Ce chapitre présente les principales conclusions concernant les prix, la production, la consommation et les échanges des principaux produits alimentaires agricoles et aquatiques couverts par les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO, ainsi que l’évolution attendue des indicateurs clés du secteur au cours de la période 2026-2035. Il présente la synthèse d’un scénario de référence établi pour la prochaine décennie à partir d’hypothèses spécifiques relatives à la situation macroéconomique, à l’évolution de la productivité, à la météorologie, aux préférences des consommateurs ainsi qu’aux politiques agricoles et commerciales. En termes réels, les prix agricoles internationaux devraient rester globalement stables, la productivité devant augmenter au même rythme que la demande. La croissance de la production est tirée principalement par l’amélioration de la productivité. Parallèlement, la progression des revenus dans les pays à revenu intermédiaire devrait favoriser un glissement progressif vers les produits d’élevage, d’où une certaine hausse de la demande d’aliments pour animaux. Les échanges internationaux continueront de jouer un rôle central en équilibrant l’offre et la demande régionales. Dans le contexte du conflit au Moyen-Orient de 2026, ce chapitre présente également une analyse de scénario complémentaire comparant les perspectives de référence pour 2026-2027 à un scénario défavorable caractérisé par un ralentissement sensible de la croissance économique mondiale et un niveau élevé des prix de l’énergie. En outre, il analyse l’évolution du revenu agricole brut par actif, faisant ressortir à la fois les améliorations attendues et l’instabilité persistante qui caractérise les revenus agricoles.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2026‑2035
1. Marchés agricoles et alimentaires : tendances et perspectives
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Les Perspectives agricoles sont le fruit de la collaboration entre l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Elles présentent cette année un scénario de référence cohérent de l’évolution des marchés des produits agricoles, halieutiques et aquacoles aux niveaux national, régional et mondial au cours de la période allant de 2026 à 2035.
Les projections de référence reposent sur un ensemble d’éléments communiqués par des experts. Elles reflètent les conditions actuelles des marchés, ainsi que les hypothèses concernant l’évolution de la conjoncture macroéconomique, de la situation démographique et des politiques publiques (section 1.1). Le modèle Aglink-Cosimo de l’OCDE et de la FAO, qui met en relation les différents secteurs et pays couverts par les Perspectives, assure une cohérence d’ensemble et un équilibre global entre tous les marchés. Au vu de l’incertitude accrue entourant les coûts de l’énergie et des intrants agricoles à la suite du conflit au Moyen-Orient en 2026, une analyse de scénario a été menée à l’aide du modèle Aglink-Cosimo pour évaluer les risques associés à un renchérissement de l’énergie et des engrais ; ses résultats sont également présentés dans cette section.
Cette année, les Perspectives portent une attention particulière à la productivité de la main-d’œuvre agricole, qui sert d’indicateur indirect du revenu agricole brut par actif. En accord avec cet axe thématique, les prix et la production sont examinés ensemble dans la section 1.2 du présent chapitre consacré aux tendances et aux perspectives, intitulée « Prix des produits agricoles, productivité du travail et production : projections d’évolution pour 2035 ». Un nouvel indicateur mesurant la productivité de la main-d’œuvre agricole, définie comme le produit intérieur brut agricole divisé par le nombre de travailleurs agricoles, est présenté dans la sous-section 1.2.2 et utilisé pour analyser la possible variabilité future des revenus et dégager certaines implications pour l’action publique.
1.1. Évolution récente des marchés agricoles et hypothèses concernant l’avenir
Copier le lien de 1.1. Évolution récente des marchés agricoles et hypothèses concernant l’avenirLe Graphique 1.1 renseigne sur la situation actuelle des marchés de produits agricoles. Les dates des campagnes de commercialisation n’étant pas les mêmes pour tous les produits, les données sont présentées soit pour l’année 2025, soit pour la campagne 2025/2026, selon le cas. Ces chiffres servent de point de départ au scénario de référence utilisé pour établir les projections 2026-2035.
Graphique 1.1. Situation des principaux marchés
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Note : toutes les données temporelles sont indexées sur la moyenne 2016-2025 (=100). La consommation correspond à la quantité de produits agricoles, exprimée en équivalent brut, acquise sur le marché par les agents économiques à des fins de consommation ou de transformation, pertes et gaspillage compris.
