La fréquence et l’intensité croissantes des phénomènes météorologiques extrêmes sont en train de reconfigurer l’environnement opérationnel du tourisme, avec de plus en plus de répercussions pour les destinations, les entreprises, les travailleurs et les voyageurs. Les aléas tels que les vagues de chaleur, les incendies de forêt, les inondations et les tempêtes perturbent l’activité touristique, endommagent les ressources naturelles et les bâtiments, et modifient les habitudes de voyage en termes de région et de saison. Ces changements induisent des risques plus complexes et connexes, qui nécessitent de mettre davantage l’accent sur la résilience et l’adaptation à long terme. Ce chapitre examine les impacts des événements météorologiques extrêmes sur le tourisme et présente les initiatives prises par les pays pour y faire face. Il étudie dans quelle mesure l’amélioration des systèmes d’évaluation des risques et d’alerte précoce, l’intégration de la gouvernance et de la planification, l’adaptation des infrastructures et le renforcement des capacités, peuvent accroître la résilience du secteur. Enfin, il recense les éléments clés devant être pris en considération par les pouvoirs publics pour renforcer la capacité d’adaptation des destinations.
Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE 2026 (version abrégée)
Chapitre 4. Adapter le tourisme aux phénomènes météorologiques extrêmes
Copier le lien de Chapitre 4. Adapter le tourisme aux phénomènes météorologiques extrêmesDescription
Les événements météorologiques extrêmes sont généralement décrits comme inhabituels et violents, ou comme des phénomènes survenant hors saison, peu fréquemment mais avec une grande intensité, déstabilisant souvent en profondeur les sociétés, les économies et les écosystèmes. Ils incluent des aléas comme la chaleur extrême, les sécheresses, les incendies incontrôlés, les fortes précipitations, les inondations, les glissements de terrain et les violentes tempêtes. Le tourisme est particulièrement touché par ces événements pour plusieurs raisons : nombre d’attractions et d’activités touristiques ont lieu en plein air ; les infrastructures touristiques sont souvent situées dans des zones plus exposées aux risques, notamment côtières et montagneuses ; enfin, les touristes sont souvent peu habitués aux conditions climatiques locales et sont donc moins bien informés des risques courants et des comportements à adopter pour y faire face.
Le secteur a fait preuve par le passé de résilience, affichant sa capacité à réagir en cas de phénomènes météorologiques extrêmes. Toutefois, la fréquence et l’intensité croissantes de ces événements, associées à l’augmentation ces dernières décennies du nombre de touristes et d’actifs touristiques, ont accru la nécessité de s’attaquer au problème et de chercher des solutions pour remédier aux conséquences des événements météorologiques extrêmes. On s’attend pour l’avenir à ce que ces phénomènes s’intensifient au fil du temps, avec des répercussions pour le secteur du tourisme. Ainsi, la survenue plus fréquente de canicules plus intenses dans les destinations de moyenne latitude comme la Méditerranée risque de dissuader les touristes d’y prévoir des vacances pendant la haute saison d’été, et de les inciter à se rendre dans des lieux plus tempérés (Steiger et al., 2024[1]).
Il est important de faire la distinction, dans la gestion par le secteur touristique des phénomènes extrêmes, entre la préparation, les interventions et l’adaptation. La préparation suppose une planification anticipée et une réduction des risques préalablement aux événements, par exemple la mise en place de systèmes d’alerte précoce et de protocoles d’évacuation. Les interventions sont les mesures immédiates prises pendant ou après un événement pour protéger des vies et limiter le plus possible les dommages, tandis que l’adaptation fait référence à des ajustements à plus long terme – comme la remise à plat des infrastructures, la modification des saisons touristiques ou la diversification des offres – pour faire face à la multiplication et l’intensification des aléas.
L’action publique joue un rôle clé au regard de la résilience du secteur touristique (OCDE, 2023[2]). Inciter le secteur à s’adapter aux phénomènes météorologiques extrêmes est une mesure nécessaire pour préserver cet important pilier économique, en particulier dans les régions qui dépendent du tourisme. Cela nécessite une gouvernance proactive, une collaboration intersectorielle et l’intégration systématique de l’adaptation dans les stratégies et le développement touristiques. Les pays reconnaissent de plus en plus les avantages de l’adoption d’approches sectorielles dans le cadre des plans nationaux d’adaptation et de gestion des risques de catastrophe, car elles permettent de renforcer la coordination intersectorielle et la prévention en cas d’événements météorologiques extrêmes, et ainsi d’accroître la résilience des destinations et des services touristiques.
Ce chapitre donne une vue d’ensemble des effets que peuvent avoir le changement climatique et les phénomènes météorologiques extrêmes sur le secteur touristique, en s’appuyant sur les réponses des pays de l’OCDE et de pays partenaires à une enquête. Il présente les initiatives prises par les pays et passe en revue les interventions des pouvoirs publics et les solutions d’adaptation permettant de limiter au maximum les impacts sur les destinations et les entreprises du tourisme.
Les tendances en matière de changement climatique et de phénomènes météorologiques extrêmes
Copier le lien de Les tendances en matière de changement climatique et de phénomènes météorologiques extrêmesLa fréquence, la durée et l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes se sont considérablement accrues ces dernières décennies, avec de graves conséquences pour les économies, les écosystèmes, la santé humaine et les sociétés (OCDE, 2025[3]). Les températures extrêmes sont l’un des signes les plus évidents du changement. Les vagues de chaleur sont devenues plus longues, plus intenses et plus courantes, les hausses ayant été bien documentées en Europe, en Asie, en Australie et en Amérique du Nord. En Europe, les températures maximales enregistrées pendant l’été ont augmenté, de même que la survenue de canicules, alors que les épisodes de grand froid ont diminué de fréquence. On estime que dans les pays Membres et partenaires de l’OCDE, les populations exposées à de telles conditions ont progressé de 12 % entre la période de référence 1981-2010 et 2019-2023. L’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée au niveau mondial, point d’orgue d’une décennie marquée par des records de températures (OCDE, 2025[3]).
Un ensemble de facteurs (température élevée, faible humidité et vents forts) ont en outre accru les risques d’incendies de forêt dans de nombreuses régions (OCDE, 2024[4]). Suite au nombre record d’incendies de ce type survenus depuis dix ans sur chaque continent boisé, les chefs d’État et de gouvernement du G7 ont adopté en 2025 la Charte de Kananaskis sur les feux de forêt, qui marque une volonté d’intensifier la prévention des incendies, le degré de préparation et la remise en état. Cette Charte vise à favoriser l’utilisation de toute une série d’approches telles que la gestion durable des forêts, les solutions fondées sur la nature, les pratiques agricoles autochtones comme le brûlage contrôlé et les mesures ciblées de réduction des risques d’incendie pour les collectivités, les bâtiments et les infrastructures (Lavaud et Gamper, 2025[5]).
Les précipitations extrêmes se sont elles aussi intensifiées. Il ressort des observations que les épisodes de fortes précipitations ont gagné en fréquence et en intensité dans la plupart des zones géographiques. Cette tendance s’est déjà traduite par un risque accru de crues soudaines et d’inondations dues aux eaux de surface, les fortes précipitations causant de plus en plus l’engorgement des systèmes (naturels et artificiels) d’évacuation des eaux, qui peut aussi provoquer des glissements de terrain. Ces inondations peuvent menacer la vie des personnes – dont les touristes –, les moyens de subsistance et l’infrastructure économique.
Les événements extrêmes dus aux tempêtes connaissent également une intensification. Les précipitations associées aux cyclones tropicaux ont augmenté, et les cyclones les plus violents ont affiché des vents d’une vitesse jamais égalée et une puissance de destruction accrue. Les tempêtes de convection de forte intensité (comme les orages) – souvent associées à de fortes pluies, des vents violents, des éclairs, de la grêle et même des tornades – sont également devenues plus destructrices dans certaines régions.
Un aspect important est que ces nouveaux phénomènes ne surviennent pas de façon isolée mais de plus en plus comme une accumulation et un enchaînement d’aléas. Ainsi, la probabilité de cumul des inondations (lorsqu’au moins deux facteurs déclencheurs sont concomitants ou se suivent de façon rapprochée) a déjà été constatée dans certaines zones côtières en raison des effets combinés de la montée du niveau de la mer, d’une forte pluviométrie et de marées de tempêtes. De façon plus générale, les zones géographiques frappées par des événements extrêmes simultanés (comme la sécheresse, la chaleur et le risque d’incendie de forêt) se sont étendues au cours des dernières décennies, exposant les collectivités et les économies à des menaces plus complexes ayant des liens les unes avec les autres (Seneviratne et al., 2023[6]).
Concernant l’avenir, les phénomènes météorologiques extrêmes devraient s’intensifier, les conditions propices aux incendies se faisant plus fréquentes dans certaines régions de l’Europe du Sud, de l’Australie et des Amériques (Seneviratne et al., 2023[6]). Les épisodes de fortes précipitations devraient également devenir plus intenses, entraînant vraisemblablement des inondations plus fréquentes et de plus grande ampleur, que ce soit en zone urbaine ou rurale, lorsque les systèmes existants d’évacuation des eaux et de protection contre les inondations sont engorgés.
Ces perspectives représentent de gros risques pour le tourisme, étant donné la grande dépendance du secteur aux loisirs ayant lieu dans la nature et à la sécurité des conditions de déplacement. Pour garantir la résilience à long terme du tourisme, des mesures et des investissements proactifs sont nécessaires pour préparer le secteur aux impacts d’ampleur croissante des événements météorologiques extrêmes.
Les impacts des phénomènes météorologiques extrêmes sur le tourisme
Copier le lien de Les impacts des phénomènes météorologiques extrêmes sur le tourismeSi les phénomènes météorologiques extrêmes sont d’une fréquence et d’une intensité croissantes, leurs impacts macroéconomiques et sur le tourisme demeurent mal compris. Selon les estimations de l’OCDE, les événements météorologiques les plus extrêmes entraînent une baisse du PIB régional de 2.2 %, et un recul persistant d’environ 1.7 % au bout de cinq ans. Ils ont des effets négatifs au niveau régional, avec des répercussions importantes sur le plan économique : une catastrophe de grande intensité provoque une diminution du PIB de 0.5 % de plus – soit presque un quart de son impact direct – dans les 100 km alentour. En les cumulant dans le temps et pour l’ensemble des pays, les pertes annuelles de production qui sont associées aux phénomènes météorologiques extrêmes représentent plus de 0.3 % du PIB des pays de l’OCDE, et les effets secondaires près de la moitié de l’impact total. La capacité de résistance et de récupération face aux catastrophes est également très variable, les régions plus riches et économiquement diversifiées – et celles où la mobilité de la population est plus grande – étant généralement plus résilientes (Costa et Hooley, 2025[7]).
De par les dégradations qu’ils causent aux infrastructures et aux ressources naturelles, ces événements météorologiques peuvent entraîner une reconfiguration des destinations touristiques, et également avoir une incidence sur leur fonctionnement à différentes périodes de l’année. Ils peuvent avoir des impacts importants sur la santé et le confort des touristes et des travailleurs ainsi que, plus généralement, sur la géographie et la saisonnalité du tourisme mondial.
Dégradation des infrastructures, perturbations opérationnelles et fermeture des attractions de plein air
Une enquête réalisée auprès des pays de l’OCDE et de pays partenaires apporte la confirmation que les événements météorologiques extrêmes perturbent de plus en plus l’activité touristique dans le monde entier. De nombreux pays ont ainsi indiqué que ces événements ont une incidence directe sur le tourisme – du fait des fermetures d’axes routiers et d’aéroports, des dégâts causés aux infrastructures, de la fermeture des attractions de plein air et/ou de l’annulation des festivals et événements – mais aussi une incidence indirecte en entachant la réputation des destinations et en dissuadant les visiteurs de venir.
