Le tourisme joue un rôle important en construisant la prospérité économique et en favorisant le bien-être des populations locales, grâce aux emplois, aux recettes et aux investissements. Ses retombées ne sont cependant pas toujours réparties de façon égale et, si elles sont mal gérées, elles risquent d’exercer des tensions importantes à l’échelon local sur les infrastructures, les services et les habitants. Ces dynamiques font que les pouvoirs publics s’intéressent de plus en plus à la façon dont les avantages et les inconvénients du tourisme sont répartis, ainsi qu’à la valeur globale qu’il apporte aux populations locales. Ce chapitre examine les retombées socioéconomiques du tourisme et met en avant les stratégies des pouvoirs publics pour les optimiser à l’échelon local tout en atténuant les effets négatifs. Il examine les principaux défis à relever et arbitrages à opérer pour gérer le développement du tourisme et les flux de visiteurs et envisage comment les politiques publiques peuvent renforcer la création de valeur locale, la participation des populations et acteurs locaux et la prise de décision fondée sur des données probantes à l’appui d’une offre touristique plus équilibrée. Il recense les principaux éléments à prendre en considération par les pouvoirs publics afin que les retombées du tourisme soient plus largement partagées.
Tendances et politiques du tourisme de l’OCDE 2026 (version abrégée)
Chapitre 3. Améliorer les retombées sociales du tourisme
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Le tourisme est un moteur puissant de croissance et de prospérité économiques ; c’est aussi un phénomène social important, qui suppose des mouvements de personnes entre différents pays et différentes cultures. Il stimule la création d’emplois et favorise l’innovation, les entrepreneurs et les entreprises à l’échelon local saisissant de nouvelles opportunités pour répondre aux besoins des touristes, contribuant ainsi au dynamisme des économies locales et à la modernisation des services fournis à la collectivité. Le tourisme favorise en outre les interactions sociales, les échanges culturels et le sentiment de connexion aux autres partout dans le monde (OCDE, 2024[1]). Le tourisme est donc bien placé pour promouvoir un développement économique qui améliore le bien-être et la cohésion sociale et contribue à rendre les territoires plus dynamiques et plus agréables à vivre.
Toutefois, si le tourisme s’accompagne de retombées positives, il peut aussi avoir, s’il est mal géré, des répercussions négatives sur les habitants et les lieux visités par les touristes. Ces dernières années, des questions telles que la surfréquentation, les pressions exercées sur les infrastructures et les contraintes imposées aux populations locales sont devenues des sujets à traiter d’urgence dans de nombreuses destinations. Le tourisme peut en effet perturber les structures et les économies à l’échelon local, faisant grimper le coût de la vie pour les résidents et exacerbant la gentrification dans certaines destinations. Ces phénomènes peuvent conduire au déplacement de résidents de longue date, submerger les infrastructures locales, intensifier la dégradation de l’environnement et attiser les tensions sociales, venant à terme compromettre la cohésion et la pérennité du tissu local. Les conditions de travail et l’activité informelle dans certains pays restent également des domaines faisant l’objet d’une grande attention.
Force est de constater que les retombées du tourisme, qu’elles soient positives ou négatives, sont bien souvent réparties de façon déséquilibrée, conduisant les autorités et les acteurs locaux à douter de plus en plus de la valeur ajoutée et de l’acceptation sociale du tourisme. Les modèles existants de développement du tourisme sont souvent synonymes de répartition inégale des retombées entre les touristes, les entreprises, les destinations et les populations locales ; certaines destinations accueillent en effet des volumes de visiteurs qui peuvent exercer une pression considérable sur les collectivités locales tandis que d’autres souhaiteraient voir augmenter les dépenses des visiteurs pour soutenir leur économie locale (OCDE, 2024[2]). En conséquence, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer des politiques et des actions plus proactives en faveur d’un développement touristique plus maîtrisé, à tous les niveaux d’administration, et pour que les populations et acteurs locaux aient davantage voix au chapitre.
Le présent chapitre vise à faire mieux comprendre les retombées socioéconomiques positives et négatives du tourisme et à diffuser les approches adoptées par les pouvoirs publics pour mieux gérer les interactions complexes qui sont en jeu à l’appui d’un développement touristique plus équilibré, en s’appuyant sur les réponses fournies à des enquêtes par les pays de l’OCDE et ses pays partenaires. Il s’appuie sur des travaux antérieurs du Comité du tourisme de l’OCDE qui soulignent la nécessité de répartir différemment les effets du tourisme, de comprendre les arbitrages à opérer et de gérer le tourisme de manière durable, de sorte que les avantages l’emportent sur les inconvénients dans les destinations émergentes et classiques (OCDE, 2024[2] ; OCDE, 2021[3] ; OCDE, 2021[4] ; OCDE, 2024[1]). Le chapitre prend aussi en considération l’évolution des tensions socioéconomiques liées au développement du tourisme, ainsi que la nécessité pour les pouvoirs publics de s’intéresser davantage aux conséquences et implications sociales du tourisme pour les populations locales (OCDE, 2024[1]).
Comprendre les retombées sociales du tourisme
Copier le lien de Comprendre les retombées sociales du tourismeLa prise en compte des retombées sociales du tourisme n’a rien de nouveau. Les études qui montrent comment l’attitude des populations locales à l’égard des touristes peut se détériorer dès lors qu’apparaissent des effets négatifs remontent aux années 1960 et 1970 (par exemple, l’indice d’irritation de Doxey (1975) et la notion de « regard touristique » (Urry, 1992[5])). Cela coïncide avec l’expansion et la démocratisation rapides du tourisme à partir des années 1950, dans un contexte de prospérité économique et d’augmentation du revenu disponible et du temps libre, et grâce aussi au développement de l’aviation commerciale et des infrastructures facilitant les flux de personnes dans le cadre d’une économie mondialisée. Cette croissance s’est poursuivie, interrompue seulement de manière temporaire par la crise financière mondiale et, de façon plus importante encore, par la pandémie de COVID-19.
Les travaux des organisations internationales se concentrent sur ce sujet depuis les années 1990. La Déclaration de Manille sur le tourisme mondial a marqué la volonté d’associer les collectivités locales aux processus de planification, de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation des politiques du tourisme (ONU Tourisme, 1997[6]). Le tourisme est reconnu comme un moteur de développement socioéconomique et de réduction de la pauvreté (OIT, 2019[7]), et un environnement social et naturel sain est considéré comme essentiel à l’essor du secteur du tourisme (UNESCO, 2002[8]). Plus récemment, les travaux de l’OCDE ont souligné l’importance de favoriser un tourisme équilibré et de renforcer l’acceptation sociale du tourisme, à l’appui du développement d’un tourisme durable (OCDE, 2024[2] ; OCDE, 2025[9] ; OCDE, 2021[4]).
Les décideurs au plus haut niveau s’intéressent de plus en plus aux arbitrages à opérer eu égard aux retombées socioéconomiques du tourisme. Les Lignes directrices du G20 de Rome pour l’avenir du tourisme, approuvées par les ministres du Tourisme des pays du G20 sous la Présidence italienne du G20 en 2021, insistent sur la priorité d’associer plus largement les populations et acteurs locaux et d’accroître les bénéfices tirés du tourisme (OCDE, 2021[3]), tandis que la Présidence sud-africaine du G20 en 2025 a souligné l’importance des modèles centrés sur les populations et acteurs locaux afin de mieux partager les retombées du tourisme. L’optimisation des retombées socioéconomiques du tourisme a été l’un des principaux axes de travail de la Présidence italienne du G7 en 2024 (OCDE, 2024[1]). Dans le même temps, la Déclaration de Palma de 2023 des ministres du Tourisme de l’UE met l’accent sur la promotion de la durabilité sociale du tourisme, notamment d’un modèle qui profite aux populations locales, favorise un tourisme équilibré et ouvre des perspectives pour tous.
Les travaux menés par le secteur privé ont mis en évidence le rôle du tourisme en tant qu’accélérateur du progrès social (WTTC, 2021[10]), en soulignant l’importance d’entretenir des relations positives avec les résidents afin de préserver le caractère local et de conserver l’acceptation sociale de l’activité touristique (Forum économique mondial, 2025[11]), et en préconisant le déploiement de systèmes plus avancés pour gérer et équilibrer les retombées du tourisme (The Travel Foundation, 2019[12]).
Il importe de comprendre les grandes retombées sociales du tourisme pour promouvoir un tourisme porteur de prospérité économique et sociale. Il s’agit notamment de mieux comprendre comment le tourisme crée de la valeur pour les destinations et comment il est possible de gérer les arbitrages à opérer, de tirer parti des possibilités offertes pour que le secteur favorise le développement économique et le bien-être dans les destinations traditionnelles et émergentes et de bâtir un secteur dans lequel les avantages (et les inconvénients) du tourisme sont plus largement et plus équitablement partagés.
Bien géré, le tourisme peut avoir des retombées socioéconomiques très diverses
Le tourisme est un atout de taille qui contribue à redynamiser et à diversifier les économies locales, dans les zones rurales, isolées et urbaines. Le développement du tourisme dans le cadre d’une économie locale diversifiée peut améliorer la résilience des destinations et des collectivités locales, tout en améliorant l’expérience des visiteurs et le bien-être des résidents. Par rapport aux zones urbaines, les zones rurales offrent généralement moins de débouchés économiques et un accès limité aux services de base, aux infrastructures et à la connectivité. Le tourisme ouvre des perspectives qui incitent davantage les individus à rester dans les zones rurales, voire à s’y installer, et qui améliorent aussi l’économie locale, le bien-être social, ainsi que la promotion et la conservation du patrimoine rural (ONU Tourisme, 2023[13]). Dans les régions en décroissance démographique, le tourisme peut être un moyen de stimuler l’activité économique, de créer de nouvelles possibilités d’emploi, de générer des recettes et de diversifier les sources de revenus, venant ainsi renforcer l’offre de services et d’infrastructures publics (OCDE, 2025[14]).
Le tourisme peut contribuer à la modernisation des aménagements collectifs qui profitent à la fois aux résidents et aux visiteurs en favorisant l’investissement dans les infrastructures et les services, comme les transports publics, les routes et les soins de santé. De tels investissements peuvent offrir aux individus de meilleurs débouchés économiques, tout en améliorant aussi la sécurité, la productivité et la qualité des services (ONU Tourisme, 2023[13]). Le secteur peut également servir de catalyseur au développement des infrastructures dans les régions rurales et isolées, renforçant par là même la résilience à l’échelon local.
Au-delà de son empreinte économique, le tourisme peut contribuer à la réalisation d’objectifs sociétaux plus larges en améliorant le bien-être, en renforçant les liens et l’acceptation entre les peuples et les cultures, et en favorisant la diplomatie économique et la consolidation de la paix (OCDE, 2024[1]). Le tourisme peut en outre promouvoir le développement à l’échelon local et encourager la sauvegarde du patrimoine culturel et naturel. Ces objectifs occupent une place de plus en plus importante dans les stratégies touristiques et les plans de développement du tourisme. Dans des pays comme l’Australie et le Canada, les initiatives de tourisme autochtone offrent des solutions en faveur de la revitalisation culturelle et de la création d’opportunités dynamiques pour les autochtones. Il s’agit notamment d’apporter un soutien ciblé aux communautés rurales et autochtones, de planifier le tourisme de façon stratégique pour gérer les flux de visiteurs et de prendre des mesures visant à garantir que les recettes du tourisme sont réinvesties localement.
Différents défis restent à relever pour promouvoir une offre touristique équilibrée
Outre les divers avantages qu’il procure, le tourisme pose aussi un ensemble de défis socioéconomiques qui lui sont propres. Il peut en effet susciter des tensions si les attentes et les besoins des touristes et de la population locale divergent. Les destinations émergentes peuvent avoir du mal à attirer les touristes et les retombées socioéconomiques qui vont avec. Il importe de relever ces défis socioéconomiques pour promouvoir le développement du tourisme et créer des destinations attrayantes et agréables à vivre pour les résidents comme pour les touristes.
Une question de taille à régler consiste à s’assurer que les recettes et la valeur générées par le tourisme profitent aux entreprises et collectivités locales. La nature complexe du tourisme, qui se compose de multiples chaînes de valeur et sous-secteurs différents, fait que ce processus est exigeant. S’il est inévitable qu’une partie des recettes quitte les destinations touristiques où elles ont été générées, l’ampleur de cette fuite peut limiter les retombées positives du tourisme pour les populations locales, notamment sa contribution au développement économique et à l’investissement dans les infrastructures et les services. Ce phénomène peut être exacerbé si les recettes sont concentrées dans un petit nombre de grandes entreprises. Des questions se posent alors quant à la façon d’encourager l’approvisionnement local en biens et services et de favoriser la participation des petites et moyennes entreprises (PME) aux chaînes de valeur locales et mondiales du tourisme. Il existe toutefois peu d’analyses détaillées sur la fuite des recettes tirées du tourisme, ce qui fait que l’ampleur de ce problème est difficile à quantifier. Des travaux de l’OCDE ont montré qu’en moyenne, 89 % des dépenses touristiques des non-résidents se traduisent par une valeur ajoutée dans le pays, contre 11 % par une valeur ajoutée à l’étranger1 (OCDE, 2019[15]).
Les flux de visiteurs peuvent exercer une pression considérable sur les ressources naturelles comme l’eau et les terres, et accroître l’accumulation de déchets, la pollution et l’érosion des sols. Le Programme des Nations Unies pour l’environnement a souligné l’importance du développement d’un tourisme durable compte tenu de la consommation accrue de ressources essentielles par le secteur (Programme pour l’environnement de l’ONU, 2018[16]). Par exemple, les estimations du Centre commun de recherche de la Commission européenne indiquent qu’un touriste en Europe consomme environ deux fois plus d’eau par jour qu’un résident européen (Commission européenne, 2013[17]). Dans les zones naturelles, le surtourisme peut fragiliser les écosystèmes locaux et dégrader la qualité environnementale, endommageant durablement la biodiversité et entraînant la perte d’habitats intacts. La forte concentration spatiale et temporelle des activités touristiques peut exacerber ces effets, mettant à rude épreuve des sites culturels et naturels fragiles (OCDE, 2025[9]). À terme, une telle dégradation risque de limiter les atouts mêmes qui attirent les visiteurs, compromettant ainsi la durabilité et la compétitivité à long terme des destinations.
