégration, qui persistent dans le temps, y compris par comparaison avec d’autres migrants (Fasani, Frattini et Minale, 2021[18] ; Müller, Pannatier et Viarengo, 2023[19]).
De plus en plus de recherches visent à comprendre le rôle joué par les entreprises dans l’intégration économique des réfugiés :
Pour les Pays-Bas, Yumoto et al. (2023[20]) montrent que les réfugiés ne gagnent qu’un tiers de la rémunération horaire moyenne des personnes nées dans le pays et que la concentration des réfugiés dans les entreprises à bas salaires contribue à hauteur de 17 % à l’écart de rémunération horaire global observé entre 2014 et 2021. On estime que l’appariement sélectif (qui correspond à la mesure dans laquelle les travailleurs hautement qualifiés travaillent dans des entreprises offrant des salaires élevés) est négatif pour les réfugiés, ce qui signifie que les réfugiés hautement qualifiés tendent à travailler dans des entreprises offrant des rémunérations peu élevées. Au sein des entreprises, les auteurs de l’étude n’observent aucune différence de rémunération entre les réfugiés et les personnes nées dans le pays.
Pour le Danemark, Caiumi et Simonsen (2025[21]) s’appuient sur l’affectation quasi aléatoire des réfugiés dans les communes pour conclure qu’en moyenne, les réfugiés n’accèdent à des entreprises véritablement de meilleure qualité que dix ans après leur arrivée. Toutefois, les réfugiés qui sont affectés à des communes où un grand nombre de leurs compatriotes sont employés dans des entreprises de qualité bénéficient d’une amélioration sensible de leur probabilité d’occuper un emploi et de leurs revenus annuels, ce qui démontre l’importance des liens sociaux dans l’intégration.
Pour la Colombie, Delgado-Prieto (2025[22]) observe qu’en dépit des programmes de régularisation massive ciblant les migrants originaires du Venezuela, 10 % seulement des immigrés régularisés occupaient un emploi formel. Sous réserve d’accéder au secteur formel, près de la moitié de l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés peut être attribuée à leur concentration dans les entreprises à bas salaires, avec des écarts persistants par rapport aux personnes nées dans le pays dans la plupart des dimensions de l’emploi et de l’entreprise.
Pour Israël, Arellano-Bover et San (2022[23]) étudient l’émigration massive provoquée par la fuite de près d’un million de Juifs de l’ex-Union soviétique pendant les années 90. Cette période de l’histoire offre une occasion unique en son genre d’analyser l’intégration sans contraintes, puisque les immigrés originaires de l’ex-Union soviétique se voyaient octroyer la citoyenneté israélienne à leur arrivée dans le pays. À leur entrée sur le marché du travail, les immigrés originaires de l’ex-Union soviétique gagnaient 57 % de moins que leurs homologues nés dans le pays, 20 % de cet écart pouvant s’expliquer par le fait qu’ils travaillaient dans des entreprises aux salaires peu élevés. L’écart de rémunération par rapport aux personnes nées dans le pays disparaît après 29 ans dans le pays d’accueil, principalement grâce à la mobilité professionnelle vers des entreprises de meilleure qualité offrant des rémunérations plus élevées plutôt qu’à la faveur d’une résorption des écarts de rémunération au sein des entreprises.
En moyenne dans les pays de l’OCDE, l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays à l’entrée sur le marché du travail est légèrement plus marqué chez les hommes : il s’établit à 35 %, à comparer avec une moyenne de 33 % chez les femmes (Graphique 4.13). L’écart de rémunération est plus important pour les hommes immigrés dans la plupart des pays, à l’exception de l’Allemagne, de la Colombie, du Danemark, de la France et de la Norvège.
Note : * La mesure des revenus correspond aux revenus annuels. Dans les pays où seulement les revenus annuels sont disponibles, l’écart de revenus de la première année correspond à celui enregistré au cours de la deuxième année afin de corriger les différences en termes de jours travaillés et les revenus mécaniquement faibles induits par le jour d’entrée sur le marché du travail. ** Pour la Colombie, l’écart de revenus est estimé après quatre ans, au lieu de cinq, en raison de la structure du panel court. Les pastilles plus foncées représentent la valeur la cinquième année (YSE 5), et les pastilles plus claires, la valeur la première année (YSE 1).
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1).