Les températures extrêmes et les canicules représentent des défis opérationnels de grande ampleur pour les entreprises du tourisme (notamment en termes de climatisation, de réfrigération et de déshydratation), qui souvent entraînent une augmentation des coûts de fonctionnement et menacent la fiabilité des services de première nécessité. De surcroît, les incendies de forêt associés à une chaleur extrême et à la sécheresse sont apparus comme une grave menace, avec un risque élevé de destruction pour les destinations touristiques. De nombreuses régions du monde voient aujourd’hui leurs paysages naturels et leur environnement bâti subir chaque année des menaces qui peuvent aussi dissuader les voyageurs de venir, souvent pendant la haute saison touristique :
Canada : En 2024, une sécheresse et une chaleur extrêmes ont donné lieu à des feux de végétation sans précédent près de Jasper, au moment de la haute saison touristique ; ces événements ont entraîné un manque à gagner de quelque 4.5 millions CAD par jour pour le secteur du tourisme (Encadré 4.1).
États-Unis : Les incendies de forêt survenus en 2023 à Maui ont causé des dommages estimés en tout à 5.5 milliards USD et entraîné des pertes de recettes touristiques de 1 milliard USD, même un an après les événements (Murphy, 2024[8]).
Portugal : Selon les estimations, une augmentation de 1 % de la superficie totale de terres brûlées dans une commune susciterait une diminution des arrivées de touristes de 3.5 % l’année suivante, les pertes annuelles pouvant atteindre 35 à 62 millions EUR dans les années 2030 et 128 à 208 millions EUR dans les années 2050 (Steiger et al., 2024[1]).
Les tempêtes tropicales, les cyclones et les ouragans peuvent grandement perturber le secteur du fait des dégâts considérables causés aux infrastructures et aux hôtels, des bouleversements des vacances et des chaînes d’approvisionnement, des restrictions temporaires des transports terrestres et aériens, ainsi que des impacts sur les réservations anticipées. Par exemple :
Canada : En 2019, la tempête tropicale Dorian a provoqué des crues de plus de 3.4 mètres dans certaines zones de l’Île-du-Prince-Édouard, endommageant des actifs touristiques clés comme des dunes de sable, des passerelles en bois, des parcs et des terrains de camping, restreignant l’accès aux plages et aux sentiers, et obligeant à secourir des visiteurs (Rutty et al., 2024[9]).
États-Unis : L’ouragan Irma qui a frappé les côtes de la Floride en septembre 2017 a entraîné une diminution des réservations d’hôtels de 11.6 %, une baisse des arrivées de touristes de 1.8 million et une amputation des recettes touristiques d’environ 1.5 milliard USD.
Mexique : Suite aux importants dégâts provoqués par l’ouragan Otis ainsi que par les épisodes de fortes pluies et de cyclones survenus en 2023, le Mexique a fait de l’adaptation et la résilience les priorités transversales de sa politique fédérale du tourisme et de sa planification des destinations. Le programme phare d’adaptation/de reprise intitulé Acapulco se transforma contigo (Acapulco se transforme avec toi) a été doté en 2025 de 3 milliards MXN pour financer des actions coordonnées concernant l’eau, l’assainissement, la prévention des inondations, la mobilité, les services urbains et la relance du tourisme.
Nouvelle-Zélande : Les cyclones et les inondations ayant eu lieu début 2023 ont entraîné une baisse du PIB du tourisme régional estimée à 1.6 million NZD – due aux annulations de réservations des visiteurs –, un manque à gagner des entreprises de 28-69 millions NZD, et des pertes de 5 millions NZD sur les actifs touristiques gérés par l’État.
La fréquence et l’intensité croissantes des tempêtes, inondations et sécheresses ont également des effets dommageables sur les écosystèmes sensibles comme les récifs coralliens, les mangroves, les zones humides et la végétation de montagne, ôtant aux paysages leur biodiversité et leur beauté et menaçant des activités comme l’observation des espèces sauvages, la photographie de la nature et le tourisme d’aventure (Wolf et al., 2024[10] ; Steiger et al., 2024[11]). En Australie, par exemple, la Grande barrière de corail a connu pendant l’été 2024-2025 son sixième grand épisode de blanchiment depuis 2016. Les intenses pluies de mousson et le cyclone tropical Koji ont accru les flux d’eau douce et réduit la salinité de l’océan, ce qui peut avoir des conséquences sur les récifs coralliens, les plages et les îles. D’importants efforts de gestion et de conservation sont en cours pour protéger ces écosystèmes vitaux et le secteur touristique qu’ils font vivre.
Encadré 4.1. La vulnérabilité du tourisme aux événements météorologiques extrêmes – Les feux de forêt de Jasper (Canada)
Copier le lien de Encadré 4.1. La vulnérabilité du tourisme aux événements météorologiques extrêmes – Les feux de forêt de Jasper (Canada)Situé dans les montagnes Rocheuses de l’Alberta, le Parc national Jasper est l’une des principales destinations touristiques du Canada, avec quelque 2.4 millions de visiteurs par an. Le tourisme représente près de la moitié de l’emploi local (49 %), d’où la grande dépendance des près de 4 700 personnes qui y résident à l’égard de la stabilité de l’économie touristique. En juillet 2024, une sécheresse et une chaleur extrêmes ont donné lieu à des feux de végétation sans précédent près de Jasper, au moment de la haute saison touristique. Sur deux jours, 25 000 habitants et visiteurs ont été évacués, tandis qu’environ 30 % des structures et plus de 800 logements étaient détruits par les flammes. Les feux ont entraîné un manque à gagner estimé à 4.5 millions CAD par jour pour le secteur du tourisme, et les dégâts causés aux infrastructures critiques ont réduit les capacités d’hébergement d’environ 25 %, y compris l’année suivante.
L’événement a mis au jour de nombreuses vulnérabilités ainsi que les impacts que peuvent avoir les incendies incontrôlés sur les populations dépendantes du tourisme :
Perturbations opérationnelles et fermetures des entreprises et des parcs pendant la haute saison touristique ;
Dégradations des hébergements ruraux, des terrains de camping et des sentiers, compromettant l’expérience des visiteurs ;
Grave dégradation de la qualité de l’air et de la visibilité dans toute la région à cause de la fumée ;
Atteinte à la réputation du Canada, présenté dans les médias du monde entier comme étant « englouti par les flammes », ce qui s’est traduit par des annulations de séjour, y compris dans les zones non touchées ;
Aggravation de la pénurie de logements et de main-d’œuvre du fait de la destruction de logements réservés aux travailleurs ; et
Hausse des frais d’assurance et couverture limitée ralentissant la reprise des activités commerciales.
La reprise a été rendue possible par une gestion coordonnée des situations d’urgence et des initiatives nationales d’adaptation, parmi lesquelles l’Initiative pour un avenir résilient face aux incendies de forêt et des programmes régionaux comme Intelli-feu Canada. Le ministère de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique mène actuellement des travaux liminaires pour relier les données de Statistique Canada sur les entreprises et l’emploi dans le secteur du tourisme avec les informations géospatiales de Ressources naturelles Canada sur les risques liés aux conditions météorologiques, par exemple le Système canadien d’information sur les feux de végétation et l’Indice de vulnérabilité aux inondations. L’ensemble de données centralisé qui en résultera permettra aux décideurs publics de mieux cartographier l’activité touristique dans les zones à risque, ainsi que d’évaluer le degré d’exposition et les possibles impacts socioéconomiques sur les activités et les emplois du tourisme. Le cas de Jasper montre la nécessité de mettre en place des mécanismes de préparation et de reprise spécifiques au secteur du tourisme, d’améliorer les stratégies de communication et d’investir dans la résilience des populations et des infrastructures à mesure que les événements météorologiques extrêmes s’intensifient.
Impacts sur la santé et le confort des touristes et des travailleurs
La chaleur extrême est en train de devenir, sur certaines destinations, une caractéristique de la haute saison touristique, obligeant les touristes à adopter de nouveaux comportements. Des villes comme Lisbonne, au Portugal, ont enregistré une forte baisse du niveau de satisfaction des visiteurs les jours de chaleur, les touristes écourtant leurs promenades en extérieur et réduisant le nombre de sites visités ; il arrive même, dans les cas extrêmes, qu’ils reportent ou annulent complètement leur séjour. Les activités qui plaisaient auparavant beaucoup aux voyageurs – comme la randonnée, le vélo et les visites culturelles – sont de plus en plus perçues comme inconfortables, voire dangereuses, pendant les vagues de chaleur prolongées, la conséquence étant une demande croissante pour les expériences à l’ombre, à l’intérieur ou dans un espace climatisé (Steiger et al., 2024[1]).
Les travailleurs du secteur du tourisme, en particulier ceux qui interviennent à l’extérieur ou dans un environnement non climatisé, sont eux aussi de plus en plus exposés à des conditions de chaleur dangereuses. Une exposition prolongée peut entraîner des problèmes de santé chroniques tels qu’un effort cardiovasculaire excessif ou des signes inquiétants comme des vertiges et des malaises qui, en plus de menacer le bien-être du personnel, peuvent aussi réduire la productivité et la résilience générale du secteur touristique (Becken et al., 2025[12]). Sur les destinations manquant d’infrastructures ou de ressources, ces risques sont amplifiés car les travailleurs n’ont souvent pas accès à des lieux climatisés, à des points de ravitaillement en eau ou à des temps de repos suffisants en cas de chaleur extrême.
Les conséquences de la hausse des températures vont au-delà de l’effet direct de stress thermique. Les climats plus chauds favorisent la propagation de maladies vectorielles comme la dengue, le chikungunya et le paludisme, ce qui peut dissuader les voyageurs de se rendre dans les régions touchées et représente une charge supplémentaire pour les systèmes de santé locaux (Dube et al., 2024[13]). Les populations vulnérables – dont les personnes âgées, les enfants, les personnes souffrant de pathologies préexistantes et celles issues de milieux défavorisés – sont particulièrement à risque, surtout dans les zones manquant d’ombre, de climatisation et de services de santé (Dube et al., 2024[13] ; Wolf et al., 2024[10]). Pour les petites entreprises du tourisme et les travailleurs à bas revenu, le manque de ressources financières et institutionnelles réduit d’autant plus leur capacité à atténuer les risques et à lutter contre leur augmentation (Becken et al., 2025[12]).
Revoir la géographie et la saisonnalité du tourisme
Les phénomènes météorologiques extrêmes modifient la géographie et la saisonnalité du tourisme mondial, ce qui influe à la fois sur les destinations choisies par les visiteurs et sur la période de leur séjour. La hausse des températures nuit au confort des touristes et conduit certains à éviter les destinations qui attiraient traditionnellement les visiteurs l’été, en particulier les zones urbaines et de faible altitude situées dans les régions (sub)tropicales et arides. Les voyageurs recherchent de plus en plus des destinations tempérées, situées en altitude et à une haute latitude, où les températures demeurent plus confortables pendant la haute saison touristique afin d’y passer des vacances au frais (ou coolcations en anglais) (EU Tourism Platform, 2025[14] ; Forum économique mondial, 2024[15]). Cette nouvelle tendance va pouvoir bénéficier à des régions comme le nord de l’Europe, le Canada et les régions de montagne, qui sont en position d’attirer plus de visiteurs car leurs climats deviennent plus favorables pendant l’été, en particulier par rapport à de nombreuses destinations urbaines et côtières situées dans des régions plus chaudes.