Dans certaines destinations, les visiteurs d’un jour posent un défi particulier. En effet, par rapport aux touristes qui passent la nuit sur place, les visiteurs de la journée dépensent habituellement moins par voyage et se concentrent généralement dans certaines destinations très prisées pendant de courtes périodes, ce qui accroît les tensions sans générer de retombées économiques proportionnelles. De même, sans une gestion efficace, le tourisme de croisière peut mettre à rude épreuve les destinations les plus fréquentées, de nombreux passagers étant débarqués au même moment, lors d’escales souvent visitées au pas de charge.
Les destinations émergentes qui cherchent à tirer parti du tourisme peuvent avoir du mal à se doter des infrastructures et des compétences adéquates. Les transports, les hébergements, les services collectifs et d’autres installations destinées aux visiteurs sont autant d’éléments importants pour attirer et accueillir les visiteurs. L’absence d’infrastructures robustes peut nuire à la qualité de l’expérience des visiteurs, réduire la compétitivité des destinations et peser sur les ressources existantes qui peuvent ne pas être équipées pour faire face à la demande (accrue).
Dans certaines destinations soumises à la pression du tourisme, les habitants sont de plus en plus réticents. Plusieurs destinations européennes en particulier ont été ces dernières années le théâtre de manifestations contre le tourisme, en particulier pendant les mois d’été. Dans certains cas, les résidents prennent des mesures non conventionnelles pour reprendre la maîtrise de leur cadre de vie. Par exemple, à Zandvoort, aux Pays-Bas, des habitants auraient signalé sur Google Maps de faux barrages routiers pour dissuader les touristes d’emprunter en voiture certaines rues de leur quartier aux périodes d’affluence, ce qui a incité l’application de navigation à rediriger les conducteurs (IamExpat Media, 2025[18]). À Hallstatt, en Autriche, des habitants ont bloqué le tunnel d’accès à la ville en 2023 face au grand nombre de visiteurs (NBC News, 2023[19]). À Nice, en France, un artiste de rue a installé une « tapette à touristes » géante pour dénoncer le tourisme de masse (Franceinfo, 2023[20]). Si ces actions sont l’expression de tensions grandissantes, elles peuvent aussi avoir des conséquences imprévues, comme déplacer simplement les embouteillages vers d’autres zones au lieu de remédier aux pressions sous-jacentes.
L’expansion de l’hébergement touristique de courte durée est une question très sensible dans certaines destinations. L’essor des plateformes de réservation d’hébergements en ligne et des locations de courte durée a été à l’origine, dans certaines destinations, d’une hausse de la demande de logements. Cela a parfois donné lieu à des situations où les résidents, y compris ceux qui travaillent dans le secteur du tourisme et les travailleurs saisonniers, avaient du mal à se loger à proximité pour un coût abordable (OCDE, 2024[2]). Ce phénomène se produit dans un contexte où les prix réels d’acquisition et de location des logements ont augmenté plus vite que l’inflation et les revenus ces dernières décennies, ce qui a pesé de façon disproportionnée sur les ménages les plus modestes et les plus jeunes (OCDE, 2022[21]). Dans le même temps, les locations de courte durée ont estompé dans les destinations la ligne de démarcation entre la sphère publique et touristique et la sphère résidentielle privée, ce qui a attisé les tensions dans la mesure où ces domaines se disputent des espaces et des ressources limités.
Encadré 3.1. Données sur les répercussions des locations touristiques de courte durée sur le logement – exemples choisis
Copier le lien de Encadré 3.1. Données sur les répercussions des locations touristiques de courte durée sur le logement – exemples choisisIrlande : Une étude réalisée par l’Institut de recherches économiques et sociales en Irlande à partir de données de 2023 fournies par InsideAirbnb, combinées à des données du recensement irlandais de 2016, a examiné la taille des marchés Airbnb par rapport au secteur locatif privé dans des localités du pays. Voici quelques-unes de ses principales conclusions :
Il existe une corrélation entre les annonces Airbnb actuelles et les locations de vacances précédemment enregistrées dans le recensement de 2016, tandis qu’il n’y a aucune corrélation entre l’augmentation de l’activité d’Airbnb et la baisse du nombre de nouveaux baux dans le secteur locatif privé à l’échelon local. On ne peut donc pas supposer qu’en l’absence d’Airbnb et d’autres plateformes de locations de courte durée, ces biens deviendraient disponibles sur le marché locatif privé.
Les problèmes rencontrés dans les zones urbaines, au vaste marché locatif, sont vraisemblablement différents de ceux qui se posent dans les villes côtières où ce marché est plus restreint.
Une comparaison simple des prix met en évidence l’attrait des locations de courte durée pour les propriétaires. En moyenne, il suffit de louer les biens situés sur le littoral entre 6 et 8 jours par mois pour égaler un loyer mensuel sur le marché locatif privé. À Dublin, cette durée est de 8 à 10 jours par mois (The Economic and Social Research Institute, 2025[22]).
Union européenne : Les travaux du Centre commun de recherche de la Commission européenne utilisent les données des communes pour examiner la corrélation entre certains facteurs territorialisés et les prix des logements dans l’UE. Voici quelques-unes de leurs principales conclusions :
Les facteurs associés à la hausse des prix des logements sont notamment la croissance des ménages, le revenu des ménages, la proximité du littoral, les restrictions de l’offre et une part plus élevée de locations de courte durée. La corrélation entre les locations de courte durée et les prix des logements est plus forte en ville qu’en zone rurale.
Les locations de courte durée représentent 1.2 % du parc immobilier total de l’UE. Les destinations touristiques côtières et rurales et des quartiers bien précis de certaines villes européennes peuvent afficher une part beaucoup plus élevée de locations de courte durée.
Pour chaque annonce de bien entier proposé à la location de courte durée, on comptait 15 logements inoccupés, c’est-à-dire des logements vacants et des logements utilisés occasionnellement ou de façon saisonnière. Environ 0.7 % de la population de l’UE vit dans des communes où les locations de courte durée représentent au moins 10 % des logements, tandis que près de 63 % de la population vit dans des communes où au moins 10 % des logements sont inoccupés.
La croissance des ménages a été plus rapide que celle de la population entre 2011 et 2021 en raison de la diminution de la taille des ménages : la population de l’UE a augmenté de 2.5 % dans les zones urbaines et diminué de 2 % dans les zones rurales, tandis que le nombre de ménages y a augmenté de 9.5 % et de 10 %, respectivement (Commission européenne, 2025[23] ; Commission européenne, 2025[24]).
Les données disponibles sur l’impact des locations touristiques de courte durée sur le marché du logement sont contrastées, et les connaissances demeurent lacunaires (Encadré 3.1). Si l’activité de location touristique de courte durée exacerbe vraisemblablement les tensions existantes, on ne connaît pas précisément son rôle dans les problèmes de logement observés dans les destinations. Les principales incertitudes sont les suivantes :
Établir un rapport de causalité : il est difficile d’établir un lien de cause à effet entre l’impact des locations de courte durée et l’accessibilité financière du logement pour les résidents. Les données du Centre commun de recherche de la Commission européenne indiquent une corrélation positive entre la part de locations de courte durée et le prix de vente communiqué des logements dans les communes de l’UE (Commission européenne, 2025[23]). Toutefois, même lorsqu’une corrélation est établie, diverses explications sont possibles. La demande accrue de locations de courte durée de la part des touristes pourrait faire monter les prix, ou bien les quartiers plus attrayants et plus chers pourraient attirer davantage de touristes.
Interchangeabilité de l’offre de logements : on ignore également dans quelle mesure les biens immobiliers sont interchangeables entre le secteur locatif privé de courte durée et de longue durée. Les données relatives à l’Irlande ne font apparaître aucune corrélation entre les nouveaux baux de location et l’activité d’Airbnb, mais plutôt une forte corrélation entre les annonces Airbnb actuelles et les locations de vacances précédemment enregistrées dans les zones non urbaines. Cela donne à penser que même sans des plateformes telles qu’Airbnb, de nombreux biens locatifs de courte durée ne se retrouveraient pas sur le marché locatif privé de longue durée (The Economic and Social Research Institute, 2025[22]). De ce fait, les restrictions sur les locations de courte durée ne viendraient pas forcément étoffer l’offre de logements pour les résidents.
Gérer les arbitrages à opérer pour optimiser les retombées du tourisme
Si le tourisme est un puissant moteur économique et social, il est important de trouver le juste équilibre. Le fait de dépendre de façon excessive du tourisme comme vecteur de développement économique et de création d’emplois peut nuire à la résilience et la durabilité économiques. Cela peut poser un problème particulier dans les destinations rurales, isolées et insulaires de petite taille, qui n’offrent que peu de possibilités alternatives de développement économique. Une économie locale diversifiée peut, en revanche, compléter les recettes du tourisme en période de fluctuations économiques, mais aussi permettre d’atténuer les effets de la saisonnalité et de la concentration géographique (OCDE, 2025[9]). De même, sous-exploiter le potentiel du tourisme peut entraîner un manque à gagner et une baisse des investissements dans les infrastructures et les services pour les populations locales.
Concrétiser les avantages socioéconomiques potentiels du tourisme implique de gérer les répercussions directes et indirectes au niveau des populations locales et tout au long de la chaîne de valeur du tourisme. Ces répercussions sont liées à la nature complexe et interconnectée du secteur et font qu’il est difficile d’améliorer les résultats pour les destinations, même lorsque les collectivités locales reconnaissent la contribution potentielle du secteur à la croissance et au développement économiques. Le défi consiste à trouver le moyen de gérer ces interactions complexes et de concilier les arbitrages à opérer afin d’optimiser les retombées socioéconomiques tout en réduisant au minimum les répercussions négatives et non souhaitées.
Les destinations doivent envisager plusieurs arbitrages à opérer eu égard au développement du tourisme, notamment :
Type de tourisme : promouvoir le tourisme de masse pour attirer des visiteurs en grand nombre ou cibler au contraire un tourisme de niche qui privilégie des expériences de meilleure qualité.
Saisonnalité : promouvoir le tourisme tout au long de l’année, ce qui peut atténuer la pression pendant les périodes d’affluence ou concentrer au contraire l’activité sur des périodes courtes de forte demande suivies de périodes moins tendues.
Répartition : concentrer le tourisme dans les zones les plus fréquentées, ce qui peut entraîner une surfréquentation, ou répartir au contraire le tourisme sur l’ensemble du territoire, ce qui permet de diffuser aussi bien les retombées que les pressions.
Capacités d’approvisionnement : développer les infrastructures touristiques (par exemple, hôtels et locations de courte durée) pour accompagner la croissance ou limiter au contraire leur développement pour rester dans des limites durables.
Stratégie de tarification : améliorer la qualité des produits en investissant dans la durabilité ou préserver au contraire la compétitivité des prix pour attirer des visiteurs ayant le souci de l’économie.
Gestion de la demande : investir dans le marketing pour attirer les visiteurs et promouvoir une culture de l’accueil ou adopter au contraire des mesures visant à limiter la croissance et à protéger la culture locale et l’environnement.
Gestion de l’opinion : promouvoir les avantages du tourisme pour améliorer la perception et l’image du tourisme aux yeux de la population ou mettre en œuvre au contraire des mesures restrictives pour freiner le développement du tourisme.
Bon nombre des retombées socioéconomiques du tourisme sont très localisées, et il importe de tenir compte du contexte pour les répartir de façon plus équilibrée. Un même nombre de visiteurs peut avoir des effets très différents selon leur comportement, le moment et le lieu où ils arrivent, la nature de la destination et de l’offre touristique, la disponibilité d’infrastructures locales de soutien, ainsi que les structures de gouvernance, les ressources et les capacités de gestion des destinations (OCDE, 2024[2]). Un afflux de visiteurs peut exercer des pressions importantes sur les environnements fragiles et les sites patrimoniaux s’il se concentre dans des zones étroitement limitées ou certaines saisons, tandis qu’un même nombre de visiteurs répartis de manière plus stratégique peut favoriser la résilience, la vitalité économique et le développement durable à l’échelon local.
Les centres urbains disposent vraisemblablement d’infrastructures et de ressources de meilleure qualité pour répondre aux besoins des visiteurs et tirer parti des avantages du tourisme, tandis que les zones rurales isolées risquent de manquer des capacités et des ressources nécessaires pour offrir des infrastructures de soutien adéquates et pour attirer et retenir les travailleurs. Les destinations classiques sont en effet plus susceptibles de tirer profit des infrastructures existantes et de la reconnaissance du marché, mais peuvent être aux prises avec différents problèmes tels que la surfréquentation, la gentrification et le déplacement social. Les destinations émergentes ont la possibilité de tirer des enseignements de l’expérience des destinations classiques, mais elles peuvent rencontrer des difficultés pour développer les infrastructures de base et l’accès aux marchés tout en conservant la main à l’échelon local sur les processus de développement. Les données régionales de l’UE sur le nombre de nuitées touristiques par habitant montrent que les destinations très fréquentées de la Méditerranée, comme la Croatie, l’Espagne et la Grèce affichent une intensité très différente en termes de tourisme régional (Graphique 3.1).
Graphique 3.1. L’intensité du tourisme varie considérablement entre les régions au sein des pays
Copier le lien de Graphique 3.1. L’intensité du tourisme varie considérablement entre les régions au sein des paysNombre moyen, maximum et minimum de nuitées touristiques en région par habitant dans les pays de l’UE, 2024 ou dernière année connue
Note : L’intensité touristique correspond au nombre de nuitées touristiques par nuitée par habitant. Intensité moyenne du tourisme au niveau national, et niveau d’intensité maximum et minimum du tourisme au niveau 3 de la NUTS en 2024 ou la dernière année connue. [L’UE suit également l’évolution de l’intensité touristique à l’aide du tableau de bord du tourisme de l’UE, qui fournit des indicateurs au niveau 2 de la NUTS pour la densité, l’intensité et la saisonnalité du tourisme.]
