Ce chapitre s’intéresse aux marchés mondiaux du poisson et des autres produits aquatiques : il en décrit l’évolution puis présente des projections à moyen terme pour la période 2026-2035. Il passe en revue les évolutions anticipées en matière de consommation, de production, d’échanges et de prix. Il s’achève par un examen des risques et incertitudes notables susceptibles d’avoir une incidence sur les marchés mondiaux du poisson et des autres produits aquatiques durant les dix prochaines années.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2026‑2035
7. Poisson et autres produits d’animaux aquatiques destinés à l’alimentation humaine
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7.1. Principaux éléments des projections
Copier le lien de 7.1. Principaux éléments des projectionsD’ici à 2035, à l’échelle mondiale, la consommation de produits issus d’animaux aquatiques à des fins alimentaires devrait augmenter plus rapidement que les autres usages, principalement sous l’impulsion de l’Asie. La consommation en Europe devrait connaître une légère baisse.
La consommation mondiale apparente par habitant d’aliments issus d’animaux aquatiques devrait augmenter, pour atteindre 21.9 kg (en équivalent poids vif) en 2035, contre 21.4 kg en 2023‑2025. L’Afrique et l’Europe sont les seules régions où la consommation par habitant devrait légèrement diminuer.
L’aquaculture restera le principal moteur de croissance de la production halieutique et aquacole à l’échelle mondiale, et sa production devrait atteindre 216 millions de tonnes (Mt) d’ici à 2035.
Les exportations mondiales d’aliments issus d’animaux aquatiques continueront de croître, mais à un rythme plus lent qu’au cours de la décennie précédente. L’Afrique sera la seule région où les exportations ne devraient pas augmenter, ce qui s’explique par une augmentation de la demande intérieure.
Les prix mondiaux du poisson et des autres produits aquatiques devraient tous baisser en termes réels d’ici à 2035, en raison d’une croissance plus lente de la demande. Toutefois, le ralentissement de la croissance de la production aquacole et l’expansion limitée de la pêche de capture devraient avoir un effet modérateur sur la baisse des prix.
Les secteurs halieutique et aquacole font face à de nombreuses incertitudes en raison de l’évolution des conditions environnementales, de changements dans les politiques et les réglementations et de la fluctuation de la demande des consommateurs. La résilience de ces filières dépendra de l’innovation, de l’adaptation et de la mise en place d’une gestion efficace, et les impacts seront variables selon les régions.
7.2. Tendances actuelles du marché
Copier le lien de 7.2. Tendances actuelles du marchéLa production halieutique et aquacole mondiale a atteint près de 199 Mt en 2025, soutenue principalement par la croissance de l’aquaculture, en particulier en République populaire de Chine (ci-après la « Chine »). La pêche de capture a connu une expansion plus modérée, avec des hausses enregistrées dans la plupart des régions1.
Le volume des échanges internationaux de produits alimentaires issus d’animaux aquatiques est resté globalement stable en 2025, la baisse des importations en Europe étant en partie compensée par les hausses en Afrique et dans les Amériques. Les exportations de farine de poisson ont continué de croître pour la deuxième année consécutive en 2025, principalement en raison de l’augmentation des exportations du Pérou.
L’indice des prix du poisson de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a augmenté de 3.5 % en 2025, atteignant son point le plus bas en juillet avant de rebondir au second semestre. Il s’agissait de la première augmentation annuelle depuis la flambée des prix de 2022.
7.3. Projections relatives au marché
Copier le lien de 7.3. Projections relatives au marché7.3.1. Consommation
L’Asie devrait être à l’origine de la majeure partie de la consommation supplémentaire de poisson et d’autres produits aquatiques.
La production halieutique et aquacole sert principalement à la consommation humaine. Bien qu’une partie soit destinée à d’autres usages, essentiellement à la fabrication de farine et d’huile de poisson, ce pourcentage reste limité : 90 % de la production devrait être destinée à l’alimentation humaine d’ici à 2035, contre 89 % au cours de la période de référence (moyenne sur la période 2023-2025). L’aquaculture va jouer un rôle croissant pour satisfaire la demande : 62 % des produits destinés à la consommation humaine proviendront de cette filière, contre 59 % au cours de la période de référence.