Les résultats de l’enquête à la frontière réalisée en 2024 par le Bureau du tourisme islandais montrent que les conditions climatiques de l’Islande (fraîcheur des températures et qualité de l’air) avaient eu une influence « certaine » à « importante » sur la décision de presque la moitié de l’ensemble des touristes étrangers qui avaient choisi de visiter le pays au cours de l’année précédente. La Lituanie a lancé une initiative de coolcation à l’intention des touristes de l’Europe du Sud, afin de les inciter à accéder à ce marché émergent (We Love Lithuania, 2025[16]).
Si les destinations de coolcation peuvent connaître un allongement des périodes de forte affluence ainsi qu’une hausse des recettes touristiques et des perspectives d’emploi, cette croissance représente aussi des défis, notamment la nécessité de mettre en place des infrastructures supplémentaires, de gérer les éventuelles dégradations de l’environnement, et de se préparer à d’autres fluctuations possibles de la demande saisonnière. Au Canada, par exemple, si le réchauffement climatique peut prolonger la saison touristique estivale, il fait aussi peser une pression sur le tourisme hivernal, réduisant le nombre de jours où les visiteurs peuvent s’adonner aux sports de neige ou à d’autres activités hivernales de plein air (Steiger et al., 2023[17]). Le tourisme polaire pourrait bénéficier de la fonte de la banquise, qui ouvre de nouveaux itinéraires pour les croisières, mais le développement de ce tourisme accélère les pressions environnementales (Demiroglu et al., 2024[18]). D’un autre côté, la compétitivité des destinations exposées à la chaleur comme la Méditerranée, le Moyen-Orient, les petits états insulaires en développement (PEID) et les pays tropicaux sera mise à mal par la survenue plus fréquente de canicules.
Au-delà de la redistribution géographique, la modification des conditions saisonnières est en train de bouleverser les périodes de voyage. Les destinations traditionnellement recherchées pour leurs températures élevées et leur ensoleillement risquent d’être moins fréquentées pendant la haute saison estivale étant donné le dépassement des seuils de confort et de sécurité des températures. Face à cette situation, certains touristes reportent leur séjour au printemps ou à l’automne, offrant ainsi en quelque sorte la possibilité d’un rééquilibrage des saisons (Becken et al., 2025[12] ; Steiger et al., 2024[1] ; Steiger et al., 2024[11]). Cette permutation temporelle présente à la fois des opportunités et des défis : bien qu’elle permette aux destinations de lisser les flux de visiteurs sur l’année, de réduire la surpopulation estivale et de générer des revenus plus réguliers, elle oblige aussi à procéder à des ajustements stratégiques de la planification des effectifs, des services d’accueil et des investissements dans les infrastructures afin de s’adapter à la répartition plus régulière des flux touristiques.
Mesures permettant de limiter au maximum les impacts des phénomènes météorologiques extrêmes sur le tourisme
Copier le lien de Mesures permettant de limiter au maximum les impacts des phénomènes météorologiques extrêmes sur le tourismeUn vaste ensemble de mesures d’adaptation conçues spécialement pour chaque destination, filière touristique et niveau de gouvernance sont nécessaires pour réduire ou atténuer les effets du changement climatique sur le tourisme.
Évaluation des risques, alerte précoce et intervention d’urgence
L’évaluation des risques, l’alerte précoce et l’intervention d’urgence constituent les piliers des stratégies visant à protéger les destinations touristiques de la menace grandissante des événements météorologiques extrêmes. Outre le fait qu’elles réduisent les dangers immédiats que représentent ces événements, ces stratégies apportent la garantie que les économies reposant sur le tourisme peuvent supporter ces chocs et s’en relever. Une gestion des risques efficace commence par des évaluations exhaustives et systématiques de la vulnérabilité et de l’exposition aux risques, qui permettent aux destinations de repérer où se situent leurs points faibles et quelles mesures sont les plus urgentes. Des outils comme l’indice d’exposition du tourisme (León-Cruz, Neger et Gössling, 2025[19]), l’indice climatique des vacances (Scott et al., 2016[20]) ou les évaluations de la fiabilité de l’enneigement des destinations hivernales (Steiger et Scott, 2020[21]) sont de plus en plus utiles pour mettre en évidence les régions à haut risque et déterminer les mesures d’adaptation pouvant être mises en œuvre au niveau des destinations. Le projet « Boussole neige » en Suisse en est un exemple : des tableaux de bord électroniques fournissent des données sur la formation et la fonte de la couverture neigeuse naturelle, ainsi que sur le nombre – actuel et prévu – d’heures disponibles pour produire l’enneigement artificiel en fonction de la région et de l’altitude, en proposant des options stratégiques d’adaptation à l’évolution des saisons. En Autriche, le Climate Change Cockpit (tableau de bord du changement climatique) a pour but de faciliter l’adaptation du tourisme en fournissant des informations sur la fiabilité de l’enneigement et le stress thermique.
Si l’évaluation des risques constitue la base, seuls des systèmes intégrés de suivi et d’alerte précoce permettent aux destinations de transformer ces informations en mesures directement applicables. Une meilleure intégration des données météorologiques, associée à des mécanismes d’alerte localisée, peut faire une grande différence en termes de préparation. Ces systèmes doivent être conçus en se focalisant sur les touristes, car ces derniers sont souvent moins sensibilisés aux aléas locaux et n’ont pas accès aux informations essentielles. Les systèmes d’alerte précoce, lorsqu’ils sont combinés à des canaux de communication efficaces, peuvent fournir des données actualisées en temps réel sur les menaces émergentes, afin d’inciter les visiteurs et les professionnels à prendre rapidement des mesures de précaution (Scott et al., 2024[22]). Ces systèmes incluent des alertes multilingues, des applications mobiles et des partenariats avec des hôtels et des organisateurs de voyages pour garantir la plus large portée possible. En voici quelques exemples :
Autriche : Mis en place en 2024, « AT-Alert » est un système d’alerte qui informe tous les utilisateurs de téléphones portables – y compris les touristes – en cas d’urgence dans une région bien précise.
Canada : Le Système national d’alertes au public, déployé aux niveaux fédéral, provincial et territorial, permet aux organisations responsables de la gestion des situations d’urgence dans l’ensemble du pays d’avertir le public des dangers imminents ou possibles comme des inondations, des tornades, des incendies et autres catastrophes. Les alertes ciblent une zone particulière (grâce à la géolocalisation). Elles sont diffusées à la télévision et à la radio, et envoyées sur les téléphones portables connectés à un réseau LTE (Long Term Evolution) ou plus récent (par exemple 5G).
Croatie : L’application mobile « 112 Croatie », développée par la Direction de la protection civile du ministère de l’Intérieur, émet des alertes géolocalisées (par exemple sur des tempêtes ou des incendies) et met les utilisateurs en liaison avec le 112, qui correspond aux services d’urgence. L’application est compatible avec le système européen d’alerte au public (EU-ALERT) et complète le service national croate d’alerte par diffusion cellulaire.
Europe : MeteoAlarm est un système d’alerte précoce qui regroupe, visualise et diffuse de façon accessible des informations provenant de 41 services nationaux de météorologie et d’hydrologie en Europe.
Japon : Safety Tips (Conseils de sécurité) est un service multilingue d’alerte en cas de catastrophes, qui s’adresse aux visiteurs étrangers. Il envoie en temps réel des notifications instantanées rédigées dans 15 langues pour avertir de séismes, de tsunamis et d’événements météorologiques, qui incluent des procédures d’évacuation et des liens vers des installations situées à proximité. Certaines autorités locales ont mis en place des cartes numériques adaptées aux touristes. En temps normal, ces cartes fonctionnent comme des guides touristiques classiques, mais en cas de crise, elles permutent automatiquement vers l’affichage de sites d’évacuation. Cela permet aux visiteurs de réagir rapidement pour se mettre en sécurité.
Arabie saoudite : Un système d’alerte précoce automatisé diffuse en temps réel à l’aide de codes couleur des informations sur des événements météorologiques extrêmes via des minimessages et sur les réseaux sociaux.
Aux Pays-Bas, l’initiative Destination RiskScan est présentée comme une boîte à outils de gestion des risques climatiques reposant sur des données scientifiques, qui a été conçue pour aider les responsables de destinations touristiques du monde entier à établir leur profil de risque à l’égard du tourisme, afin de permettre la prise de décisions éclairées en matière d’action publique (Encadré 4.2).
Encadré 4.2. Destination RiskScan, l’initiative aidant les destinations à gérer les risques liés aux conditions météorologiques extrêmes
Copier le lien de Encadré 4.2. <em>Destination RiskScan</em>, l’initiative aidant les destinations à gérer les risques liés aux conditions météorologiques extrêmesLes destinations ont souvent une compréhension partielle des effets que peuvent avoir les événements météorologiques extrêmes. Or, ces connaissances sont importantes pour établir la priorité des investissements et des innovations afin d’obtenir une véritable résilience, ainsi que pour accroître la capacité des destinations à se transformer, à apprendre et à s’adapter. L’initiative Destination RiskScan vise à combler cette lacune. Elle a été conçue par le Centre of Expertise: Leisure, Tourism and Hospitality ainsi que l’Université de sciences appliquées de Breda et NHL Stenden, en partenariat avec Travel Foundation et Risklayer.
Elle consiste en une méthodologie mise à disposition en open source, plus deux outils : un outil internet d’analyse des risques climatiques, accessible à tous et facile à utiliser, ainsi qu’un jeu de simulation hors ligne pour les ateliers de planification de la résilience. En utilisant les données régionales, nationales et systémiques se rapportant à différents facteurs de risques climatiques ainsi qu’aux dimensions connexes d’exposition aux risques et de vulnérabilité, l’outil d’analyse des risques climatiques fournira aux destinations un bilan facilement compréhensible de leur profil de risque au regard du tourisme. Utilisant ce profil de risque comme point de départ, le jeu de simulation a pour but d’aider les décideurs publics à établir un ordre de priorité des mesures à prendre dans leur propre domaine de gouvernance, en fournissant des éclairages sur les compromis qui attendent les destinations lorsqu’elles cherchent à mettre en place une véritable résilience. Six destinations pilotes réparties dans le monde entier contribuent actuellement à l’expérimentation et au perfectionnement de la boîte à outils : les Îles Canaries (Espagne) ; le Colorado (États-Unis) ; les Îles Cook ; les Dolomites (Italie) ; Koh Samui (Thaïlande) ; Queenstown (Nouvelle-Zélande).
On ne saurait dire assez le rôle que jouent les services d’information météorologique en temps réel au regard de ces efforts. Les touristes comme les professionnels doivent avoir accès à des données précises et actualisées sur les cyclones, les inondations et autres événements météorologiques graves qui se préparent, car cela leur permet d’adapter leurs plans et de prendre des décisions éclairées (Dube et al., 2024[13]). Au Costa Rica, par exemple, la Commission nationale d’urgence, l’Institut météorologique national et d’autres entités fournissent des systèmes et communiquent avec les populations locales à des fins de prévention et d’intervention rapide. Ces services peuvent être intégrés dans des applications mobiles, des systèmes de radiotélédiffusion locaux, voire des technologies portables pour les touristes effectuant des activités de plein air. D’autre part, les plans de gestion de crise ne doivent pas porter uniquement sur l’évacuation immédiate mais se concentrer sur la continuité des activités, en aidant les professionnels du tourisme à redémarrer rapidement après les catastrophes et en soutenant les économies locales qui dépendent dans une large mesure des recettes touristiques. Cela est particulièrement important pour les destinations côtières et insulaires, où un seul événement extrême peut réduire à néant toute une saison touristique et dévaster les moyens de subsistance locaux (Wolf et al., 2024[10]).
