Les retraites constituent l’une des principales composantes des dépenses publiques dans les pays de l’OCDE. Les évolutions démographiques vont probablement accentuer les tensions sur ces dépenses. Le vieillissement de la population et la faiblesse persistante des taux de fécondité entraînent une dégradation du ratio population âgée/population active. Toutefois, les pressions démographiques ne se traduisent pas automatiquement par une hausse des dépenses de retraite, et les choix des pouvoirs publics jouent un rôle décisif. Ce chapitre présente certaines des mesures actuellement mises en œuvre par les pouvoirs publics. Ces mesures entrent dans plusieurs catégories, notamment le durcissement des conditions d’éligibilité aux retraites publiques, notamment par le relèvement de l’âge de la retraite et le durcissement des conditions de ressources ; l’élargissement de la couverture et de la portée des régimes complémentaires de retraite afin de réduire les pressions sur les régimes financés par des fonds publics ; et la promotion des incitations à travailler au-delà de l’âge officiel de départ en retraite. Les pouvoirs publics s’appuient également de plus en plus sur les pensions privées et sur les rendements attendus de ces dernières. Nombre d’entre eux mettent en place des mécanismes de soutenabilité afin de pouvoir ajuster automatiquement les retraites sans devoir modifier la législation.
Restaurer les finances publiques
2. Pensions de retraite
Copier le lien de 2. Pensions de retraiteDescription
De nombreuses mesures signalées dans l’enquête de 2026 sur le redressement des finances publiques portent sur le durcissement des conditions d’éligibilité aux pensions publiques, l’augmentation à la fois des niveaux de cotisation et du nombre de cotisants aux régimes de retraite complémentaires, ainsi que la mise en place d’incitations à travailler au-delà de l’âge légal de départ à la retraite. Les mesures mises en œuvre dans le cadre de stratégies d’économies à plus long terme liées aux évolutions démographiques sont moins fréquentes, même si certains participants ont adopté des dispositifs tels que l’ajustement automatique des pensions, l’indexation de l’âge de la retraite sur l’espérance de vie ou encore le déclenchement de mécanismes d’équilibrage visant à garantir la soutenabilité à long terme des régimes de retraite.
Initiatives de réforme et mesures d’économie
1. Resserrer les droits à la retraite publique
Relever l’âge légal de départ à la retraite et celui de la retraite anticipée, ainsi que les obligations de cotisation permettant de bénéficier d’une retraite publique à taux plein.
Durcir les conditions de ressources, en imposant des critères plus stricts de niveaux de revenu et de patrimoine.
Indexer le montant des pensions publiques sur des paramètres clés influençant les dépenses de retraite, tels que les ratios actif-passif ou l’évolution des dépenses de pensions.
2. Étendre la couverture et le champ d’application des régimes de retraite complémentaires
Relever les taux de cotisation des employeurs et des salariés, et allonger la durée de cotisation requise.
Élargir les critères d’éligibilité aux régimes contributifs, y compris pour les travailleurs de courte durée.
Recourir à des incitations à l’affiliation à des régimes contributifs, notamment au moyen de pénalités et d’une affiliation automatique.
3. Encourager les incitations à travailler au-delà de l’âge de la retraite
Combiner plus généreusement revenus d’activité et prestations de retraite, de sorte que les retraités puissent bénéficier, sans perte d’emploi, du fait qu’ils ont dépassé l’âge de la retraite.
Renforcer les incitations à travailler au-delà de l’âge de la retraite au moyen de surcotes, d’allègements fiscaux et de réductions des cotisations d’assurance retraite.
S’attaquer aux problèmes de maintien dans l’emploi des travailleurs âgés.
2.1. Évolution récente des dépenses de retraite
Copier le lien de 2.1. Évolution récente des dépenses de retraiteLes dépenses de retraite sont l’un des postes de dépenses les plus importants des pays de l’OCDE et, dans de nombreux pays, le poste de dépenses le plus important. En 2023, les dépenses moyennes des pays de l’OCDE au titre des programmes liés aux personnes âgées et aux ayants-droits (qui comprennent à la fois les dépenses de retraite et les prestations de vieillesse connexes telles que les services de soins de longue durée) équivalaient à 9.4 % du PIB, selon la classification des fonctions des administrations publiques (COFOG). Cela représente environ 21 % des dépenses des administrations publiques (Graphique 2.1). Ces dépenses n’ont pas connu d’augmentation significative, contrairement à d’autres domaines de la protection sociale pendant les années de COVID, mais sont restées globalement stables entre 2015 et 2023.
Graphique 2.1. Les dépenses de retraite figurent parmi les postes de dépenses publiques les plus importants
Copier le lien de Graphique 2.1. Les dépenses de retraite figurent parmi les postes de dépenses publiques les plus importants
Note : Aucune donnée disponible pour le Canada, le Chili, la Corée du Sud, les États-Unis, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et la Türkiye.
Source : Partie A. Finances publiques de l’OCDE par fonction - indicateurs du Panorama des administrations publiques, mises à jour annuelles https://data-explorer.oecd.org/s/4d0. Partie B. Finances publiques par fonction de l’OCDE - indicateurs du Panorama des administrations publiques, mises à jour annuelles https://data-explorer.oecd.org/s/4d0, et Panorama des comptes nationaux de l’OCDE, chapitre 6A : Dépenses publiques par fonction de l’OCDE https://data-explorer.oecd.org/s/4d1.
Au cours des années 1950 à 1980, l’ampleur des cohortes du baby‑boom, conjuguée à la forte croissance de la population active, a permis de maintenir le ratio entre actifs et retraités à un niveau relativement stable. Dans les années 1960 et 1970, dans ce contexte démographique favorable, d’importantes mesures d’extension et de réforme des systèmes de retraite ont été mises en œuvre. Celles‑ci ont permis aux retraités de percevoir des prestations dont la valeur actuarielle excédait leurs cotisations passées, tout en soutenant les retraités à faibles revenus qui n’avaient pas accumulé suffisamment de droits. L’allongement de l’espérance de vie à des âges avancés a d’abord eu un effet favorable sur la viabilité des systèmes de retraite : dans un premier temps, il s’est traduit par une hausse de la part de la population en âge de travailler (15‑64 ans). Toutefois, entre les années 1990 et le milieu des années 2000, cette tendance s’est inversée, bien que le rythme et le calendrier de ce retournement aient varié selon les pays. Parallèlement, les taux de fécondité ont continué de diminuer dans la plupart des pays de l’OCDE, descendant en dessous du seuil de renouvellement des générations (environ 2.1 enfants par femme).
