Le 17 juin 2025, les dirigeants du G7 ont adopté la Charte de Kananaskis sur les feux de forêt – un engagement fort pour renforcer la prévention, la préparation et la résilience face aux incendies. Cette Charte appelle à une véritable transformation : une approche réellement transversale, mobilisant l’ensemble de la société, une coopération internationale accrue, une gestion des risques fondée sur la science et l’intégration sytématique de l’adaptation au changement climatique dans la gestion des incendies. Elle encourage notamment la gestion durable des forêts, les solutions fondées sur la nature, les pratiques autochtones de gestion des terres comme le brûlage culturel ou dirigé, ainsi que des mesures ciblées de réduction des risques pour protéger les communautés, les bâtiments et les infrastructures.
Cette Charte arrive à un moment crucial.
Plus tôt cette année, la Californie a été frappée par des incendies dévastateurs. Les incendies de Palisades et Eaton ont causé des dégâts records estimés à 165 milliards USD.
Mais la Californie n’est plus un cas isolé. Avec l’augmentation des températures et l’allongement des périodes de sécheresse, des régions jusqu’alors épargnées doivent aujourd’hui s’adapter à cette nouvelle donne. En Corée du Sud, des incendies au printemps ont pris les autorités par surprise : ils ont coûté la vie à 32 personnes, détruit 5 000 bâtiments et brûlé 104 000 hectares de forêt. En parallèle, un incendie au Royaume-Uni a déjà détruit près de 30 000 hectares début mai, établissant un nouveau record annuel. Des feux en Allemagne, aux Pays-Bas et en Argentine confirment que le risque s’intensifie à l’échelle mondiale.
L’analyse de l’OCDE a révélé que, ces 30 dernières années, la durée de la saison propice aux incendies a augmenté de 27 %. Sur cette même période, le changement climatique aurait doublé la surface forestière brûlée dans l’ouest des États-Unis. De même, le changement climatique aurait doublé la probabilité des incendies survenus cette année en Corée et augmenté de 35 % celle des incendies californiens. Et l’avenir ne s’annonce pas plus rassurant : dans un scénario d’émissions modérées, la superficie brûlée dans le monde pourrait augmenter de 19 % d’ici 2050 par rapport à 2000. Dans un scénario de réchauffement plus marqué, la saison des incendies pourrait s’allonger de plus de 40 jours par an dans certaines régions – mettant les services de lutte contre lesincendies à rude épreuve et laissant peu de temps aux écosystèmes pour se régénérer.
Figure 1: Probabilité mondiale d’événements extrêmes de feux de forêt selon différents scénarios climatiques
Remarque : Les trajectoires représentatives de concentration (RCP) sont des scénarios d’émissions de gaz à effet de serre élaborés par le GIEC. Le RCP 2.6 reflète un scénario de forte atténuation permettant de contenir le réchauffement sous les 2 °C. Dans le RCP 6.0, les émissions augmentent modérément, entraînant un réchauffement de 3 à 4 °C par rapport à l’ère préindustrielle.
Notre rapport Maîtriser les feux de forêt dans le contexte du changement climatique souligne l’importance de passer d’une focalisation sur l’urgence à un investissement dans la résilience de long terme. Il plaide pour une gestion des incendies fondée sur une évaluation des risques climatiques, en mettant l’accent sur les points suivants :
- Améliorer la gestion des forêts et de la végétation afin d’assurer des écosystèmes sains, plus résilients à l’éclosion et à la propagation des feux ;
- Adapter l’environnement bâti par des décisions d’aménagement du territoire tournées vers l’avenir et la mise en œuvre de normes de construction renforçant la résistance au feu ;
- Améliorer les évaluations des risques d’incendie, notamment en intégrant des modèles climatiques ;
- Mettre en place une approche interministérielle pour gérer les incendies de forêt, en intégrant la prévention et la résilience dans l’organisation et les investissements de l’ensemble des acteurs concernés, publics comme privés.
Figure 2: Réduire le risque d’incendies extrêmes grâce à des mesures de prévention
Dans nos travaux, nous mettons en lumière plusieurs pays qui progressent dans la mise en œuvre de ces bonnes pratiques. Le Portugal, par exemple, a su mieux équilibrer les financements entre la réponse d’urgence et la prévention. Grâce à son Agence pour la gestion intégrée des feux ruraux (AGIF), il promeut des mesures de prévention à travers toutes les institutions publiques.
Mais notre rapport montre aussi que ces exemples restent rares. Davantage de pays doivent adopter des approches intégrées et tournées vers l’avenir afin que les prochains incendies causent moins de dégâts, de traumatisme et de pertes pour leurs communautés, leurs écosystèmes et leurs économies.
Alors que le monde s’engage dans la mise en œuvre de la Charte, l’OCDE est prête à accompagner cette ambition collective.
Découvrez notre travail et explorez nos études de cas sur la Grèce, le Portugal et les États-Unis [ici].
Et ne manquez pas notre prochain rapport consacré au Portugal.