Au-delà des prévisions et des alertes, le renforcement de la défense civile et des protocoles de gestion des situations d’urgence dans les destinations peut aider à intervenir de façon rapide et coordonnée lorsque des catastrophes surviennent. Le tourisme est l’une des composantes des cadres généraux de gestion des situations d’urgence, des mesures sectorielles étant intégrées aux protocoles locaux et nationaux. Cette intégration permet de s’assurer que les visiteurs, ainsi que les habitants, sont protégés et que les activités touristiques contribuent effectivement à la résilience générale. Il faut pour cela plus que des interventions gouvernementales ; les organismes de voyages, les entreprises locales et les collectivités doivent tous s’impliquer activement. La préparation de la main-d’œuvre du tourisme aux situations d’urgence apporte la garantie que le personnel sera en mesure de participer aux évacuations, de fournir des renseignements précis et de venir en aide aux touristes durant les crises. L’intégration des actifs touristiques, comme les stations de villégiature et les réseaux de transport, dans les plans nationaux et régionaux de gestion de crise améliore la coordination et l’affectation des ressources.
L’implication des populations est également importante, car des habitants informés et préparés peuvent permettre le bon déroulement des évacuations et faciliter la reprise. L’adoption de protocoles d’urgence normalisés, adaptés aux zones à haut risque très touristiques, peut aider à limiter au maximum les pertes de vies humaines et les bouleversements économiques (Higham et al., 2024[23]). La Colombie-Britannique, au Canada, a par exemple créé un cadre de gestion des situations d’urgence dans le secteur du tourisme (Tourism Emergency Management Framework) dans le but de garantir la sécurité des visiteurs, de protéger les entreprises du tourisme et de préserver la réputation de destination sûre et accueillante dont jouit la province. Ce cadre inclut les quatre phases de la gestion des situations d’urgence – atténuation, préparation, intervention et rétablissement – et promeut la collaboration entre les organismes publics, les administrations, les populations autochtones et les partenaires fédéraux afin de coordonner les ressources et les décisions lors des contextes d’urgence (Gouvernement de la Colombie-Britannique, mai 2022[24]).
Dans l’idéal, les cadres de gestion des risques et d’intervention en cas d’urgence devraient adopter une approche à plusieurs niveaux, en prévoyant à la fois des mesures préventives et d’autres correctives. Cela inclut l’élaboration de plans de gestion des risques au niveau local, la mise en place d’itinéraires d’évacuation et de refuges, ainsi que la coordination des stratégies en matière d’assurance et d’urgence, à la fois pour les visiteurs et les entreprises de tourisme afin de gérer les risques financiers (Fang et al., 2024[25]). En Israël, le ministère du Tourisme a incorporé dans son Répertoire national de référence sur les situations d’urgence un chapitre consacré aux conditions météorologiques extrêmes. Conçu en collaboration avec l’autorité nationale chargée des situations d’urgence, il permet de mieux gérer la sécurité des touristes en cas de canicule, d’inondation et de tempête.
Malgré une sensibilisation accrue aux risques, rares sont les pays qui détiennent des chiffres concrets ou des données mesurables sur les conséquences économiques et sociales des phénomènes météorologiques pour le tourisme. La quantification reste un défi, en partie parce qu’il est difficile d’évaluer les pertes économiques spécifiques ou de calculer les dommages déclarés pour le secteur, notamment à cause du manque de données fiables et d’outils de suivi systématique. Les pays ont toutefois souligné que ces informations étaient indispensables pour établir des évaluations des risques approfondies et concevoir des mesures ciblées permettant de s’adapter aux impacts des phénomènes météorologiques. Il sera crucial pour les autorités publiques et pour le secteur touristique de combler cette lacune s’ils veulent mieux anticiper les risques, améliorer le degré de préparation et accroître la résilience face au changement climatique et aux phénomènes extrêmes qui y sont associés.
Gouvernance, planification et intégration de l’action publique
L’adaptation aux événements météorologiques extrêmes dans le secteur du tourisme nécessite une approche globale à plusieurs niveaux qui ne se focalise pas uniquement sur la réduction immédiate des risques mais instaure également une résilience à long terme dans l’ensemble des destinations. La résilience du secteur touristique permet de protéger les moyens de subsistance et les populations, mais aussi de s’adapter aux défis d’un avenir incertain (OCDE, 2023[2]). En 2025, sous l’égide de la présidence sud-africaine du G20, les ministres du Tourisme ont souligné le rôle capital de la résilience en mettant au point un Plan d’action pour renforcer la résilience dans le cadre d’un développement touristique inclusif et durable ; ce plan établit une feuille de route stratégique pour accroître la capacité du secteur du tourisme à résister et à s’adapter aux chocs non seulement environnementaux mais aussi sanitaires, économiques et géopolitiques, tout en promouvant des perspectives d’avenir pour tous et une durabilité à long terme. De même, la future Stratégie de l’UE en faveur d’un tourisme durable vise à mettre au point un modèle de tourisme compétitif, durable et inclusif qui respecte les objectifs environnementaux de l’Europe, soutient les collectivités locales et accroît la résilience du secteur aux crises, y compris aux phénomènes météorologiques extrêmes.
L’intégration commence par le renforcement de la coordination institutionnelle, la généralisation de l’adaptation dans les politiques régionales et nationales, ainsi que l’élaboration de cadres de planification robustes pour faire face à la multiplication actuelle et prévue des événements météorologiques extrêmes. La planification du tourisme axée sur la réduction des risques de catastrophe et l’adaptation à ces événements peut aider à limiter la vulnérabilité du secteur en faisant en sorte que les lois sur le zonage, les codes de construction et les investissements dans les infrastructures soient correctement recalibrés (Higham et al., 2024[23]).
L’adoption d’une telle approche passe par des mesures proactives, notamment la cartographie des dangers et la planification des scénarios, afin que les destinations puissent anticiper les risques futurs et pas seulement intervenir une fois que les événements ont eu lieu. Les plans d’adaptation conçus au niveau local sont particulièrement importants pour les destinations ayant une grande dépendance aux recettes touristiques, où les enjeux économiques sont élevés. Ils incluent souvent le renforcement des infrastructures critiques, la diversification des offres touristiques pour réduire la dépendance aux attractions à risque (comme les activités de neige ou la plongée récréative), ainsi que l’introduction d’une plus grande flexibilité dans les saisons touristiques afin de mieux répartir les flux de touristes tout au long de l’année (León-Cruz, Neger et Gössling, 2025[19]). En République slovaque, par exemple, les aides et les investissements publics ne sont plus consacrés au développement des infrastructures de sports d’hiver dans les domaines skiables de basse altitude. En revanche, les efforts sont redirigés en direction des activités touristiques alternatives qui sont moins dépendantes de l’enneigement et plus résilientes face au changement des conditions climatiques. En France, le plan Avenir montagnes mobilise environ 650 millions EUR de fonds publics consacrés à l’investissement et à l’assistance technique pour diversifier l’offre touristique, accélérer la transition écologique et redynamiser le marché de l’immobilier touristique.
Un volet clé du renforcement de l’adaptation dans le tourisme consiste à favoriser une gouvernance robuste et une coordination institutionnelle englobant plusieurs secteurs et niveaux d’administration. Les organismes de gestion des destinations (OGD) régionaux peuvent être utiles dans cette démarche car ils peuvent coordonner les stratégies des différentes communes, créer des synergies entre les acteurs locaux et régionaux, et s’appuyer sur des partenariats public-privé pour financer et mettre en œuvre des projets d’adaptation (OCDE, 2021[26]). Ces organismes sont en outre bien placés pour trouver un équilibre entre les actions urgentes à court terme (comme le rétablissement après une catastrophe) et la planification stratégique à long terme, qui anticipe les défis climatiques émergents (Becken et Loehr, 2024[27]). Pour réduire au maximum les impacts et les bouleversements que peuvent provoquer les phénomènes météorologiques extrêmes, les organisations nationales du tourisme et les OGD peuvent prendre des mesures pour intégrer l’adaptation non seulement dans les plans de développement des destinations mais aussi dans les stratégies de commercialisation, en mettant l’accent non plus sur la croissance pure mais sur le développement durable et l’atténuation des risques (Gössling et al., 2024[28] ; OCDE, 2024[29]).
Le renforcement des capacités institutionnelles des OGD et le développement d’indicateurs d’adaptation normalisés pour assurer le suivi et la redevabilité peuvent aider à mesurer les progrès accomplis, à repérer les lacunes et à recommander d’autres actions. La coordination sectorielle est également importante ; le tourisme ne peut s’adapter isolément des secteurs avec lesquels il a des liens comme les transports, l’énergie, les services d’urgence et la santé publique, qui tous jouent un rôle à part entière pour assurer la sécurité des visiteurs et la résilience des destinations (Gössling et al., 2023[30]). Le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030 (UNISDR, 2015[31]) souligne qu’une véritable coordination et coopération à plusieurs niveaux et entre plusieurs secteurs – incluant les pouvoirs publics, les acteurs privés, les collectivités et les organisations internationales – est nécessaire pour assurer une gestion homogène et efficace des risques de catastrophes ayant des conséquences sur le tourisme, et ce à toutes les étapes (prévention, intervention et rétablissement).
Au niveau des destinations, une adaptation efficace requiert non seulement une planification mais aussi la mise en œuvre de stratégies concrètes pour gérer les risques liés aux conditions météorologiques extrêmes. Les solutions fondées sur la nature (comme la restauration des dunes, la réhabilitation des zones humides et la reforestation) procurent le double avantage de protéger les zones littorales et les écosystèmes tout en améliorant l’attrait des destinations. La modernisation ou la relocalisation des infrastructures vulnérables, la conception d’environnements urbains résilients à la chaleur grâce à un ombrage naturel, des couloirs de refroidissement et des dispositifs aquatiques, ainsi que l’investissement dans des systèmes de transport multimodal présentant une résilience aux inondations ou aux tempêtes sont d’autres méthodes pour réduire les risques à long terme. Les exemples concrets montrent la diversité de ces mesures : les petits États insulaires en développement ont investi dans des digues de mer et des systèmes dunaires pour protéger les plages et les complexes touristiques. En zone urbaine, les hôtels incorporant des structures surélevées, des techniques de refroidissement passif et la récupération de l’eau de pluie illustrent la façon dont les professionnels peuvent s’adapter au niveau des installations (Wolf et al., 2024[10]). Au sein de l’UE, un nouvel ensemble de consignes pratiques – élaborées dans le cadre du Partenariat pour un tourisme durable du Programme urbain pour l’UE – offre aux villes et aux régions une aide concrète pour intégrer la résilience dans leurs stratégies touristiques, ce qui marque une nette avancée dans la traduction des ambitions stratégiques en action locale (Urban Agenda Sustainable Tourism Partnership, 2025[32]). En Nouvelle-Zélande, les plans de développement des destinations régionales tiennent de plus en plus compte des points de vue des Maoris et des facteurs de résilience, ce qui traduit la volonté de déployer une gouvernance efficace et une protection durable (Higham et al., 2024[23]).