S’agissant des usages alimentaires, la demande mondiale de produits issus d’animaux aquatiques devrait augmenter de 12 % au cours de la prochaine décennie, principalement en raison de la croissance démographique. La consommation apparente totale devrait atteindre 194 Mt (en équivalent poids vif) d’ici à 2035, soit une hausse de 20 Mt par rapport à la période de référence, et devrait augmenter dans toutes les régions, à l’exception de l’Europe, où une baisse modérée de la consommation par habitant et un léger déclin démographique entraveront cette croissance. La demande supplémentaire continuera de trouver son origine principalement en Asie, région qui devrait représenter 75 % de la consommation apparente mondiale à l’horizon 2035, la Chine pesant à elle seule 39 % du total mondial. Cependant, c’est l’Afrique qui devrait enregistrer la croissance la plus rapide, avec une augmentation de la consommation de 20 % d’ici à 2035, soit près de deux fois le taux de croissance moyen mondial.
La consommation apparente mondiale par habitant d’aliments issus d’animaux aquatiques devrait s’établir en moyenne à 21.9 kg (en équivalent poids vif) d’ici à 2035, soit une hausse de 2.6 % par rapport aux 21.4 kg de la période de référence (Graphique 7.1). Ce taux est beaucoup plus faible qu’au cours de la décennie précédente, où la consommation par habitant avait progressé de 12 %. La consommation par habitant devrait augmenter en Asie, dans les Amériques et en Océanie, mais diminuer en Afrique et en Europe. En Afrique, la consommation par habitant devrait passer de 9.5 kg au cours de la période de référence à 9.0 kg d’ici à 2035, principalement parce que la croissance démographique devrait être supérieure à l’augmentation de l’offre. Alors que la consommation par habitant devrait augmenter en Afrique du Nord, la baisse devrait être particulièrement marquée en Afrique subsaharienne. Cette tendance est très préoccupante étant donné que la région présente le taux de sous-alimentation le plus élevé au monde et que les aliments issus d’animaux aquatiques y représentent une part plus importante de l’apport en protéines animales que dans les autres régions.
La farine de poisson et l’huile de poisson devraient représenter 86 % des 21 Mt (en équivalent poids vif) de poisson et d’autres produits aquatiques utilisés à des fins autres que l’alimentation humaine en 2035. Le reste sera destiné à d’autres usages, tels que l’aquariophilie, l’alevinage, la pêche de loisir (appâts), la production pharmaceutique, ou encore l’alimentation directe des animaux d’élevage. On estime que d’ici à 2035, 85 % de la farine de poisson et 54 % de l’huile de poisson serviront à nourrir des poissons d’élevage. Même si la farine de poisson sert principalement au secteur de l’aquaculture, celui-ci a de plus en plus recours aux tourteaux d’oléagineux, car il connaît une croissance plus rapide que celle de la production de farine de poisson à l’échelle mondiale. D’ici à 2035, l’utilisation de tourteaux d’oléagineux en aquaculture devrait augmenter de 26 %, pour atteindre 11 Mt, tandis que la consommation de farine de poisson devrait progresser de 20 %, pour atteindre 5.3 Mt. La Chine restera le principal pays consommateur de farine de poisson, avec une part du total de 43 % à l’horizon 2035. En revanche, la consommation d’huile de poisson est moins concentrée : l’Union européenne, la Norvège et le Chili devraient représenter ensemble 41 % de la consommation mondiale.
7.3.2. Production
L’aquaculture reste le principal moteur de l’expansion des filières halieutique et aquacole à l’échelle mondiale, malgré un ralentissement de sa croissance
La production halieutique et aquacole mondiale devrait passer de 194 Mt (en équivalent poids vif) au cours de la période de référence à 216 Mt d’ici à 2035. Bien que le volume total continue de croître, on observe un ralentissement en pourcentage et en termes absolus, la production devant augmenter de 11 % (+22 Mt) au cours de la prochaine décennie, contre 24 % (+38 Mt) au cours de la décennie précédente (Graphique 7.2). L’aquaculture reste le principal moteur de cette croissance, même si son expansion ralentit, car elle devrait représenter 56 % de la production halieutique et aquacole mondiale d’ici à 2035, contre 53 % au cours de la période de référence.