Source : Calculs de l’OCDE basés sur les séries de données d’Eurostat tour_occ_nin3 et demo_r_pjangrp3.
Les données par pays relatives aux effets du tourisme sur l’opinion des habitants sont contrastées. Des travaux menés au Danemark et au Royaume-Uni indiquent que les personnes qui vivent dans des zones plus touristiques sont plus susceptibles d’être fières de l’attractivité de leur lieu de vie que celles qui vivent dans des zones moins touristiques (VisitEngland, PublicFirst, 2025[25]), et qu’elles sont également plus susceptibles de déclarer que le tourisme a des conséquences plus positives que négatives (VisitDenmark, 2024[26]). À Copenhague, au Danemark, les données montrent que même dans les zones centrales les plus visitées, les habitants restent favorables à la promotion continue du tourisme dans leur ville. De même, en Autriche, les trois Länder où le nombre de nuitées touristiques est le plus élevé sont aussi les régions où la perception des touristes est la plus positive du pays (Statistics Austria, 2025[27] ; Statistics Austria, 2025[28]). Dans le même temps, des travaux de recherche de l’UE montrent que dans les localités perçues comme s’étant davantage tournées vers le tourisme, cette évolution ne semble pas avoir d’incidence majeure sur le sentiment général d’appartenance au quartier ni sur la cohésion sociale perçue (Commission européenne, 2025[29]). En Espagne, toutefois, les personnes qui vivent dans des destinations à très forte intensité touristique sont plus susceptibles de faire état de répercussions négatives du tourisme sur le plan personnel (Turespaña, 2025[30]). Ces corrélations méritent d’être étudiées plus avant afin de mettre en évidence de potentiels liens de cause à effet.
Encourager un tourisme favorisant la prospérité économique et sociale
Copier le lien de Encourager un tourisme favorisant la prospérité économique et socialeCréer des destinations agréables à vivre où le tourisme améliore le bien-être des populations locales suppose de s’attaquer aux asymétries traditionnelles de répartition de la valeur du tourisme aussi bien sur le plan géographique que dans le temps et entre les groupes sociaux, en s’appuyant sur des infrastructures et des services touristiques adéquats. Les politiques optimales varieront suivant les destinations et leurs problématiques spécifiques, mais des structures de gouvernance du tourisme solides et coordonnées seront essentielles, notamment pour recueillir l’avis des populations locales.
Renforcer les structures de planification et de gestion du tourisme à tous les niveaux
La solution aux problématiques liées au développement inégal du tourisme passe par un renforcement et une meilleure coordination des structures de gouvernance du tourisme, à tous les niveaux. L’OCDE préconise depuis longtemps l’adoption d’une perspective intersectorielle reliant le tourisme aux domaines connexes de l’action des pouvoirs publics qui ont une incidence sur le développement du tourisme ou en subissent les effets au niveau national et infranational. Cela suppose de mieux intégrer le tourisme dans les stratégies globales de développement économique et régional, mais aussi dans la planification des infrastructures, des transports et des services publics, pour offrir un meilleur accueil aux touristes et améliorer les retombées pour les populations locales et les entreprises tout au long de la chaîne de valeur du tourisme. Il faudra également renforcer le cadre d’action relatif au tourisme à tous les niveaux, en mettant à disposition les capacités et ressources nécessaires pour une planification et une gestion efficaces des destinations.
La promotion d’un développement plus équilibré du tourisme est un axe essentiel de nombreuses stratégies nationales en matière de tourisme, qui font aujourd’hui une plus large place aux retombées sociales du tourisme. Les objectifs prioritaires de ce point de vue sont d’orienter les touristes vers des destinations moins connues et de répartir les visites sur toute l’année. La stratégie fédérale du Canada pour la croissance du tourisme, Canada 365 : Accueillir le monde tous les jours, par exemple, promeut un tourisme durable et inclusif au moyen d’investissements en faveur du développement du tourisme autochtone et en régions rurales et éloignées, d’incitations aux voyages hors saison et d’une meilleure coordination entre partenaires fédéraux et régionaux.
Le but principal de la Stratégie nationale de Malte pour le tourisme 2021-2030 est de bâtir un secteur du tourisme plus fort, plus compétitif et plus durable d’ici 2030, en conciliant croissance économique, préservation de l’environnement et cohésion sociale. Aux Pays-Bas, les évolutions récentes de la stratégie nationale du tourisme Perspective 2030 témoignent de l’importance croissante accordée aux retombées sociales du tourisme, et plus particulièrement au rôle des résidents dans la définition des politiques du tourisme, l’une des questions essentielles étant de savoir comment leur permettre d’en tirer des avantages tangibles. Partant du constat que le tourisme est fondamentalement une activité humaine qui s’exerce en interaction avec les populations locales, la stratégie de l’Espagne en matière de tourisme s’est notamment donné pour objectif de favoriser une cohabitation équilibrée entre résidents et visiteurs dans les destinations.
Au Portugal, le développement équilibré constitue l’une des principales orientations de la nouvelle stratégie pour le tourisme 2035, dont le coup d’envoi sera donné en 2026. Cette dernière se concrétisera par des initiatives portant notamment sur la gestion inclusive des destinations, la gouvernance participative et les moyens d’attirer et de retenir les talents. Au niveau international, la Stratégie de l’UE en matière de tourisme durable, qui sera également mise en route en 2026, répondra aux défis de la viabilité sociale en favorisant un développement plus équilibré du tourisme à l’échelle des territoires et en toutes saisons.
Les pays multiplient les initiatives pour relier le tourisme aux secteurs d’action connexes des pouvoirs publics et améliorer ainsi les retombées sociales du tourisme. En Grèce, la région de la Macédoine occidentale prend des mesures pour rattacher et intégrer les initiatives touristiques aux programmes de modernisation des infrastructures, de renforcement de l’accessibilité et de soutien à l’entrepreneuriat local, afin d’améliorer l’expérience des visiteurs et le bien-être des populations locales. Reconnaissant l’importance des petites et moyennes entreprises (PME) pour le tourisme interne et l’emploi dans ce secteur, la Hongrie déploie des efforts pour coordonner la politique du tourisme et le développement des PME par des programmes de financement, des aides à l’investissement et une réduction de la charge administrative. En Lettonie, l’aménagement du territoire et l’urbanisme sont intégrés aux stratégies de développement des communes qui associent le tourisme à la préservation du patrimoine culturel, aux politiques de logement et aux améliorations de l’espace public.
Le tourisme peut servir de levier de développement lorsqu’il est intégré aux programmes de développement nationaux et régionaux, notamment pour enrayer le déclin démographique et en particulier l’exode des jeunes en quête de meilleurs débouchés professionnels (OCDE, 2025[9]). Cette mesure peut favoriser une économie touristique diversifiée et intégrée, ce qui se révèle particulièrement important dans les régions où les autres possibilités de développement économique sont limitées. En Égypte, la Stratégie nationale pour un tourisme durable à l’horizon 2030 est rattachée aux programmes d’infrastructures et plans de développement régionaux, les projets touristiques étant intégrés aux budgets des gouvernorats2 alloués au réseau routier et à sa modernisation, au traitement des déchets, à l’eau et à la rénovation urbaine pour mieux servir la collectivité. Au Royaume-Uni, des partenariats stratégiques pour l’économie touristique locale, soutenus à l’échelle nationale, permettent d’aligner le développement du tourisme sur les priorités de développement régional.
Les destinations élaborent également des plans de gestion et de développement du tourisme tenant compte de leurs spécificités. L’action locale, guidée par une vision nationale globale de l’avenir du tourisme, peut également contribuer à impulser une dynamique de changement et à concrétiser les avantages économiques et sociaux que le tourisme recèle. En Nouvelle-Zélande, les autorités centrales soutiennent la conception « sur mesure » de plans de gestion des destinations dans tous les organismes régionaux de tourisme. Elles ont notamment publié des Recommandations en matière de gestion des destinations qui apportent un cadre commun aux diverses parties prenantes chargées de l’élaboration des plans et de leur mise en œuvre au niveau local. Cette démarche permet aux régions de dialoguer avec les populations et les acteurs locaux et d’adapter leurs stratégies aux réalités locales.
Il est important, dans la gestion des retombées du tourisme, d’améliorer les structures de coordination entre niveaux d’administration pour harmoniser les initiatives nationales, régionales et locales. La compréhension des rôles et responsabilités des différents acteurs peut aider à améliorer la mise en œuvre des politiques et stratégies nationales au niveau régional ou local (OCDE, 2025[9]). En Irlande, une approche collaborative est adoptée pour aménager des infrastructures centrées sur le visiteur. Les « plans de développement de l’expérience des destinations » sont élaborés en consultation avec le secteur privé, les collectivités locales et les résidents pour assurer leur adéquation avec les priorités locales et leur appropriation par tous. Les plans sont gérés par l’agence nationale de développement du tourisme, Fáilte Ireland, et mis en œuvre en coopération avec un groupe de travail sur les destinations. En Italie, un comité permanent de coordination du tourisme composé de représentants de l’État et des régions a été mis en place pour améliorer la communication et la coordination, en intégrant les perspectives nationales et régionales dans la prise de décisions (OCDE, 2025[31]). En Nouvelle-Zélande, une table ronde des autorités avec le secteur des croisières a conduit à la mise en place en 2025 d’un « cadre de discussion entre les pouvoirs publics et le secteur des croisières » pour répondre aux difficultés rencontrées par ce dernier.
Globalement, ces mesures font évoluer les structures de gouvernance du tourisme et le rôle des responsables nationaux de l’élaboration des politiques du tourisme. Les pays font de plus en plus appel aux organismes de gestion des destinations (OGD) et aux collectivités locales pour appuyer et stimuler des initiatives destinées à améliorer les retombées sociales du tourisme au niveau local, les grandes orientations et priorités étant fixées au niveau national. D’où l’importance de clarifier les rôles et responsabilités des différentes parties prenantes et de renforcer les capacités des acteurs locaux et régionaux. En Estonie, les collectivités locales sont principalement mises à contribution par l’intermédiaire des organismes de gestion des destinations qui assurent, en collaboration avec les autres acteurs du secteur du tourisme, la planification, la coordination et la mise en œuvre des activités de développement et de promotion des destinations. Le Conseil national du tourisme, présidé par le ministre du Tourisme, est une instance inter-administrations qui permet aux organismes de gestion des destinations de faire remonter les problématiques locales et aux autorités d’adapter les politiques rapidement si nécessaire.
Les stratégies et plans en faveur du tourisme sont de plus en plus élaborés et mis en œuvre dans le cadre d’approches participatives. En donnant aux populations locales la possibilité de faire entendre leur point de vue dans le cadre d’un dialogue soutenu entre les pouvoirs publics, le secteur privé et les organisations de la société civile sur la création de destinations agréables à vivre, on peut favoriser des retombées plus équilibrées et par conséquent, une meilleure acceptation du tourisme (OCDE, 2024[2] ; OCDE, 2024[32]). Les retombées sociales du tourisme étant très spécifiques aux lieux, cette question est généralement considérée comme une attribution des autorités locales chargées du tourisme plutôt que des responsables nationaux (Encadré 3.2). Par « acteurs locaux », on entend habituellement les résidents, les entreprises, le secteur associatif et les collectivités locales.
Encadré 3.2. Approches participatives en matière d’élaboration de stratégies pour le tourisme – exemples nationaux
Copier le lien de Encadré 3.2. Approches participatives en matière d’élaboration de stratégies pour le tourisme – exemples nationauxCosta Rica : Le Programme intégré de gestion des destinations touristiques vise à renforcer les centres de développement du tourisme en encourageant la coopération entre les acteurs locaux, dont les chambres du tourisme, les associations de développement, les municipalités et les entrepreneurs. Élaboré dans le cadre d’une collaboration interservices et interministérielle, le programme soutient la définition à l’échelon local d’objectifs et de stratégies en matière de tourisme durable, recense les principaux facteurs de réussite et facilite le développement de projets d’investissement stratégique. Les autorités nationales en assurent le suivi régulier, et sa mise en œuvre est pilotée par les partenaires locaux.
Colombie : Dans certaines destinations naissantes, les collectivités locales, les entreprises et le monde associatif se réunissent pour élaborer des mécanismes et des solutions adaptés à leur contexte social et environnemental. Ce dialogue permanent dans le secteur enrichit les actions visant à renforcer les processus participatifs. Les dispositifs efficaces privilégient les initiatives fondées sur le dialogue et le soutien continu, l’administration nationale assurant une supervision et un appui, en coordination avec les agences de coopération internationale.
Italie : Le Dolomiti Paganella Future Lab a associé la population locale de Paganella à une discussion collective et intergénérationnelle pour définir les axes de développement du territoire et éviter toute dénaturation des lieux par le surtourisme.
Irlande : Le secteur privé, les collectivités locales et les habitants sont consultés lors de l’élaboration des plans de développement de l’expérience des destinations pour veiller à leur adéquation avec les priorités locales et favoriser leur appropriation par tous. Au sein des collectivités locales, des responsables du tourisme prennent en charge la planification stratégique, le dialogue avec les parties prenantes et la mise en œuvre des initiatives touristiques locales.
Suisse : Le système de démocratie directe permet aux collectivités locales de proposer des règlements spécifiques sur le tourisme et d’autres secteurs d’action des pouvoirs publics, et de les soumettre au vote. Environ quatre fois par an, l’électorat suisse est appelé à se prononcer sur des questions spécifiques lors d’élections dont le taux de participation avoisine les 40 % en moyenne. Les citoyennes et citoyens peuvent également proposer eux-mêmes des votations sur des sujets particuliers (Presence Switzerland, 2023[33]).
