Ce chapitre s’intéresse aux marchés mondiaux des céréales : il en décrit l’évolution puis présente des projections à moyen terme pour la période 2026-2035. Les projections couvrent la consommation, la production, les échanges et le prix du blé, du riz, du maïs et d’autres céréales secondaires. Le chapitre s’achève par un examen des principaux risques et incertitudes susceptibles d’avoir une incidence sur les marchés mondiaux des céréales au cours de la prochaine décennie.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2026‑2035
2. Céréales
Copier le lien de 2. CéréalesDescription
2.1. Principaux éléments des projections
Copier le lien de 2.1. Principaux éléments des projectionsLa consommation mondiale de céréales devrait croître, stimulée par une augmentation régulière de la demande alimentaire et en raison d’une progression plus mesurée de leur utilisation pour l’alimentation animale et la fabrication de biocarburants. L’utilisation alimentaire des céréales croît globalement au même rythme que la population – notamment en Afrique et en Asie – avec des hausses modestes de la consommation par habitant, et devrait représenter 40 % de l’utilisation totale à l’horizon 2035. L’utilisation dans l’alimentation animale s’accroît parallèlement au développement de la production animale, notamment dans les pays à revenu intermédiaire, et représentera 34 % de l’utilisation totale d’ici 2035. Le blé et le riz restent les principales céréales consommées comme denrées alimentaires, tandis que le maïs et les autres céréales secondaires sont les plus utilisés pour l’alimentation animale.
La production mondiale de céréales devrait augmenter à un rythme régulier, atteignant un niveau record de 3.22 milliards de tonnes en 2035. La croissance sera principalement imputable à l’amélioration des rendements, les superficies récoltées n’augmentant que faiblement. Le rendement moyen des céréales devrait s’accroître grâce aux progrès technologiques et à l’amélioration des pratiques de production.
Les échanges internationaux devraient s’intensifier, la part de la production échangée sur les marchés mondiaux passant de 17 % à l’heure actuelle à 18 % à l’horizon 2035. La demande d’importations augmentera dans les régions où la croissance de la production intérieure ne suivra pas le rythme de la consommation, en particulier dans les pays les moins avancés. La majorité des pays d’Afrique et certaines parties d’Asie devraient rester ou devenir des importateurs nets de céréales, car la croissance démographique et la hausse des revenus dépasseront le potentiel d’approvisionnement intérieur. Le continent américain et certaines régions d’Europe demeureront probablement d’importants exportateurs nets de blé, de maïs et d’autres céréales secondaires, tandis que les pays d’Asie continueront de jouer un rôle prépondérant dans les exportations mondiales de riz.
En valeur réelle, les prix internationaux des céréales devraient légèrement reculer à moyen terme, les gains de productivité et d’efficience neutralisant les pressions à la hausse sur les coûts.
Une forte incertitude entoure les projections relatives aux marchés des céréales pour la prochaine décennie. La variabilité des conditions météorologiques, les cadres d’action en évolution, les tensions géopolitiques perturbant les marchés de l’énergie et des intrants ou encore une variation du rythme de croissance de la demande dans les pays à faible revenu et ceux à revenu intermédiaire pourraient modifier les modes de production et de consommation, les flux commerciaux et l’évolution des prix. De plus, les fluctuations des prix des produits alimentaires à l’échelle nationale pourraient s’écarter des tendances des prix internationaux des produits agricoles étant donné que la transformation, le transport et d’autres composantes locales des prix jouent un rôle important dans la détermination des prix à la consommation.
2.2. Tendances actuelles du marché
Copier le lien de 2.2. Tendances actuelles du marchéLes prix mensuels du maïs sont restés relativement stables tout au long de l’année 2025, fluctuant entre 183 USD par tonne (t) et 221 USD/t (maïs jaune de catégorie no 2, États-Unis, prix FAB, ports du Golfe). Ils ont commencé à augmenter progressivement à partir d’août 2025, atteignant 211 USD/t en février 2026, mais sont restés malgré tout inférieurs à ceux observés un an plus tôt. Cette situation s’explique par des conditions d’approvisionnement mondial favorables à la suite de récoltes abondantes et d’exportations dynamiques dans les principaux pays producteurs, en particulier sur le continent américain.