Si elles pâtissent d’un écart de rémunération moins marqué que celui des hommes, il est essentiel de rappeler que les immigrées sont doublement désavantagées sur le marché du travail, parce qu’elles sont immigrées et parce qu’elles sont des femmes. L’écart de rémunération entre femmes immigrées et femmes nées dans le pays est légèrement inférieur à celui des hommes, mais elles se heurtent également à un écart de rémunération par rapport aux hommes, que connaissent aussi les femmes nées dans le pays.
Entre la première et la cinquième année dans le pays d’accueil, les hommes immigrés réduisent plus lentement que les femmes l’écart de rémunération avec les personnes nées dans le pays. En moyenne dans les pays de l’OCDE, les hommes immigrés comblent 12 p.p. de l’écart de rémunération après cinq ans, contre une réduction de 14 p.p. pour les immigrées. Cette plus lente convergence avec la rémunération des travailleurs nés dans le pays, conjuguée aux écarts de rémunération plus marqués qui sont observés à l’entrée sur le marché du travail, aboutit à des écarts de rémunération également plus prononcés chez les hommes immigrés au bout de cinq ans. Une plus lente convergence est de même constatée dans la littérature (Lee, Peri et Viarengo, 2022[24]).
L’emploi dans des entreprises à bas salaire contribue plus fortement à l’écart de rémunération subi par les immigrés pour les hommes que pour les femmes (Graphique 4.14). En moyenne dans les pays de l’OCDE, l’emploi dans les entreprises à bas salaire peut expliquer 12 p.p. de l’écart de rémunération à l’entrée pour les hommes, contre 10 points pour les femmes. L’écart de rémunération dans les entreprises est plus grand pour les immigrés hommes que pour les femmes dans tous les pays considérés dans l’analyse, à l’exception de la France, de la Nouvelle‑Zélande et des Pays‑Bas où ces écarts sont très voisins pour les hommes et les femmes. Aucun élément n’indique clairement si la mobilité vers des entreprises à plus hauts salaires est plus pertinente pour les hommes immigrés que pour les femmes immigrées.
Contribution des entreprises à l’écart de rémunération entre immigrés et personnes nées dans le pays à l’entrée sur le marché du travail, selon le sexe, p.p.
Note : L’échantillon est constitué de l’ensemble des immigrés à l’entrée sur le marché du travail. Les pastilles situées au-dessus de la ligne de 45 degrés rouge indiquent une contribution plus limitée des entreprises à l’écart de rémunération entre immigrées et femmes nées dans le pays.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1).
Ce chapitre présente des données internationales complètes sur les sources de l’écart de rémunération entre les immigrés et les personnes nées dans le pays ainsi que son évolution au fil du temps depuis l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, à partir de données de panel croisées employeurs-salariés pour 15 pays de l’OCDE.
Ses principales conclusions peuvent être résumées comme suit. Premièrement, lorsqu’ils entrent sur le marché du travail du pays d’accueil, les immigrés gagnent nettement moins que les travailleurs du même âge et du même sexe nés dans le pays, mais ils comblent en partie leur retard à mesure qu’ils s’intègrent. En moyenne dans les pays, l’écart de rémunération dont pâtissent les immigrés diminue au fil du temps, passant de 34 % lors de l’entrée initiale sur le marché du travail du pays d’accueil à 21 % après cinq ans. Deuxièmement, les immigrés gagnent moins parce qu’ils travaillent au début dans des entreprises, des secteurs d’activité et des professions à faible niveau de rémunération. Troisièmement, au fil du temps, les immigrés accèdent à des entreprises et des secteurs qui les rémunèrent mieux, mais ils n’évoluent pas vers des professions mieux rémunérées. En moyenne dans les pays d’accueil, un quart de la réduction de l’écart de rémunération est dû à leur évolution vers des entreprises qui les rémunèrent mieux au sein des différents secteurs d’activité. Quatrièmement, on observe de grandes différences, selon la région d’origine, au niveau des écarts de rémunération entre les immigrés et les personnes nées dans le pays à l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil et au fil de leur évolution.