Des obstacles à la participation des populations locales persistent. La participation des acteurs locaux et des populations locales à la prise de décisions nécessite de déployer des ressources et des efforts suffisants pour maintenir l’engagement à long terme. Des décisions et initiatives importantes des pouvoirs publics peuvent être mal accueillies par les résidents, surtout si elles impliquent de sacrifier l’efficience économique à court terme au profit de la viabilité sociale à long terme. Les résidents peuvent également montrer peu d’empressement à participer, ou manquer de temps pour le faire. Dans un sondage récent mené au Danemark, par exemple, 19 % seulement des personnes interrogées ont indiqué qu’elles souhaiteraient être associées davantage aux décisions relatives au tourisme dans leur région. Celles qui souhaitaient le plus être impliquées étaient pour une bonne part celles qui considéraient que le tourisme était source de problèmes tout au long de l’année ou à certains moments de l’année (VisitDenmark, 2024[26]). Un soutien permanent doit être apporté au renforcement des capacités et aux structures de gouvernance participatives pour faire en sorte que les avis de la population locale soient intégrés à la planification du tourisme.
La volonté d’équilibrer les flux touristiques suscite un regain d’intérêt pour la notion de capacité d’accueil des destinations, en particulier là où la pression touristique est forte. Bien qu’il n’y ait pas d’approche ou de méthodologie consacrées pour déterminer la capacité d’accueil des destinations touristiques, les initiatives en ce sens peuvent aider à mieux cerner et prévoir les capacités des destinations, à définir les seuils critiques et à rechercher une solution viable à long terme en mettant en balance tous les éléments. Il est important de noter que la capacité d’accueil ne se résume pas à un chiffre, mais apporte au contraire un cadre pour assurer un développement plus équilibré du tourisme. La capacité d’accueil d’une destination s’étend donc au-delà de ses structures physiques et englobe les réseaux de transports, les services publics et les atouts environnementaux qui, pris ensemble, définissent la qualité de vie dans ce lieu. La loi sur le tourisme de la Croatie impose à tous les comités du tourisme de déterminer la capacité d’accueil de leur destination et d’élaborer des plans de gestion des destinations spécialement adaptés. Le but est d’aider les collectivités locales à trouver un équilibre entre les avantages économiques du tourisme, la protection de l’environnement et le bien-être des populations. En Finlande, la ville d’Helsinki a mesuré sa capacité d’accueil sociale et environnementale et en a conclu qu’elle ne subissait pas de pression du tourisme (Helsingin kaupunki [Ville de Helsinki], 2024[34]).
Gérer les flux de visiteurs pour équilibrer les retombées du tourisme
L’amélioration de la gestion des flux touristiques est un axe essentiel de bon nombre de stratégies nationales du tourisme et plans nationaux de gestion des destinations. Les mesures ciblées visent à tirer parti des avantages du tourisme, à atténuer les pressions qui s’exercent sur certains hauts lieux touristiques et à améliorer les conditions de vie des résidents ainsi que l’expérience des visiteurs. Elles englobent la gestion de la demande et des flux de visiteurs dans les destinations, la diversification de l’économie touristique, la promotion d’un développement adéquat du tourisme dans les destinations nouvelles ou naissantes et le recours à la réglementation pour limiter les activités touristiques.
Les pays et destinations veillent de plus en plus à diversifier l’économie touristique. Une destination qui propose des expériences sur mesure en misant sur ses atouts et ce qui fait son identité propre peut se démarquer de la concurrence et répondre à l’évolution de la demande et des comportements des voyageurs (OCDE, 2025[9]). De nombreuses destinations présentent un fort potentiel touristique lié à leur patrimoine, leur gastronomie, leurs paysages et leur offre de loisirs de plein air, les touristes étant en quête croissante d’interactions authentiques, de voyages lents et d’options à plus faible impact. Les pays envisagent différentes niches touristiques comme le tourisme culturel, éducatif, de santé et de bien-être, le tourisme lent et l’agritourisme, ainsi que les réunions, voyages de motivation, conférences et expositions et les événements sportifs et culturels.
De nombreux pays prennent des mesures au niveau national pour améliorer la répartition géographique et temporelle des touristes. Leurs initiatives visent notamment à attirer les touristes en dehors des périodes très fréquentées et à les orienter vers des destinations nouvelles et naissantes. Par exemple, le programme stratégique de corridors touristiques de Destination Canada fait la promotion de régions moins connues en créant des itinéraires touristiques interconnectés qui mettent en avant les attraits locaux, les expériences culturelles et le patrimoine naturel, tout en favorisant le développement d’infrastructures pour l’accès à des régions éloignées ou moins développées (Encadré 3.3).
En Grèce, le programme « Tourisme pour tous » apporte aux résidents grecs qui remplissent les conditions requises des aides financières sous la forme de chèques-voyage numériques, pour financer le coût de l’hébergement. Le but est d’encourager le tourisme interne hors saison, de promouvoir des destinations moins connues et de renforcer les économies locales tout en contribuant à l’inclusion sociale et en soutenant un tourisme interne accessible et abordable. Le programme Travel Better de la Suisse incite les touristes à voyager en basse saison, à découvrir des destinations moins connues et à prolonger leur séjour pour alléger les pressions et mieux répartir les bénéfices du tourisme. Ses campagnes mettent l’accent sur les spécialités régionales, les événements culturels et les activités de plein air comme la randonnée et le vélo dans des régions moins fréquentées. L’Égypte a quant à elle adapté ses programmes de promotion et dispositifs incitatifs pour favoriser un tourisme à l’année et redistribuer les flux touristiques vers des destinations rurales moins fréquentées.
Encadré 3.3. Programme stratégique de corridors touristiques au Canada
Copier le lien de Encadré 3.3. Programme stratégique de corridors touristiques au CanadaPour gérer la demande touristique et alléger les pressions sur les destinations très fréquentées, Destination Canada a mis en place le programme stratégique de corridors touristiques. Ce dernier est conçu pour encourager les voyages vers des régions moins connues grâce à des itinéraires touristiques interconnectés qui mettent en avant les attraits locaux, les expériences culturelles et le patrimoine naturel. En favorisant la collaboration régionale entre municipalités, communautés autochtones et opérateurs touristiques, cette approche contribue à créer une cohésion entre des réseaux de destinations capables d’offrir aux visiteurs des modes d’hébergement plus durables.
Les stratégies de corridors soutiennent également le développement des infrastructures comme les liaisons de transport, la signalétique et les structures d’accueil des visiteurs, qui sont essentielles pour permettre l’accès à des régions éloignées ou moins développées. Elles visent surtout à diversifier les flux touristiques, à réduire les pressions environnementales et sociales qui s’exercent sur les destinations prisées comme Banff, les chutes du Niagara et Vancouver, tout en stimulant l’activité économique dans les régions moins fréquentées. Cette démarche assure une répartition plus équilibrée des bénéfices du tourisme tout en favorisant la résilience des communautés et la préservation de leur culture. En intégrant la planification de corridors aux stratégies globales en matière de tourisme et de développement régional, le Canada entend promouvoir une croissance du tourisme en phase avec les objectifs de durabilité et d’équité et les visées économiques à long terme.
Destination Canada s’occupe de la planification stratégique et de l’analyse de données et aide à attirer des investissements pour que le développement des corridors cadre avec les priorités locales et les objectifs nationaux relatifs au tourisme. Ce modèle encourage une planification intégrée dans les domaines des transports, des infrastructures et de l’occupation des sols, pour aider les collectivités à gérer les flux de visiteurs et à renforcer leurs capacités de croissance à long terme. Le programme stratégique de corridors touristiques donne également aux entreprises la possibilité de travailler en collaboration avec les pouvoirs publics et les communautés locales.
Des initiatives similaires sont également en cours dans les destinations où les effets du tourisme se font le plus sentir. À Dubrovnik (Croatie), par exemple, une limite maximale de deux navires de croisière en escale simultanée permet de gérer les flux touristiques dans le cadre de l’initiative « Respect de la ville » (Encadré 3.4). Pour éviter de concentrer les visiteurs dans les lieux les plus fréquentés, les îles Féroé (Danemark) ont mis en place un système de location de voitures autoguidées proposant des circuits vers l’inconnu sur l’archipel. En choisissant l’itinéraire à leur place, l’initiative encourage les visiteurs à découvrir de nouveaux paysages en dehors des quelques cascades et sentiers emblématiques (BBC, 2025[35]). À Berlin (Allemagne), les douze arrondissements de la ville sont associés au travail de développement du marché touristique qui porte sur des questions allant des échanges stratégiques à l’inclusion dans les activités de promotion, pour exploiter tout le potentiel des arrondissements et leurs attraits spécifiques. En Pologne, plusieurs collectivités locales ont adopté des politiques de stationnement dans les régions soumises à une forte pression touristique, notamment les villes touristiques et stations thermales comme Wrocław et Toruń. Par ailleurs, les stratégies de transport prévoient des zones de stationnement résidentiel, des parkings relais et des aires de stationnement de courte durée pour les autocars dans les lieux les plus touristiques pour alléger les pressions liées au tourisme.
Encadré 3.4. Initiative « Respect de la ville » à Dubrovnik, Croatie
Copier le lien de Encadré 3.4. Initiative « Respect de la ville » à Dubrovnik, CroatieDans le cadre de l’initiative « Respect de la ville », Dubrovnik a mis en place des mesures comme la limitation temporaire du nombre de touristes sur les principaux sites, s’inscrivant dans une démarche plus vaste destinée à gérer les flux de visiteurs et à préserver la qualité de vie des résidents. Ces mesures sont intégrées à la Stratégie « Ville intelligente » de Dubrovnik, ce qui témoigne d’une approche globale de la gestion durable de la ville et du tourisme.
En 2017, Dubrovnik s’est trouvée confrontée à d’importants problèmes liés au développement incontrôlé du tourisme. Le centre-ville historique attirait des millions de touristes chaque année, dont de nombreux croisiéristes, ce qui a entraîné une surfréquentation, avec toutes les répercussions négatives que cela comporte pour la population locale comme pour l’expérience des visiteurs. En réponse à ces difficultés, la ville a lancé l’initiative « Respect de la ville » pour promouvoir le tourisme durable et améliorer la qualité de vie des résidents et des visiteurs. Les principales solutions mises en œuvre ont été les suivantes :
Gestion des navires de croisière : la ville a travaillé en partenariat avec l’Association internationale des compagnies de croisière pour réorganiser le calendrier des escales et échelonner les heures d’arrivée et de départ des navires, en fixant une limite maximale de deux navires de croisière en escale simultanée pour réduire l’impact sur les résidents et améliorer les flux touristiques.
Adaptation des infrastructures : le nombre de stands de souvenirs a été réduit de 80 % et le nombre de couverts dans les restaurants de 30 %. La première zone de trafic spécial de Croatie entourant le cœur du site du patrimoine mondial de l’Unesco, associée au système de parking relais de Pobrežje, permet de décongestionner la circulation et de promouvoir une mobilité durable.
Outils de la stratégie « ville intelligente » : le pass Dubrovnik, la comptabilisation du nombre de visiteurs, les prévisions de fréquentation et un outil de planification des services de bus (Bus Webshop) permettent de protéger le patrimoine, de financer les institutions culturelles et de disperser et gérer les flux de visiteurs.
Les mesures destinées à répartir géographiquement les touristes doivent être gérées avec soin pour assurer la préparation des régions moins fréquentées, qui doivent disposer de capacités et d’infrastructures d’accueil suffisantes pour faire face à l’augmentation du nombre de visiteurs. Sans préparation adéquate, la dispersion des flux de visiteurs risque d’étendre ou de déplacer vers d’autres régions les difficultés liées à un tourisme déséquilibré, voire d’enfermer ces régions dans de gros volumes d’activités à faible valeur ajoutée. Cet écueil peut être évité en les dotant des infrastructures matérielles nécessaires comme les liaisons de transports et les services communaux, ainsi que des capacités et compétences requises pour concevoir et assurer des services et expériences touristiques de qualité (OCDE, 2025[9]). Dans certaines destinations naissantes en Colombie, les collectivités locales, les entreprises et le monde associatif travaillent en coopération pour mettre en place des mécanismes et des solutions adaptés à leur contexte social et environnemental, en privilégiant les initiatives axées sur le dialogue et le soutien continu. L’administration centrale assure une supervision et un appui, en coordination avec les agences de coopération internationale.
Les mesures de gestion de la demande sont de plus en plus axées sur la définition de seuils et de limites critiques permettant de gérer les flux de visiteurs. Des restrictions ciblées et guidées par les données, associées à une communication transparente sur les autres modes de déplacement et itinéraires possibles, peuvent préserver la qualité de vie des résidents sans nuire à l’expérience des visiteurs. Les mesures les plus courantes sont les systèmes de pré-réservation pour l’accès à certains sites, comme ceux qui ont été mis en place dans les Calanques en France, au mont Fuji au Japon, au parc Güell de Barcelone (Espagne) et au Glacier National Park dans le Montana (États-Unis). Certaines destinations étendent également les horaires d’ouverture des musées, des sites du patrimoine et des parcs pour lisser les flux de visiteurs. La Türkiye a par exemple mis en place une initiative proposant des visites nocturnes des musées pour réduire la concentration spatiale dans certains lieux et élargir l’accès aux expériences culturelles.