Les prix mensuels du blé ont été plus stables en 2025 que durant les années précédentes, oscillant entre 230 USD/t et 264 USD/t (blé dur rouge d’hiver de catégorie no 2, États-Unis, prix FAB, ports du Golfe). Les prix ont globalement diminué au deuxième semestre 2025 et, en février 2026, restaient inférieurs à ceux observés un an auparavant. Les importants volumes disponibles pour l’exportation des principaux producteurs, notamment de la région de la mer Noire, conjugués à d’abondantes récoltes dans plusieurs pays exportateurs, ont contribué à la réduction des tensions sur les prix sur les marchés mondiaux.
Les prix mensuels de l’orge sont restés globalement stables tout au long de l’année 2025, mais ont connu une hausse à partir de novembre en raison de la demande soutenue de céréales fourragères et du resserrement de l’offre dans certains pays exportateurs. Par conséquent, les prix ont atteint 245 USD/t (orge fourragère, prix FAB, port de Rouen) en février 2026, un niveau supérieur à celui observé un an plus tôt.
Les prix mensuels du riz ont suivi une trajectoire différente. Après s’être maintenus à un niveau élevé durant l’année 2024, ils ont diminué régulièrement tout au long de l’année 2025, atteignant en octobre leur plus bas niveau mensuel depuis neuf ans. Cette baisse est en grande partie attribuable à la suppression des restrictions à l’exportation en Inde, qui a entraîné une hausse des quantités exportables sur les marchés mondiaux. Les prix ont commencé à repartir à la hausse, atteignant 392 USD/t (Indice FAO des prix du riz, normalisé par rapport au riz indien 5 % de brisures) en février 2026, dans un contexte de forte demande, notamment sur les marchés africains.
2.3. Projections relatives au marché
Copier le lien de 2.3. Projections relatives au marché2.3.1. Consommation
Les pays asiatiques alimenteront la croissance de la demande
La consommation mondiale de céréales devrait continuer à croître au cours des dix prochaines années, alimentée par la croissance démographique, l’augmentation de la demande alimentaire par habitant et la hausse de la demande pour l’alimentation des animaux d’élevage. La consommation alimentaire restera la principale composante de la demande de céréales, suivie par l’utilisation pour l’alimentation animale. D’ici 2035, 40 % des céréales devraient être consommés directement sous forme d’aliments, tandis que 34 % seront utilisés pour l’alimentation animale, ces deux parts enregistrant une légère hausse par rapport aux niveaux actuels. Les biocarburants et les autres usages industriels devraient représenter le quart restant. Ces parts varient selon les types de céréales : le blé et le riz sont principalement destinés à la consommation humaine, tandis que le maïs et les autres céréales secondaires sont majoritairement utilisés pour nourrir les animaux (Graphique 2.1).
En 2035, entre 49 % et 64 % de la consommation mondiale de céréales devrait avoir lieu dans les cinq principaux pays consommateurs de chaque céréale (Graphique 2.2), ce qui indique un taux de concentration plus faible que pour la production. La consommation totale de céréales devrait augmenter de 12 % par rapport à la période de référence pour s’établir à 3.25 milliards de tonnes (Gt) en 2035, cette croissance s’expliquant essentiellement par la hausse de l’utilisation dans l’alimentation animale et humaine. Les pays asiatiques représenteront plus de la moitié de l’accroissement de la consommation mondiale d’après les projections. La consommation alimentaire devrait progresser globalement au même rythme que la croissance démographique, tandis que l’augmentation de l’utilisation pour l’alimentation animale sera portée par le développement et l’intensification de la production animale.
La consommation mondiale de blé augmentera d’environ 10 % entre la période de référence et 2035. La principale utilisation du blé restera la consommation alimentaire, qui représentera environ les deux tiers de l’utilisation totale et progressera d’environ 59 millions de tonnes (Mt) à l’échelle mondiale. La consommation de blé devrait croître moins rapidement que lors de la décennie précédente, en écho au ralentissement de la croissance de l’utilisation dans l’alimentation animale. Ensemble, l’Inde et le Pakistan devraient représenter environ un tiers de l’augmentation de la consommation, reflétant la croissance démographique et la hausse de la demande par habitant.