Le principal message eu égard aux politiques d’intégration est que, si les mesures axées sur la reconnaissance des diplômes des immigrés ou sur les moyens de remédier aux déficits de compétences sont essentielles, elles doivent néanmoins être complétées par des mesures à l’appui de la recherche d’emploi et de la mobilité professionnelle. L’une des conclusions les plus marquantes du présent chapitre porte sur la grande persistance de la ségrégation professionnelle. Ce constat souligne l’importance de conjuguer des politiques relatives à la reconnaissance des acquis et aux moyens de remédier aux déficits de compétences à des dispositions en matière de maîtrise de la langue et de délivrance d’autorisations professionnelles. Toutefois, le chapitre montre également que la mobilité professionnelle vers les entreprises et les secteurs plus rémunérateurs peut jouer un rôle important dans l’intégration des immigrés sur le plan salarial. Autrement dit, il peut y avoir intérêt à adopter des politiques qui ciblent les obstacles à la mobilité professionnelle, notamment par la communication d’informations sur la recherche d’emploi et le marché du travail du pays d’accueil, des services d’orientation professionnelle, le développement de réseaux professionnels, l’amélioration des transports locaux, la lutte contre la discrimination sur le marché du logement et l’offre de logements abordables.
[11] Abowd, J., F. Kramarz et D. Margolis (1999), « High Wage Workers and High Wage Firms », Econometrica, vol. 67/2, pp. 251-333, https://doi.org/10.1111/1468-0262.00020.
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[23] Arellano-Bover, J. et S. San (2022), « The role of firms in the assimilation of immigrants », papers.ssrn.com, https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=3594778 (consulté le 6 mars 2023).
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[7] OCDE (2022), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2022 : Reconstruire des marchés du travail plus inclusifs, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/f4bcd6ab-fr.
[12] OCDE (2020), Perspectives des migrations internationales 2020, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/6b4c9dfc-fr.
[36] OCDE (2018), Perspectives des migrations internationales 2018, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/migr_outlook-2018-fr.
[1] OCDE/Commission européenne (2023), Les indicateurs de l’intégration des immigrés 2023 : Trouver ses marques, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/d5253a21-fr.
[25] Raposo, P., P. Portugal et A. Carneiro (2019), « The Sources of the Wage Losses of Displaced Workers », Journal of Human Resources, vol. 56/3, pp. 786-820, https://doi.org/10.3368/jhr.56.3.0317-8667r3.
[6] Song, J. et al. (2019), « Firming up inequality », Quarterly Journal of Economics, vol. 134/1, pp. 1-50, https://doi.org/10.1093/QJE/QJY025.
[20] Yumoto, H. et al. (2023), « The role of firms in the economic assimilation of refugees », International Journal of Population Data Science, vol. 8/2, https://doi.org/10.23889/ijpds.v8i2.2335.
|
Pays |
Nom |
Source |
Échantillon |
Période |
Cohortes incluses |
|---|---|---|---|---|---|
|
Allemagne |
Échantillon de données intégrées employeurs-employés (EDIEE) |
Administration de la sécurité sociale |
Échantillon aléatoire de 1.5 % des établissements |
2000‑2019 |
2003‑2015 |
|
Autriche |
AMS-BMASK Arbeitsmarktdatenbank |
Administration de la sécurité sociale |
Population totale |
2000‑2019 |
2003‑2015 |
|
Canada |
Base de données sur la dynamique canadienne entre employeurs et employés |
Administration fiscale |
Population totale |
2001‑2019 |
2004‑2015 |
|
Colombie |
Planilla Integrada de Liquidación de Aportes (PILA) |
Administration de la sécurité sociale |
Population totale (secteur formel) |
2017‑2021 |
2018‑2020 |
|
Danemark |
Integrerede Database for Arbejdsmarkedsforskning (IDA) and other data from Statistics Denmark |
Administration fiscale |
Population totale |
2000‑2019 |
2003‑2015 |
|
Espagne |
Muestra Continua de Vidas Laborales con Datos Fiscales (MCVL-CDF) |
Administrations de la sécurité sociale et des impôts |
Échantillon aléatoire de 4 % des travailleurs |
2006‑2019 |
2009‑2015 |
|
États-Unis |
U.S. Census Bureau Numerical Identification file (Numident), Internal Revenue Service (IRS) individual W‑2 forms, Longitudinal Business Database (LBD), American Community Survey (ACS) |
Administrations de la sécurité sociale et des impôts, enquête |