La production aquacole mondiale devrait atteindre 121 Mt d’ici à 2035, soit une hausse de 18 % par rapport à la période de référence, inférieure aux 51 % de la décennie précédente. Ce ralentissement reflète la diminution des possibilités d’expansion au niveau mondial, en raison de réglementations environnementales plus strictes et de la disponibilité limitée de nouveaux sites de production se prêtant parfaitement à l’aquaculture. Avec 88 % de la production aquacole mondiale, l’Asie continuera de dominer le secteur, même si son taux de croissance de +17 % devrait être parmi les moins élevés au monde, avec celui de l’Europe (+14 %). En revanche, l’Afrique et les Amériques devraient connaître l’expansion la plus rapide, avec des taux de +37 % et +24 %, respectivement. La Chine restera le premier producteur aquacole, sa part diminuant légèrement pour s’établir à 55 % de la production mondiale en raison d’une croissance plus rapide dans d’autres pays producteurs, comme l’Inde et le Viet Nam. Malgré un taux de croissance positif dans presque tous les pays et toutes les régions, la production aquacole restera très concentrée en Asie.
La production aquacole devrait continuer d’augmenter pour tous les principaux groupes d’espèces d’élevage, même si la croissance sera plus lente au cours de la prochaine décennie qu’au cours de la précédente. La répartition par groupe d’espèces devrait rester globalement stable, avec des changements mineurs : la part de la carpe devrait légèrement diminuer pour atteindre 32 % à mesure que la demande se tourne vers une plus grande variété d’espèces, tandis que la part des autres espèces d’eau douce, des crevettes et des tilapias devrait augmenter modestement (Graphique 7.3). D’ici à 2035, les mollusques devraient représenter 19 % de la production aquacole mondiale, les autres espèces d’eau douce et diadromes, comme le poisson-chat et le panga, 17 %, les crevettes 10 %, les tilapias 7 % et les salmonidés 4 %.
La production mondiale des pêches de capture devrait s’élever à 95 Mt d’ici à 2035, soit une hausse de 3.4 % par rapport à la période de référence, contre 2.5 % au cours de la décennie précédente. La croissance sera portée par une gestion des pêches améliorée, par les avancées technologiques et par la réduction des rejets et des déchets, bien que des creux temporaires puissent se faire sentir, par exemple lors des événements El Niño-oscillation australe (ENSO) prévus pour 2027 et 2031, qui devraient faire baisser les captures en Amérique du Sud d’environ 2 Mt. L’Afrique et les Amériques devraient assurer la majeure partie de la production supplémentaire, avec des croissances respectives de 9 % et 7 % au cours de la période de projection. L’Asie devrait connaître une croissance plus lente que la moyenne mondiale, à 0.9 % sur la même période. Néanmoins, cette région continuera de représenter un peu plus de la moitié de la production mondiale des pêches de capture en 2035, devant les Amériques, l’Europe, l’Afrique et l’Océanie avec 19 %, 15 %, 12 % et 2 %, respectivement. La Chine restera le premier pays producteur, avec environ 14 % de la production mondiale en 2035.
Au cours de la prochaine décennie, la quantité de produits issus des pêches de capture réduits en farine de poisson et en huile de poisson devrait augmenter de 6.0 %, soit un rythme beaucoup plus lent que la croissance de 13 % observée au cours de la décennie précédente. D’ici à 2035, les volumes utilisés pour la production de farine et d’huile de poisson devraient fluctuer entre 16.0 Mt et 18.2 Mt, en fonction des répercussions des ENSO. La production mondiale de farine de poisson devrait atteindre 6.3 Mt en 2035, soit une augmentation de 16 % par rapport à la période de référence, pendant laquelle la production était particulièrement faible en raison d’une forte baisse de celle du Pérou en 2023. La croissance plus lente des volumes utilisés pour la production de farine de poisson reflète également le recours croissant aux sous-produits et aux résidus de transformation, qui devraient représenter 30 % de la production totale en 2035, contre 25 % seulement au cours de la période de référence. Le Pérou restera le premier producteur de farine de poisson, avec 18 % du total mondial en 2035. La production mondiale d’huile de poisson devrait atteindre 1.5 Mt d’ici à 2035, soit une hausse de 6 % par rapport à la période de référence. Sa croissance ralentira en raison des gains plus lents dans le recours aux sous‑produits, qui devraient continuer de représenter 54 % de la production en 2035. Le Chili devrait rester le premier producteur d’huile de poisson au cours de la période de projection.