Il n’existe pas de solution universelle en la matière et il peut parfois être souhaitable de concentrer l’activité touristique à certains endroits, lorsque les infrastructures adéquates sont mises à disposition, pour éviter que les conséquences négatives ne rejaillissent sur les populations locales. Cette approche est suivie par la ville de Bruges (Belgique), qui depuis les années 1980 concentre le tourisme dans une zone restreinte de 4.4 km2 au sein de la ville (Commission européenne, 2024[36]). Le Mexique a adopté depuis longtemps un modèle de planification et de développement intégrés du tourisme, faisant reposer l’économie touristique sur les destinations touristiques dont la planification a été assurée, comme Cancún. Ces dernières années, le pays a entrepris de mettre à profit cette expertise en élaborant de nouveaux modèles de développement touristique à ancrage local. En Espagne, la ville de Benidorm a été spécialement conçue pour accueillir de grands nombres de visiteurs. Ses infrastructures permettent d’héberger les touristes sans déplacer les résidents, ce qui lui a valu l’obtention en 2025 du titre de « pionnière verte européenne du tourisme intelligent » de l’UE. Cela dit, cette approche peut également limiter la diffusion des retombées positives et la capacité des communautés d’accueil à tirer parti de la valeur économique générée par le tourisme.
Les mesures destinées à gérer les flux de visiteurs et à équilibrer les retombées du tourisme doivent être conçues avec soin pour éviter les conséquences indésirables. Dans certaines destinations qui dépendent du tourisme, le tourisme en haute saison peut être accepté lorsque les populations locales savent qu’elles peuvent gagner suffisamment pour vivre et retrouver leur cadre de vie habituel en dehors des périodes très fréquentées. Cela dit, si elle est mal gérée, cette approche peut aggraver les effets négatifs du tourisme en haute saison, comme les embouteillages, la hausse des prix et la détérioration des conditions de vie des résidents. À l’inverse, l’étalement des voyages sur toute l’année peut assurer le maintien des services, stabiliser les emplois et réduire le risque de surfréquentation en haute saison, l’éventualité à craindre avec cette solution étant de voir les tensions environnementales et sociales gagner également des périodes jusqu’alors épargnées. De même, si la limitation des flux de visiteurs peut atténuer les pressions sur les infrastructures, elle peut aussi avoir des conséquences économiques comme une régression des offres d’emploi. Enfin, le nomadisme numérique et le travail à distance font naître de nouveaux profils de visiteurs semi-permanents qui nécessitent de repenser le logement, les infrastructures numériques et les stratégies d’intégration au sein de la communauté.
Les outils numériques, dont l’intelligence artificielle (IA), peuvent jouer un rôle important dans la gestion des flux touristiques. Les applications mobiles donnant des informations en temps réel sur les niveaux de fréquentation et les files d’attente peuvent faciliter la réorientation des visiteurs vers les sites moins fréquentés tandis que les incitations ciblées peuvent encourager les hôtes à explorer une grande diversité de lieux, notamment ceux qui sont moins bien dotés financièrement ou moins connus. En gérant efficacement les flux de touristes par l’analyse prédictive et les recommandations personnalisées, l’IA peut contribuer à réduire la surfréquentation des sites prisés, ainsi que les pressions environnementales. Cela dit, s’ils ne sont pas bien gérés, ces systèmes de recommandation par IA risquent d’aggraver les problèmes liés à la surfréquentation des destinations appréciées du public (OCDE, 2024[37]). On manque encore d’exemples concrets d’utilisation d’outils d’IA pour gérer les flux touristiques en amont. Certains sont en cours d’étude.
Développer des infrastructures et des services à l’appui des flux touristiques
Le tourisme dépend des infrastructures et des services disponibles dans les destinations. La mise en place des infrastructures et services de tourisme, dont l’hébergement, la restauration, les loisirs et les sites touristiques, est en grande partie assurée par le secteur privé, qui est soumis aux règles et directives locales. Le secteur s’appuie également dans une large mesure sur les infrastructures et services publics. Ces derniers incluent les infrastructures de réseau comme le transport et l’eau, les déchets, l’énergie et les communications, le maintien de l’ordre public et les services de santé, ainsi que les infrastructures qui rendent les ressources naturelles et culturelles et les autres biens publics accessibles aux visiteurs (par exemple pistes cyclables, maisons d’accueil). L’existence d’infrastructures d’appui et de relais comme les réseaux de communication numérique et les systèmes informatiques est également déterminante pour assurer des services touristiques de qualité.
Par conséquent, le développement et les retombées du tourisme sont étroitement liés aux infrastructures, ressources et services publics, et plus largement au contexte général et à l’environnement réglementaire dans lequel les entreprises du tourisme exercent leurs activités. Une collaboration effective entre les pouvoirs publics et le secteur privé est donc essentielle pour faire en sorte que les infrastructures de tourisme comme les infrastructures générales puissent accueillir les flux de visiteurs tout en répondant aux besoins des résidents. Le tourisme peut être une source de recettes pour les collectivités locales et l’État, sous la forme de taxes, de redevances et d’autres droits qui peuvent financer le maintien et l’amélioration des infrastructures et des services au profit de tous.
Les décisions relatives au développement du tourisme doivent être mieux intégrées à la planification et à l’offre d’infrastructures et de services publics, et tenir compte de leurs incidences sur ces dernières, pour soulager les tensions sur les infrastructures dans les destinations sous pression et mettre en place les infrastructures nécessaires dans les destinations nouvelles et naissantes. C’est là que peut se poser aux destinations le dilemme de savoir s’il faut étendre les infrastructures ou limiter leur développement. Les deux options ont leurs avantages et inconvénients. L’extension des infrastructures touristiques peut stimuler l’économie locale, créer de l’emploi et permettre d’accueillir plus de monde, ce qui apporte des avantages économiques immédiats et favorise la croissance dans des secteurs comme l’hôtellerie et le commerce de détail. Cela dit, un développement anarchique risque de soumettre les ressources locales, les services collectifs et l’environnement à des pressions excessives, pouvant entraîner des embouteillages, une hausse du coût de la vie et une diminution de la qualité de vie des résidents. Un excès d’offre peut également conduire à une sous-utilisation des capacités. Les restrictions au développement peuvent contribuer à protéger le bien-être des populations locales et à préserver l’environnement et le patrimoine culturel, mais peuvent aggraver les tensions sur les infrastructures existantes, limiter les débouchés économiques et réduire la compétitivité si la demande dépasse les capacités.
Le plan d’aménagement des infrastructures et de gestion du tourisme dans les zones protégées du Chili pour 2024-2028 prévoit des investissements publics à court et moyen terme dans des projets d’infrastructures concernant 18 zones protégées de 9 régions, ainsi que la mise en place d’équipements sanitaires durables dans 52 zones protégées du pays. Il entend faire en sorte que les infrastructures puissent soutenir le développement économique local tout en préservant le patrimoine naturel et culturel des territoires. Pour atténuer les disparités régionales, la Slovaquie appuie le développement touristique des régions peu fréquentées et des régions rurales au moyen d’investissements dans les infrastructures et de programmes de subventions ciblés. Le financement est axé sur le développement de produits de tourisme culturel, de tourisme de nature et de tourisme de bien-être pour inciter les visiteurs à voyager hors saison et à sortir des destinations habituelles.
En Lettonie, la coopération entre le ministère des Transports et le ministère de l’Économie chargé du tourisme a amélioré l’accessibilité des régions par des investissements dans le rail et les pistes cyclables, comme l’initiative « chemins de fer verts » qui soutient à la fois le tourisme, la mobilité durable et le développement régional. En amont de la Coupe du monde de football de 2026, les États-Unis ont donné la priorité au transport et aux infrastructures pour assurer des déplacements fluides vers et dans le pays. En réponse aux besoins spécifiques des personnes en situation de handicap, y compris des touristes, le programme Accessible Australia finance la construction de toilettes accessibles, la mise en place d’équipements nomades pour rendre les plages et les parcs nationaux accueillants pour tous et l’aménagement d’aires de jeux fixes inclusives dans les espaces publics, pour les résidents comme les visiteurs. Les pays soulignent également la nécessité de disposer de données sur la consommation en eau et la production de déchets liées au tourisme, par exemple, pour favoriser la gestion du tourisme et mieux comprendre ses effets sur les infrastructures.
Le partage d’informations et l’amélioration de la compréhension des flux, des besoins et des comportements des visiteurs peuvent aider à mettre en place des infrastructures et des services bien gérés répondant aux besoins des résidents et des touristes. La forte saisonnalité de l’activité touristique pose des difficultés particulières en matière de planification des infrastructures, car il faut adapter les capacités des équipements et services aux périodes de fréquentation élevée sans qu’il en résulte une sous-utilisation aux périodes creuses. Des investissements stratégiques dans des infrastructures adaptables et modulables comme les systèmes de transport et les équipements publics peuvent contribuer à alléger les pressions tout au long de l’année.
Le financement d’infrastructures et de services adéquats est un défi, surtout dans un contexte de restrictions budgétaires et dans les régions rurales et éloignées. En Tchéquie, le ministère du Développement régional a mis en place un programme national de subventions axé sur la revitalisation du tourisme par le soutien aux infrastructures touristiques, qui sert à financer des infrastructures locales, dont des sentiers, des aires de repos, une signalétique et de petits équipements pour les visiteurs, dans le but d’améliorer l’accès aux destinations périphériques ou rurales et d’étendre la saison touristique. Israël a engagé l’initiative 2024-2025 relative aux procédures de budgétisation de l’accessibilité des sites touristiques, qui prévoit une enveloppe de 20 millions ILS pour ouvrir les sites à un plus large public en améliorant les voies d’accès, la signalétique et les équipements. En Écosse (Royaume-Uni), le fonds pour les infrastructures de tourisme rural soutient financièrement la modernisation des infrastructures locales et l’atténuation des retombées négatives du tourisme pour les populations locales dans les régions rurales confrontées à une augmentation de la pression touristique. Les financements visent à améliorer la gestion des visiteurs en développant des infrastructures comme les solutions de transport à faible émission de carbone, les voies à usages multiples, les sanitaires et équipements pour camping-cars, ainsi que la signalétique d’information des visiteurs (Visit Scotland, 2025[38]).
Une attention accrue est portée à la contribution des touristes et du secteur du tourisme au financement des infrastructures et services utilisés par les touristes. Dans de nombreux pays, des « taxes touristiques » ont été mises en place ou sont envisagées, parfois à l’échelon national, mais bien plus souvent par les destinations elles-mêmes, dans le but de compléter les recettes fiscales provenant du tourisme, par exemple de la TVA, et de compenser en partie les coûts « cachés » du tourisme pour les collectivités locales et l’environnement, dans une démarche comparable au principe du « pollueur-payeur » (OCDE, 1975[39]). En Nouvelle-Zélande, les visiteurs internationaux apportent une contribution directe par l’intermédiaire d’une taxe de conservation et de tourisme (International Visitor Conservation and Tourism Levy) qui finance notamment les activités de conservation, les infrastructures destinées aux visiteurs et d’autres initiatives touristiques. En Norvège, une loi nationale autorise les communes soumises à une forte pression touristique à instaurer une taxe de séjour locale de 3 % maximum sur les hébergements commerciaux, dont les hôtels et gîtes, pouvant être étendue aux passagers des navires de croisière. Il convient de noter que les taxes touristiques ne sont pas une solution adaptée à toutes les situations. Au Danemark, un projet de taxe sur les nuitées a été rejeté au Parlement, le principal argument invoqué par ses opposants étant le coût administratif élevé de la gestion de la collecte de la taxe et de l’affectation des recettes correspondantes.
Dans la plupart des cas, les taxes visent à générer des recettes pour mettre en place les infrastructures et services d’appui au tourisme. L’affectation des recettes tirées des taxes touristiques à l’aménagement des infrastructures et autres équipements nécessaires pour répondre aux enjeux propres au secteur pourrait contribuer à ce que ces taxes soient accueillies plus favorablement par les visiteurs, les entreprises du tourisme et les populations locales. De même, une communication transparente sur les améliorations tangibles ainsi financées, comme la modernisation des infrastructures, la protection de l’environnement et la préservation de la culture, peut renforcer la légitimité et l’acceptation des taxes touristiques. Cela dit, les avantages de l’affectation des recettes à ces usages spécifiques doivent être mis en balance avec ses inconvénients potentiels, notamment une limitation de la souplesse budgétaire (OCDE, 2023[40]).
Dans certains cas, les taxes visent également à modifier les comportements des touristes. En Hongrie, par exemple, la taxe de séjour sur les locations de courte durée a été multipliée par quatre à Budapest pour remédier aux problèmes de logement, mais demeure inchangée dans le reste du pays. Cette mesure vient compléter un moratoire de deux ans sur l’octroi de nouvelles autorisations d’exploitation d’hébergements de courte durée, mis en place de janvier 2025 à décembre 2026. Les investissements dans de nouveaux hôtels se poursuivent et sont soutenus par des programmes de développement, plusieurs établissements de grande capacité ayant ouvert à Budapest en 2025. Cela dit, il n’existe pas encore de preuves suffisantes de l’efficacité des taxes touristiques comme moyen de faire évoluer les comportements et de limiter le nombre de visiteurs. Certains éléments donnent à penser que les effets des taxes touristiques sur la demande restent plutôt marginaux et qu’il est difficile de les isoler des autres facteurs en jeu (Group NAO, 2020[41]). De même, il apparaît que l’introduction d’une taxe touristique à Manchester (Royaume-Uni) n’a pas eu d’incidence significative sur les résultats du secteur hôtelier (Anguera-Torrell, Aznar-Alarcón et Boto-García, 2025[42]).
Promouvoir des modèles économiques et des pratiques commerciales qui permettent de conserver la valeur du tourisme au niveau local
Le secteur privé peut contribuer pour beaucoup à optimiser les avantages socioéconomiques du tourisme et à aligner les pratiques commerciales sur les objectifs généraux de durabilité. Les modèles existants de développement du tourisme entraînent souvent une répartition inégale des retombées du tourisme entre les touristes, les entreprises, les destinations et les populations locales, ce qui pousse de plus en plus de pays à prendre des mesures pour développer les entreprises et les chaînes de valeur locales du tourisme. Le secteur privé exerce par ailleurs une influence prépondérante sur l’offre de bonnes conditions de travail et de possibilités de perfectionnement professionnel dans le secteur du tourisme.