Des mesures plus générales de gouvernance et d’intégration de l’action publique sont tout aussi importantes pour faire en sorte que l’adaptation du tourisme fasse partie intégrante des stratégies nationales et mondiales. Ainsi, depuis 2010, le secteur touristique du Costa Rica est intervenu activement dans la planification des mesures à prendre pour intégrer l’adaptation climatique à la politique publique – notamment les contributions déterminées au niveau national (CDN) ainsi que les évaluations des risques et de la vulnérabilité aux phénomènes météorologiques extrêmes dans certaines régions – afin de s’assurer que les perspectives et les besoins d’adaptation du secteur du tourisme sont pris en compte. L’intégration des mesures d’adaptation du tourisme dans les CDN permet à certains pays de mettre le secteur en conformité avec les engagements généraux qu’ils ont pris à l’égard du climat, tout en renforçant sa résilience et sa compétitivité à long terme. Cette intégration revient à fixer des orientations claires et des objectifs ambitieux pour le secteur, en incitant fortement les entreprises à innover, à réduire leur empreinte environnementale et à réaliser des progrès tangibles en faveur de l’adaptation (OCDE, 2022[33]). Elle permet aussi de s’assurer que le tourisme, qui est souvent un important émetteur et un secteur extrêmement vulnérable, ne soit pas oublié des stratégies nationales, favorisant ainsi une plus grande responsabilité et homogénéité au sein de l’économie. Par ailleurs, l’alignement du tourisme sur les politiques plus générales qui sont déployées aux niveaux national et infranational est un gage de cohérence et prévient les failles dans la mise en œuvre.
L’intégration du tourisme dans les plans nationaux d’adaptation représente un grand pas vers l’institutionnalisation de l’adaptation dans les différents cadres de l’action publique, mais elle n’est pas encore une démarche courante (Becken et Scott, 2024[34]). Certains pays utilisent les plans d’adaptation du tourisme ou l’intégration du secteur dans les stratégies générales d’adaptation pour se préparer aux impacts des phénomènes météorologiques extrêmes (Encadré 4.3).
Encadré 4.3. L’utilisation des stratégies d’adaptation pour se préparer aux phénomènes météorologiques extrêmes : exemples d’approches nationales
Copier le lien de Encadré 4.3. L’utilisation des stratégies d’adaptation pour se préparer aux phénomènes météorologiques extrêmes : exemples d’approches nationalesUn grand nombre de pays réalisent déjà des évaluations nationales des risques climatiques et ont conçu des stratégies pour accroître la résilience et s’adapter aux impacts croissants des événements météorologiques extrêmes. Les stratégies d’adaptation représentent un cadre très utile pour mieux se préparer aux risques liés à ces événements et mieux les gérer. Elles fournissent une approche structurée permettant d’intégrer les questions d’adaptation dans les politiques sectorielles et territoriales. Un point important est que ces stratégies reconnaissent de plus en plus la vulnérabilité du secteur du tourisme, qui est pour de nombreux pays une activité économique essentielle.
En Irlande, le Cadre national d’adaptation 2024 a recensé le tourisme comme étant l’un des 13 secteurs prioritaires pour la préparation ou l’actualisation des Plans d’adaptation sectoriels. Lancé en novembre 2025, le Plan d’adaptation du secteur du tourisme 2025-2030 est le premier plan élaboré par l’Irlande pour le tourisme ; il recense à la fois les défis et les opportunités que représente le changement climatique pour ce secteur, afin de préserver l’attractivité du pays pour les touristes et d’améliorer la résilience des communautés en fournissant des perspectives d’emploi et des débouchés économiques.
Au Pérou, le Plan national d’adaptation au changement climatique inclut explicitement le tourisme, reconnaissant les effets importants que produit le changement climatique sur le secteur et la nécessité de prendre des mesures de résilience spécifiques. En Espagne, le Plan national d’adaptation au changement climatique 2021-2030 prend en compte une sélection de systèmes écologiques et de secteurs socioéconomiques pour les évaluations d’impact, les études de vulnérabilité et l’adaptation au changement climatique, y compris le tourisme. Il fixe des axes d’action clairs, définit les responsabilités des entités et des collaborateurs, établit des indicateurs de conformité et précise si des instruments réglementaires sont nécessaires et comment les financements seront mobilisés.
Dans de nombreux pays, les stratégies relatives au secteur du tourisme intègrent des éléments à prendre en considération pour faire face à l’évolution des conditions climatiques. En République slovaque, par exemple, la Stratégie pour le développement du tourisme durable à l’horizon 2035 reconnaît ce défi comme étant transversal et représentant une menace pour l’avenir du secteur touristique. Parallèlement, la Stratégie pour le développement du tourisme durable de la Croatie et le 4e Plan de base pour le développement du tourisme de la Corée abordent tous les deux la question de l’augmentation des risques liés aux conditions météorologiques et soulignent l’importance des mesures d’adaptation.
Turismo de Portugal participe activement à l’élaboration de la Stratégie nationale pour l’adaptation au changement climatique au Portugal, ce qui lui permet d’accroître la sensibilisation aux impacts du changement climatique sur le tourisme et de donner un aperçu des mesures concrètes d’atténuation et d’adaptation. Un programme d’action climatique pour le secteur du tourisme est également en cours de conception, avec les objectifs suivants : intégrer les risques liés au climat dans les politiques, les instruments et les pratiques de gestion du tourisme ; promouvoir la transition climatique des entreprises du tourisme ; accroître la résilience des destinations touristiques et promouvoir l’homogénéité territoriale et intersectorielle.
Le Chili a élaboré le Plan sectoriel pour l’adaptation au changement climatique dans le tourisme (2025-2030), une feuille de route stratégique exigée par la Loi-cadre sur le changement climatique adoptée par le pays. Ce plan a pour objectif de renforcer la résilience du secteur du tourisme par la production de connaissances, l’amélioration de la sensibilisation, la diversification des expériences touristiques, la préparation des destinations et leur rétablissement, ainsi que la coordination institutionnelle à plusieurs niveaux. D’autre part, l’initiative chilienne ARClim (Atlas des risques climatiques du Chili) fournit une cartographie des risques présentée comme des chaînes d’impacts pour tout un ensemble de secteurs, dont le tourisme. L’ARClim évalue les risques en combinant trois facteurs fondamentaux – les aléas climatiques (la menace), l’exposition et la sensibilité –, de façon à déterminer comment le changement climatique peut produire des effets sur différents systèmes au niveau communal. Pour le tourisme, les principaux risques mis en évidence sont les suivants : baisse de l’attractivité en hiver des stations de ski de haute montagne en raison de la diminution de l’enneigement ; disparitions de sites naturels et paysagers à cause de la multiplication des feux de forêt ; diminution de l’attrait des destinations « plage et soleil » du fait de l’intensification/la multiplication des phénomènes de houle le long des côtes, de l’érosion des plages et des inondations côtières ; augmentation de la présence de méduses à proximité des plages provoquée par le réchauffement de la surface des mers.
En Australie, le Plan national d’adaptation de 2025 est le fruit de la première évaluation des risques climatiques à l’échelle du pays. Ce plan, qui vise à mieux comprendre et évaluer les risques climatiques ainsi qu’à établir un cadre pour l’action du gouvernement australien, présente succinctement les rôles et les responsabilités existants en matière d’adaptation, et décrit en détail les domaines à privilégier aujourd’hui et demain pour faciliter l’adaptation. Son attention se porte sur sept systèmes, en évaluant les impacts sur le secteur du tourisme des systèmes des infrastructures, de l’environnement bâti et de l’environnement naturel.
L’Égypte prépare actuellement un Plan national d’adaptation qui vise à mettre en place un dispositif de planification intégrée de l’adaptation en évaluant les risques climatiques au niveau national, en recensant les priorités sectorielles en matière d’adaptation (dont le tourisme et les antiquités) et en intégrant les questions d’adaptation dans les politiques et les plans de développement et d’investissement.
L’adaptation des infrastructures
Moderniser les infrastructures touristiques pour qu’elles résistent aux conditions météorologiques extrêmes est en train de devenir très important pour assurer la résilience à long terme du secteur. De nombreux centres d’activité touristiques sont situés dans des zones géographiques très exposées (comme des zones côtières de basse altitude ou des régions montagneuses) où la montée du niveau de la mer, les inondations, les vagues de chaleur, les tempêtes et la diminution de la couverture neigeuse menacent à la fois la sécurité des visiteurs et la stabilité des économies locales qui dépendent du tourisme. En Israël, par exemple, le ministère du Tourisme a actualisé en 2023 sa « Procédure de soutien à l’infrastructure publique de tourisme ». Désormais, toute commune ou tout promoteur sollicitant des financements publics doit démontrer préalablement que le projet intègre la question de l’adaptation au changement climatique (par exemple l’ombrage, la conservation de l’eau et la durabilité des matériaux sous la chaleur), afin que tous les nouveaux aménagements touristiques soient conçus pour être résilients.
Dans les zones côtières, l’adaptation reposant sur les infrastructures inclut notamment l’élévation ou la relocalisation des installations afin d’éviter les inondations dues à la marée ou à une onde de tempête, la refonte des systèmes d’évacuation des eaux pour qu’ils puissent absorber des précipitations plus intenses, et le renforcement des réseaux énergétiques pour garantir leur fiabilité lors des tempêtes ou des canicules. En combinant ces mesures avec des investissements dans les défenses naturelles (comme le reboisement des mangroves ou la restauration des récifs coralliens), on améliore la protection contre les ondes de tempête tout en préservant la biodiversité. Les infrastructures sont également en cours d’adaptation pour pouvoir faire face aux différents aléas : il peut s’agir d’aménagements de protection contre les inondations, de systèmes de climatisation peu consommateurs d’énergie, ou encore de réseaux de transport conçus pour continuer à fonctionner en cas de chaleur extrême (Gössling et al., 2023[30]).
Au-delà des solutions techniques, les mesures fondées sur la nature et axées sur les populations jouent un rôle central au regard de l’amélioration de la résilience, en même temps qu’elles favorisent la participation au niveau local et créent des débouchés économiques. Les investissements dans les infrastructures « climato-compatibles » (comme les bâtiments à haute efficacité énergétique, les revêtements perméables facilitant le drainage et les rigoles végétalisées favorisant l’écoulement des eaux pluviales) réduisent les impacts environnementaux tout en améliorant la capacité d’adaptation. La diversification des modes de transport – notamment les systèmes multimodaux combinant mobilités douces (vélo et marche à pied) et des moyens de transport à faibles émissions – permet une meilleure accessibilité, même lorsqu’un mode de déplacement est perturbé par des événements météorologiques extrêmes.
Les instruments économiques et financiers
La hausse des coûts due à la maintenance des infrastructures, aux obligations d’assurance et à la mise en œuvre de stratégies d’adaptation aux conditions météorologiques extrêmes peut exercer une forte pression sur la viabilité financière des entreprises du tourisme. Pour les petites et moyennes entreprises (PME), qui représentent l’épine dorsale d’un grand nombre de destinations touristiques mais disposent souvent de peu de réserves financières, cette pression peut être particulièrement difficile à gérer. Nombre de ces entreprises n’ont pas la capacité d’investir comme il le faudrait dans la résilience, ce qui les rend plus vulnérables aux aléas futurs et peut même menacer la stabilité et la diversité des économies touristiques locales (Gössling et Reinhold, 2025[35]). Il faut, pour soutenir ces entreprises, combiner des points d’entrée abordables et des trajectoires d’investissement progressives, en leur permettant d’accroître leur résilience tout en restant compétitives sur un marché qui évolue rapidement (Encadré 4.4).
L’augmentation des primes d’assurance, voire l’exclusion de certains risques, peut être contrebalancée par des investissements dans la résilience (par exemple l’amélioration des protections contre les inondations) et la réglementation (en renforçant par exemple les codes de construction ou en adoptant des lois sur le zonage) qui réduisent les risques, et donc également les primes. L’instauration de subventions ou d’incitations fiscales pour promouvoir l’amélioration de la résilience pourrait aider les entreprises du tourisme à réduire les frais d’assurance, tandis que les consortiums d’assureurs – auxquels l’ensemble des professionnels du tourisme peuvent contribuer, ce qui répartit le risque – sont des procédés pouvant réduire les coûts de l’assurance.