En Asie, le blé demeure un aliment de base pour une grande partie de la population et est très utilisé dans les produits alimentaires transformés. En Afrique du Nord et en Afrique subsaharienne, la consommation s’élargit au-delà des consommateurs traditionnels, stimulée par l’urbanisation, la demande croissante d’aliments transformés et le prix compétitif du blé importé par rapport aux aliments de base produits localement. Par conséquent, la demande de blé de qualité meunière utilisé en boulangerie et la transformation alimentaire s’accroît, l’offre émanant majoritairement d’exportateurs d’Amérique du Nord, d’Australie et d’Union européenne. La hausse de la consommation alimentaire sera probablement à mettre au compte des pays d’Asie du Sud, d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne. En revanche, l’utilisation du blé pour la production d’éthanol devrait enregistrer un recul d’environ 15 % par rapport à la période de référence.
La consommation alimentaire de riz devrait continuer d’augmenter durant la période de projection, mais plus lentement que pendant la décennie précédente. Cette augmentation est principalement portée par l’Asie et l’Afrique, où la croissance démographique explique en grande partie la tendance. En ce qui concerne la consommation par habitant, on s’attend à une légère baisse en Asie ainsi qu’en Amérique latine et dans les Caraïbes, mais à une augmentation modérée en Afrique subsaharienne et dans les autres régions (tableau 2.1).
Tableau 2.1. Consommation de riz par habitant dans les différentes régions
Copier le lien de Tableau 2.1. Consommation de riz par habitant dans les différentes régions|
kg/personne/an |
Taux de croissance (% par an) |
||
|---|---|---|---|
|
Moyenne 2023-2025 |
2035 |
||
|
Afrique |
26.0 |
29.6 |
1.0 |
|
Asie |
72.2 |
72.1 |
-0.1 |
|
Europe |
6.8 |
7.0 |
0.3 |
|
Amérique latine et Caraïbes |
25.4 |
25.2 |
-0.2 |
|
Amérique du Nord |
11.5 |
11.6 |
0.5 |
|
Océanie |
19.0 |
20.4 |
0.6 |
|
Monde |
50.7 |
50.8 |
-0.1 |
Note : la dernière colonne indique le taux de croissance des moindres carrés, 2026-2035 (voir le glossaire).
La consommation de maïs reste tirée par la demande pour l’alimentation animale, qui devrait croître plus lentement que lors de la décennie écoulée. Le développement de la production animale – en particulier en Asie – soutiendra la demande croissante de céréales fourragères. L’utilisation du maïs pour l’alimentation animale devrait représenter environ la moitié de la consommation totale à l’horizon 2035, comme durant la période de référence, atteignant 747 Mt (+ 103 Mt par rapport à la période de référence).
La République populaire de Chine (ci-après la « Chine ») restera l’un des principaux pays consommateurs de maïs, même si la hausse de l’utilisation devrait ralentir. La reconstitution des élevages porcins après la flambée épizootique de peste porcine africaine (PPA) a concouru au dynamisme de la demande de maïs destiné à l’alimentation animale ces dernières années, mais l’expansion du secteur de l’élevage devrait être plus progressive à l’avenir. En outre, l’amélioration de l’efficacité alimentaire et l’utilisation plus fréquente d’ingrédients de remplacement pour l’alimentation animale, encouragée par les politiques publiques visant à renforcer l’autosuffisance en aliments pour animaux au niveau national, devraient aussi limiter la hausse de l’utilisation du maïs.
La consommation alimentaire de maïs continuera à progresser, principalement en Afrique subsaharienne, où le maïs blanc reste une culture de base essentielle dans la région, constituant une part significative de l’apport calorique quotidien, et demeurant donc capital pour la sécurité alimentaire. La croissance démographique dans la région devrait contribuer à l’augmentation continue de l’utilisation alimentaire du maïs, dans le droit fil de la forte progression observée durant la décennie écoulée.