Échantillon aléatoire de 2.5 % des travailleurs (adresses) |
2001‑2019 |
2004‑2015 |
|
Finlande |
FOLK employment data from Statistics Finland, Employer Payroll Report from Tax Admin. |
Administration fiscale |
Population totale |
2000‑2019 |
2003‑2015 |
|
France |
Panel DADS |
Administration de la sécurité sociale |
Échantillon aléatoire de 8.5 % des travailleurs |
2002‑2019 |
2005‑2015 |
|
Italie |
Panel INPS-INVIND |
Administration de la sécurité sociale |
Échantillon aléatoire de 8.6 % des entreprises |
2000‑2019 |
2003‑2015 |
|
Norvège |
Arbeidsgiver- og arbeidstakerregister (Aa-registeret), Lønns- og trekkoppgaveregisteret (LTO) |
Administration fiscale |
Population totale |
2000‑2019 |
2003‑2015 |
|
Nouvelle‑Zélande |
Infrastructure intégrée de données (Integrated Data Infrastructure, IDI) |
Administration fiscale |
Population totale |
2000‑2019 |
2003‑2015 |
|
Pays-Bas |
Microdonnées du Bureau central des statistiques (CBS) |
Administration fiscale |
Population totale |
2006‑2019 |
2009‑2015 |
|
Portugal |
Quadros de Pessoal |
Enquête obligatoire auprès des employeurs |
Population totale |
2002‑2019 |
2005‑2015 |
|
Suède |
Longitudinell integrationsdatabas för sjukförsäkrings- och arbetsmarknadsstudier (LISA), Företagens ekonomi (FEK), Jobbregistret (JOBB) |
Administration de la sécurité sociale |
Population totale |
2002‑2018 |
2005‑2014 |
La décomposition ci‑après est une application de la décomposition de Gelbach (2016[8]), appliquée de la même manière par Raposo, Portugal et Carneiro (2019[25]). Une décomposition de Gelbach permet de déterminer sans ambiguïté le poids des covariables dans l’évolution d’un coefficient estimé. L’intégration de référence peut être écrite en notation matricielle comme suit :
où X est une matrice de variables de contrôle (variable indicatrice du sexe mise en interaction avec une quartique de l’âge, effets d’année civile). est une matrice rassemblant les variables indicatrices du nombre d’années depuis la migration et un vecteur de coefficients de régression correspondants pour chaque variable indicatrice du nombre d’années depuis la migration. correspond au terme d’erreur. L’indice 0 désigne la spécification de référence.
Selon le théorème de Frisch-Waugh-Lovell, l’estimation des moindres carrés de est obtenue par régression de Y sur YSE, après déduction de l’effet des variables de contrôle dans X de Y et YSE. Soit16 :
où est la matrice génératrice des résidus qui, multipliée par une variable quelconque, génère les résidus d’une régression de cette variable sur X. Dans ce cas, ils permettent de déduire l’impact de X sur Y et sur YSE. Par souci de simplicité, nous définissons la matrice comme matrice qui, lorsqu’elle est multipliée par Y, génère des coefficients pour après déduction des effets de toutes les variables de contrôle incluses dans X comme nous l’avons vu ci-dessus.
En un deuxième temps, nous élargissons la spécification de référence de manière à inclure les variables indicatrices des emplois exercés et des entreprises pour tenir compte de l’incidence de la sélection. La spécification complète ainsi obtenue est exprimée comme suit :
où et indiquent les effets fixes d’entreprise et d’emploi respectivement. La différence entre et réside dans le biais de la première dû à l’omission des entreprises et des emplois. On multiplie les deux côtés du modèle complet par et on amène sur le côté gauche pour obtenir17 :
où indique le poids global de la sélection par les entreprises dans l’intégration des immigrés et le poids correspondant de la sélection professionnelle. Dans la pratique, nous pouvons obtenir le poids global des entreprises par régression des effets fixes d’entreprise estimés de la spécification complète sur les covariables du modèle de base (YSM et X). De même, nous pouvons obtenir le poids global des emplois .
En principe, le poids global des entreprises ( absorbe les différentiels de salaire entre les régions et les secteurs (Card, Rothstein et Yi, 2025[10] ; Card, Rothstein et Yi, 2024[9]). Cela tient au fait que le secteur et la région du lieu de travail sont des caractéristiques d’entreprise invariables dans le temps, qui sont absorbées par l’introduction d’effets fixes d’entreprise. Par conséquent, nous décomposons le poids global des entreprises () en éléments distincts indiquant les différentiels de salaire (1) entre les régions (2) entre les secteurs et (3) entre les entreprises au sein des secteurs et des régions.