Les taux de fécondité inférieurs au seuil de renouvellement des générations signifient que chaque génération est moins nombreuse que la précédente, ce qui se traduit par un ratio vieillesse/population active plus élevé à long terme. En d’autres termes, un plus petit nombre de personnes travaillent et paient donc des cotisations, tandis que le vieillissement de la population se traduit par une augmentation du nombre de retraités. Presque tous les pays de l’OCDE devraient afficher des ratios d’au moins 40 % d’ici à 2050 (Graphique 2.2), ce qui signifie qu’il y aura au moins 40 personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans. En l’absence de réformes majeures des systèmes de retraite, le vieillissement de la population et la contraction de la main-d’œuvre se conjugueront pour réduire le nombre de cotisants et alourdir la charge que représentent les retraites.
Graphique 2.2. Le rapport entre les personnes âgées (65 ans et plus) et les personnes en âge de travailler (20-64 ans) devrait se dégrader sensiblement d’ici à 2050
Copier le lien de Graphique 2.2. Le rapport entre les personnes âgées (65 ans et plus) et les personnes en âge de travailler (20-64 ans) devrait se dégrader sensiblement d’ici à 2050Taux de dépendance, pays de l’OCDE
Note : Le taux de dépendance mesure le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus pour 100 personnes âgées de 20 à 64 ans dans un pays donné.
Source : Panorama des pensions de l’OCDE 2025 (OCDE, 2025[1]), Graphique 1.5, qui utilise les données des Perspectives de la population mondiale 2024 des Nations Unies : http://population.un.org/wpp/.
Cette dégradation du ratio entre la population âgée et la population en âge de travailler fait peser des risques sur la soutenabilité des systèmes de retraite organisés par répartition. C’est le cas de la grande majorité des régimes obligatoires organisés avec des fonds publics, ce qui crée des tensions sur les finances publiques. Toutefois, cela ne signifie pas que ces systèmes deviendront inévitablement insoutenables. Les systèmes de retraite par répartition peuvent rester viables malgré les défis démographiques, grâce à un ensemble de mesures qui contribuent à accroître la soutenabilité de ces systèmes, atténuant ainsi les tensions sur les finances publiques. Il s’agit notamment de rehausser le taux d’activité – en particulier chez les femmes et les personnes qui ont atteint l’âge de la retraite ou qui sont proches de l’âge de la retraite – et d’améliorer la productivité.
Comme indiqué dans le Graphique 2.3, la pression démographique et les projections de l’évolution des dépenses de retraite ne concordent pas nécessairement. Par exemple, l’augmentation prévue du taux de dépendance des personnes âgées au Japon est supérieure à la moyenne de l’OCDE, mais ses dépenses de retraite prévues sont inférieures à la moyenne de l’OCDE. Cela est probablement dû à l’introduction d’un mécanisme automatique d’ajustement des pensions en fonction de l’espérance de vie et du nombre de cotisants. En revanche, l’augmentation prévue du taux de dépendance des personnes âgées au Canada est inférieure à la moyenne de l’OCDE, mais ses dépenses de retraite prévues sont supérieures à la moyenne. Cela est probablement dû à l'élargissement des prestations du Régime de pensions du Canada et du Régime de rentes du Québec, avec une augmentation connexe des cotisations et des plafonds, qui devraient réduire la dépendance à l'égard du Supplément de revenu garanti (SRG) financé par les contribuables pour les personnes âgées à faible revenu. Cela montre que les politiques publiques, et pas seulement la démographie, sont à l’origine de différences dans les pressions exercées sur les systèmes de retraite entre les pays.
Graphique 2.3. Il existe une corrélation limitée entre les pressions démographiques et les pressions sur les retraites qui s’exercent sur les pouvoirs publics
Copier le lien de Graphique 2.3. Il existe une corrélation limitée entre les pressions démographiques et les pressions sur les retraites qui s’exercent sur les pouvoirs publicsPoints de pourcentage. Les lignes bleues représentent les dépenses de retraite moyennes et le taux de dépendance moyen des personnes âgées
Note : Les données pour la Colombie, l’Islande, Israël, le Mexique, la Türkiye et la Suisse ne sont pas disponibles.
Source : Adapté du Graphique 1.5 et du tableau 8.4 du Panorama des pensions (OCDE, 2025[1]).
Le Graphique 2.4, qui s’appuie sur les données du rapport 2024 de la Commission européenne sur le vieillissement, montre une situation similaire. Par exemple, malgré le fait que l’Italie affiche l’une des plus fortes hausses prévues du taux de dépendance des personnes âgées dans la zone OCDE, les dépenses de retraite devraient rester stables entre 2023 et 2050. Cette évolution peut être attribuée à un vaste ensemble de réformes des retraites menées depuis 1996, qui ont notamment consisté à réduire les taux de remplacement et à relever l’âge de la retraite, ainsi qu’à actualiser automatiquement l’âge de la retraite en fonction de l’augmentation de l’espérance de vie.