Au niveau mondial, l’utilisation de maïs pour la production de biocarburants augmentera probablement moins rapidement que pendant les dix années précédentes en raison de la maturité des marchés de l’éthanol dans plusieurs grands pays producteurs et d’un ralentissement de la croissance de la consommation d’essence dans certaines régions. Le Brésil et l’Inde devraient représenter l’essentiel de la hausse de la production d’éthanol à partir de maïs au cours de la période de projection.
La croissance de la consommation des autres céréales secondaires (notamment l’orge, le sorgho, le seigle, l’avoine et le millet) sera légèrement plus soutenue que pendant les dix dernières années. La hausse de la demande devrait être concentrée en Afrique, où ces céréales sont principalement utilisées comme denrées alimentaires, ainsi qu’en Asie, où elles servent majoritairement à l’alimentation animale. Dans les pays à revenu élevé, la consommation reste globalement stable. Par conséquent, la part des autres céréales secondaires utilisées pour l’alimentation humaine devrait augmenter, passant d’environ 27 % pendant la période de référence à 31 % en 2035, tandis que celle utilisée pour l’alimentation animale diminuera, passant d’environ 56 % à 52 %. En Afrique subsaharienne, le millet demeure une culture de base importante en raison de sa résistance aux rigueurs du climat et de son adaptabilité à des environnements agroécologiques variés. Le secteur brassicole joue un rôle majeur dans l’utilisation d’orge pour la consommation humaine, en particulier dans des pays tels que la Chine, les États-Unis, le Brésil et le Mexique ou au sein de l’Union européenne.
Les pertes et le gaspillage alimentaires sont généralement plus faibles pour les céréales que pour d’autres denrées plus périssables. Il y a malgré tout des pertes tout au long de la chaîne d’approvisionnement, notamment durant le transport, le stockage et la transformation, d’autres pertes se produisant durant la phase de distribution et au sein des ménages. Le total des pertes et du gaspillage alimentaire devrait rester conforme aux niveaux actuels, se maintenant à environ 14-15 % de la production mondiale de céréales, ce qui souligne l’importance de poursuivre les efforts de réduction des pertes grâce à l’amélioration de l’infrastructure, l’innovation technologique et la sensibilisation des consommateurs.
2.3.2. Production
L’amélioration des rendements soutient la croissance de la production
Durant la prochaine décennie, la production mondiale de céréales devrait dépendre de plus en plus des gains de productivité, plutôt que de l’expansion des terres cultivées. Au cours de la décennie écoulée, la superficie récoltée en céréales a cru d’environ 0.5 % par an au niveau mondial. Dans les dix années à venir, cette croissance devrait marquer nettement le pas pour retomber à 0.1 % par an. Ainsi, la superficie récoltée augmentera d’environ 15 millions d’hectares (ha) par rapport à la période de référence, portant la superficie récoltée totale à quelque 763 millions ha à l’horizon 2035. La région Amérique latine et Caraïbes et l’Asie représenteront ensemble environ 60 % de cette croissance. Dans ces deux régions, l’intensification des cultures – notamment grâce au système de double récolte – appuie l’expansion, tandis que certains pays d’Amérique latine cultivent de nouvelles terres et que des régions d’Asie bénéficient d’améliorations apportées aux systèmes d’irrigation et à la gestion des terres. En Asie, c’est en Inde que se trouveront près d’un tiers des surfaces supplémentaires cultivées, principalement consacrées au blé et au riz. À l’échelle mondiale, les superficies consacrées à la culture du blé et du maïs augmenteront respectivement de 2 % et 4 % par rapport à la période de référence, celles dédiées au riz et aux autres céréales secondaires restant globalement stables. Les politiques relatives à l’urbanisation et à l’environnement devraient limiter encore l’expansion des surfaces agricoles, ce qui signifie que la croissance de la production dépendra principalement de l’amélioration des rendements à l’avenir.