Afin de séparer les régions et les secteurs des entreprises, nous supposons que l’effet fixe d’entreprise est orthogonal aux effets de secteur et de région, de telle sorte que nous pouvons écrire les effets fixes d’entreprise comme une fonction des effets fixes de région (, des effets fixes de secteur ( et d’un terme résiduel contenant l’incidence des entreprises après déduction des effets de région et de secteur ()18 :
Nous multiplions les deux côtés de l’expression avec pour obtenir :
Le poids brut des entreprises dans l’intégration des immigrés peut ainsi être subdivisé en poids des régions, poids des secteurs, et poids net des entreprises. Dans la pratique, nous effectuons une régression des effets fixes d’entreprise de la spécification complète sur les variables indicatrices des secteurs désignés par un code à 3 chiffres, les variables indicatrices des régions (NUTS‑2) et un terme résiduel, ce qui nous permet d’obtenir des estimations de ces trois termes. Enfin, nous obtenons des estimations de et (poids des régions, des secteurs et des entreprises) de régressions distinctes à partir des estimations d’effets fixes de secteur, d’effets fixes de région et de résidus en tant que variables dépendantes, puis par leur régression sur les covariables du modèle de base YSE et X.
Âge moyen, proportion de femmes et effectifs d’immigrés la première année sur le marché du travail du pays d’accueil
|
Pays |
Âge moyen |
Part de femmes |
Nombre de travailleurs immigrés |
|---|---|---|---|
|
Allemagne |
30.7 |
0.44 |
176 856 |
|
Autriche |
31.0 |
0.41 |
1 193 306 |
|
Canada |
32.4 |
0.48 |
2 928 420 |
|
Colombie |
31.6 |
0.68 |
118 488 |
|
Danemark |
29.8 |
0.54 |
224 744 |
|
Espagne |
31.8 |
0.45 |
20 646 |
|
États-Unis |
0.47 |
842 000 |
|
|
Finlande |
32.3 |
0.42 |
123 325 |
|
France |
33.1 |
0.47 |
118 302 |
|
Italie |
31.6 |
0.34 |
265 270 |
|
Norvège |
31.6 |
0.41 |
210 266 |
|
Nouvelle-Zélande |
33.9 |
0.34 |
90 663 |
|
Pays-Bas |
30.6 |
0.47 |
553 720 |
|
Portugal |
32.0 |
0.43 |
228 540 |
|
Suède |
34.4 |
0.35 |
82 332 |
|
OCDE |
31.9 |
0.45 |
7 176 878 |
Note : L’échantillon correspond à l’ensemble des immigrés entrés sur le marché du travail entre 2006 et 2015.
Source : Données croisées employeurs-salariés nationales (voir le Tableau 4.A.1). Calculs des auteurs.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés au cours de la première, de la cinquième et de la dixième année depuis l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, en pourcentage
Note : * La mesure des revenus correspond aux revenus annuels. Dans les pays où seulement les revenus annuels sont disponibles, l’écart de revenus de la première année correspond à celui enregistré au cours de la deuxième année afin de corriger les différences en termes de jours travaillés et les revenus mécaniquement faibles induits par le jour d’entrée sur le marché du travail. ** Pour la Colombie, l’écart de revenus est estimé après quatre ans, au lieu de cinq, en raison de la structure du panel court.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1). Calculs des auteurs.
Revenu réel moyen (en USD) par nombre d’années depuis l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil
|
Pays |
Salaire mensuel en USD |
||
|---|---|---|---|
|
ADE = 1 |
ADE = 5 |
Évolution (%) |
|
|
Allemagne |
1 417 |
2 102 |
48 |
|
Autriche |
885 |
1 068 |
21 |
|
Colombie |
242 |
303 |
25 |
|
Danemark |
3 161 |
3 893 |
23 |
|
Espagne |
1 192 |
1 517 |
27 |
|
Finlande |
2 156 |
3 067 |
42 |
|
France |
1 578 |
1 880 |
19 |
|
Italie |
1 241 |
1 603 |
29 |
|
Nouvelle‑Zélande |
4 010 |
3 786 |
‑6 |
|
Pays-Bas |
2 216 |
2 072 |
‑6 |
|
Portugal |
775 |
904 |
17 |
|
Suède |
1 328 |
1 909 |
44 |
|
|
Salaire annuel en USD |
||
|
Canada |
29 557 |
37 618 |
27 |
|
États-Unis |
27 375 |
39 163 |
43 |
|
Norvège |
59 752 |
67 877 |
14 |
Note : Le revenu mensuel réel dans chaque devise est converti en USD au taux de change annuel moyen obtenu sur OECD.Stat pour la période 2003‑2019 (zone euro, Suède, Danemark, Nouvelle‑Zélande, Norvège), 2004‑2019 (Canada) et 2017‑2021 (Colombie).