Les PME sont des acteurs essentiels, car elles constituent la forme d’entreprise prédominante et la principale source d’emplois dans le secteur du tourisme, et permettent aux populations locales de bénéficier des retombées économiques du tourisme. Cela dit, ces entités rencontrent également des difficultés particulières – notamment une activité économique moins diversifiée et une structure financière moins solide que les grandes entreprises (OCDE, 2023[43]) –, auxquelles s’ajoutent les problématiques spécifiques aux PME du tourisme, comme des conditions de crédit plus strictes (OCDE, 2017[44]). Bien que les outils numériques puissent aider les PME à rationaliser leurs opérations et à améliorer leurs relations avec les consommateurs et l’expérience client, ils requièrent également de nouvelles compétences pour exécuter de nouvelles tâches souvent hors de portée, parmi lesquelles la gestion des données et la mise en place d’une communication numérique efficace (OCDE, 2025[45]).
Les politiques qui soutiennent la création de capacités, facilitent l’accès aux financements et accompagnent la transformation numérique peuvent renforcer le rôle des PME dans les écosystèmes du tourisme et améliorer la compétitivité du secteur. Des instruments comme des aides de faible montant et un soutien pour l’obtention de financements, l’adoption d’outils numériques, l’innovation et l’entrée sur certains marchés sont utilisés pour aider les entrepreneurs locaux à exploiter des maisons d’hôtes, des services de guide touristique et des entreprises dans le secteur de l’artisanat ou de la restauration tout en renforçant les capacités locales et en permettant à la population locale de retirer un avantage économique du tourisme. Au Canada, la politique fédérale soutient l’adoption d’outils et de technologies numériques par les entreprises du secteur du tourisme. Les programmes sont mis en œuvre par les agences de développement régional et le gouvernement fédéral et visent à développer les capacités numériques des PME et des opérateurs ruraux, en particulier. Au Pérou, le programme Turismo Emprende entend diversifier et renforcer l’offre touristique du pays en cofinançant les projets d’amélioration et d’innovation portés par les très petites entreprises et micro-entreprises du secteur des voyages, de l’hôtellerie et de la restauration. Au Portugal, des programmes de création de pépinières d’entreprises et de renforcement des capacités des entreprises visent à aider les PME à professionnaliser et développer leur activité. Ils proposent des formations techniques et des outils stratégiques et encouragent la constitution de réseaux collaboratifs et de regroupements de microentreprises, en particulier dans les régions à faible densité. Les travaux récents de l’OCDE soulignent le rôle important que peuvent jouer les pépinières et accélérateurs d’entreprises dans l’amélioration du soutien à l’entrepreneuriat (OCDE, 2026, à paraître[46]).
La cocréation de produits s’inspirant de l’identité et des valeurs locales peut être avantageuse pour les entreprises et faire vivre les populations locales. Les partenariats public-privé peuvent servir à développer les infrastructures, à gérer les flux de visiteurs et à accroître les bénéfices économiques au niveau local, en permettant aux régions de tirer parti des capitaux privés tout en veillant à ce que les investissements dans le tourisme correspondent aux valeurs locales et aux principes de durabilité. En Estonie, les communes et les entreprises élaborent ensemble des produits et des stratégies marketing quatre saisons par l’intermédiaire d’organismes de gestion des destinations reposant sur des partenariats. Le cofinancement local, de plus en plus courant, permet d’instaurer une redevabilité accrue. Avec le soutien des programmes Visit Estonia, le secteur privé participe à la cocréation de l’offre touristique, communique des données, adopte des normes de durabilité et investit dans les compétences et les outils numériques. En Grèce, la loi de 2021 sur les organismes de gestion et de promotion des destinations et les destinations touristiques modèles en matière de gestion intégrée entend servir d’appui à la gestion des destinations en créant un cadre de coopération stable entre le secteur public et le secteur privé, en partant du principe que les spécificités d’une destination peuvent nécessiter un soutien sur mesure pour la planification et le suivi (OCDE, 2024[2]).
Les partenariats entre les grands opérateurs et les entreprises locales peuvent contribuer à ce que les populations locales bénéficient également de la valeur du tourisme, en améliorant la résilience économique et en renforçant les capacités au niveau des territoires. Ils peuvent soutenir l’entrepreneuriat local et enrichir encore l’expérience des visiteurs en favorisant le développement de produits et de services originaux reflétant l’identité régionale. Tel est l’objectif, par exemple, du Fonds Airbnb de contribution aux communautés locales, qui soutient diverses organisations, allant des institutions nationales sans but lucratif jusqu’aux associations locales, pour contribuer à l’essor de la collectivité (Airbnb, 2025[47]). De même, le projet Futureshapers Global de TUI propose aux entrepreneurs et aux PME un accès à des capitaux flexibles et un programme de mentorat pour optimiser les retombées positives du tourisme sur les populations locales, les employés et l’environnement (TUI Care Foundation, 2025[48]).
Les pôles régionaux peuvent également contribuer à la mise en relation des services touristiques avec les agriculteurs et les artisans locaux ainsi qu’avec les initiatives culturelles locales pour renforcer les chaînes de valeur locales. La formalisation des chaînes de valeur dans l’artisanat, la restauration et les services de guide touristique peut favoriser le développement des économies locales en maintenant au niveau local les revenus du tourisme. En Lettonie, le pôle touristique du parc national Gauja est un partenariat public-privé dans le cadre duquel les communes, les entreprises privées et les ONG mènent ensemble un travail sur la stratégie commerciale, les infrastructures et la durabilité, en veillant à ce que le processus décisionnel tienne compte des avis de toutes les parties prenantes au niveau local.
Les entreprises et initiatives touristiques locales peuvent contribuer à améliorer l’acceptation du tourisme par la population et mettre en valeur le patrimoine culturel et naturel local. Leur action peut renforcer le sentiment de fierté collective et réduire le fossé entre touristes et résidents en favorisant la création de valeur partagée et le respect mutuel. En Croatie, le label « hôte local » met en avant des hébergements familiaux authentiques qui œuvrent pour un tourisme responsable et aident à soulager les pressions sur les populations locales. Il est attribué aux hôtes qui répondent à des critères de qualité, d’accueil et de durabilité en offrant aux visiteurs une véritable expérience locale tout en assurant la préservation des traditions locales et la protection de l’environnement. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir les traditions locales, se voir proposer des expériences authentiques et être mis en relation avec les entreprises situées à proximité, ce qui contribue à susciter chez eux un engagement plus profond et à maintenir les revenus du tourisme sur le territoire. Aux Pays-Bas, l’initiative Buurthotel est un réseau d’hôtels qui créent et fournissent des services complétant utilement les initiatives de quartier orientées vers les résidents, comme la mise à disposition d’espaces de formation et l’offre de cours gratuits ou l’organisation d’expositions.
Le soutien aux entreprises du tourisme accessible figure de plus en plus souvent parmi les priorités des destinations. Les mesures de soutien aux entreprises du tourisme accessible, lorsqu’elles sont associées à une offre d’infrastructures adaptées répondant aux besoins du marché cible, peuvent contribuer à ce que les bénéfices du tourisme profitent aux résidents et ouvrir l’accès à un public plus large, dont les personnes en situation de handicap, les voyageurs âgés et les personnes à mobilité réduite. En Australie, le cadre WELCOME propose aux entreprises du tourisme des conseils simples à mettre en œuvre pour rendre leurs produits et services plus accessibles à tous les utilisateurs. Il les aide à comprendre les besoins de la clientèle du tourisme accessible et à développer leur activité dans ce domaine. La Grèce a quant à elle mis en place les labels de qualité « destination du tourisme accessible » et « entreprise du tourisme accessible » qui introduisent des normes d’accessibilité pour les installations et les destinations touristiques.
La formation est un moyen de favoriser une croissance durable et compétitive dans le secteur du tourisme, et de faire en sorte que le personnel dispose des qualifications nécessaires pour proposer des services de qualité, améliorer l’expérience des visiteurs et valoriser le patrimoine culturel et naturel des destinations. Le but de l’initiative « meilleurs villages touristiques » d’ONU Tourisme est de faire du tourisme un outil au service de la prospérité et du bien-être dans les régions rurales. En Égypte, cette initiative a été le point de départ de mesures d’assistance technique et d’actions de promotion et de soutien aux entreprises locales donnant la priorité aux PME locales, aux femmes et aux jeunes. Une formation pour les guides locaux, un soutien à la chaîne de valeur de l’artisanat et des aides financières de faible montant ont notamment été mis en place. En Grèce, un programme de formation axé sur l’acquisition de compétences transversales dans le secteur du tourisme a montré l’importance du perfectionnement professionnel continu (Encadré 3.5) . En Italie, les guides touristiques ont la possibilité de se former à intervalles prédéfinis pour améliorer la qualité du service et l’expérience des visiteurs, notamment : pour se spécialiser dans certains domaines comme le tourisme durable, l’événementiel, la promotion du territoire et les guides numériques ; mieux connaître des marchés spécifiques comme le tourisme de luxe, le tourisme pour les jeunes, le tourisme religieux et le tourisme expérientiel ; et acquérir des compétences en communication interculturelle et personnalisée pour différents types de touristes. Israël renforce la formation au tourisme dans l’enseignement secondaire par des stages et des projets axés sur la pratique en collaboration avec des entreprises locales, dans le but de susciter des vocations précoces et de remédier par la même occasion aux pénuries de main-d’œuvre.
Encadré 3.5. Reconversion et perfectionnement professionnels des travailleurs du secteur du tourisme en Grèce
Copier le lien de Encadré 3.5. Reconversion et perfectionnement professionnels des travailleurs du secteur du tourisme en GrèceEn réponse à l’évolution des besoins du secteur du tourisme, le ministère grec du Tourisme a mis en place un programme de formation en ligne pour la reconversion et le perfectionnement professionnel des employés et des personnes au chômage dans le pays. Ce programme prouve qu’une politique de formation ciblée peut contribuer au développement des destinations rurales et moins fréquentées. Son format en ligne le rend particulièrement efficace. En levant les contraintes de temps et de lieu, le programme assure l’accès à une formation de qualité même dans les îles éloignées, les villages de montagne et les régions moins développées.
En plus des enseignements de base comme l’accueil de la clientèle et les arts culinaires et pâtissiers, le programme fait une large place aux compétences horizontales comme les compétences numériques, la santé et la sécurité au travail et l’anglais professionnel, afin de doter les participants des outils dont ils ont besoin pour travailler dans une économie du tourisme concurrentielle et toujours plus exigeante.
Plus de 40 000 demandes ont été déposées dans les premiers jours suivant le lancement du programme, au-delà des projections initiales. Cet accueil témoigne de l’urgente nécessité de proposer des solutions accessibles, flexibles et ciblées de reconversion et de perfectionnement professionnels dans le secteur du tourisme, notamment pour les travailleurs saisonniers, les personnes au chômage et les employés des régions isolées et périphériques. L’étendue de la participation montre que le perfectionnement professionnel continu est essentiel non seulement pour l’avancement professionnel individuel, mais également pour la compétitivité à long terme et la durabilité du tourisme en Grèce.
Gérer les locations de courte durée et les autres activités du tourisme
Les entreprises du tourisme exercent leurs activités conformément à des cadres réglementaires définis au niveau local, notamment en ce qui concerne les licences d’exploitation, la protection des consommateurs, les protocoles de santé et de sécurité, les normes d’emploi et l’aménagement du territoire. Les visiteurs sont également tenus de respecter les lois locales régissant les comportements, l’ordre public ainsi que l’utilisation des infrastructures et des services. Les stratégies de gestion du tourisme doivent donc cadrer avec la législation et la réglementation en vigueur et associer les autorités compétentes lorsque cela s’avère pertinent, tout en tenant compte des retombées plus larges du tourisme sur l’économie locale.
Parfois, des autorités qui ne sont pas directement chargées du tourisme peuvent prendre des décisions qui ont des répercussions sur ce secteur. Celles-ci peuvent être source de difficultés pour les touristes et les habitants si elles ne sont pas coordonnées ou ne tiennent pas compte des répercussions plus vastes qu’elles pourraient avoir. Par exemple, les décisions d’augmenter les capacités portuaires et la fréquence des escales des navires de croisière peuvent aggraver involontairement les difficultés, en particulier dans les destinations soumises à des tensions touristiques. Cet enjeu est désormais largement pris en compte, et de nombreuses destinations mettent en place des mesures visant à limiter le nombre de navires de croisière et à réglementer leurs horaires.
L’essor et le développement rapides des locations de courte durée poussent de nombreuses destinations soumises à des tensions touristiques à chercher des solutions réglementaires. En général, ces mesures visent à trouver un équilibre entre les retombées économiques du tourisme et les pressions qu’il peut exercer sur la vie locale, en particulier dans les régions confrontées à une pénurie de logements et d’hébergements touristiques. Parmi les outils de gestion couramment utilisés, on peut citer : l’obligation d’enregistrement ; les taxes de séjour ; les moratoires ou les plafonds sur les nouveaux enregistrements ; les autorisations ou licences d’exploitation ; les règles relatives à la résidence de l’hôte ou à la résidence principale, qui exigent que l’hôte réside sur la propriété pendant une période minimum ; le zonage géographique ou l’exclusion des locations de courte durée des centres historiques saturés ou des zones écologiques sensibles ; les restrictions concernant l’installation de boîtes à clés et ; les plafonds sur le nombre de nuitées pouvant être réservées dans les locations de courte durée.