Graphique 2.4. Malgré les pressions démographiques, plusieurs pays de l’OCDE ne devraient connaître qu’une légère hausse, voire une baisse, des dépenses de retraite, tandis que d’autres peuvent s’attendre à des hausses significatives d’ici à 2050
Copier le lien de Graphique 2.4. Malgré les pressions démographiques, plusieurs pays de l’OCDE ne devraient connaître qu’une légère hausse, voire une baisse, des dépenses de retraite, tandis que d’autres peuvent s’attendre à des hausses significatives d’ici à 2050Variation prévue en points de pourcentage des dépenses de retraite entre 2023-2024 et 2050
2.1.1. Prise en compte des dépenses fiscales liées aux pensions
Les dépenses fiscales, qui correspondent à des mesures dérogeant à la norme fiscale, prennent le plus souvent la forme de déductions, de crédits d’impôt ou d’exonérations et contribuent au niveau global des dépenses de retraite. Les incitations fiscales à l’épargne-retraite constituent un exemple fréquent de ces dispositifs : elles permettent aux ménages de bénéficier d’un traitement fiscal favorable sur leurs cotisations versées à des régimes de retraite privés. Ces dépenses fiscales sont souvent peu intégrées dans le processus budgétaire annuel et leur recours demeure difficile à anticiper, ce qui se traduit par une incertitude quant à leur impact sur les finances publiques. Ainsi, une réduction des dépenses publiques de retraite, susceptible d’encourager le développement de l’épargne privée, pourrait être perçue comme favorable à la soutenabilité budgétaire. Toutefois, si cette épargne bénéficie d’avantages fiscaux substantiels, le coût des dépenses fiscales associées peut en partie neutraliser les économies réalisées. Dans l’ensemble, les dépenses fiscales restent d’un ordre de grandeur inférieur à celui des dépenses directes, leur niveau étant estimé être passé d’environ 0.1 % du PIB au début des années 2000 à près de 0.3 % du PIB ces dernières années (Redonda et von Haldewang C., 2025[2]).
2.2. Initiatives de réforme et mesures d’économie
Copier le lien de 2.2. Initiatives de réforme et mesures d’économieCette section présente en détail les mesures recensées dans l’enquête 2026 sur le redressement des finances publique (RFP)s. Le Graphique 2.5 offre un aperçu des mesures récemment prises par les pouvoirs publics pour contenir les dépenses de retraite et renforcer la soutenabilité à long terme des systèmes de pensions, sur la base des réponses à l’enquête. Comme dans la plupart des participants, les systèmes de retraite reposent à la fois sur des dispositifs publics et privés, les mesures recensées portent ainsi soit sur la réduction des dépenses publiques de retraite, soit sur le développement de l’offre privée de retraite. Les mesures présentées ci‑après correspondent aux contributions des participants et concernent des dispositifs devant produire des effets en 2025‑2026. Si, dans la majorité des cas, il s’agit de mesures nouvelles adoptées dans le cadre des budgets nationaux, certains participants ont également signalé des réformes antérieures à 2025 dont les effets se manifestent en 2025‑2026. Dans de nombreux cas, ces effets tiennent notamment à des relèvements progressifs de l’âge de la retraite prévus par des législations antérieures, ou à l’incidence différée de réformes déjà mises en œuvre.
Les mesures mentionnées dans l’enquête RFP sont axées sur les économies budgétaires. Un examen complet des tendances en matière de réforme des retraites est proposé dans la publication Panorama des pensions de l’OCDE (OCDE, 2025[1]).
Graphique 2.5. Principales réformes et mesures d’économie liées aux retraites
Copier le lien de Graphique 2.5. Principales réformes et mesures d’économie liées aux retraitesMesures approuvées ou soumises au Parlement pour les exercices budgétaires 2025 et 2026
Note : Résultats basés sur 39 réponses à l’enquête RFP. Les mesures notifiées comme « autres » dans l’enquête sur le RFP ont été réparties en cinq sous-catégories, sur la base des informations qualitatives fournies par les répondants : « Accroître la dépendance à l’égard des pensions privées et les rendements attendus de ces dernières », « Accroître les taux d’emploi des travailleurs âgés », « Élargir la couverture du système contributif », « Mettre en place des mécanismes de viabilité » et « Autres ».
Source : Enquête 2026 de l’OCDE sur le redressement des finances publiques, Question 1 : Pensions publiques.
2.2.1. Relèvement de l’âge légal de la retraite
Dans le cadre des mesures d’économie, plusieurs participants ont indiqué avoir relevé l’âge légal de départ à la retraite. Cela augmente le temps de travail (et donc de paiement des cotisations) et réduit le temps pendant lequel les personnes peuvent prétendre à des retraites publiques, ce qui augmente les recettes publiques et réduit les dépenses. On peut citer à titre d’exemples :
La Belgique relèvera progressivement l’âge légal de la retraite de 65 ans à 67 ans d’ici à 2030.
Le Danemark relèvera l’âge légal de la retraite de 69 à 70 ans à compter de 2040.
Tchéquie, où il existe un système de relèvement progressif de l’âge de la retraite jusqu’à 67 ans.
Lettonie, où l’âge de la retraite a été porté à 65 ans en 2025.
En Norvège, où l’âge de la retraite augmente progressivement, a commencé par la cohorte née en 1964 à compter de 2025 (et où l’âge de la retraite obligatoire dans le secteur public passera de 70 à 72 ans), ce qui permettra aux individus de continuer à travailler plus longtemps et uniformisera ces règles dans l’ensemble du secteur public et privé).
La Slovénie va relever l’âge de la retraite de 65 à 67 ans.
Au Taipei chinois, l’âge de la retraite des fonctionnaires a été relevé progressivement et atteindra 65 ans en 2026.
Toutes ces mesures d’économie sont utiles et s’inscrivent dans le cadre des tendances plus générales de l’OCDE visant à relever l’âge de départ à la retraite (Graphique 2.6). Il est également prouvé que le relèvement de l’âge de la retraite anticipée et de l’âge légal de la retraite s’est traduit par d’importantes hausses de l’emploi. Aux Pays-Bas, le relèvement de l’âge légal de la retraite de 65 ans en 2012 à 66 ans et 4 mois en 2019 a entraîné une hausse significative du taux d’emploi (Rabate, Jongen et Atav, 2024[3]). De même, en Autriche, une hausse antérieure a entraîné une hausse de 9.8 et 11 points de pourcentage respectivement pour les hommes et les femmes. C’est parmi les travailleurs bien rémunérés et en bonne santé que cette réponse a été la plus forte, tandis que les travailleurs moins bien rémunérés et en moins bonne santé étaient plus susceptibles de chercher d’autres solutions. Au Japon, le relèvement de 60 à 65 ans de l’âge d’ouverture des droits à pension au titre de l’assurance retraite des salariés (qui atteindra 65 ans en 2030 pour les femmes) a entraîné une hausse de 7 à 8 points de pourcentage de l’emploi parmi les personnes concernées (Nakazawa, 2022[4]). Des recherches menées au Danemark, en Norvège et en Suisse indiquent que ces changements ont également des répercussions sur les conjoints, même s’ils ne sont pas directement touchés, les couples s’adaptant pour prendre leur retraite ensemble.