Au niveau mondial, les rendements moyens devraient progresser d’environ 0.9 % par an pendant la prochaine décennie, soit un peu plus rapidement que durant la décennie précédente, pour atteindre 4.2 t/ha en 2035. L’amélioration génétique continue des cultures, le perfectionnement des pratiques de gestion des exploitations agricoles et l’utilisation plus efficace des intrants concourront à ces gains de productivité. Les rendements moyens devraient atteindre environ 3.9 t/ha pour le blé, 6.5 t/ha pour le maïs, 3.5 t/ha pour le riz et 2.3 t/ha pour les autres céréales secondaires d’ici 2035 (Graphique 2.3).
Malgré ces améliorations, d’importantes disparités régionales persisteront en matière de productivité du fait des conditions naturelles et des écarts sur le plan de l’intensité et des technologies de production. Dans les régions à rendements élevés, la croissance de ces rendements ralentit, car les gains marginaux provenant des technologies existantes diminuent et que la réglementation environnementale se durcit. Dans les régions à faibles rendements, les progrès sont plus inégaux. Certains pays bénéficient d’une modernisation rapide et d’une hausse des investissements dans la technologie agricole, alors que d’autres sont confrontés à des obstacles structurels tels que des infrastructures limitées, des marchés d’intrants médiocres et une vulnérabilité aux conditions météorologiques extrêmes. Par conséquent, les rendements des différentes régions devraient peu converger durant la période de projection. Il reste donc primordial d’améliorer l’accès aux technologies, aux intrants, aux financements et aux connaissances pour assurer des gains de productivité équitables et renforcer la sécurité alimentaire mondiale.
La production totale de céréales devrait atteindre 3.24 Gt en 2035. Compte tenu des différences de croissance de la productivité et de disponibilité des ressources, la production de céréales devrait croître deux fois plus vite dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure que dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et dans ceux à revenu élevé. Cette croissance plus rapide rend compte de rendements initiaux plus bas, qui laissent plus de possibilités de rattraper le retard, ainsi que la hausse des investissements dans le développement agricole en vue renforcer l’approvisionnement alimentaire national. Dans les pays à revenu élevé, la hausse de la production devrait être plus modérée, car la productivité est déjà élevée et que les possibilités d’expansion des terres cultivées sont limitées.
En 2035, entre 51 % et 72 % de la production mondiale de céréales devrait provenir des cinq principaux pays producteurs de chaque céréale, ce qui révèle une plus forte concentration que ce qui est observé pour la consommation (Graphique 2.4). Cette concentration témoigne des inégalités d’accès aux ressources naturelles et des écarts en matière de développement technologique, d’investissement et de soutien des pouvoirs publics entre les pays. À l’échelle régionale, l’Amérique latine et les Caraïbes afficheront une croissance relativement soutenue de leur production grâce aux progrès technologiques, à l’amélioration des infrastructures et à l’expansion des systèmes de culture. En Afrique, la production de céréales devrait aussi fortement s’accroître, signe de l’orientation commerciale plus marquée de l’agriculture, qui donne lieu à une amélioration des rendements, ainsi que la poursuite de l’expansion des surfaces cultivées, soutenue par la stabilisation des incitations à l’investissement. En Amérique du Nord, l’augmentation de la production sera essentiellement attribuable à l’amélioration des rendements, les superficies récoltées ne progressant que modestement. En Europe, les politiques en faveur de la durabilité et les contraintes foncières devraient maintenir les superficies récoltées à un niveau globalement stable, l’amélioration modérée des rendements soutenant la croissance de la production. En Océanie et en Asie, la production devrait croître de manière plus modérée durant la prochaine décennie.
La production mondiale de blé devrait croître de 74 Mt par rapport aux niveaux actuels pour s’élever à 877 Mt en 2035. L’Inde, l’un des plus grands producteurs mondiaux de blé, devrait représenter une part significative de la hausse mondiale (29 %) en raison de l’amélioration de ses rendements et de politiques appuyant une expansion modeste des superficies récoltées. La production augmentera également en Fédération de Russie (ci-après la « Russie »), en Argentine et au Pakistan, pays qui représenteront ensemble 40 % de la hausse mondiale. D’ici 2035, la Chine, l’Inde et l’Union européenne devraient assurer les deux tiers environ de la production mondiale de blé.
