Les États sont aujourd’hui confrontés à un paysage de l’action publique complexe et en mutation rapide, ce qui a des répercussions importantes sur leur budget national. D’une part, les finances publiques sont soumises à de multiples tensions liées au vieillissement, aux soins de santé et à la défense. Ces tensions sont aggravées par la baisse du taux de croissance potentielle dans de nombreux pays, ce qui complique singulièrement les choix à opérer pour maintenir la soutenabilité budgétaire à long terme. La capacité des pouvoirs publics à s’attaquer à ces problèmes à long terme est en outre le principal déterminant de la confiance dans les pouvoirs publics. D’autre part, sur fond de fragilisation de la confiance et de difficultés à prendre des décisions de politique budgétaire, il devient de plus en plus épineux de procéder à des arbitrages en la matière. Le redressement des finances publiques est donc une condition préalable pour permettre à un État efficace de faire face aux enjeux du moment, de répondre aux besoins à long terme et de parer aux crises, et in fine d’améliorer la croissance et la confiance dans les institutions publiques.
La situation budgétaire actuelle est due à des années de déficits successifs dans de nombreux pays. Une série de crises survenues depuis 2009 a nécessité d’engager des dépenses extraordinaires, ce qui a entraîné une augmentation rapide de la dette publique dans la zone OCDE, qui est passée de 73 % du PIB en 2007 à environ 110 % en 2024. Ces facteurs ont accentué l’augmentation des dépenses liées aux tensions à long terme, comme celles consacrées à la protection sociale et à la santé. Le service de la dette a atteint 3.3 % du PIB en 2025, contre 1.9 % en 2020, et continue d’augmenter.
Le présent rapport contient les conclusions de l’enquête conduite en 2026 par l’OCDE sur le redressement des finances publiques, réalisée auprès de 35 pays de l’OCDE, de 3 pays candidats à l’adhésion et d’une économie non membre. Cette enquête visait à appréhender le niveau et l’ampleur des réformes budgétaires actuellement engagées en vue d’assurer la soutenabilité des finances publiques.
Les gouvernements de la plupart des pays de l’OCDE cherchent actuellement à réaliser des économies dans leurs dépenses publiques. Ils élaborent actuellement trois grandes approches relatives aux mesures d’économie : 1) des stratégies globales visant à réduire le taux de croissance des dépenses dans tous les domaines, comme en Autriche ; 2) des stratégies sélectives impliquant une redéfinition significative des priorités, en mettant l’accent sur les dépenses de fonctionnement, comme au Canada ; 3) et des réformes structurelles améliorant l’efficience, porteuses d’avantages à plus long terme, comme au Danemark.
Près de 90 % des pays de l’OCDE cherchent à réaliser des économies sur les dépenses de protection sociale et/ou de santé, qui représentent désormais 51 % des dépenses publiques. Pour cela, ils prennent des mesures visant notamment à renforcer la soutenabilité budgétaire à long terme des systèmes de retraite, à accroître le taux d’activité et à réaliser des économies dans les secteurs de la santé, de la dépendance et des soins de longue durée. Certains pays réexaminent également le niveau des prestations et les modes d’interactions entre les différentes prestations, en mettant l’accent sur la réduction des versements tout en renforçant les incitations au travail, notamment par le regroupement ou la fusion des prestations. D’autres ajustent également les critères d’ouverture des droits et durcissent les conditions de ressources. Quelques-uns élargissent les sources de financement privées et redéfinissent les frontières entre secteur public et secteur privé pour aider à recouvrer certains coûts.
Près de 80 % des pays de l’OCDE prennent des mesures pour rendre le fonctionnement de l’État plus efficient. De nombreux pays s’emploient à gérer le mieux possible les effectifs de la fonction publique, notamment en ajustant les salaires, les prestations et les conditions d’emploi. Ils cherchent également à réaliser des gains d’efficience en améliorant le fonctionnement de l’administration publique. Pour cela, il convient notamment de simplifier les processus administratifs grâce aux technologies numériques, de réorganiser l’administration publique, d’utiliser des plateformes et des services partagés et de rationaliser la conduite des organismes publics et des ministères. Les États renforcent en outre la gestion de leur portefeuille immobilier et améliorent l’utilisation des ressources engagées dans le cadre des marchés publics. Enfin, un peu moins de 40 % des pays de l’OCDE recourent à des gains de productivité ou à des objectifs d’efficience, et certains externalisent de services ou de fonctions.
60 % des pays de l’OCDE rationalisent le soutien économique aux entreprises, et plus de 50 % ajustent le soutien aux ménages, qui a augmenté ces dernières années en raison des aides liées à la crise. Ces mesures visent à rationaliser, plafonner, supprimer progressivement ou mieux cibler ces soutiens. Elles se concentrent dans des domaines où l’aide a été jugée moins efficace, a induit une lourde charge administrative ou a été moins nécessaire à mesure que les marchés sont parvenus à maturité, même si la récente hausse des prix de l’énergie en 2026 a suscité un regain des pressions en faveur des aides. Près d’un quart des pays font également état de mesures d’économie visant les aides à l’agriculture. Face à la hausse des coûts du logement, certains resserrent, ciblent et durcissent les règles d’admissibilité au bénéfice des allocations logement.