Toutefois, dans de nombreux pays de l’OCDE, l’âge effectif moyen de départ à la retraite reste inférieur à l’âge légal de la retraite. Cela peut s’expliquer par le fait que les systèmes de retraite offrent des possibilités de sortie anticipée, souvent liées à la durée de cotisation, ou par la situation du marché du travail (c’est-à-dire les personnes occupant des métiers pénibles). Dans les pays où il existe des écarts importants entre les taux de retraite statutaire et de retraite anticipée, il peut être utile de réduire les taux de retraite anticipée. Pour ce faire, il est possible d’augmenter le nombre minimum d’années de cotisation requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein, et de mettre en place des contre-incitations à la retraite anticipée (ou à la retraite ultérieure) afin d’accroître le maintien dans l’emploi des travailleurs âgés.
Graphique 2.6. L’âge normal de la retraite des hommes augmentera dans la moitié des pays de l’OCDE
Copier le lien de Graphique 2.6. L’âge normal de la retraite des hommes augmentera dans la moitié des pays de l’OCDEÂge normal de la retraite pour les hommes qui entrent sur le marché du travail à l’âge de 22 ans après une carrière complète
Note : L’âge normal de la retraite est calculé pour une personne ayant effectué une carrière complète à partir de 22 ans. Le terme « actuel » désigne les personnes qui ont pris leur retraite en 2024. « Avenir » désigne l’âge à partir duquel une personne peut prétendre à une retraite à taux plein au titre de toutes les composantes obligatoires (sans aucune réduction), dans l’hypothèse d’une carrière complète à partir de 22 ans en 2024. Les crédits d’éducation ne sont pas inclus. Pour une meilleure visibilité, l’échelle de ce graphique exclut la valeur la plus basse observée de 52 ans pour l’âge normal actuel de la retraite en Türkiye.
Source : OCDE, Panorama des pensions (2025[1]), Graphique 1.12.
Par exemple, dans l’enquête RFP, plusieurs participants ont mis en place des règles de retraite anticipée, qui permettent aux individus de prendre leur retraite plus tôt sous certaines conditions. Certains participants ont adapté leurs règles de retraite anticipée pour les limiter :
L’Autriche a modifié les règles d’éligibilité à la retraite anticipée à l’été 2025, notamment en relevant l’âge général de la retraite anticipée de 62 à 63 ans.
Le relèvement de l’âge légal de la retraite au Danemark (mentionné ci-dessus) entraînera également des ajustements de l’âge d’éligibilité à certains régimes de retraite anticipée.
Deux des régimes de retraite anticipée de l’Italie (l’un qui autorisait la retraite anticipée pour les personnes ayant cotisé pendant 41 ans, et l’autre qui autorisait la retraite anticipée pour les femmes sous certaines conditions) n’ont pas été prolongés dans le budget 2026. Toutefois, ceux qui avaient satisfait aux exigences dans le délai fixé par la législation précédente restent éligibles.
En Slovénie, une personne ayant cotisé pendant 40 ans pourra prendre sa retraite à taux plein à partir de 62 ans au lieu de 60 ans.
2.2.2. Gel ou modification des règles d’ajustement des pensions publiques
Dans le cadre des mesures d’économie, certains participants ont réduit le taux d’acquisition des droits à pension de sorte que chaque année de travail ajoute un peu moins aux droits à pension publics qu’auparavant :
En Tchéquie, le taux d’acquisition passera de 1.5 % à 1.45 %.
La Slovénie a ajusté sa formule d’indexation, de sorte qu’elle dépendra progressivement davantage de l’inflation que de la croissance des salaires. L’inflation augmentant généralement plus lentement que les salaires, la croissance des retraites s’en trouvera ralentie.
Certains participants ont axé les réductions de l’ajustement des pensions sur les personnes percevant des pensions plus élevées :
En Autriche, seules les pensions d’un montant inférieur ou égal à 2 500 EUR sont ajustées d’un pourcentage, tandis que les pensions d’un montant supérieur reçoivent un montant fixe.
En Belgique, les retraites d’un montant inférieur ou égal à 5 182 EUR resteront intégralement indexées, mais les pensions versées au-delà de ce montant ne recevront qu’un montant fixe. Par conséquent, les personnes qui perçoivent des pensions élevées ne bénéficient pas d’ajustements importants, ce qui réduit la pression sur les finances publiques.
Il existe également plusieurs exemples d’ajustements de la base de calcul des pensions de retraite :
En Belgique, la retraite des fonctionnaires est actuellement calculée sur la base des 10 meilleures années de retraite. Ce seuil sera progressivement relevé jusqu’à ce qu’il atteigne 45 ans en 2062, ce qui revient à supprimer le concept de « meilleur de ». Les salaires étant généralement plus élevés plus tard dans la vie, les dépenses de retraite devraient s’en trouver réduites.
En Tchéquie, 100 % des revenus inférieurs à un certain seuil (environ 800 EUR par mois) sont actuellement pris en compte dans la formule de calcul des droits à pension. Ce taux sera progressivement réduit pour atteindre 90 % à l’horizon 2035. Au‑delà de ce premier seuil, seuls 26 % des revenus d’activité sont pris en compte, tandis qu’au‑delà d’un second seuil, les revenus ne sont plus intégrés dans le calcul de la pension.
En Irlande, la méthode de la moyenne annuelle pour le calcul des droits à pension publics sera progressivement supprimée à compter de 2025. Cette approche sera remplacée par l’approche fondée sur les cotisations totales, selon laquelle les prestations de retraite sont directement proportionnelles au nombre total de cotisations versées tout au long de la vie active. Cela devrait modérer les coûts futurs des retraites.
En Slovénie, la période de référence de l’assiette des retraites est passée récemment des 24 meilleures années consécutives à 40 ans moins 5 pires années.
La République slovaque gèlera le « 13e mois de retraite» entre 2026 et 2028. Le 13e mois de retraite <est une prime annuelle égale à la retraite mensuelle moyenne perçue l’année précédente.
Aux Pays-Bas, un versement complémentaire à la pension publique de base a été supprimé.