7.3.3. Échanges
Les échanges de produits aquatiques devraient connaître une croissance plus lente, et l’Asie devrait continuer d’y occuper une place prépondérante
Les échanges internationaux continueront de jouer un rôle essentiel dans le secteur, même si les échanges de produits aquatiques ont progressé plus lentement que la production halieutique et aquacole au cours des deux dernières décennies. La situation devrait rester stable au cours de la prochaine décennie. L’augmentation de la consommation, les améliorations apportées aux technologies de stockage, de conservation et de transport, ainsi que la libéralisation continue des politiques commerciales ont favorisé le développement de chaînes d’approvisionnement complexes à l’échelle mondiale. D’ici à 2035, environ 35 % de la production totale des filières halieutique et aquacole devrait faire l’objet d’échanges internationaux (31 % si l’on exclut le commerce entre pays de l’UE). Une partie de ces échanges traduisent des allers-retours entre mêmes pays de produits à différents stades de transformation.
Les exportations mondiales d’aliments issus d’animaux aquatiques devraient atteindre 47.5 Mt (en équivalent poids vif) d’ici à 2035, soit une augmentation de 5.7 % par rapport à la période de référence. Ce taux est toutefois en nette perte de vitesse par rapport à la croissance de 15 % observée durant la décennie précédente. Cette décélération découle de plusieurs facteurs, notamment de coûts de transport élevés, d’une croissance plus lente de la production de la pêche de capture et de l’aquaculture, et du fait que certains pays clés préfèrent désormais, de manière de plus en plus marquée, satisfaire leur demande intérieure avec la production locale.
L’Asie restera le premier exportateur d’aliments issus d’animaux aquatiques au cours de la période de projection : elle représentera 49 % des exportations mondiales, suivie de l’Europe (22 %), des Amériques (20 %), de l’Afrique (6 %) et de l’Océanie (3 %) (Graphique 7.4). L’Afrique est la seule région où les exportations devraient diminuer (-4.0 %) au cours de la prochaine décennie, en raison d’une forte demande intérieure. La Chine et le Viet Nam devraient représenter respectivement 17 % et 11 % des échanges mondiaux dans ce secteur en 2035.
L’Asie restera aussi la première région importatrice de ces aliments, avec 44 % des importations mondiales en 2035, et cela malgré la baisse des importations en Chine, où la production intérieure répond de plus en plus aux préférences des consommateurs locaux dans un contexte de déclin démographique. En revanche, l’Afrique devrait enregistrer la plus forte hausse des importations (+20 %), devant les Amériques (+9 %), ce qui traduit une demande croissante ne pouvant être satisfaite par la production intérieure.
Les exportations mondiales de farine de poisson devraient afficher une hausse de 10 % par rapport à la période de référence et atteindre 4.0 Mt (en poids produit) à l’horizon 2035. Le Pérou devrait rester de loin le principal exportateur et enregistrer l’un des taux de croissance les plus élevés au cours de la période de projection, en raison principalement d’un rebond des exportations par rapport aux niveaux exceptionnellement bas observés en 2023, c’est-à-dire au cours de la première année de la période de référence. La Chine devrait asseoir sa position de principal importateur mondial, avec 53 % du total des importations de farine de poisson en 2035, contre 49 % au cours de la période de référence, en raison de la demande croissante portée par son secteur aquacole en pleine expansion. Par conséquent, les volumes des importations devraient diminuer sur plusieurs marchés européens traditionnels.
Les exportations d’huile de poisson devraient croître d’environ 16 % d’ici à 2035 pour atteindre 1.2 Mt (en poids produit). Les Amériques (en premier lieu le Pérou et le Chili), l’Europe (principalement l’Union européenne et la Norvège) et l’Asie (notamment le Viet Nam) devraient rester les principales régions exportatrices et représenter respectivement 35 %, 31 % et 29 % des exportations en 2035. Avec 47 % des importations mondiales d’huile de poisson à l’horizon 2035, l’Europe, principalement l’Union européenne et la Norvège, restera la principale région importatrice.