Les programmes d’assurance public-privé regroupent les risques d’un grand nombre d’assurés au sein d’un pays ou d’une région, afin de constituer un ensemble de risques indépendants les uns des autres. Cette diversification limite la probabilité que des pertes soient subies en même temps par de nombreux assurés. Ces programmes peuvent prendre des formes variées pour réduire les pertes des assureurs, par exemple la fourniture d’assurances, de coassurances, de réassurances ou de garanties de l’État. Ils peuvent proposer une formule de (co)réassurance ou rétrocession1 pour les événements graves, fournir une couverture de base pour les pertes plus fréquentes et de moindre ampleur, ou couvrir les assurés à haut risque. En Suisse, par exemple, l’assurance des bâtiments contre les aléas naturels est obligatoire, et les primes sont les mêmes pour l’ensemble des assurés. Les dommages couverts comprennent les avalanches, les chutes de pierres, les inondations, les tempêtes et autres phénomènes naturels (FINMA, 2025[36]).
Les mécanismes de cofinancement public-privé sont une autre solution possible pour renforcer l’adaptation : ils consistent à mutualiser les ressources pour investir dans des infrastructures (comme des ouvrages de protection contre les inondations, des réseaux de transport résilients ou des réseaux d’énergies renouvelables) qui, au sein d’une destination, assurent protection et bienfaits à une multitude de parties prenantes (Becken et Scott, 2024[34]).
Encadré 4.4. Instruments financiers permettant de limiter au maximum les impacts des phénomènes météorologiques extrêmes : exemples nationaux
Copier le lien de Encadré 4.4. Instruments financiers permettant de limiter au maximum les impacts des phénomènes météorologiques extrêmes : exemples nationauxAutriche : L’instrument central de financement des interventions faisant suite à des catastrophes est le fonds autrichien de secours en cas de catastrophe qui a été créé par le ministère des Finances. Ce fonds est alimenté par une partie des recettes de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés, et est accessible aux entreprises du tourisme.
Belgique (Wallonie) : Suite aux inondations de 2021, les actions portant spécifiquement sur le tourisme ont mis l’accent sur la redynamisation de l’économie touristique et la restauration de la confiance dans le secteur. Des aides financières ont été versées aux PME et aux entreprises du secteur Horeca (hôtellerie, restauration et cafés) touchées par la catastrophe, et des campagnes de promotion du tourisme local ont été lancées pour compenser la baisse du nombre de visiteurs internationaux.
Grèce : Une taxe de résilience à la crise climatique est prélevée à chaque nuitée, en remplacement de la taxe sur les hébergements qui était auparavant appliquée. Les recettes générées par cette taxe alimentent un fonds d’urgence servant à financer la prévention des catastrophes naturelles et la restauration des sites, ainsi que l’amélioration des infrastructures pour mettre en avant le pays en tant que produit touristique.
Italie : En 2023, la région d’Émilie-Romagne a connu de très graves inondations ayant causé la mort de 17 personnes et des impacts économiques estimés à 8.8 milliards EUR. Face à la situation, le ministère du Tourisme a alloué 10 millions EUR pour aider au rétablissement des entreprises touchées. Parmi les mesures immédiates, des procédures de paiement ont été mises en place pour accélérer le versement des aides financières, et des campagnes promotionnelles ont été lancées pour maintenir l’attrait touristique de l’Émilie-Romagne. Cette mobilisation rapide visait à réduire au maximum les pertes économiques et à soutenir la continuité de l’activité du secteur.
Pologne : Suite aux violentes inondations survenues en septembre 2024, le gouvernement a instauré par voie législative une allocation exceptionnelle à l’intention des micro- et petites entreprises, afin de soutenir la poursuite des activités économiques après les pertes, les dommages ou les destructions résultant directement des inondations, allocation qui sera financée à l’aide du fonds d’aide au tourisme. D’autre part, un programme de reconstruction des infrastructures touristiques, doté d’un budget de 70 millions PLN, a été lancé dans le cadre du Fonds pour le développement de l’activité physique, en réponse à l’urgente nécessité de remettre en service les installations touristiques dans les zones touchées par la catastrophe. Des capitaux ont été engagés pour investir dans la reconstruction ou la rénovation des installations touristiques existantes et des infrastructures connexes ayant été endommagées ou détruites par les catastrophes naturelles.
Tchéquie : En réaction aux graves inondations de septembre 2024, le ministère du Développement régional a mis en place un dispositif de bons d’hébergement pour encourager les touristes à venir dans la région touchée au printemps et à l’automne 2025. Le programme a été cofinancé par les autorités régionales, chaque partie contribuant pour 40 000 EUR au printemps et autant à l’automne. Les visiteurs bénéficiaient d’une réduction de 12 EUR par personne et par nuit pour les séjours de deux à sept nuitées. Au printemps, le dispositif a généré plus de 66 000 nuitées, ce qui a apporté un grand soutien aux entreprises de tourisme locales et a permis de revitaliser l’économie touristique de la région.
Le renforcement des capacités et la sensibilisation pour accroître la résilience
Les responsables de la politique du tourisme et les décideurs publics ont besoin d’évaluations d’impact rapides, adaptées au contexte et réalisées au niveau local pour établir la planification et les stratégies d’investissement. Développer les connaissances de base sur l’adaptation et la résilience chez les acteurs du tourisme est à cet égard fondamental (OCDE, 2022[33]) car cela donne aux décideurs les moyens d’évaluer les risques potentiels sur leur destination ainsi que de mettre au point des actions concrètes et des stratégies d’adaptation pour leurs entreprises. Les approches participatives (comme l’élaboration et la diffusion de cartes régionales des risques) permettent une compréhension collaborative des risques potentiels et favorisent des solutions adaptées au contexte local. Par ailleurs, l’amélioration des travaux portant sur des solutions d’adaptation efficaces, peu coûteuses et fondées sur des données probantes est un aspect important pour orienter les investissements et établir un ordre de priorité entre les interventions (Steiger et al., 2024[11]).
Nombreuses sont les entreprises de tourisme, en particulier les PME, qui n’ont pas les ressources ou les compétences techniques nécessaires pour réagir efficacement face aux risques liés aux phénomènes météorologiques extrêmes. Des initiatives de formation personnalisées peuvent aider ces entreprises à comprendre les menaces spécifiques que représentent l’évolution des conditions climatiques et les événements météorologiques extrêmes, à évaluer leurs vulnérabilités et à déployer des mesures d’adaptation. Outre le fait qu’ils renforcent chacune des entreprises du secteur du tourisme, ces efforts contribuent à la résilience globale des destinations ainsi que du secteur dans son ensemble (Gössling et Reinhold, 2025[35]). Les touristes eux-mêmes jouent un rôle dans ce contexte d’adaptation et devraient être informés avec précision et en temps voulu des risques pouvant être associés aux événements météorologiques. Une communication claire permet aux voyageurs d’effectuer des choix éclairés tout en évitant des alertes inutiles, favorisant par là même des comportements responsables et porteurs (Wright, Rutty et Scott, 2024[37]).
Le renforcement des capacités devrait aller au-delà des initiatives individuelles et inclure des actions couvrant l’ensemble du secteur, de manière à accroître les compétences des travailleurs du tourisme en ce qui concerne la gestion des risques météorologiques (Encadré 4.5). L’amélioration de la compréhension de l’évolution des conditions météorologiques, des phénomènes qui y sont liés et des outils d’adaptation par les acteurs du tourisme peut aussi offrir l’assurance que les dirigeants, les salariés et les responsables de l’action publique utilisent des données de travail et des pratiques communes (Becken et Loehr, 2024[27]). Ces initiatives permettent de tenir compte des risques météorologiques dans les opérations quotidiennes, de la planification des destinations à la gestion de la chaîne d’approvisionnement. Un exemple de renforcement des capacités est un projet mis en œuvre en Pologne en 2023-2024 pour promouvoir la coopération, l’innovation et le tourisme durable. Ce projet portait sur la promotion, la sensibilisation et le diagnostic relatifs à l’état du tourisme durable dans les régions de Pologne.
Des actions de sensibilisation en contact direct avec le client sont également primordiales pour créer une culture commune de la résilience. Les campagnes de sensibilisation du public peuvent mettre en évidence les risques que représentent les conditions météorologiques extrêmes et promouvoir des choix de voyage responsables, tandis que les initiatives de sensibilisation peuvent aider les visiteurs à comprendre les vulnérabilités locales et à se rendre compte des mesures prises par les destinations pour y faire face. Le fait d’encourager les modes de déplacement à faible impact et le choix de destinations qui s’orientent activement vers des pratiques durables aide les voyageurs à devenir des acteurs de la transition vers un tourisme qui sera à l’avenir plus résilient et plus durable sur le plan environnemental.
Encadré 4.5. Le renforcement des capacités pour accroître la résilience du secteur du tourisme : exemples nationaux
Copier le lien de Encadré 4.5. Le renforcement des capacités pour accroître la résilience du secteur du tourisme : exemples nationauxAustralie : Le Cadre national de durabilité pour l’économie du tourisme (National Sustainability Framework for the Visitor Economy) fournit une vision nationale consensuelle du tourisme durable. Rendu public en novembre 2023, il a été établi en partenariat avec l’ensemble des États et territoires australiens. Ce cadre expose les quatre piliers du tourisme durable : i) adoption d’une approche contrôlée à l’égard de la durabilité ; ii) mise en œuvre de mesures environnementales et de lutte contre le changement climatique ; iii) respect de la culture ; iv) production d’un impact social positif. Il s’accompagne d’une boîte à outils contenant des orientations pratiques et faciles à comprendre sur les quatre piliers précités, afin d’aider les entreprises du secteur dans leur cheminement vers le tourisme durable.
Croatie : Le ministère du Tourisme et des Sports organise des ateliers pour accroître la sensibilisation et la formation des acteurs du tourisme, de manière à renforcer la résilience des collectivités et des infrastructures, et à améliorer la santé et la qualité de vie des populations. Plus de 700 parties prenantes ont assisté à une série de cinq ateliers organisés chaque année.
Japon : Suite à un séisme de grande ampleur survenu dans la préfecture de Kumamoto en 2016, les autorités ont élaboré des manuels visant à aider les visiteurs internationaux à rentrer chez eux, et organisé des exercices d’évacuation en cas de catastrophes naturelles, avec la participation de voyageurs étrangers. Dans la préfecture d’Okinawa, composée de nombreuses îles situées à distance les unes des autres, les autorités locales organisent régulièrement des séminaires et des formations sur la gestion de la crise du tourisme.
Arabie saoudite : Le pays a créé en 2021 le Centre mondial sur le tourisme durable. Ce Centre fournit des indicateurs normalisés de l’impact climatique et des boîtes à outils numériques destinées à permettre aux entreprises du tourisme de devenir résilientes au changement climatique. En 2026, un indice de vulnérabilité à la chaleur sera mis en place pour les destinations clés.
Indonésie : Une plateforme centralisée (Sisparnas) fournit du matériel pédagogique sur la gestion de crise et des informations météorologiques en temps réel intéressant les destinations touristiques.