Par exemple, la Colombie-Britannique (Canada), a adopté une loi dont l’objet est d’harmoniser les règles concernant les locations de courte durée dans toutes les communes concernées. À Berlin (Allemagne), des mesures visant à interdire l’utilisation abusive des biens immobiliers et à rendre l’enregistrement obligatoire ont permis de réduire de moitié le nombre d’appartements Airbnb. La région italienne du Haut-Adige a fixé un plafond au nombre de nuitées mises à disposition des touristes dans les hébergements touristiques, y compris les hôtels et les locations de courte durée. Les communes disposent d’un quota fixe d’hébergement pour la nuit, et toute nouvelle offre d’hébergement doit être approuvée par les conseils municipaux, qui ne peuvent accorder leur autorisation que si leur quota n’est plus atteint, par exemple en raison de la fermeture d’un hébergement touristique (Forbes, 2023[49]). Parallèlement, dans des grandes villes comme Rome et Milan, les initiatives relatives au logement portées par des coopératives d’habitants se multiplient, dans le but de préserver l’accessibilité financière des logements au bénéfice des habitants. Au Japon, dans l’optique de prévenir la dégradation du cadre de vie des riverains, les exploitants de locations de courte durée sont tenus de fournir à leurs clients des informations concernant la prévention des nuisances sonores et le traitement des déchets, ainsi que de répondre de manière appropriée et rapide aux plaintes et aux demandes de renseignements émanant des habitants du quartier.
Les responsables des politiques du tourisme ont un rôle important à jouer dans la gestion des répercussions des locations de courte durée, en coordination avec les autres autorités concernées. Ces mesures doivent être conçues avec soin pour éviter qu’elles aient des conséquences imprévues. Les données recueillies en Irlande donnent à penser que les problèmes rencontrés dans les zones urbaines où le marché locatif est important sont vraisemblablement différents de ceux observés dans les villes côtières où ce marché est plus restreint (The Economic and Social Research Institute, 2025[22]). En outre, ces données montrent que les opérateurs professionnels occupent une place prépondérante dans les quartiers centraux et savent mieux contourner les règles, et que les hôtes proposant plusieurs biens immobiliers à la location sont généralement moins touchés par les interventions réglementaires (Bei, 2025[50]). De plus, limiter l’offre d’hébergements ou les locations de courte durée dans les destinations soumises à de fortes tensions ne permettra pas nécessairement de résoudre les problèmes de surfréquentation si d’autres solutions d’hébergement peuvent être trouvées facilement à proximité ; les visiteurs contraints de trouver un autre hébergement pour la nuit pourraient en effet se rendre tout de même à la destination initialement prévue et venir s’ajouter au nombre des visiteurs de la journée.
La mise en place d’un registre détaillé et exhaustif couvrant les activités de location de courte durée peut aider les responsables politiques à disposer des données nécessaires pour concilier les besoins en hébergements touristiques et ceux en logements des populations locales. Au niveau international, le règlement 2024/1028 de l’UE (Union européenne, 2024[51]) relatif aux modalités de collecte et de partage des données relatives aux locations de courte durée vise à compléter les données factuelles concernant l’impact de ces locations dans l’Union européenne. Par ailleurs, dans le cadre d’un plan sur le logement abordable, la Commission proposera une nouvelle initiative législative concernant les locations de courte durée, visant à permettre aux collectivités locales de remédier aux tensions sur le marché du logement et de soutenir un tourisme durable (Commission européenne, 2025[52]). Au niveau des pays, l’Italie a mis en place une base de données nationale sur les hébergements qui impose à tous les prestataires du secteur de l’hôtellerie et aux propriétaires proposant des locations de courte durée de s’enregistrer et d’obtenir un code d’identification national à mentionner dans toutes leurs annonces et communications publiques, garantissant ainsi la transparence et la traçabilité des locations de courte durée. La Türkiye a adopté une loi qui assujettit l’exercice d’activités de location de courte durée à l’obtention d’un permis délivré par le ministère de la Culture et du Tourisme. Dans plusieurs régions de Suisse, les propriétaires qui proposent des locations de courte durée sont tenus de s’enregistrer en tant que prestataires de services d’hébergement.
Renforcer l’acceptation du tourisme par les populations locales
Le soutien et l’adhésion des populations locales sont des facteurs importants pour le tourisme, mais ne vont pas de soi (OCDE, 2025[9]). Si les avantages économiques découlant de la croissance du tourisme ne bénéficient pas à la population locale et si les répercussions sur la vie locale et l’environnement ne font pas l’objet d’une prise en compte rigoureuse, le risque de voir l’acceptation et le soutien à l’égard du tourisme diminuer s’accroît, ce qui peut à son tour éroder l’acceptabilité sociale du tourisme. Une perception négative du tourisme, tant chez les habitants que chez les voyageurs, peut également miner l’attrait d’une destination. Dans le même temps, la communauté hôte et le cadre sont souvent des éléments déterminants dans le choix des touristes de se rendre dans une destination donnée. Il est donc dans l’intérêt du secteur du tourisme de privilégier un développement équilibré, dont les retombées profitent aux entreprises et aux populations locales, et où les activités du tourisme contribuent à l’amélioration du niveau de vie et du bien-être des habitants.
Communiquer sur toutes les retombées du tourisme peut contribuer à améliorer l’opinion des habitants à l’égard du secteur. Dans les destinations soumises à de fortes tensions, les incidences négatives comme la surfréquentation, la hausse des coûts ou la gentrification peuvent être plus visibles et tangibles pour la population locale que les retombées positives, comme l’amélioration des infrastructures, les échanges culturels ou l’élargissement des possibilités économiques, qui sont souvent moins visibles ou plus difficiles à quantifier. La couverture médiatique des manifestations contre le tourisme, associée à la viralité et à l’effet d’amplification des réseaux sociaux, peut renforcer davantage la perception selon laquelle le tourisme est un problème qu’il faut résoudre, y compris dans les destinations émergentes. Communiquer activement sur les retombées positives du tourisme pour les communautés locales peut contribuer à rendre plus équilibrée la perception des effets du tourisme. Par exemple, les résultats d’une étude menée en Arabie saoudite montrent que les campagnes promotionnelles menées sur les réseaux sociaux peuvent améliorer la perception qu’ont les habitants de leur ville, et donc générer une attitude positive à l’égard des retombées du tourisme (Alzaydi et Elsharnouby, 2023[53]). La stratégie polonaise à l’horizon 2030 de gestion intégrée de la communication promotionnelle dans le secteur du tourisme met notamment l’accent sur la valorisation du tourisme, qui vise à sensibiliser la société à l’importance du tourisme.
Une question importante reste en suspens : comment les destinations et les pays peuvent-ils préserver l’authenticité de la culture locale tout en bénéficiant économiquement du tourisme ? Le risque de voir certains quartiers urbains se gentrifier est considéré comme un problème de plus en plus important dans un certain nombre de destinations soumises à des tensions liées au tourisme. Dans le même temps, les destinations émergentes qui souhaitent attirer des visiteurs ont conscience de la nécessité de lutter préventivement contre le risque de gentrification. Les initiatives visant à favoriser l’accessibilité financière des logements, la participation des acteurs locaux et la répartition des flux de visiteurs constituent autant d’outils contribuant à préserver l’authenticité de la culture locale.
Des programmes de formation destinés aux opérateurs touristiques, aux guides et aux entrepreneurs locaux peuvent également contribuer à concilier développement touristique et protection de la culture locale. Ces programmes peuvent sensibiliser à l’importance de valoriser et de sauvegarder le patrimoine culturel, contribuant ainsi à préserver l’identité et les caractéristiques propres des communautés hôtes. Par ailleurs, ils peuvent servir à promouvoir le développement de compétences durables, en apportant les connaissances nécessaires à la conception d’expériences touristiques respectueuses des spécificités culturelles et environnementales du territoire local. À Hawaï (États-Unis), des programmes destinés aux visiteurs permettent à ces derniers de découvrir l’histoire et la culture hawaïennes, de vivre certaines traditions culturelles de manière directe et de participer à des activités qui témoignent du respect envers le lieu, les ressources et les détenteurs de savoirs traditionnels, tout en réaffirmant le principe de réciprocité (OCDE, 2022[54]). Par ailleurs, l’Égypte soutient des initiatives artisanales visant à permettre aux populations locales de tirer profit du tourisme, tout en contribuant à la préservation du patrimoine culturel et au renforcement de la cohésion sociale.
Le comportement des touristes joue un rôle important dans le ressenti des communautés hôtes. Les comportements répréhensibles et antisociaux qui affectent tant les habitants que les touristes sont de plus en plus souvent pointés du doigt par les médias, en particulier dans les destinations soumises à de fortes tensions. Ces problèmes vont des touristes bruyants et turbulents, du vandalisme, de la pratique irresponsable du vélo et du non-respect des coutumes et cultures locales par les visiteurs, à la hausse de la criminalité et aux défis en matière de sécurité, notamment l’immigration clandestine et le trafic d’espèces végétales et animales ainsi que de biens appartenant au patrimoine culturel.
Les comportements irrespectueux des touristes ne sont pas toujours intentionnels, et des malentendus peuvent découler des différences entre les cultures, de normes dont ils n’ont pas connaissance ou d’un manque de sensibilisation. De plus en plus de campagnes promotionnelles sont menées pour encourager les visiteurs à adopter un comportement respectueux ; elles fournissent des informations ciblées visant à guider les touristes et à les inciter à adopter un comportement approprié, tout en les sensibilisant aux différences culturelles. En Tchéquie, la campagne Enjoy Respect Prague sensibilise les visiteurs aux comportements responsables, aux règles locales et au respect des habitants. L’initiative CopenPay lancée à Copenhague (Danemark) incite les touristes et les habitants à adopter des comportements plus écologiques, comme ramasser les déchets dans les canaux, en leur offrant de petites récompenses (par exemple, un café gratuit) ; elle encourage ainsi les visiteurs à adopter un comportement plus responsable, tout en montrant à la population locale les contributions positives que les touristes peuvent apporter. À Bali (Indonésie), les autorités ont mis en place une série de lignes directrices à l’intention des visiteurs, axées sur le respect de la population locale, des temples et de la culture, ainsi que sur la bienséance vestimentaire. De même, la campagne How to Amsterdam (Pays-Bas) présente dix règles de base, fondées sur le respect de la ville et de ses habitants, que les touristes doivent garder à l’esprit lors de leur visite. En Nouvelle-Zélande, les visiteurs sont invités à prendre soin de la terre, de la mer et de la nature, à voyager prudemment et à respecter la culture, conformément à la promesse Tiaki, un concept élaboré localement pour aider les visiteurs à voyager en toute sécurité et de manière responsable.
Certaines destinations confrontées à des tensions envisagent également d’appliquer des mesures plus strictes, notamment des interdictions et des amendes, pour inciter les touristes et les habitants à adopter un comportement plus respectueux. À Barcelone (Espagne), les autorités ont décidé d’interdire dans toute la ville les visites organisées axées sur la consommation d’alcool, répondant ainsi aux inquiétudes liées aux troubles à l’ordre public, aux nuisances pour les riverains et aux risques sanitaires. Cette interdiction s’inscrit dans une stratégie plus large visant à préserver les espaces publics, à favoriser le bien-être de la population et à faire respecter les normes de tourisme responsable dans toute la ville. Dans plusieurs pays méditerranéens, le fait de porter un maillot de bain ailleurs qu’à la plage, de consommer de l’alcool en public, de ramasser un coquillage sur la plage ou de réserver une chaise longue sans l’utiliser est désormais passible d’une amende.
L’efficacité des amendes dans la régulation du comportement des touristes dépend de la manière dont elles sont définies et appliquées, ainsi que de leur montant. Les données disponibles montrent que les amendes appliquées publiquement modifient plus efficacement les comportements que celles appliquées en privé (Kurz, Thomas et Fonseca, 2014[55]), tandis que les amendes plus élevées ont un impact plus important sur les comportements que la probabilité d’être pris en flagrant délit (Laske, Saccardo et Gneezy, 2018[56]). Cela donne à penser que la visibilité de l’application de la loi et des sanctions sévères sont plus susceptibles de décourager les comportements indésirables que la seule menace d’une surveillance ponctuelle.
Mesurer les retombées sociales du tourisme pour étayer la prise de décisions
Il importe de mesurer et de suivre les retombées socioéconomiques du tourisme pour favoriser l’élaboration de politiques fondées sur des données factuelles et évaluer l’efficacité des mesures mises en œuvre dans le secteur du tourisme. Les statistiques traditionnelles du tourisme sont généralement axées sur les indicateurs de volume et les retombées économiques du tourisme. Néanmoins, l’attention se porte de plus en plus sur les indicateurs de valeur et les répercussions plus larges du tourisme. Toutefois, mesurer les retombées sociales du tourisme reste un défi et nécessite une prise en compte attentive de plusieurs facteurs. Ces facteurs peuvent varier considérablement d’une destination à l’autre, notamment selon le type d’offre touristique et les caractéristiques de celles-ci, la répartition saisonnière et géographique du tourisme, la tension exercée sur les infrastructures et les services locaux, les ressources financières allouées aux infrastructures collectives et aux espaces publics, l’acceptation du tourisme par la population locale, et l’attractivité globale et l’aménagement territorial des destinations.
Les travaux menés à l’échelle internationale contribuent à élargir la base de connaissances et d’éléments probants sur les retombées sociales du tourisme et à favoriser la normalisation. Le Cadre statistique de mesure de la durabilité du tourisme comprend un volet consacré à la dimension sociale du tourisme, du point de vue des visiteurs, des populations hôtes, des prestataires touristiques et de la gouvernance (ONU Tourisme, 2024[57]). Par ailleurs, l’ONU a mis au point un nouvel indicateur permettant de suivre plus efficacement l’emploi dans le secteur du tourisme et l’ONU Tourisme travaille actuellement à l’élaboration d’un cadre ESG spécifique pour les entreprises du tourisme. Au niveau européen, Eurostat élabore un ensemble d’indicateurs comprenant un volet social et mesurant la durabilité du tourisme à partir de sources de données existantes et le Tableau de bord du tourisme de l’UE contient des données sur l’intensité touristique et l’emploi. Dans le même temps, l’outil stratégique d’évaluation de la gestion des visiteurs, mis au point par l’UNESCO, aide les autorités chargées de la gestion des sites et des destinations à gérer la fréquentation et le tourisme dans l’optique de protéger les valeurs patrimoniales tout en renforçant la durabilité et la résilience au niveau local.