2.2.3. Augmenter les taux de cotisation et les périodes de cotisation
Dans le cadre des mesures d’économies, l’un des ajustements les plus fréquents concerne l’augmentation des taux de cotisation et de la durée de cotisation. Ces réformes, qui comptent parmi les modifications les plus courantes des paramètres des systèmes de retraite, visent à inscrire les dispositifs financés sur fonds publics sur une trajectoire budgétaire plus soutenable. Elles répondent également à l’allongement de l’espérance de vie, qui n’a pas toujours été pleinement pris en compte dans l’équilibre financier initial des systèmes. Dans ce contexte, l’allongement de la durée de cotisation constitue à la fois un levier d’économies et un moyen d’encourager le maintien en activité à un âge avancé (ce qui relève également d’un ensemble distinct de mesures examinées ci-après).
De même, l’augmentation des taux de cotisation permet d’accroître les droits accumulés dans les dispositifs de retraite contributifs, réduisant ainsi la dépendance des individus à l’égard des régimes publics. Parmi les participants ayant mentionné de telles mesures, on peut citer les exemples suivants :
L’Irlande a relevé le taux de cotisation au régime public de retraite des employeurs et des salariés de 0.1 point de pourcentage en 2024 et l’augmentera au total de 0.7 point de pourcentage sur cinq ans, dans le but de soutenir la viabilité à long terme de la caisse d’assurance sociale.
Au Japon, le plafond du salaire mensuel utilisé comme base pour le calcul des cotisations d’assurance retraite est porté de 650 000 JPY à 750 000 JPY, ce qui augmente le montant des cotisations pour les personnes appartenant à cette tranche de salaire.
La Corée prévoit de porter par tranches annuelles le taux de cotisation au régime national de retraite, qui est actuellement de 9 %, à 13 % d’ici à 2033.
Au Luxembourg, le taux de cotisation total est passé de 24 % à 25.5 % du salaire brut en 2026, et restera en vigueur au moins jusqu’en 2032.
Les autres changements apportés à la conception des plans de retraite sont les suivants :
L’Irlande a mis en place un régime contributif pour les salariés en 2026. Cela impliquera l’affiliation automatique des salariés gagnant plus de 20 000 EUR et ne relevant pas déjà d’un régime, les taux de cotisation augmentant progressivement sur 10 ans.
Aux Pays-Bas, la loi sur l’avenir des retraites remplace l’ancien système à prestations définies par un système à cotisations
La Tchéquie a renforcé les incitations à souscrire une assurance retraite en divisant par deux la pénalité pour retraite anticipée pour les personnes ayant au moins 45 ans d’assurance retraite.
2.2.4. Augmenter les taux d’emploi des seniors
Dans le cadre des mesures d’économie, plusieurs participants ont mis en place des incitations pour que les travailleurs âgés continuent de travailler au-delà de l’âge légal de départ à la retraite. Les possibilités d’emploi à un âge avancé sont souvent réduites. En 2022, 9.5 % des salariés âgés de 55 à 64 ans ont été embauchés, contre 15 % des travailleurs âgés de 35 à 44 ans (OCDE, 2025[5]). À ce titre, il est important d’améliorer les perspectives d’emploi et le taux d’activité effectif des travailleurs âgés (voir le chapitre 3 de (OCDE, 2025[5]), et (OCDE, 2019[6])). Cela prend généralement la forme d’avantages financiers pour ceux qui travaillent au moins à temps partiel lorsqu’ils sont retraités.
Pour ce qui est des exemples concrets de mesures d’économie tirés de l’enquête RFP :
En Autriche, le gouvernement a introduit la possibilité de réduire le temps de travail et de percevoir des prestations de retraite partielles. Le dispositif autrichien pour l’emploi des travailleurs âgés (Älteren Beschäftigungspaket) vise à accroître l’emploi des travailleurs âgés en s’attaquant aux problèmes d’employabilité et de maintien dans l’emploi (Encadré 2.1).
La Belgique est en train de supprimer un système qui accordait une prime forfaitaire pour le travail effectué après une retraite anticipée. Il sera remplacé par un système de bonus-malus, avec des réductions progressives (jusqu’à 5 %) de la retraite légale pour les personnes qui prennent leur retraite de manière anticipée, et des augmentations progressives (jusqu’à 5 %) pour les personnes qui prennent leur retraite légale après l’âge légal de la retraite.
En Tchéquie, les retraités qui perçoivent une pension de vieillesse et travaillent à taux plein peuvent prétendre à une réduction de leurs cotisations d’assurance retraite.
Au Luxembourg, la mise en place d’une retraite partielle permet aux salariés de travailler à temps partiel tout en percevant une partie de leur pension. En outre, un abattement fiscal est accordé aux personnes qui peuvent prétendre à une retraite anticipée mais qui continuent volontairement de travailler jusqu’à l’âge légal de la retraite.
L’Irlande autorise les individus à différer la liquidation de leur pension publique jusqu’à quatre ans après l’âge de la retraite. Cela permet aux individus de continuer à travailler et, potentiellement, d’améliorer leurs cotisations à la partie contributive de la pension publique afin de percevoir une pension plus élevée au moment de leur départ à la retraite. Le gouvernement a désormais relevé le niveau des prestations en cas de demande différée, ce qui incite les personnes à le faire.
Encadré 2.1. Mesures d’incitation en faveur des travailleurs âgés en Autriche
Copier le lien de Encadré 2.1. Mesures d’incitation en faveur des travailleurs âgés en AutricheDans le cadre de la réforme des retraites en Autriche, plusieurs mesures ont été prises pour inciter les personnes à continuer de travailler au-delà de la retraite. Conscient des difficultés que rencontrent souvent les personnes âgées pour trouver et conserver un emploi, le gouvernement a également adopté des mesures visant à permettre à un plus grand nombre de personnes de plus de 60 ans d’accéder à l’emploi et de conserver leur emploi. Il s’agira notamment de renforcer le suivi de la situation des travailleurs âgés sur le marché du travail, d’envoyer aux entreprises des informations et un soutien ciblés pour leur permettre de former leurs salariés âgés et de mettre en œuvre des mesures préventives pour aider ces derniers à rester en bonne santé.