Un fonctionnement des entreprises tourné vers l’adaptation et la gestion de la demande
Un fonctionnement des entreprises tourné vers l’adaptation et la gestion de la demande sont en train de devenir des facteurs clés dans la capacité du secteur du tourisme à supporter les bouleversements liés au climat et à s’en relever. À l’heure où les phénomènes météorologiques extrêmes deviennent de plus en plus fréquents et intenses, les entreprises du tourisme et les destinations doivent ajuster leurs stratégies opérationnelles tout en introduisant la question de la résilience dans leur planification et leur communication. Ces mesures ne doivent pas seulement être prises en réaction à des crises immédiates, mais s’inscrire dans une démarche plus générale d’adaptation durable et à long terme du secteur.
Dans ce contexte, les entreprises du tourisme ont de plus en plus besoin d’ajustements opérationnels à court terme pour protéger leurs actifs, leur personnel et leurs clients, tout en assurant la continuité de leurs prestations. Une communication transparente et en temps réel au sujet des risques est un volet central de ces ajustements ; elle est également indispensable pour préserver la confiance des visiteurs et éviter que celle-ci ne s’érode sous l’effet de l’incertitude. Dans la période qui suit les catastrophes – y compris celles causées par des phénomènes météorologiques extrêmes –, la promotion stratégique des destinations est importante pour reconstruire l’image des sites et faire revenir les visiteurs. En Pologne, par exemple, une enveloppe de 2 millions PLN a été affectée aux activités de promotion dans le but de soutenir la reprise du tourisme après les graves inondations de 2024. En 2023 et 2024, les incendies de forêt qui ont ravagé l’ouest du Canada ont suscité une couverture médiatique mondiale présentant le pays comme « englouti par les flammes », ce qui a nui à sa marque touristique. Une fois les incendies terminés, Destination Canada est venu en aide au secteur du tourisme en travaillant à réhabiliter la marque du pays et en montrant sur les marchés internationaux la réalité de la sécurité dans la région (Destination Canada, 2025[38]). Les campagnes qui mettent en avant la résilience et le rétablissement peuvent neutraliser les perceptions négatives, tandis que les publicités ciblées peuvent appeler l’attention sur la restauration de la sécurité et l’attrait des destinations. Pour garantir l’efficacité de ces efforts, la formation du personnel du tourisme à la gestion de crise et à l’attention au client peut aider les entreprises à réagir rapidement et avec empathie lors de ces périodes de grand stress.
Des exemples de fonctionnement des entreprises tourné vers l’adaptation peuvent se trouver en Australie et en Nouvelle-Zélande, où il arrive souvent que les organisateurs de voyages, confrontés à des incendies de forêt et des inondations, ferment temporairement ou modifient des itinéraires pour aller dans des zones plus sûres ; certains professionnels intègrent même aujourd’hui dans leur planification saisonnière les données relatives aux risques afin de mieux anticiper les perturbations. Suite aux feux de forêt dévastateurs ayant eu lieu à Canberra (Australie), la campagne Heart Recovery a réussi à redonner à la ville son statut de destination sûre et accueillante. En combinant des messages sur la résilience et des actions promotionnelles ciblées, la campagne a permis de rétablir la confiance des visiteurs et de contribuer à la relance du tourisme (Armstrong et Ritchie, 2008[39]). Partout dans le monde, les destinations de montagne entreprennent de s’adapter au réchauffement des hivers et à la diminution de la couverture neigeuse en diversifiant leurs activités, en investissant dans les technologies de fabrication de neige artificielle et en modifiant leurs calendriers d’activités, afin que les stations de ski puissent continuer à travailler malgré l’évolution des conditions saisonnières (Steiger et al., 2024[11]).
La gestion de la demande et du comportement des touristes est un autre volet de l’adaptation. Les bouleversements liés aux conditions météorologiques modifient souvent les flux touristiques, obligeant les destinations à suivre de près les habitudes de voyage dans le contexte d’alertes météorologiques et de risques environnementaux. La flexibilité des dispositions de réservation, d’annulation et de remboursement devient de plus en plus importante pour obtenir et préserver la confiance du client dans des conditions de plus en plus changeantes, voire instables. D’un autre côté, les destinations et les professionnels peuvent atténuer les risques en redirigeant ou repensant temporairement les expériences touristiques (par exemple en transférant les activités de l’extérieur vers l’intérieur pendant les épisodes de conditions météorologiques extrêmes). Grâce à ces mesures, les expériences sont maintenues et le bien-être des visiteurs est préservé. Un exemple de ce type est l’initiative Refúgiate en la cultura (Trouve refuge dans la culture) lancée à Madrid (Espagne), où les sites culturels comme les musées sont mis en avant pour se protéger contre la chaleur. L’initiative a été complétée, dans les principaux musées, par des démonstrations gratuites de flamenco (Madrid Destino, 2025[40]). Comme le montrent les études, si les phénomènes extrêmes comme les inondations ou les canicules peuvent ternir temporairement l’image d’une destination, les touristes font souvent preuve de résilience, un grand nombre d’entre eux choisissant d’y retourner une fois que la sécurité et la qualité du produit touristique sont assurées. Cela souligne la nécessité pour les destinations de se concentrer sur la gestion des attentes et l’expérience des visiteurs plutôt que de partir du principe d’un tassement de la demande sur le long terme (León-Cruz, Neger et Gössling, 2025[19]).
L’adaptation à l’échelle du territoire local est un moyen de plus, souvent complémentaire, pour gérer les risques liés aux conditions météorologiques. En s’appuyant sur les connaissances des populations locales et autochtones, les destinations peuvent concevoir des stratégies qui sont à la fois ancrées dans le contexte culturel et durables sur le plan environnemental. En Nouvelle-Zélande, le principe de kaitiakitanga (protection de l’environnement en maori) est de plus en plus intégré à la planification du tourisme, ce qui offre la garantie que les efforts d’adaptation reflètent les valeurs de protection des autochtones et privilégient la santé à long terme des écosystèmes (Higham et al., 2024[23]). Les entreprises de tourisme locales prennent en outre des mesures proactives en créant des produits flexibles, proposant des offres alternatives ou saisonnières lorsque les conditions l’exigent, et participant directement à des initiatives de conservation qui assurent la pérennité des paysages naturels essentiels à leurs activités (Navarro-Drazich et al., 2024[41]). Ces actions menées au niveau local permettent non seulement d’accroître la résilience des différentes entreprises, mais aussi d’améliorer la capacité d’adaptation des destinations et du secteur en général.
Globalement parlant, ces stratégies opérationnelles, comportementales et centrées sur les acteurs locaux soulignent le caractère évolutif de l’adaptation du secteur du tourisme. La résilience n’est plus seulement une question d’infrastructure ou de gestion de crise ; elle concerne aussi la façon dont les entreprises communiquent avec les voyageurs, comment les destinations gèrent les flux de visiteurs, et comment les populations elles-mêmes bâtissent l’avenir du tourisme en harmonie avec leurs environnements. En combinant des pratiques commerciales flexibles, une gestion proactive de la demande et des mesures d’adaptation centrées sur les destinations, le secteur peut non seulement supporter les effets des phénomènes météorologiques extrêmes, mais aussi encourager des formes de tourisme plus durables qui continueront à l’avenir de faire vivre les populations locales.
Éléments devant être pris en considération par les pouvoirs publics pour préparer le tourisme aux phénomènes météorologiques extrêmes
Copier le lien de Éléments devant être pris en considération par les pouvoirs publics pour préparer le tourisme aux phénomènes météorologiques extrêmesMême si l’on observer un nombre croissant de pratiques démontrant comment les destinations s’y prennent pour absorber les chocs, protéger les moyens de subsistance et maintenir les flux de touristes, force est de constater que le secteur demeure vulnérable aux événements météorologiques extrêmes. L’état de préparation est loin d’être parfait, en particulier dans les régions où la capacité de gouvernance ou le financement est limité (Becken et Scott, 2024[34] ; Scott, 2024[42]), sachant que le renforcement de la collaboration intersectorielle, des moyens d’action locaux et du suivi systématique est essentiel pour passer d’une démarche réactive à une adaptation proactive.
Pour être efficaces, la préparation et l’adaptation du tourisme nécessitent un mélange de mesures technologiques, institutionnelles, écologiques et comportementales. Les bonnes pratiques montrent que la préparation et l’adaptation sont plus efficaces lorsqu’elles sont ancrées dans le contexte local, ont un caractère participatif et sont rendues possibles par une gouvernance pluri-niveaux et un financement suffisant. Toutefois, d’importantes lacunes demeurent en ce qui concerne l’intégration de cette question dans les politiques nationales et la disponibilité des données permettant de suivre les progrès réalisés (Becken et Scott, 2024[34] ; Scott, 2024[42]).
Une approche consistant à faire coopérer le secteur du tourisme avec l’ensemble des administrations est nécessaire pour que les pays et les destinations puissent se préparer, réagir et s’adapter aux effets des événements météorologiques extrêmes. Une sélection d’éléments devant être pris en considération par les pouvoirs publics pour contribuer à la résilience et la durabilité des destinations est présentée ci-dessous :
L’évaluation des risques, l’alerte précoce et l’intervention d’urgence constituent les piliers des stratégies visant à protéger les destinations touristiques de la menace grandissante des événements météorologiques extrêmes. Ainsi, procéder à l’examen systématique des risques qu’encourent les destinations peut fournir aux décideurs publics les informations nécessaires pour déterminer les investissements à effectuer en priorité pour améliorer la résilience et accroître la capacité des destinations à se transformer et s’adapter. De même, prendre des mesures pour s’assurer que les systèmes d’urgence et d’alerte précoce sont robustes et associés à des canaux de communication efficaces peut aider à avertir efficacement et à protéger les habitants et les visiteurs en cas d’événement météorologique extrême (par exemple en mettant en place des alertes en plusieurs langues, des applications mobiles et des bulletins météorologiques en temps réel). L’intégration dans les cadres nationaux d’intervention en cas de catastrophe de protocoles de gestion de crise adaptés aux zones à risque où le tourisme est très développé peut permettre d’apporter des réponses rapides et coordonnées lorsque des catastrophes surviennent, et de limiter au maximum les pertes de vies humaines et les perturbations économiques.
La gouvernance, la planification et l’intégration de l’action publique au service de l’adaptation aux événements météorologiques extrêmes nécessitent une approche globale à plusieurs niveaux qui se focalise sur la réduction immédiate des risques et instaure une résilience à long terme dans l’ensemble des destinations. Cela inclut par exemple des mesures permettant de renforcer la coordination institutionnelle et de généraliser l’adaptation dans les politiques régionales et nationales, ainsi que l’élaboration de cadres de planification robustes pour faire face aux évolutions actuelles et prévues des conditions météorologiques et des phénomènes extrêmes. Il est en outre important de travailler en étroite collaboration avec les ministères ayant un lien avec le tourisme afin de faire en sorte que le secteur soit bien pris en compte dans les stratégies nationales d’adaptation et d’accroître au maximum les chances que le secteur puisse tirer parti d’initiatives d’amélioration de la résilience plus générales.
Moderniser les infrastructures touristiques pour qu’elles résistent aux conditions météorologiques extrêmes est en train de devenir de plus en plus important pour assurer la résilience à long terme du secteur. De nombreux centres d’activité touristiques sont situés dans des zones géographiques très exposées, raison pour laquelle la modernisation des infrastructures touristiques pour qu’elles résistent aux conditions météorologiques extrêmes est en train de devenir très importante pour assurer la résilience à long terme du secteur. Face à cette situation, les responsables publics du tourisme doivent avoir la capacité de travailler avec les autorités compétentes pour renforcer le cas échéant les cadres réglementaires, y compris l’application des codes de construction, des lois sur le zonage et des normes en matière d’infrastructure qui ont pour but de réduire la vulnérabilité aux aléas météorologiques. Les décideurs publics devraient également envisager de mettre en place des mécanismes susceptibles d’encourager les entreprises à investir dans des infrastructures résilientes (par exemple des ouvrages de protection contre les inondations et des technologies reposant sur les énergies renouvelables), notamment des incitations financières et des programmes d’assurance public-privé.
