Bien que la croissance économique ait ralenti, les marchés du travail des pays de l’OCDE restent en tension, avec des pénuries persistantes de main-d’œuvre dans des secteurs critiques. Ces pénuries ne sont pas uniquement cycliques, mais reflètent des changements structurels dus au vieillissement démographique. Si les migrations ne peuvent résoudre les défis posés par le vieillissement des populations sur les marchés du travail de l’OCDE, elles peuvent contribuer à en atténuer les effets.
Une bonne illustration du rôle que peuvent jouer les migrations est le secteur de la santé, comme le montre le chapitre spécial sur les migrations internationales des professionnels de santé dans cette publication. Malgré des efforts continus des pays pour accroître leur capacité de formation de professionnels de la santé, la part des médecins nés à l’étranger a augmenté de sept points de pourcentage au cours des deux dernières décennies dans l’OCDE, passant de 21 % à 28 %. Les immigrés sont des travailleurs essentiels non seulement dans les secteurs de la santé et des soins, mais aussi dans d’autres secteurs tels que l’agriculture, la construction, l’hébergement et la restauration ou les technologies de l’information.
Les migrations de travail contribuent à répondre aux besoins structurels du marché du travail. Les migrations de travail, permanentes et temporaires, sont restées bien au-dessus des niveaux d’avant la pandémie malgré une légère baisse en 2024, respectivement 32 % et 26 % au-dessus des niveaux de 2019. Si les employeurs jouent un rôle crucial dans l’attraction des talents internationaux, ils sont également essentiels pour valoriser les compétences des immigrés déjà présents dans le pays d’accueil.
La plupart des immigrés en emploi dans l’OCDE n’ont pas émigré en vue d’un emploi déterminé. Beaucoup ont émigré pour des raisons familiales ou humanitaires. Néanmoins, leur parcours sur le marché du travail dépend largement de la volonté et de la capacité des employeurs à les embaucher, les former et les intégrer dans leur entreprise.
Le chapitre spécial sur le rôle des entreprises dans l’intégration des immigrés, dans cette édition des Perspectives des migrations internationales, montre qu’à leur entrée sur le marché du travail du pays d’accueil, les immigrés perçoivent en moyenne une rémunération inférieure de 34 % à celle des travailleurs du même âge et du même sexe nés dans le pays, en moyenne dans les 15 pays couverts par l’analyse. Près des deux tiers (63 %) de cet écart s’explique par les secteurs et les entreprises où travaillent les immigrés. Les immigrés ne travaillent pas seulement dans des secteurs moins bien rémunérés, mais aussi pour des employeurs qui rémunèrent moins bien, au sein de ces secteurs. Cet effet employeur représente 27 % de l’écart, en plus des 36 % dus à la concentration sectorielle.
L’écart de rémunération des immigrés se réduit d’un tiers, passant de 34 % à 21 %, au cours des cinq premières années sur le marché du travail du pays d’accueil. Bien que les immigrés accèdent en moyenne à des entreprises offrant de meilleures rémunérations au fil du temps, la majorité de la progression salariale se fait au sein des entreprises.
Au cours de la dernière décennie, depuis la crise des réfugiés syriens, les pays de l’OCDE ont déployé d’importants efforts pour adapter et améliorer leurs systèmes d’intégration, avec un renforcement de l’offre de cours de langue, un soutien plus ciblé, un rééquilibrage des droits et obligations des immigrés récemment arrivés, ainsi qu’un investissement accru dans l’intégration des immigrés.
Le rôle des employeurs a cependant été largement négligé ou limité à l’intégration des réfugiés dans le cadre de la responsabilité sociale des entreprises. Cela ignore le rôle essentiel des employeurs dans l’intégration réussie de tous les immigrés.
Les décideurs politiques doivent donc engager un dialogue constructif avec les employeurs sur l’intégration. Ils doivent soutenir les entreprises qui contribuent le plus à l’inclusion des travailleurs immigrés par des politiques ciblées et des incitations, et créer un écosystème général propice à de meilleurs résultats d’intégration et à l’inclusion sociale. L’intégration est aussi une responsabilité partagée dont les bénéfices profitent à tous : les travailleurs immigrés, les entreprises qui les emploient et l’économie dans son ensemble.
Stefano Scarpetta,
Directeur de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales,
OCDE