Source : Données croisées employeurs-salariés, OECD.Stat, calculs des auteurs.
Proportion de travailleurs étrangers et nés dans le pays très qualifiés et peu qualifiés, en pourcentage
|
Pays |
Niveau d’éducation élevé |
Faible niveau d’éducation |
||
|---|---|---|---|---|
|
Nés à l’étranger |
Nés dans le pays |
Nés à l’étranger |
Nés dans le pays |
|
|
CAN* |
64 |
54 |
15 |
19 |
|
DNK |
52 |
28 |
21 |
30 |
|
NZL* |
45 |
24 |
15 |
35 |
|
SWE |
43 |
29 |
37 |
23 |
|
USA* |
39 |
35 |
26 |
14 |
|
FRA |
37 |
27 |
32 |
29 |
|
OCDE |
35 |
28 |
31 |
30 |
|
NOR |
35 |
32 |
20 |
25 |
|
NLD |
33 |
29 |
31 |
30 |
|
DEU |
33 |
23 |
28 |
17 |
|
AUT |
32 |
18 |
20 |
21 |
|
ESP |
27 |
31 |
43 |
47 |
|
FIN |
22 |
32 |
36 |
23 |
|
PRT |
18 |
15 |
50 |
66 |
|
ITA |
12 |
14 |
55 |
45 |
Note : Les personnes très qualifiées sont celles qui sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur. Les personnes peu qualifiées sont celles qui n’ont pas achevé le deuxième cycle de l’enseignement secondaire. Pour les pays européens, le niveau d’études des immigrés est mesuré l’année d’arrivée dans le pays d’accueil pour les cohortes arrivées entre 2006 et 2015. Pour le Canada, les États-Unis et la Nouvelle‑Zélande (signalés par un astérisque), les proportions par niveau d’études sont calculées à partir de la base de données sur les immigrés dans les pays de l’OCDE (DIOC), avec 2015 pour année de référence, et sur la base des immigrés entrés dans le pays au cours des 10 dernières années. Pour les personnes nées dans le pays, les proportions par niveau d’études sont calculées selon la moyenne de l’ensemble des personnes nées dans le pays. Les pays sont classés en fonction du pourcentage d’immigrés hautement qualifiés.
Sources : EFT-UE, DIOC, calculs des auteurs.
Part des travailleurs nés à l’étranger et des travailleurs nés dans le pays par secteur désigné par un code à 1 chiffre, en pourcentage
|
Secteurs (1er niveau) |
Nés à l’étranger |
Nés dans le pays |
Différence (Nés à l’étranger – Nés dans le pays) |
|---|---|---|---|
|
Hébergement et restauration |
16.5 |
5.2 |
11.3 |
|
Activités de services administratifs |
17.2 |
6.5 |
10.7 |
|
Agriculture |
4.6 |
2.9 |
1.7 |
|
Construction |
8.6 |
7.6 |
1.1 |
|
Autres activités de services |
2.9 |
2.7 |
0.2 |
|
Arts, spectacles et loisirs |
1.6 |
1.4 |
0.1 |
|
Activités immobilières |
0.8 |
0.9 |
‑0.2 |
|
Industries extractives |
0.3 |
0.5 |
‑0.2 |
|
Information et communication |
2.8 |
3.0 |
‑0.2 |
|
Production et distribution d’eau |
0.2 |
0.5 |
‑0.3 |
|
Électricité, gaz et vapeur |
0.1 |
0.5 |
‑0.4 |
|
Activités spécialisées |
4.9 |
5.6 |
‑0.7 |
|
Transports et entreposage |
4.3 |
5.3 |
‑1.0 |
|
Enseignement |
4.2 |
5.3 |
‑1.2 |
|
Activités financières et d’assurance |
1.1 |
3.2 |
‑2.2 |
|
Commerce de gros et de détail |
11.5 |
15.0 |
‑3.5 |
|
Santé |
6.3 |
10.0 |
‑3.7 |
|
Administration publique et défense |
3.6 |
9.3 |
‑5.7 |
|
Industrie manufacturière |
8.6 |
14.4 |
‑5.8 |
Note : Les colonnes relatives aux personnes nées à l’étranger et aux personnes nées dans le pays correspondent à la part de personnes nées dans le pays (à l’étranger) travaillant dans un secteur donné par rapport à l’ensemble des travailleurs nés dans le pays (à l’étranger). Pour les immigrés, la répartition par secteur est mesurée à l’entrée sur le marché du travail. Moyenne pour l’Autriche, le Canada, le Danemark, l’Espagne, les États-Unis, la Finlande, la France, l’Italie, la Norvège, la Nouvelle‑Zélande, les Pays-Bas, le Portugal et la Suède.