Des mesures visant à atténuer la hausse des coûts due à la maintenance des infrastructures, aux frais d’assurance et à la mise en œuvre de stratégies d’adaptation aux conditions météorologiques extrêmes peuvent aider à réduire l’obligation de viabilité financière qui pèse sur les entreprises du tourisme. Nombreuses sont les entreprises du tourisme, en particulier les PME, qui n’ont pas la capacité de réaliser les investissements nécessaires dans la résilience, ce qui les rend plus vulnérables aux aléas futurs. Il faut, pour soutenir ces entreprises, combiner des points d’entrée abordables et des trajectoires d’investissement progressives, en leur permettant d’accroître leur résilience tout en restant compétitives sur un marché qui évolue rapidement. Des instruments économiques et financiers peuvent être utilisés, par exemple des subventions ou des incitations fiscales à la mise en place d’infrastructures résilientes, ainsi qu’un accès facilité aux consortiums d’assureurs – auxquels les entreprises du tourisme peuvent contribuer afin d’accroître leur résilience et de réduire les frais d’assurance. Enfin, le cofinancement public-privé des infrastructures de protection peut offrir une solution pour renforcer l’adaptation en mutualisant les ressources destinées aux investissements dans les infrastructures. De cette façon, des ouvrages de protection contre les inondations, des réseaux de transport résilients ou des réseaux d’énergies renouvelables peuvent assurer protection et bienfaits à une multitude de parties prenantes au sein d’une destination.
Un fonctionnement des entreprises tourné vers l’adaptation et la gestion de la demande sont des facteurs clés au regard de la capacité du secteur du tourisme à supporter les bouleversements liés au climat et à s’en relever. Le développement des connaissances de base sur l’adaptation et la résilience auprès des acteurs du tourisme donne aux décideurs publics les moyens d’évaluer les risques de phénomènes météorologiques extrêmes sur leur destination ainsi que de définir les actions et les stratégies d’adaptation prioritaires pour leurs entreprises. Ces dernières peuvent par exemple bénéficier de formations ou d’un renforcement des capacités pour les aider à mieux comprendre les menaces éventuelles, à évaluer les vulnérabilités et à mettre en œuvre des mesures de prévention et d’adaptation – notamment en gérant la demande par des dispositions plus flexibles de réservation, d’annulation et de remboursement, ainsi qu’en redirigeant ou repensant temporairement les expériences touristiques. Par ailleurs, l’amélioration et le partage des travaux portant sur des solutions d’adaptation efficaces, peu coûteuses et fondées sur des données probantes peuvent permettre d’orienter les investissements et d’établir un ordre de priorité entre les interventions.
Enfin, les entrepreneurs et les entreprises se trouvent en première ligne face aux impacts des phénomènes météorologiques extrêmes. Ils vont donc devoir prendre des mesures pour accroître la flexibilité et la résilience de leurs activités, et développer une capacité à s’adapter en temps réel lorsque la situation devient risquée. Les administrations nationales et infranationales ainsi que les OGD auront un rôle important à jouer en incitant les entreprises et les destinations à se préparer à la fréquence croissante des phénomènes météorologiques extrêmes, et en les aidant dans cette tâche. Cela inclura la modernisation des infrastructures existantes pour accroître la résilience des entreprises, la diversification des produits et des services touristiques, la formation du personnel à la gestion des crises et l’information des visiteurs sur les risques, ainsi que la mise au point de dispositifs de sécurité et de plans d’urgence à appliquer lors d’événements perturbateurs. Un défi particulier pour les administrations publiques sera de s’assurer que les petites entreprises et les destinations moins bien dotées ne resteront pas à la traîne et auront les ressources nécessaires pour mettre en œuvre des dispositifs efficaces leur permettant d’accroître leur résilience et de préparer leur adaptation aux événements météorologiques extrêmes.
Références
[39] Armstrong, E. et B. Ritchie (2008), « The heart recovery marketing campaign— Destination recovery after a major bushfire in Australia’s national capital », Journal of Travel & Tourism Marketing, vol. 23/2, pp. 175 – 189.
[27] Becken, S. et J. Loehr (2024), « Tourism governance and enabling drivers for intensifying climate action », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1743–1761.
[34] Becken, S. et D. Scott (2024), « Tourism and climate change stocktake: a call to action », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 2018–2038.
[12] Becken, S. et al. (2025), “Sunlust” or heatwave? Impacts of future heat exposure in city destinations.
[7] Costa, H. et J. Hooley (2025), « The macroeconomic implications of extreme weather events », Documents de travail du Département des affaires économiques de l’OCDE, n° 1837, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/5e24a2d8-en.
[18] Demiroglu, O. et al. (2024), « A virtual geobibliography of polar tourism and climate change », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1948–1964, https://doi.org/10.1080/09669582.2024.2370971.
[38] Destination Canada (2025), All Eyes on Canada: International Media Convene in Jasper as The Country’s Reputation Soars to All Time High, https://www.destinationcanada.com/fr-ca/nouvelles/le-canada-a-lhonneur-des-medias-du-monde-entier-se-reunissent-a-jasper.
[13] Dube, K. et al. (2024), « Tourism and climate change in Africa: informing sector responses », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1811–1831.
[14] EU Tourism Platform (2025), Escape the Heat: Coolcations Steal the Spotlight in European Travel, https://transition-pathways.europa.eu/news/escape-heat-coolcations-steal-spotlight-european-travel.
[25] Fang, Y. et al. (2024), « Tourism under climate crisis in Asia: impacts and implications », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1832–1848.
[36] FINMA (2025), Assurance contre les dommages dus à des événements naturels, https://www.finma.ch/fr/surveillance/assurances/instruments-sp%C3%A9cifiques-%C3%A0-un-secteur/dommages-dus-%C3%A0-des-%C3%A9v%C3%A9nements-naturels/.
[15] Forum économique mondial (2024), The rise of ’coolcations’ and other urban transformation stories you need to read, https://www.weforum.org/stories/2024/08/coolcations-and-other-urban-transformation-stories-you-need-to-read/.
[30] Gössling, S. et al. (2023), « Weather, climate change, and transport: a review », Natural Hazards, vol. 118/2, pp. 1341–1360.
[35] Gössling, S. et S. Reinhold (2025), « Accelerating small and medium sized tourism enterprises’ engagement with climate change », Journal of Sustainable Tourism, vol. 33/5, pp. 840–857.
[28] Gössling, S. et al. (2024), « National tourism organizations and climate change », Tourism Geographies, vol. 26/3, pp. 329–350.
[24] Gouvernement de la Colombie-Britannique (mai 2022), Tourism Emergency Management Framework, https://www2.gov.bc.ca/assets/gov/tourism-and-immigration/tourism-industry-resources/tourism_emergency_management_framework_may_2022_final.pdf (consulté le 26 novembre 2025).
[23] Higham, J. et al. (2024), « Climate science and tourism policy in Australasia: deficiencies in science-policy translation », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1849–1875.
[5] Lavaud, S. et C. Gamper (2025), Pourquoi les efforts du G7 sur les feux de forêt arrivent juste à temps, OCDE, Paris, https://www.oecd.org/fr/blogs/2025/07/why-the-G7-wildfire-push-comes-just-in-time.html.
[19] León-Cruz, J., C. Neger et S. Gössling (2025), « Extreme weather risks for tourism in the European Union », Natural Hazards.
[40] Madrid Destino (2025), Refúgiate en la cultura, https://www.esmadrid.com/refugiate-en-la-cultura.
[8] Murphy, J. (2024), « A year after Maui’s fires, tourism nears $1 billion deficit », Portland Press Herald, https://www.pressherald.com/2024/08/09/a-year-after-mauis-fires-tourism-nears-1-billion-deficit/ (consulté le 19 septembre 2025).
[41] Navarro-Drazich, D. et al. (2024), « Climate change and tourism in South and Central America », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1876–1892.
[3] OCDE (2025), L’Observateur de l’action climatique 2025, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/0808b249-fr.
[29] OCDE (2024), « Creating economic prosperity through inclusive and sustainable tourism: G7/OECD policy priorities paper », Études de l’OCDE sur le tourisme, n° 2024/01, Éditions OCDE, Paris.
[4] OCDE (2024), L’Observateur de l’action climatique 2024, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/be52fc17-fr.
[2] OCDE (2023), Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE 2022, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/d0aa9828-fr.
[33] OCDE (2022), « Chapitre 3 : Promouvoir une reprise verte du tourisme », dans Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE 2022, Éditions OCDE, Paris.
[26] OCDE (2021), « Gérer le développement du tourisme dans l’optique d’une reprise durable et inclusive », Études de l’OCDE sur le tourisme, n° 2021/01, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/081257cf-fr.
[9] Rutty, M. et al. (2024), « Tourism & climate change in North America: regional state of knowledge », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1924–1947.
[42] Scott, D. (2024), « Tourism and the climate crisis », Journal of Sustainable Tourism, pp. 1709–1724.
[22] Scott, D. et al. (2024), « A review of the IPCC Sixth Assessment and implications for tourism development and sectoral climate action », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1725–1742.
[20] Scott, D. et al. (2016), « An Inter-Comparison of the Holiday Climate Index (HCI) and the Tourism Climate Index (TCI) in Europe », Atmosphere, vol. 7/6.
[6] Seneviratne, S. et al. (2023), « Weather and Climate Extreme Events in a Changing Climate », dans Climate Change 2021 – The Physical Science Basis, Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
[1] Steiger, R. et al. (2024), « Climate and carbon risk of tourism in Europe », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1893–1923.
[11] Steiger, R. et al. (2024), « Impacts of climate change on mountain tourism: a review », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1984–2017.
[17] Steiger, R. et al. (2023), « Seasonality matters: simulating the impacts of climate change on winter tourism demand », Current Issues in Tourism, vol. 26/17, pp. 2777-2793, https://doi.org/10.1080/13683500.2022.2097861.
[21] Steiger, R. et D. Scott (2020), « Ski tourism in a warmer world: Increased adaptation and regional economic impacts in Austria », Tourism Management, vol. 77.
[31] UNISDR (2015), « Sendai Framework for Disaster Risk Reduction 2015-2030 », https://www.preventionweb.net/media/16176/download.
[32] Urban Agenda Sustainable Tourism Partnership (2025), Guidelines for Climate Action Planning in Destinations, Union européenne, https://www.urbanagenda.urban-initiative.eu/sites/default/files/2025-11/Guidelines%20for%20enabling%20climate-friendy%20urban%20destinations_0.pdf.
[16] We Love Lithuania (2025), From Coolcation to Culinary Discoveries: Vilnius Checks All the Boxes for 2025 Travel Trends, https://welovelithuania.com/en/from-coolcation-to-culinary-discoveries-vilnius-checks-all-the-boxes-for-2025-travel-trends/ (consulté le 19 septembre 2025).
[10] Wolf, F. et al. (2024), « Small island developing states, tourism and climate change », Journal of Sustainable Tourism, vol. 32/9, pp. 1965–1983.
[37] Wright, K., M. Rutty et D. Scott (2024), « News media coverage of hurricane events and Caribbean tourism: a critical analysis of the last 40 years », Current Issues in Tourism, vol. 27/24, pp. 4625–4641.
← 1. (co)réassurance ou rétrocession : accord de réassurance entre réassureurs.