7.3.4. Prix
Les prix réels du poisson et des autres produits aquatiques devraient diminuer, mais cette baisse sera atténuée par un ralentissement de la croissance de la production
Dans l’ensemble, les prix réels de tous les poissons et autres produits aquatiques devraient diminuer au cours de la période de projection, même lorsque les prix nominaux sont globalement stables ou en légère hausse. De plus, la baisse des prix réels devrait être plus importante au cours de la période de projection qu’au cours de la décennie précédente pour tous les produits, à l’exception de la farine de poisson (Graphique 7.5). L’évolution des prix est cohérente avec l’augmentation continue de la production attendue dans tous les groupes au cours de la période de projection.
Les prix réels de l’aquaculture devraient chuter de 15 % au cours de la période de projection par rapport à la moyenne 2023-2025, ce qui représente une baisse plus importante que celle observée au cours de la décennie précédente (-6.4 %). Dans l’ensemble, les prix de l’aquaculture ont augmenté rapidement après 2000, mais diminué depuis le pic atteint en 2019. Cette baisse relativement rapide devrait se poursuivre jusqu’en 2027 avant de se stabiliser quelque peu pendant le reste de la période de projection. Cette tendance des prix est cohérente avec les perspectives d’approvisionnement : la production aquacole mondiale était 51 % plus élevée en 2025 que la moyenne sur 2013-2015, mais ne devrait être que 18 % plus élevée en 2035 que la moyenne sur 2023‑2025. L’expansion de la production continue de faire baisser les prix réels, mais son ralentissement par rapport à la décennie précédente devrait modérer cette tendance après 2027.
Les prix réels des produits de la pêche de capture devraient diminuer de 14 % par rapport à la moyenne de 2023‑2025 d’ici à 2035. Cette baisse est plus importante que celle observée au cours de la décennie précédente (-8.7 %) et s’explique par une plus forte croissance de la production au cours de la période de projection (3.4 % contre 2.5 % au cours de la décennie précédente). La baisse est plus marquée encore pour les produits de la pêche faisant l’objet d’échanges, dont le prix réel devrait chuter de 22 % par rapport à la moyenne de 2023-2025 au cours de la période de projection. Cela indique que l’expansion continue de l’aquaculture et de la pêche de capture et la concurrence persistante avec d’autres sources de protéines (notamment la viande de poulet et de porc) exercent une pression à la baisse sur les prix du poisson.
Il est préférable d’examiner ensemble les prix de l’huile et de la farine de poisson, car les deux dépendent fortement du marché des ingrédients marins. Sur le marché de l’huile de poisson, la flambée de 2023-2024 s’explique par une moindre disponibilité des anchois du Pérou en raison de perturbations liées à l’ENSO. La reprise des captures péruviennes a contribué à normaliser les conditions du marché en 2025. Par conséquent, les prix de l’huile de poisson ont atteint un pic avant 2025 et devraient retrouver leurs niveaux habituels au cours de la période de projection, le prix réel devant diminuer de 16 % d’ici à 2035. Les prix de la farine de poisson suivent une tendance similaire, mais avec des variations plus faibles que ceux de l’huile de poisson. Dans l’ensemble, les prix réels de la farine de poisson devraient diminuer de 10 % au cours de la période de projection. La pression à la baisse sur ces prix résulte de la concurrence avec d’autres farines protéiques – qui devraient coûter moins cher jusqu’en 2035 – et du ralentissement de l’expansion de la production aquacole, qui limite la croissance de la demande. Cependant, malgré une baisse globale, les prix devraient augmenter lentement après 2030, mais aussi se caractériser par une certaine volatilité due aux répercussions de l’ENSO sur la production.
7.4. Risques et incertitudes
Copier le lien de 7.4. Risques et incertitudesPlusieurs facteurs d’incertitude doivent être pris en compte lors de l’interprétation des résultats des projections, à savoir les effets que continueront d’avoir la gestion des pêches et de l’aquaculture et les politiques publiques s’y rapportant, la variabilité météorologique, les perturbations des échanges internationaux, ainsi que la gouvernance multilatérale dans le cadre de l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions à la pêche et de l’Accord portant sur la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (Accord BBNJ). Tous ces facteurs auront un impact individuel et collectif sur les structures de la production, des échanges et de la consommation de poisson et d’autres produits aquatiques au cours de la période de projection, mais la nature et l’étendue de ces répercussions sont difficiles à prévoir.