La production mondiale de maïs devrait croître de quelque 171 Mt par rapport aux niveaux actuels pour atteindre 1.43 Gt en 2035. En valeur absolue, les plus fortes augmentations de la production par rapport à la période de référence devraient être observées au Brésil, en Chine et aux États‑Unis. Au Brésil, où la production de maïs de seconde récolte est étroitement liée aux rotations du soja et réagit vivement aux signaux des marchés mondiaux, l’augmentation de la production devrait dépasser la croissance mondiale moyenne. D’après les projections, la production de maïs progressera également à un rythme assez rapide en Afrique subsaharienne grâce à l’amélioration progressive des rendements et au dynamisme de la demande de maïs blanc local qui encouragera les investissements.
La production mondiale de riz devrait croître d’environ 50 Mt par rapport aux niveaux actuels pour atteindre 601 Mt en 2035. Une grande partie de cette croissance s’expliquera par l’amélioration des rendements dans les pays à faible revenu et ceux à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. Les pays asiatiques, qui sont les principaux producteurs mondiaux de riz, représenteront la majeure partie de cette hausse. L’Inde, qui devrait rester le premier producteur mondial de riz, sera à l’origine de plus de la moitié de la croissance mondiale de la production, suivie par les pays d’Asie les moins avancés et l’Afrique subsaharienne. En Chine, la production de riz progressera lentement, stimulée principalement par les gains de rendement. Parallèlement, la superficie cultivée devrait diminuer à mesure que la production gagnera en efficacité et que l’on abandonnera la culture des terres peu productives. La réduction des surfaces rizicoles en Chine, au Viet Nam, au Brésil et au Pakistan devrait être compensée par une expansion en Inde, en Indonésie et au Nigéria.
La production mondiale d’autres céréales secondaires – comme le sorgho, l’orge, le millet, le seigle et l’avoine – devrait augmenter d’environ 35 Mt par rapport aux niveaux de référence pour atteindre 331 Mt d’ici à 2035. Les pays africains devraient contribuer pour moitié environ à cette hausse, signe que ces cultures restent essentielles dans les systèmes alimentaires locaux et qu’elles s’adaptent très bien aux environnements semi-arides. La croissance de la production sera principalement attribuable à l’Afrique subsaharienne, à l’Inde, à l’Éthiopie et au Nigéria. En revanche, dans les principaux pays développés producteurs, l’évolution devrait être modeste, avec une augmentation notable au Canada, des hausses plus modérées au sein de l’Union européenne et un léger recul aux États‑Unis.
2.3.3. Échanges
Une croissance modérée et des parts des échanges en évolution
Les échanges internationaux jouent un rôle crucial au regard de l’équilibrage des différences régionales entre la consommation et la production de céréales. Durant la période de référence, les échanges mondiaux de céréales ont représenté 17 % de la production totale. Cette part devrait passer à 18 % d’ici 2035, car dans plusieurs régions tributaires des importations, la demande continuera de croître plus rapidement que la production intérieure d’après les hypothèses de référence.
La structure traditionnelle des échanges où le continent américain et l’Europe approvisionnent les principales régions importatrices d’Asie et d’Afrique devrait perdurer (Graphique 2.5). Dans de nombreuses régions importatrices, la demande alimentaire par habitant progresse sous l’effet du développement économique et de l’urbanisation, tandis que l’utilisation de céréales augmente également du fait de la croissance démographique et de l’expansion du secteur de l’élevage. Ce sont les principales régions exportatrices disposant de systèmes de production compétitifs et d’infrastructures d’exportation bien implantées qui répondront de plus en plus à la demande croissante.
Les exportations mondiales de blé devraient croître de près de 31 Mt par rapport à la période de référence, pour se monter à 235 Mt en 2035. La croissance des exportations des principaux fournisseurs ralentira par rapport à la décennie précédente, à mesure que la croissance de la demande mondiale marque le pas. La Russie devrait conserver sa position de premier pays exportateur de blé, avec près de 60 Mt en 2035, et représentera environ un quart des échanges mondiaux. L’Union européenne restera en deuxième position du classement, avec des exportations dépassant 32 Mt. Le Canada et les États‑Unis demeureront des exportateurs compétitifs qui, ensemble, représenteront environ un quart des échanges mondiaux de blé. En Inde, l’accroissement de la population et la hausse de la consommation intérieure devraient absorber la majorité des volumes supplémentaires produits, de sorte que la balance commerciale ne sera que légèrement déficitaire pour le blé en 2035.