En outre, le gouvernement prévoit de mettre en place une allocation exonérée d’impôt pour les revenus supplémentaires perçus pendant la retraite, à concurrence de 15 000 EUR par an, et de supprimer les cotisations salariales à l’assurance retraite pour les salariés ayant atteint l’âge normal de la retraite (régime dit « Aktivpension »).
Source : Enquête 2025 sur le redressement des finances publiques ; (Bundeskanzleramt, 2025[7]) ; (Vienna.at, 2025[8]).
2.2.5. Harmoniser les systèmes de retraite de la fonction publique et du secteur privé
Dans le cadre des mesures d’économie, plusieurs participants ont identifié des mesures visant à intégrer ou à harmoniser les régimes publics de retraite fragmentés :
En Belgique, certains régimes de retraite préférentiels applicables aux fonctionnaires font l’objet d’ajustements visant à les rapprocher des règles en vigueur dans le secteur privé. Ces ajustements comprennent notamment :
La réduction des coefficients permettant d’atteindre plus rapidement les conditions d’ouverture des droits à la retraite anticipée ;
La suppression de la pension statutaire de maladie des fonctionnaires ;
Le relèvement des âges préférentiels de départ anticipé à la retraite pour certaines catégories de fonctionnaires ;
La suppression des mécanismes d’indexation automatique des pensions des fonctionnaires sur l’évolution des salaires, les revalorisations étant désormais alignées sur les règles générales d’indexation des pensions.
En Norvège, l’âge obligatoire de départ à la retraite pour les agents de l’État sera porté de 70 à 72 ans, comme indiqué plus haut. Cela permettra d’harmoniser la limite d’âge supérieure dans les secteurs public et privé.
En Italie, les pensions publiques des forces armées, de la police et des pompiers seront relevées de trois mois, ce qui rapprochera les critères d’âge des autres régimes de retraite
2.2.6. Accroître la dépendance à l’égard des pensions privées et les rendements attendus de ces pensions
Plusieurs participants cherchent à réaliser des économies budgétaires en favorisant un recours accru aux fonds de pension privés et en améliorant leur rendement.
À titre d’exemple, certains participants mettent en œuvre des mesures visant à accroître la performance des investissements des fonds de pension, notamment en renforçant la concurrence et en adaptant les cadres réglementaires.
Au Chili, la loi n° 21.735 de 2025 étend à 10 % des affiliés un mécanisme auparavant réservé aux nouveaux entrants, leur permettant de soumettre leurs administrateurs de fonds de pension (entreprises privées chargées de la gestion et de l’investissement des actifs de retraite) à un appel d’offres public tous les deux ans. Cette mesure vise à réduire les frais de gestion et les coûts administratifs associés, contribuant ainsi à améliorer le rendement net pour les bénéficiaires. Par ailleurs, les cotisations patronales devraient passer de 1.5 % à 8.5 % d’ici à 2033.
Au Costa Rica, une réforme du régime de retraite complémentaire obligatoire a été mise en place afin d’améliorer la gestion des risques et le rendement des investissements. L’ajustement devrait offrir une meilleure protection aux adhérents proches de la retraite et optimiser les rendements pour les adhérents plus jeunes. S’il est approuvé, il pourrait déboucher sur des économies, l’augmentation des rendements nets réduisant la pression sur les retraites publiques.
La réforme des retraites de la Finlande en 2025 vise des objectifs similaires, à savoir améliorer le rendement des investissements des fonds de pension. Il prévoit de le faire en modifiant la réglementation des activités d’investissement des organismes de retraite du secteur privé.
La Lettonie a durci les critères de fixation des frais de gestion des pensions, en plafonnant la partie permanente des frais facturés. L’objectif est de réduire les coûts à long terme pour les affiliés afin qu’ils conservent une plus grande part de leur rendement. Elle est également en train d’ajuster la répartition des cotisations à son système de retraite jusqu’en 2028. 5 % des revenus seront versés au pilier de retraite par capitalisation et 15 % au système public non capitalisé, ce qui signifie que les cotisations au régime public sont désormais légèrement plus élevées.
En Thaïlande, le gouvernement a mis en place un dispositif de loterie adossé au Fonds national d’épargne. Dans ce cadre, les individus peuvent souscrire à des produits d’épargne liés à une loterie, le montant versé étant intégralement affecté à leur compte de retraite individuel et investi par le Fonds. Le capital accumulé, y compris les rendements, est ensuite versé à l’épargnant à l’âge de 60 ans. Ce dispositif vise à encourager l’épargne en vue de la retraite et, ce faisant, à réduire les dépenses publiques consacrées aux aides sociales en faveur des personnes âgées.
En Lettonie, une personne doit être assurée 20 ans pour pouvoir prétendre à la pension de vieillesse à compter de 2025.
Au Luxembourg, pour rapprocher l’âge effectif de la retraite de l’âge légal, les périodes de cotisation obligatoires seront prolongées de huit mois d’ici à 2030.
2.2.7. Introduction ou application de critères plus stricts pour les critères de ressources
Des conditions de ressources peuvent être utiles pour ajuster l’accès aux pensions et prestations publiques. Dans de nombreux cas, cette approche s’est concentrée sur le revenu, mais il existe également des options pour utiliser des mécanismes fondés sur les actifs. Cela est particulièrement utile parmi les populations plus âgées, où le patrimoine accumulé peut entraîner de grandes différences dans le niveau de richesse des différents ménages, même lorsque les écarts de revenu sont faibles (OCDE, à paraître[9]).
Les réponses à l’enquête RFP incluent les exemples suivants :
L’Australie utilise un mécanisme dit de « taux de présomption » pour estimer la part des actifs prise en compte dans l’évaluation de l’éligibilité aux prestations de retraite. À compter de 2025, ce taux sera relevé, passant de 0.25 % à 0.75 % pour les actifs inférieurs au seuil, et de 2.25 % à 2.75 % pour les actifs supérieurs à 64 200 AUD. Cette évolution se traduira par une prise en compte plus élevée des actifs dans le calcul de l’éligibilité, ce qui devrait réduire le nombre de bénéficiaires et, par conséquent, les dépenses publiques associées.
La Finlande a durci les conditions d’attribution de l’allocation logement en faveur des retraités. Selon les nouvelles règles, les revenus et le patrimoine pris en compte auront un impact plus important sur le montant de la prestation, en particulier pour les bénéficiaires les plus aisés.