Source : Données croisées employeurs-salariés nationales, voir le Tableau d’annexe 4.A.1 pour plus de précisions). Calculs des auteurs.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés l’année de l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, et évolution de cet écart entre la cinquième et la première année, décomposé selon la contribution des secteurs, des régions, des entreprises (au sein des secteurs et des régions) et d’une composante interne à l’entreprise, avant et après prise en compte des niveaux d’études, en pourcentage et en points de pourcentage
Note : L’écart de rémunération global correspond à la différence de revenu mensuel moyen entre les immigrés à l’entrée dans le pays d’accueil et les travailleurs du même âge et du même sexe nés dans le pays, la même année. La décomposition de l’écart de rémunération suit le modèle établi par Gelbach (2016[8]), voir Encadré 4.1 pour plus de détails. La variation de l’écart de rémunération entre la première et la cinquième année, en points de pourcentage, peut être décomposée comme la somme de la variation de chaque composante (entreprise, secteur, région, intra‑entreprise) entre la première et la cinquième année. Pour l’Allemagne et le Portugal, des variables indicatrices pour les principaux groupes d’études (pas de formation professionnelle, formation professionnelle et diplôme universitaire) sont introduites dans toutes les spécifications pour tenir compte des études, et les estimations qui en résultent diffèrent de celles obtenues sans tenir compte des études.
Source : Données croisées employeurs-salariés nationales, voir le Tableau d’annexe 4.A.1 pour plus de précisions). Calculs des auteurs.
Écart de rémunération en défaveur des immigrés à l’entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, par région d’origine, en pourcentage
Note : L’échantillon est constitué de l’ensemble des immigrés à l’entrée. Pour que les groupes considérés soient de taille pertinente, les écarts de rémunération pour chaque pays sont indiqués si la région d’origine représente au moins 10 % de l’immigration totale à l’entrée. La moyenne OCDE est une moyenne non pondérée par région d’origine pour l’ensemble des pays. La Colombie n’est pas incluse, car les données concernent uniquement les Vénézuéliens.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1).
Note : Chaque observation représente pays d’accueil x région d’origine. L’écart de rémunération à l’entrée sur le marché du travail, le poids des secteurs et le poids des entreprises (au sein des secteurs et des régions) font dans un premier temps l’objet d’une régression par rapport aux variables indicatrices par pays. Chaque pastille peut ainsi être interprétée comme le décalage d’une région d’origine donnée par rapport à l’écart de rémunération moyen entre immigrés et personnes nées dans le pays à l’entrée sur le marché du travail ou au poids moyen des entreprises dans un même pays. Les lignes pointillées indiquent les zones au-dessus et au-dessous de la moyenne nationale.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1).
Note : Chaque observation représente pays d’accueil x région d’origine. La ligne rouge représente une ligne de 45 degrés.
Source : Données nationales croisées employeurs-salariés (voir le Tableau d’annexe 4.A.1).
← 1. Les pays couverts sont les suivants : Allemagne, Autriche, Canada, Colombie, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Italie, Norvège, Nouvelle‑Zélande, Pays-Bas, Portugal, et Suède.
← 2. Pour connaître les cohortes exactes prises en compte dans chaque pays, voir le Tableau d’annexe 4.A.1. L’analyse s’arrête en 2019 pour éviter tout risque de confusion avec les effets de la pandémie de COVID‑19 sur les marchés du travail.
← 3. Les pays pour lesquels on dispose d’informations sur les professions sont l’Allemagne, le Danemark, la France, l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal.
← 4. Les données portent sur l’emploi formel. Il convient de noter que les immigrés qui occupent un emploi formel peuvent parfois être en situation irrégulière, notamment si leur visa ou leur permis de travail a expiré (voir à ce sujet le chapitre 4 sur la lutte contre l’emploi illégal de travailleurs étrangers dans le rapport (OCDE, 2018[36])). Les immigrés en situation irrégulière qui travaillent dans le secteur informel ne sont pas pris en compte.
← 5. En Colombie, les immigrants sont identifiés sur la base des documents de régularisation délivrés aux réfugiés vénézuéliens, qui représentent la grande majorité des immigrés dans le pays.