Les pays de l’OCDE ont également mis en avant des hausses de dépenses, notamment dans les infrastructures d’éducation, de recherche et de transport, destinées à stimuler la compétitivité et la croissance. Toutefois, beaucoup sont en train de passer en revue les dépenses et d’améliorer l’efficience dans ces domaines. Environ 60 % des pays de l’OCDE cherchent à réaliser des gains d’efficience dans les dépenses d’éducation, en particulier dans l’enseignement supérieur. Les mesures qu’ils prennent visent à rééquilibrer les aides publiques et les contributions non gouvernementales et à mettre en phase l’organisation des établissements scolaires avec l’évolution démographique et les déplacements de populations au niveau régional. En ce qui concerne l’investissement public, près de 50 % des pays de l’OCDE ont fait le choix de réaliser des économies sélectives, même si les dépenses globales ont augmenté ces dernières années. Parmi les mesures prises figurent la réduction ou le report de certains investissements, l’assurance que les dépenses sont consacrées à des projets produisant les rendements attendus les plus élevés, la simplification des exigences réglementaires et la rationalisation des marchés publics afin d’optimiser l’utilisation des ressources. Les économies réalisées sur les dépenses de recherche-développement (R&D) sont, quant à elles, limitées : environ 30 % seulement des pays réduisent les aides à la R&D des entreprises et/ou la R&D financée par des fonds publics.
Les pays de l’OCDE réalisent également des économies sur les transferts entre les différents niveaux d’administration grâce à une refonte structurelle et à des ajustements ciblés. Si les réductions de dépenses importantes sont rares, 60 % environ cherchent à obtenir des gains d’efficience et à mieux aligner les incitations, notamment en réalisant des économies au moyen d’une réaffectation des responsabilités entre les différents niveaux d’administration, d’une réduction ou d’une restructuration des transferts généraux vers les administrations infranationales, d’une refonte de la structure des subventions, de l’ajustement des dispositifs de péréquation budgétaire et de l’instauration d’une meilleure coordination.
En outre, plusieurs pays de l’OCDE réduisent sensiblement leurs dépenses d’aide internationale au développement.
La quasi-totalité des pays de l’OCDE adoptent également des mesures en vue d’augmenter les recettes. Plutôt que de procéder à des hausses générales des taux des principaux impôts, les pouvoirs publics ont principalement recours à des hausses de taux ciblées et à des mesures d’élargissement des bases d’imposition, mettant l’accent sur le court terme et ayant un impact sur des secteurs spécifiques, ou axées sur des droits d’accise, telles que les taxes sur les produits du tabac, et le remplacement des réductions et exonérations antérieures de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) par des taux normaux. Certains ont entrepris un relèvement ciblé de l’impôt sur les sociétés et s’emploient à renforcer la discipline fiscale en améliorant le fonctionnement de l’administration fiscale.
Dans l’ensemble, les pays ont pris de multiples mesures et leur volonté de restaurer les finances publiques est notable, avec quelques réajustements et réaffectations importants dans les budgets publics, assortis dans certains cas de stratégies claires de réaffectation des ressources à de nouvelles priorités, en particulier dans le domaine de la défense. Néanmoins, la plupart des mesures semblent être progressives et ne paraissent pas être la résultante d’un processus d’assainissement budgétaire global. Leurs effets ne semblent pas être, à l’heure actuelle, à la hauteur des enjeux. Au moment de la rédaction du présent rapport, seulement la moitié environ des pays de l’OCDE devaient réduire leur déficit budgétaire primaire entre 2023 et 2027. Les mesures d’économie ne compensent pas l’augmentation des dépenses, car celles-ci devraient encore croître de 0.8 % du PIB entre 2024 et 2026 dans le pays moyen de l’OCDE, tandis que les mesures relatives aux recettes ne génèrent qu’une hausse de 0.3 %. Les chocs des prix de l’énergie survenus au début de 2026 devraient assombrir ces perspectives.
Dans le contexte actuel, les réformes budgétaires sont très difficiles à mettre en œuvre, malgré le fait que des institutions et des outils budgétaires de qualité, tels que des plafonds de dépenses et des revues des dépenses, soient en place dans la plupart des pays de l’OCDE. Un certain nombre de pays ont beaucoup de mal à faire adopter des propositions de réforme et des projets de loi de finances au Parlement. Un rapport parallèle, intitulé « Les citoyens et le budget », porte sur ces enjeux. Il propose des moyens concrets visant à renforcer la compréhension des enjeux budgétaires par les citoyens, ce qui est fondamental pour pouvoir mener à bien des réformes des finances publiques.