2.2.8. Mise en place de mécanismes de durabilité
Dans le cadre de stratégies d’épargne et de rééquilibrage budgétaire à plus long terme, certains participants ont mis en place des mécanismes de soutenabilité qui ajustent les pensions en fonction de seuils fixés. Ils ajustent les montants des pensions en fonction de variables économiques ou financières, afin de garantir que les dépenses de retraite sont conformes aux moyens du participant . Ces mécanismes s’inscrivent dans le cadre d’un mécanisme d’ajustement automatique plus large qui implique des règles prédéfinies qui ajustent les principaux paramètres des pensions en fonction d’indicateurs démographiques, économiques ou financiers, sans qu’il soit nécessaire de modifier la législation (voir l’Encadré 2.2 ci-dessous).
Encadré 2.2. Mécanismes d’ajustement automatique (MAA)
Copier le lien de Encadré 2.2. Mécanismes d’ajustement automatique (MAA)Des mécanismes d’ajustement automatique (MAA) ont été mis en place afin de répondre aux enjeux de soutenabilité apparus à la suite de la crise financière de 2008. Environ deux tiers des pays de l’OCDE recourent aujourd’hui à de tels dispositifs dans leurs systèmes de retraite. Par ailleurs, les pays affichant les âges de départ à la retraite les plus élevés sont, pour la plupart, ceux qui lient cet âge à l’évolution de l’espérance de vie, comme la Finlande, le Portugal ou la République slovaque.
Plusieurs modalités d’ajustement existent. Dans certains cas, l’âge légal de départ à la retraite est entièrement indexé sur l’espérance de vie, de sorte qu’une hausse d’un an de celle-ci se traduit par un relèvement équivalent de l’âge de départ. Dans d’autres cas, l’ajustement est partiel, par exemple à hauteur des deux tiers de l’augmentation de l’espérance de vie.
Certains MAA prévoient également un ajustement des prestations en fonction des évolutions démographiques. Ces dispositifs peuvent se révéler efficaces. À titre d’exemple, le coefficient de viabilité appliqué au Portugal, qui ajuste les pensions anticipées en fonction de l’espérance de vie, devrait réduire leur niveau de 30 % d’ici à 2066. En Finlande, le coefficient d’espérance de vie, appliqué aux pensions initiales, devrait entraîner une diminution d’environ 13 % pour les cohortes entrant sur le marché du travail en 2020 à l’horizon 2066. D’autres mécanismes reposent sur des indicateurs tels que le niveau des cotisations, le PIB ou des ratios démographiques.
Un autre ensemble de dispositifs vise à garantir l’équilibre financier des systèmes de retraite. Ils reposent généralement sur des règles automatiques d’ajustement des paramètres, telles que la modération du niveau ou de la croissance des pensions, ou encore l’ajustement des taux de cotisation, lorsque certains seuils sont franchis. Ainsi, en Finlande, si les réserves tombent en dessous de 20 % des dépenses de retraite par répartition prévues pour l’année suivante, les taux de cotisation sont automatiquement relevés afin de respecter ce seuil.
En Suède, un mécanisme d’équilibrage ajuste les pensions lorsque les engagements du système excèdent ses actifs. Un ratio de solde est calculé chaque année en fonction des actifs de cotisation, des fonds de réserve et des engagements. Lorsque ce ratio est inférieur à 1, un ajustement automatique de l’indexation des pensions est déclenché. Ce mécanisme s’applique tant aux droits acquis qu’aux pensions en cours de versement. Depuis 2025, un mécanisme complémentaire permet également de redistribuer les excédents lorsque les actifs excèdent les engagements d’au moins 15 %, dans une logique de gestion prudente à long terme.
Les MAA présentent l’avantage d’offrir une plus grande prévisibilité et de limiter le recours à des ajustements discrétionnaires, puisqu’ils ne nécessitent pas d’intervention législative une fois en place. Leur efficacité repose néanmoins sur une bonne compréhension par le public. À cet égard, ils peuvent être présentés comme des instruments réduisant l’incertitude, garantissant une plus grande stabilité et assurant une répartition plus équitable des ajustements entre générations.
Bien que ces mécanismes restent encore relativement peu mobilisés dans les réformes récentes recensées dans l’enquête, leur capacité à s’ajuster automatiquement aux évolutions démographiques en fait des outils particulièrement pertinents pour renforcer la soutenabilité des systèmes de retraite à moyen et long terme, avec des effets positifs sur la soutenabilité des finances publiques.
L’enquête RFP comprend les exemples suivants :
L’Autriche a mis en place un mécanisme de soutenabilité, exigeant du gouvernement fédéral qu’il prenne des mesures dans le secteur des retraites si une certaine trajectoire budgétaire pour les retraites publiques n’est pas respectée d’ici à 2030.
En Finlande, la réforme des retraites de 2025 introduit un mécanisme de stabilisation lié à l’inflation, assorti d’un plafond d’indexation des pensions. Ce dispositif limite la revalorisation des pensions liées aux revenus d’activité lorsque l’indice des pensions progresse plus rapidement que le coefficient salarial sur une période de deux ans.
2.2.9. Élargissement de la couverture du système contributif
Dans le cadre des mesures d’économie, d’autres participants élargissent l’éligibilité aux systèmes contributifs, ce qui se traduit de facto par une augmentation des recettes. Au Japon, par exemple, les travailleurs à temps partiel (ceux qui travaillent 20 heures ou plus par semaine) n’ont traditionnellement besoin d’adhérer aux plans de retraite des salariés que s’ils travaillent pour une entreprise de 51 salariés ou plus et gagnent un salaire mensuel d’au moins 88 000 JPY (équivalent à 520 EUR). Le gouvernement prévoit de supprimer ces deux obligations.
En Belgique, certaines périodes de chômage pouvaient, sous conditions, être assimilées à des périodes de salaire fictif de référence dans le calcul des droits à pension. La réforme la plus récente prévoit de réduire cette prise en compte à partir de 2027. En revanche, les périodes considérées comme socialement nécessaires, telles que les congés de maladie ou les congés parentaux, demeurent inchangées.