Les marchés d’exportation restent partiellement segmentés par qualité de blé. Les États‑Unis, le Canada, l’Australie et l’Union européenne continueront d’être des fournisseurs importants de blé à teneur élevée en protéines, en particulier pour les marchés asiatiques. La Russie continuera de jouer un rôle croissant dans les échanges mondiaux de blé, mais devrait rester particulièrement compétitive sur les marchés sensibles aux prix tels que l’Afrique du Nord, l’Afrique subsaharienne et l’Asie de l’Ouest. La demande d’importations émanant de l’Afrique du Nord et du Proche-Orient devrait légèrement augmenter, car la demande sur les marchés internationaux sera stimulée par la croissance démographique et la capacité de production intérieure limitée.
Les exportations mondiales de maïs devraient croître d’environ 34 Mt par rapport à la période de référence pour atteindre environ 218 Mt en 2035. Les échanges mondiaux de maïs resteront très concentrés, les quatre principaux exportateurs – les États-Unis, le Brésil, l’Argentine et l’Ukraine – représentant environ 90 % des exportations mondiales (Graphique 2.6). Les États-Unis devraient rester en tête des pays exportateurs, avec des volumes qui poursuivront leur hausse. On prévoit que le Brésil continuera d’accroître sa présence à l’export, la production de maïs de seconde culture liée aux rotations du soja soutenant l’augmentation de la production, même si une part croissante du maïs produit devrait également servir à la production d’éthanol. La progression des exportations du Brésil devrait rester supérieure à la moyenne mondiale, même si elle ralentira par rapport aux dix dernières années.
Les importations de maïs de la Chine devraient rester relativement faibles par rapport à ces dernières années, fluctuant entre 7 Mt et 13 Mt. La demande de maïs destiné à l’alimentation animale continuera de croître pour répondre aux besoins du secteur national de l’élevage, mais les volumes importés continueront de dépendre de la production intérieure, du remplacement des matières premières utilisées pour l’alimentation animale et des décisions des pouvoirs publics concernant la gestion des stocks et les échanges. En Afrique subsaharienne, la production de maïs continuera de répondre à la majeure partie de la demande alimentaire intérieure. Par conséquent, la région sera largement autosuffisante. L’Afrique du Sud demeurera un exportateur majeur de maïs blanc, une culture de base essentielle, et continuera d’approvisionner principalement les marchés régionaux.
Les échanges internationaux d’autres céréales secondaires – principalement l’orge et le sorgho – restent nettement inférieurs à ceux de blé et de maïs. Les exportations mondiales devraient augmenter d’environ 9 Mt pour atteindre environ 55 Mt à l’horizon 2035. L’Union européenne, la Russie et le Canada devraient être à l’origine de la majeure partie de cette augmentation. Avec l’Australie et l’Argentine, ces exportateurs représenteront environ 81 % des exportations mondiales à l’horizon 2035. La demande d’importations restera concentrée dans un nombre relativement restreint de marchés. La Chine, l’Arabie saoudite, les pays d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, ainsi que la République islamique d’Iran, devraient absorber près de 70 % des importations mondiales.
Les échanges mondiaux de riz s’intensifieront davantage que ceux des autres céréales au cours de la décennie à venir, augmentant d’environ 22 Mt pour atteindre 81 Mt d’ici à 2035. À la suite de la suppression des restrictions à l’exportation imposées en 2022 et en 2023, l’Inde devrait regagner la majorité des parts de marché à l’exportation qu’elle avait perdues temporairement, renforçant sa position de premier exportateur mondial de riz. Les cinq principaux exportateurs de riz – l’Inde, le Viet Nam, la Thaïlande, le Pakistan et les États-Unis – devraient encore renforcer leur position dominante. Leur contribution globale aux exportations mondiales passera d’environ 77 % durant la période de référence à près de 81 % en 2035, ce qui sera en grande partie à mettre au compte de l’importance grandissante de l’Inde sur les marchés mondiaux.