Bien que la proportion des stocks halieutiques surexploités ou dont l’exploitation ne répond pas aux normes de gestion durable ait augmenté au fil du temps à l’échelle mondiale, les chiffres masquent d’importantes variations régionales (OCDE, 2025[1]; Sharma et al., 2025[2]). Dans de nombreuses régions, des investissements considérables sont réalisés pour améliorer les systèmes de gestion et restaurer les stocks de poissons surexploités par le passé, si bien que la production des pêches de capture devrait augmenter au cours de la période de projection. Cependant, la vitesse à laquelle les améliorations en matière de gestion des stocks conduiront à une augmentation des possibilités de pêche est très variable et difficile à prévoir, certaines espèces se rétablissant beaucoup plus rapidement que prévu (par exemple, le thon rouge du Pacifique, Thunnus orientalis), tandis que d’autres ont besoin de plus de temps (par exemple, la morue de l’Atlantique, Gadus morhua) (Blöcker et al., 2023[3]). Par conséquent, le rythme et l’ampleur de la croissance de la production des pêches de capture restent incertains, de même que leur impact sur les prix et les échanges commerciaux.
L’évolution des politiques nationales ajoute de l’incertitude aux projections relatives à la production aquacole et, par conséquent, aux impacts sur les prix et les échanges. D’abord, la mise en œuvre du 15e Plan quinquennal de la Chine (2026-2030) aura une incidence sur la production aquacole, étant donné le poids de ce pays dans la production mondiale ; cependant, la nature et l’ampleur de ces retombées ne sont pas encore connues. Ensuite, des changements de réglementation dans d’autres grands pays producteurs (par exemple, le Chili, l’Indonésie, la Norvège et la Thaïlande) pourraient avoir un impact sur la production aquacole au cours de la période de projection.
La variabilité météorologique devrait elle aussi avoir un impact sur la pêche et l’aquaculture, mais qui reste entouré d’incertitudes. Les principaux phénomènes perturbateurs sont l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des événements météorologiques extrêmes, les vagues de chaleur marine, le réchauffement et l’acidification des océans, l’élévation du niveau de la mer et la modification des régimes de précipitations (IPCC, 2023[4]; FAO, 2022[5]; Barange et al., 2018[6]). Ces événements peuvent perturber les systèmes de production à court et à moyen terme et altérer la productivité des écosystèmes, la répartition des espèces et les dynamiques de recrutement. Les projections indiquent des phénomènes El Niño et La Niña extrêmes plus fréquents et plus intenses. Ces derniers peuvent entraîner une plus forte variabilité des précipitations, des sécheresses plus intenses et des changements des régimes de précipitations, avec des répercussions sur les systèmes aquatiques marins et terrestres et les productions associées (IPCC, 2023[4]; FAO, 2024[7]). Il existe en outre une incertitude liée à l’action publique, car les mesures de réduction des émissions et d’adaptation aux impacts peuvent avoir une incidence sur la pêche et l’aquaculture, notamment sur les espèces exploitées, les infrastructures et les technologies utilisées, la structure des flottes et les lieux de production.
Le cadre de gouvernance mondiale introduit également de l’incertitude dans les projections présentées dans ce chapitre. Les produits aquatiques sont des marchandises faisant l’objet de nombreux échanges internationaux, les différentes étapes de la chaîne de valeur (production, transformation et consommation) étant souvent situées dans différents pays, ce qui rend le secteur sensible aux fluctuations de l’environnement commercial mondial. Les tensions émergentes autour des régimes commerciaux internationaux et les entraves à la circulation transfrontière des produits aquatiques, ainsi que le rythme de mise en œuvre des nouveaux accords commerciaux, pourraient avoir un impact significatif sur les échanges, les prix et la répartition de la production et de la consommation. La nature complexe des échanges internationaux de produits aquatiques et le contexte actuel en matière de gouvernance mondiale du commerce rendent les projections incertaines, compte tenu notamment de l’ampleur et de la vitesse des changements observés ces dernières années. En outre (et dans le même ordre d’idées), les fluctuations de l’économie mondiale, par exemple une récession, pourraient avoir une incidence sur les modes de consommation des aliments aquatiques, en particulier pour ce qui est des produits à valeur élevée et de luxe, qui ont également tendance à faire l’objet de nombreux échanges, ce qui introduit une incertitude supplémentaire dans les projections.