2.2.10. Autres mesures d’économie, dont l’ajustement des allègements fiscaux
Les incitations à l’épargne privée peuvent également être utiles pour réduire la dépendance à l’égard des programmes publics. En transférant une partie du financement des retraites vers l’épargne privée, les pouvoirs publics peuvent plus facilement limiter les engagements futurs en matière de retraite sans conséquences négatives excessives pour les futurs retraités. L’épargne privée peut être encouragée par des instruments spécifiques, notamment ceux qui permettent un flux de revenu garanti à la retraite, comme les rentes, ou ceux qui libèrent les liquidités stockées dans le logement, comme les prêts hypothécaires inversés (OCDE, à paraître[9]). Il s’agit de combiner des mesures réglementaires et des mesures d’allègement fiscal.
De nombreux participants ont déjà mis en place des systèmes qui permettent de réduire les impôts sur l’épargne spécifiquement constituée pour la retraite. De telles incitations peuvent être bénéfiques, mais leur coût en termes de manque à gagner doit être pris en compte. Par conséquent, les pouvoirs publics qui envisagent de réaliser des économies peuvent également envisager d’ajuster les allègements fiscaux, comme l’illustre l’enquête sur les fonds propres destinés à financer des projets.
Plusieurs participants ont également réduit les allègements fiscaux liés aux retraites, comme l’indiquent les résultats de l’enquête RFP :
La Finlande a supprimé la déduction fiscale applicable aux cotisations de retraite volontaires.
En France, le projet de loi de finances pour 2026 remplace l’abattement de 10 % sur l’impôt sur le revenu accordé aux retraités par un montant forfaitaire de 2 000 EUR.
La Corée a restreint l’accès au compte d’épargne global exonéré d’impôt : désormais réservé aux bénéficiaires de la pension de base, il ne concerne plus l’ensemble des personnes âgées de 65 ans et plus (soit environ 70 % de cette population).
En Nouvelle-Zélande, dans le cadre du programme KiwiSaver qui incite à épargner pour financer des pensions privées, la contribution publique a été supprimée pour les personnes dont les revenus dépassent 180 000 NZD par an, tandis que son taux a été réduit de moitié pour les autres, à 25 cents par dollar, avec un plafond de 260.72 NZD.
Au Royaume-Uni, les aides au titre des dépenses de chauffage hivernal ont été ciblées afin de n’être versées qu’aux bénéficiaires de crédits de retraite ou d’autres prestations soumises à conditions de ressources.
En outre, plusieurs mesures ne relèvent pas directement des catégories précédentes :
Au Canada, le budget 2025 prévoit de ramener le taux net d’acquisition des droits à 2 % pour les salariés du secteur public fédéral, ainsi que pour les membres des Forces armées canadiennes et de la Gendarmerie royale du Canada, afin de tenir compte des améliorations apportées du Régime de pensions du Canada et du Régime de rentes du Québec. Cette mesure devrait générer environ 1.1 milliard CAD d’économies sur cinq ans.
En Estonie, l’allocation destinée aux retraités vivant seuls a été supprimée pour les bénéficiaires de services de prise en charge permanente (24 heures sur 24).
En Lituanie, l’affiliation automatique au régime de retraite à cotisations définies a été supprimée au profit d’un dispositif volontaire. Les affiliés peuvent également retirer leurs propres cotisations, exonérées d’impôt sur le revenu. Les montants auparavant financés par des subventions publiques sont transférés au fonds d’assurance sociale et convertis en points de retraite supplémentaires, renforçant ainsi l’assiette du régime public sans dépenses additionnelles. Cette mesure devrait permettre de réaliser des économies à terme, lorsque le gouvernement n’aura plus à verser de cotisations aux personnes ayant quitté le deuxième pilier du système de retraite.
Références
[7] Bundeskanzleramt (2025), Erwerbstätigkeit im Alter und Überstunden werden entlastet [Employment in old age and overtime are relieved of burdens.], https://services.bundeskanzleramt.gv.at/newsletter/bka-medien-newsletter/innenpolitik/bka-medieninformation-17-12-2025.html.
[13] European Pensions (2025), Surplus mechanism to be introduced to Swedish income pension system, https://www.europeanpensions.net/ep/Surplus-mechanism-to-be-introduced-to-Swedish-income-pension-system.php.
[11] FIAP (2023), Automatic Adjustment Mechanisms: Role and Lessons for the Pension Systems, https://www.fiapinternacional.org/wp-content/uploads/2023/03/NDP70-nota-de-pensiones-eng.pdf.
[14] Finnish Centre for Pensions (2025), 2025 Pension Reform, https://www.tyoelake.fi/en/themes/2025-pension-reform/.
[4] Nakazawa, N. (2022), « The Effects of Increasing the Eligibility Age for Public Pension on Individual Labor Supply », Journal of Human Resources, vol. 60/1, pp. 102-128, https://doi.org/10.3368/jhr.0421-11627r1.
[1] OCDE (2025), Panorama des pensions 2025 : Les indicateurs de l’OCDE et du G20, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/58bd74b1-fr.
[5] OCDE (2025), Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2025 : Pouvons-nous surmonter la crise démographique ?, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/79445578-fr.
[10] OCDE (2021), Panorama des pensions 2021 : Les indicateurs de l’OCDE et du G20, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/ca401ebd-en.
[6] OCDE (2019), Working Better with Age, Ageing and Employment Policies, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/c4d4f66a-en.
[9] OCDE (à paraître), Efficient Fiscal Policy to Ensure Income For the elderly.
[3] Rabate, S., E. Jongen et T. Atav (2024), « Increasing the Retirement Age: Policy Effects and Underlying Mechanisms », American Economic journal: Economic Policy, vol. 16/1, pp. 259-91, https://doi.org/10.1257/pol.20210101.
[2] Redonda, A. et A. von Haldewang C. (2025), Global Tax Expenditure Database (GTED) 1.3.1), https://doi.org/105281/zenodo.13332268.
[12] Riksdag (2010), « Socialförsäkringsbalk (2010:110) [Social Insurance Code (2010:110)] », https://www.riksdagen.se/sv/dokument-och-lagar/dokument/svensk-forfattningssamling/socialforsakringsbalk-2010110_sfs-2010-110/.
[8] Vienna.at (2025), New Savings Package: An Overview of All Measures, https://www.vienna.at/new-savings-package-an-overview-of-all-measures/9399758.