Historiquement, le riz Indica représente la majeure partie des échanges internationaux de riz. Cependant, la demande d’autres variétés de riz devrait continuer de croître pendant la période de projection. La demande d’importations des pays africains augmentera probablement plus rapidement que la moyenne mondiale, étant donné que la consommation continuera de progresser plus rapidement que la production intérieure. La part des pays d’Afrique dans les importations mondiales de riz devrait passer de 35 % à l’heure actuelle à 45 % en 2035, tandis que la part de l’Asie devrait diminuer, passant de 46 % à 39 % malgré l’augmentation constante des volumes importés.
2.3.4. Prix
Les prix nominaux des céréales devraient rester orientés à la hausse à moyen terme (Graphique 2.7). Les prix du blé devraient avoisiner 307 USD/t en 2035. Les prix du maïs et des autres céréales secondaires atteindront environ 236 USD/t et 256 USD/t respectivement selon les projections. Les prix du riz devraient également se stabiliser dans la continuité de leur tendance haussière à moyen terme. Le prix de référence à l’exportation du riz usiné devrait s’établir autour de 473 USD/t en 2035, car on s’attend à une normalisation progressive des stocks exportables après les récentes restrictions à l’exportation, les hausses de production et la forte demande en Afrique subsaharienne et au Proche-Orient.
Les prix des céréales fléchissent légèrement une fois corrigés des effets de l’inflation. Les améliorations continues de la productivité et l’augmentation de la production devraient permettre de maintenir un équilibre global entre la croissance de l’offre et celle de la demande mondiale durant la période de projection, ce qui tirera légèrement les prix réels vers le bas.
2.4. Risques et incertitudes
Copier le lien de 2.4. Risques et incertitudesUn contexte général, géopolitique et environnemental plus incertain durant la prochaine décennie ?
Les marchés mondiaux des céréales restent exposés à plusieurs sources d’incertitude qui pourraient faire varier l’offre, la demande et les prix durant les années à venir. La variabilité des conditions météorologiques reste l’un des risques les plus immédiats pour la production de céréales. De manière générale, les Perspectives tablent sur des conditions de production conformes à la tendance, mais des phénomènes météorologiques extrêmes ou une modification des régimes météorologiques pourraient rapidement avoir un effet sur l’offre et les prix au niveau mondial.
Les tensions géopolitiques continuent de présenter des risques pour les marchés mondiaux des céréales en raison de leur incidence sur les coûts de l’énergie et des intrants. Début 2026, la fluctuation des prix mondiaux du pétrole a renforcé l’incertitude concernant les prix du transport, de l’énergie et des engrais, qui sont étroitement liés aux marchés des carburants. Ces évolutions peuvent entraîner une hausse des coûts de production et de transport, ce qui aboutirait à des projections de marché différentes.
L’évolution des politiques commerciales reste une source d’incertitude majeure. Les cadres d’action plus généraux – dont les politiques agricoles axées sur la durabilité et les mesures de soutien aux biocarburants – pourraient influer sur les coûts de production, l’utilisation des terres, la demande de céréales fourragères, ainsi que sur le calendrier et l’ampleur des importations, contribuant à la variabilité des conditions de l’offre et de la demande mondiales.
Enfin, l’évolution des politiques publiques dans les principaux pays consommateurs pourrait également modifier la structure mondiale de la demande. Les efforts déployés par la Chine pour renforcer son autosuffisance en céréales et réduire sa dépendance à l’égard des importations – grâce à un soutien à la production intérieure, à l’amélioration de l’efficacité alimentaire et à la diversification de l’alimentation animale – pourraient avoir des répercussions sur sa demande d’importations de céréales et entraîner une modification des flux commerciaux mondiaux. Les progrès récents d’autres systèmes de paiement, notamment l’utilisation accrue des monnaies locales pour les transactions commerciales, pourraient alléger les contraintes liées aux devises pour certains pays, mais pourraient également accentuer la fragmentation des marchés mondiaux. Dans ce contexte, la stabilité et l’ouverture du système commercial mondial s’avéreront cruciales pour garantir la sécurité alimentaire.