Enfin, deux accords internationaux pourraient influer sur la production et le commerce des produits de la pêche au cours de la prochaine décennie, à savoir l’Accord de l’OMC sur les subventions à la pêche et l’Accord BBNJ. L’Accord de l’OMC sur les subventions à la pêche, entré en vigueur en septembre 2025, établit pour la première fois des disciplines multilatérales contraignantes concernant les subventions accordées à la pêche en mer. Il prévoit également un deuxième cycle de négociations pour élaborer des disciplines plus complètes en matière de subventions, qui devra être conclu dans un délai de quatre ans. Si ce processus n’est pas achevé dans le délai imparti, l’accord pourra être abrogé, ou les membres de l’OMC pourront décider collectivement de la marche à suivre. Étant donné que cette échéance se situe dans la période de projection, le rythme et le résultat de ces négociations pourraient avoir une incidence sur l’évolution de la production et des échanges de produits aquatiques à l’échelle mondiale, y compris sur les principaux pays producteurs. L’Accord BBNJ pourrait lui aussi être important pour le secteur mondial de la pêche, même s’il ne concerne pas directement cette filière. En effet, il introduit de l’incertitude dans les projections de par son interaction avec les mécanismes de gouvernance existants de la pêche en haute mer (par exemple, les organisations régionales ou accords régionaux de gestion des pêches) et son incidence sur ces mécanismes. Bien que l’Accord BBNJ influe sur la pêche dans les zones ne relevant pas d’une juridiction nationale, l’interprétation et la mise en œuvre de ses dispositions continuent d’évoluer et il convient d’en tenir compte pour interpréter les résultats des projections (FAO, 2024[8]).
Références
[6] Barange, M. et al. (eds.) (2018), “Impacts of climate change on fisheries and aquaculture: Synthesis of current knowledge, adaptation and mitigation options”, FAO Fisheries and Aquaculture Technical Papers, No. 627, Food and Agriculture Organization, Rome, https://openknowledge.fao.org/handle/20.500.14283/i9705en.
[3] Blöcker, A. et al. (2023), “Regime shift dynamics, tipping points and the success of fisheries management”, Scientific Reports, Vol. 13/1, https://www.nature.com/articles/s41598-022-27104-y?utm_source=researchgate.net&utm_medium=article#citeas.
[8] FAO (2024), Fisheries and the BBNJ Agreement: A Guide: The Agreement Under the United Nations Convention on the Law of the Sea on the Conservation and Sustainable Use of Marine Biological Diversity of Areas beyond National Jurisdiction (BBNJ Agreement), Food and Agriculture Organization, Rome, https://doi.org/10.4060/cd7986en.
[7] FAO (2024), The State of World Fisheries and Aquaculture 2024: Blue Transformation in Action, Food and Agriculture Organization, Rome, https://doi.org/10.4060/cd0683en.
[5] FAO (2022), The State of World Fisheries and Aquaculture 2022: Towards Blue Transformation, Food and Agriculture Organization, Rome, https://doi.org/10.4060/cc0461en.
[4] IPCC (2023), Climate Change 2023: Synthesis Report: Contribution of Working Groups I, II and III to the Sixth Assessment Report of the Intergovernmental Panel on Climate Change, Core writing team, H. Lee and J. Romero (eds.), Intergovernmental Panel on Climate Change, Geneva, https://doi.org/10.59327/IPCC/AR6-9789291691647.
[1] OCDE (2025), OECD Review of Fisheries 2025, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/560cd8fc-en.
[2] Sharma, R. et al. (eds.) (2025), “Review of the state of world marine fishery resources – 2025”, FAO Fisheries and Aquaculture Technical Papers, No. 721, Food and Agriculture Organization, Rome, https://doi.org/10.4060/cd5538en.
← 1. L’expression « poisson et autres produits aquatiques » désigne les poissons, les crustacés, les mollusques et autres animaux aquatiques, mais n’englobe pas les mammifères aquatiques, les crocodiles, les caïmans, les alligators et les plantes aquatiques.