← 6. Si une personne est absente du marché du travail pendant plus de trois ans, pour cause d’inactivité, de chômage ou de congé parental par exemple, elle est considérée comme nouvel entrant sur le marché du travail. Ce seuil de trois ans permet d’optimiser le nombre de cohortes d’immigrés prises en compte dans l’analyse tout en réduisant au minimum le nombre d’immigrés répertoriés à tort dans la catégorie des nouveaux arrivants.
← 7. Pour le Canada, les États-Unis et la Norvège, seuls les revenus annuels sont disponibles au lieu des revenus mensuels pris en compte dans les 12 autres pays considérés. Les immigrés entrent sur le marché du travail du pays d’accueil tout au long de l’année civile. Mécaniquement, leurs revenus d’activité la première année sont donc inférieurs à ceux des personnes nées dans le pays, car ils ont travaillé en moyenne moins de mois au cours de l’année. Pour ces trois pays, l’analyse considère les revenus d’activité à l’arrivée comme ceux perçus au cours de la deuxième civile.
← 8. On ne dispose pas de données sur les revenus d’activité au cours de la cinquième année sur le marché du travail en Colombie, dans la mesure où la vague migratoire des Vénézuéliens prise en compte dans l’analyse est récente. L’analyse repose donc sur les données se rapportant à la quatrième année.
← 9. Il n’existe pas de données sur les revenus d’activité des immigrés après 10 ans en Colombie et aux États-Unis. La moyenne englobe les 13 pays de l’OCDE restants.
← 10. L’écart de rémunération initial en défaveur des immigrés diminue de 43 % à 33 % en Allemagne et de 29 % à 22 % au Portugal.
← 11. La réduction de l’écart de rémunération après cinq ans passe de 11.6 p.p. à 13.5 p.p. si l’on tient compte du niveau d’études en Allemagne, et de 5.7 à 5.8 points au Portugal.
← 12. C’est l’effet des bas salaires des entreprises dans les secteurs d’activité désignés par un code à 3 chiffres.
← 13. Plusieurs études par pays mettent en évidence la ségrégation des immigrés par lieu de travail dans les pays de l’OCDE, comme celles d’Åslund et Skans (2010[32]) pour la Suède, de Carneiro, Fortuna et Varejão (2012[29]) pour le Portugal, d’Andersson et al. (2014[35]) pour les États-Unis, de Glitz (2014[27]) pour l’Allemagne, et d’Ansala, Åslund et Sarvimäki (2022[34]) pour la Finlande. D’autres éléments montrent que les entreprises dans lesquelles on constate une centration d’immigrés sont majoritairement des entreprises à bas salaires, notamment dans les études d’Ayemir et Skuterud (2008[31]) pour le Canada, de Barth, Bratsberg et Raaum (2012[30]) pour la Norvège, d’Eliasson (2013[28]), Aslund et al. (2022[33]) pour la Suède, de Damas de Matos (2016[37]) pour le Portugal, d’Arellano-Bover et San (2022[23]) pour Israël, et de Gorshkov (2023[26]) pour le Danemark.
← 14. À l’entrée sur le marché du travail du Portugal par exemple, plus de 70 % des immigrés exercent des emplois non qualifiés (34 %), des emplois dans les services et la vente (25 %), ainsi que des métiers qualifiés de l’industrie et de l’artisanat (15 %), tous à bas salaire.
← 15. L’analyse porte sur les professions désignées par un code à 2 chiffres, soit le niveau le plus détaillé disponible dans tous les pays. Les résultats de l’Allemagne qui s’appuient sur les professions désignées par un code à 5 chiffres (qui représentent la position hiérarchique au sein de l’entreprise) ne modifient que très peu le poids des emplois exercés. Le rôle restreint de la mobilité professionnelle dans la progression de la rémunération reste également inchangé (résultats disponibles sur demande).
← 16. Rappel que l’estimateur MCO de sous forme de matrice est donné par .
← 17. Noter que , et
← 18. Sur le plan conceptuel, cette approche est voisine de celle adoptée dans (Card, Rothstein et Yi, 2024[9]) et (Card, Rothstein et Yi, 2025[10]) pour caractériser les différentiels de salaire sectoriels et régionaux. La raison en est que les estimations des variables indicatrices régionales et sectorielles dans la régression indiquent les avantages salariaux moyens des entreprises (pondérés en fonction de l’emploi) au niveau régional et sectoriel respectivement.