Le Comité du Tourisme de l’OCDE et son Groupe de travail sur les statistiques du tourisme se penchent aussi sur cette question : les Membres et les pays partenaires de l’OCDE élaborent actuellement une proposition de série d’indicateurs de base et de paramètres associés visant à mesurer la durabilité du tourisme, qui comprend un volet consacré aux retombées sociales. Ces travaux s’appuient sur de vastes concertations menées dans les pays Membres et partenaires de l’OCDE et les contributions fournies par ceux-ci, et s’inspirent des travaux menés au niveau national en Espagne, en Grèce, à Malte, au Portugal et en Slovénie avec le soutien de l’Union européenne, à travers son Instrument d’appui technique, dans l’optique de renforcer la base de données factuelles en faveur d’un avenir touristique durable (OCDE, 2025[58] ; OCDE, 2025[59] ; OCDE, 2025[60] ; OCDE, 2025[61] ; OECD, 2024[62]). Ils contribuent à la mise en œuvre concrète du Cadre stratégique de mesure de la durabilité du tourisme en facilitant le processus d’harmonisation de la sélection et de la mise en œuvre des indicateurs d’une manière qui réponde aux priorités stratégiques des pays.
La mesure des retombées sociales du tourisme est aussi au programme du secteur privé. Le Conseil mondial du tourisme et des voyages a étoffé ses rapports sur les retombées économiques en y intégrant une analyse de l’empreinte environnementale et sociale du tourisme (WTTC, 2024[63]), tandis que l’Indice de développement du secteur des voyages et du tourisme du Forum économique mondial comprend des indicateurs sur les retombées socioéconomiques. Dans le même temps, un rapport analysant les causes fondamentales de ce que l’on appelle le « surtourisme » met en évidence la nécessité d’améliorer la gestion des destinations et d’élaborer des réponses efficaces et fondées sur des données pour lutter contre le « fardeau invisible » du tourisme (The Travel Foundation, 2019[12]).
Les responsables publics peuvent soutenir la formulation et la diffusion d’outils de mesure des retombées sociales sur mesure afin de réduire les obstacles et de faciliter leur adoption (OCDE, 2024[64]). Les pays recourent à un large éventail de méthodes et de sources de données pour mesurer et suivre les retombées socioéconomiques du tourisme, en croisant souvent les données relatives à plusieurs indicateurs et thèmes différents afin de rendre compte de l’ensemble des retombées socioéconomiques du tourisme. Ces initiatives visent généralement à obtenir des données qui dépassent le cadre des chiffres économiques les plus facilement accessibles (Encadré 3.6).
Encadré 3.6. Mesurer les retombées socioéconomiques du tourisme – exemples choisis
Copier le lien de Encadré 3.6. Mesurer les retombées socioéconomiques du tourisme – exemples choisisEn Australie, les indicateurs longitudinaux pour le secteur du tourisme regroupent 20 indicateurs clés destinés à mesurer la santé et les performances de ce secteur à travers ses dimensions économiques, sociales, environnementales et institutionnelles.
L’indice de prospérité et de bien-être du Canada a pour objet d’évaluer l’ensemble des retombées positives que le tourisme apporte aux Canadiens, en mettant en avant le rôle de ce secteur dans l’autonomisation des communautés, la préservation de la culture, la protection du patrimoine naturel et la stimulation de la croissance économique. L’indice s’articule autour de six composantes interdépendantes, à savoir l’économie, l’emploi, le soutien, l’environnement, l’engagement et l’expérience (Destination Canada, 2025[65]).
Depuis 2017, l’indice de progrès social du Costa Rica suit l’évolution relative des indicateurs liés à l’accès aux connaissances de base, à l’information et aux communications, à la santé et au bien-être, à la durabilité des écosystèmes, aux droits individuels, à la liberté et au libre choix individuels, à la tolérance et à l’inclusion, ainsi qu’à l’accès à l’enseignement supérieur, dans les 33 pôles de développement touristique du pays.
La Croatie a mis en place des indicateurs de développement durable, des évaluations des capacités et des mécanismes de partage des données afin de renforcer la coordination et de favoriser une prise de décision fondée sur des données factuelles à l’échelle des différents ministères et niveaux d’administration. Le compte satellite de la durabilité du tourisme, qui est en cours d’élaboration, renforcera encore l’intégration en fournissant des données sur les retombées économiques, sociales et environnementales du tourisme. Ces outils ont été conçus dans le but d’aligner le tourisme sur les objectifs plus généraux du pays, afin que ce secteur contribue au développement local et au bien-être de la population.
La Finlande mesure et suit les retombées socioéconomiques du tourisme dans le cadre du programme de tourisme durable de Visit Finland, qui comprend des données sur l’intensité et la densité touristiques, le caractère inclusif des entreprises touristiques, les sites culturels, ainsi que le classement de la Finlande dans les indices internationaux pertinents.
Le Portugal modernise ses systèmes de données sur le tourisme dans l’objectif de mieux mesurer les retombées socioéconomiques du tourisme et d’y apporter des réponses plus adaptées, en particulier au niveau infranational. Au cœur de cette démarche figure la mise en place d’un réseau national d’observatoires régionaux du tourisme durable, soutenu par Turismo de Portugal et conforme au Cadre du Réseau international d’observatoires du tourisme durable de l’ONU Tourisme. Ce réseau, appelé Destination Watch, rassemble des organismes régionaux de gestion de destinations, des universités et des organismes publics dans le but d’œuvrer conjointement à la production de données, d’améliorer la coordination territoriale et d’élaborer des politiques plus équilibrées et fondées sur des données factuelles.
Mesurer le ressenti des habitants et des visiteurs peut apporter des éclairages précieux sur les retombées sociales du tourisme. Le ressenti des habitants peut constituer un indicateur précieux du bien-être des populations locales et joue un rôle de plus en plus important dans les pays de l’OCDE dans l’évaluation des comportements du public, de la perception de la fréquentation et des incidences sur la qualité de vie. Un suivi régulier peut aider les responsables publics à identifier les problèmes émergents et les domaines dans lesquels le tourisme peut contribuer à améliorer ou, au contraire, à nuire à la qualité de vie. L’analyse du ressenti des touristes peut fournir des éclairages sur leur expérience et l’accessibilité, permettant ainsi d’améliorer la qualité des services et le développement des produits ; elle peut également apporter des renseignements précieux sur la perception qu’ont les visiteurs de l’affluence, de la sécurité, de l’accueil et de l’authenticité culturelle des destinations, ce qui peut faciliter la planification stratégique.
Les méthodes innovantes qui associent les sources statistiques traditionnelles à de nouvelles données, de nouveaux indicateurs et de nouveaux outils d’analyse offrent la possibilité de mieux mesurer les retombées socioéconomiques du tourisme, de suivre plus précisément les progrès réalisés et d’évaluer l’efficacité des politiques publiques. L’intégration de sources statistiques officielles, de données administratives et de sources innovantes, comme les données issues des téléphones portables et des transactions par carte bancaire, peut renforcer l’actualité et le niveau de détail des données sur le tourisme, améliorant ainsi la capacité à saisir en temps réel les dynamiques du tourisme, les flux de visiteurs et leur mobilité, ainsi que les retombées économiques, y compris au niveau infranational (OCDE, 2025[66]). Ces données offrent également la possibilité de développer des outils de prévision de la demande touristique, qui peuvent orienter l’allocation des ressources et favoriser une gestion durable des destinations.
Des travaux supplémentaires doivent être menés pour améliorer la mesure des retombées sociales du tourisme sur les populations locales. Des progrès restent à faire dans la mesure de la pression exercée par les touristes sur les systèmes de santé, les transports, l’assainissement et l’espace public. Parmi les axes de recherche susceptibles d’être pertinents, citons : le coût des services publics par nuitée touristique, en particulier dans les communes accueillant un nombre élevé de visiteurs de la journée ; les transports publics et la congestion routière liés au tourisme saisonnier ; la production de déchets et la consommation d’eau au niveau communal imputables au tourisme, navires de croisière compris ; et la capacité d’accueil des sites patrimoniaux et des parcs naturels. Si les retombées économiques sont généralement bien comprises, on dispose toutefois de peu d’informations sur la mesure dans laquelle cette valeur reste dans les économies locales, en particulier dans les destinations à faible densité ou émergentes. Les indicateurs relatifs aux fuites de recettes peuvent permettre de mieux cerner cette question, notamment à travers la part des biens et services produits localement dans la consommation touristique, les taux de participation des PME à la chaîne de valeur du tourisme, ainsi que la valeur ajoutée du tourisme par région et par type de destination. Les retombées du tourisme, et en particulier des locations de courte durée, sur le marché immobilier doivent être étudiées plus en détail.
Éléments devant être pris en considération par les pouvoirs publics pour améliorer les retombées sociales du tourisme
Copier le lien de Éléments devant être pris en considération par les pouvoirs publics pour améliorer les retombées sociales du tourismePour remédier au développement d’un tourisme déséquilibré, il est nécessaire de mieux comprendre et prendre en compte la nature complexe et transversale de ce secteur. En outre, il importe d’adopter une approche intégrée tenant compte des points de vue des opérateurs touristiques et des communautés locales, de généraliser les politiques et pratiques durables, de développer des modèles économiques plus durables pour la filière touristique et d’améliorer les outils de mesure du tourisme afin de déterminer le type et l’ampleur de l’activité touristique souhaités et adaptés à chaque destination (OCDE, 2024[1] ; OCDE, 2021[4]). Des structures de gouvernance robustes à tous les niveaux, ainsi que des données fiables, sont nécessaires pour mieux gérer le tourisme, d’autant plus que ce secteur est confronté à des évolutions sociales, économiques, politiques, environnementales et techniques de grande ampleur.
Alors que la demande touristique ne cesse de croître, un changement de paradigme doit s’opérer dans notre perception du « succès du tourisme » : outre les indicateurs économiques et de fréquentation traditionnels, il faut accorder une plus grande importance aux volets environnemental et social de la durabilité, tout en reconnaissant que la transformation du secteur prendra du temps (OCDE, 2024[1]). Des solutions doivent être élaborées afin d’éviter toute conséquence imprévue, et les politiques doivent s’appuyer sur des données solides attestant de leur efficacité et tenir compte à la fois des résidents et des touristes.
Sur la base de l’analyse présentée dans ce chapitre, les éléments suivants sont à prendre en compte par les pouvoirs publics afin de renforcer les retombées sociales du tourisme pour les destinations et les communautés locales :
Des politiques territorialisées et centrées sur les personnes doivent être mises en œuvre pour répondre aux besoins des communautés locales et mobiliser les atouts locaux. Prendre en compte les caractéristiques propres à chaque destination favorise l’élaboration de stratégies et d’investissements sur mesure visant à renforcer la compétitivité, la durabilité et la résilience économique face aux transitions et aux chocs. À mesure que les préférences des consommateurs et les dynamiques sociétales évoluent, les destinations doivent sans cesse adapter leurs modèles et leurs politiques de tourisme à l’identité et aux objectifs de tourisme locaux. Des travaux supplémentaires doivent être entrepris pour étudier ce que peuvent faire les pouvoirs publics peuvent soutenir ces politiques, et dans quelle mesure les retombées du tourisme et les besoins en matière d’action publique varient selon le type de destination.
Une coordination étroite entre les responsables publics aux niveaux national et des destinations est essentielle pour maximiser les retombées sociales du tourisme. Une communication claire contribue à harmoniser les priorités et à éviter les doublons. En outre, les cadres de gouvernance qui permettent aux acteurs locaux de mettre en œuvre des solutions adaptées au contexte doivent rester conformes aux objectifs stratégiques plus généraux. Si certains enjeux comme la planification des infrastructures et la participation des populations sont souvent mieux traités au niveau local, d’autres, comme les normes réglementaires et les mécanismes de financement, peuvent nécessiter une supervision nationale.
Adopter des approches intégrées et participatives qui inscrivent le tourisme dans des stratégies plus larges de développement économique. Dans cette optique, il faut s’efforcer de répartir les retombées du tourisme sur le territoire et dans le temps, tout en menant des actions ciblées visant à préparer les zones moins fréquentées à accueillir d’éventuels flux touristiques, l’idée étant d’éviter de se contenter de déplacer les tensions d’un endroit à un autre. Si le tourisme reste un moteur économique essentiel, il doit toutefois s’inscrire dans une stratégie de développement régional diversifiée.
Investir dans des actifs publics bénéficiant à la fois aux habitants et aux touristes. Des investissements stratégiques dans les transports, la santé, les services publics et la gestion de l’environnement peuvent permettre de faire face aux fluctuations de la demande touristique tout en améliorant le bien-être de la population tout au long de l’année. Les taxes liées au tourisme font partie des outils disponibles pour contribuer au financement de ces investissements. Une communication transparente sur l’utilisation de ces recettes peut renforcer la confiance des parties prenantes et la légitimité de ces mesures. Toute réglementation des locations de courte durée devrait viser à trouver un équilibre entre les retombées économiques du tourisme et les pressions qu’il peut exercer sur les collectivités locales, en particulier sur l’offre de logements.
Favoriser des modèles et des pratiques économiques qui garantissent une répartition plus équitable des retombées du tourisme. Soutenir les entreprises touristiques locales et favoriser les partenariats public-privé peut contribuer à retenir les recettes au sein des destinations, à entretenir un sentiment de fierté parmi la population locale et à préserver l’identité culturelle. Des programmes de formation et de développement des compétences ciblés peuvent élargir les perspectives d’emploi des habitants et favoriser une croissance durable et compétitive du secteur.
Il est nécessaire de mieux cerner les retombées sociales potentielles du tourisme pour assurer une meilleure gestion des arbitrages, favoriser le développement économique et contribuer au bien-être, tant dans les destinations déjà établies que dans les destinations émergentes. Pour cela, il faut mieux comprendre comment le tourisme génère de la valeur au service des destinations et identifier les différents types d’arbitrages potentiels auxquelles celles-ci doivent réfléchir afin de répartir plus largement et plus équitablement les bénéfices (et les coûts) sur le territoire.
Références
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