Lorsqu’il est fait référence à une consommation finale particulière (consommation humaine ou consommation animale, par exemple), celle-ci est spécifiée. Les indices de prix sont pondérés par la valeur moyenne de la production mondiale sur les dix dernières années, calculée à l’aide des prix internationaux en valeur réelle. On trouvera davantage d’informations sur la situation des différents marchés et leur évolution dans les aperçus par produit présentés en annexe, ainsi que dans la version en ligne des chapitres consacrés aux différents produits.
Le scénario de référence ayant servi à établir les projections pour la période 2026-2035 s’appuie sur la connaissance approfondie des produits, des politiques publiques et des pays que possèdent l’OCDE et la FAO, ainsi que sur les contributions apportées par les pays membres et les organisations internationales spécialisées dans les produits. Les projections de référence considérées dans le présent chapitre reposent sur les données connues et les trains de mesures en place au mois de décembre 2025. L’Encadré 1.1 expose les tendances concernant la situation macroéconomique et les politiques publiques qui devraient avoir une incidence sur l’évolution des marchés agricoles au cours des dix prochaines années.
Encadré 1.1. Hypothèses macroéconomiques et contexte général
Copier le lien de Encadré 1.1. Hypothèses macroéconomiques et contexte généralUne croissance économique stable, mais un ralentissement de la croissance démographique mondiale, avec des contrastes régionaux
Les projections des indicateurs économiques reposent sur les prévisions les plus récentes des Perspectives de l’économie mondiale du Fonds monétaire international (octobre 2025), complétées par les projections à long terme d’Oxford Economics et des Perspectives économiques de l’OCDE publiées en décembre 2025. La croissance annuelle mondiale du revenu par habitant a été de 1.8 % en 2025 et devrait tomber à 1.6 % en 2026. Ce sont les économies émergentes d’Asie qui devraient connaître la plus forte croissance (Graphique 1.2). Au vu des hypothèses présentées dans l’édition 2024 des Perspectives de la population mondiale des Nations Unies, la population de la planète devrait progresser de 0.8 % par an pour atteindre 8.8 milliards d’habitants en 2035. La croissance démographique sera toutefois très variable selon les régions : elle culminera à 2.2 % par an en Afrique subsaharienne, tandis que la République populaire de Chine (ci-après la « Chine ») verra sa population diminuer légèrement, l’Inde restant le pays le plus peuplé.
Après des taux d’inflation élevés en 2022 et en 2023 dans la plupart des pays, les taux reculent à l’échelle mondiale, reflétant en partie la baisse des prix des produits et les effets différés du durcissement des politiques monétaires. La désinflation devrait se poursuivre en 2026, même si quelques exceptions perdureront en Chine, au Pakistan, en Malaisie, en Afrique du Sud et en Inde. À moyen terme, les taux d’inflation devraient encore reculer pour se stabiliser en deçà de 10 % dans tous les pays au-delà de 2026.
Le prix de référence du pétrole retenu dans les présentes Perspectives a été fixé en tenant compte du conflit en cours dans le golfe Persique début 2026 et de la perturbation de la navigation commerciale qu’il occasionne dans le détroit d’Ormuz, couloir maritime essentiel pour l’acheminement des produits énergétiques du golfe vers les marchés mondiaux. Le prix du pétrole, qui a culminé à 101 USD par baril en 2022 avant de diminuer régulièrement pour s’établir à 68 USD par baril en 2025, devrait temporairement remonter à 75 USD par baril en 2026. L’effet devrait diminuer, et la croissance économique globale devrait y rester en grande partie insensible à moyen terme.
Les politiques en vigueur continuent de s’appliquer dans le scénario de référence
L’action publique tenant un rôle important sur les marchés agricoles, ceux des biocarburants et ceux des produits halieutiques et aquacoles, les réformes dont elle fait l’objet y entraînent généralement des modifications d’ordre structurel. Les Perspectives reposent sur l’hypothèse que les dispositions en vigueur continueront de s’appliquer et qu’aucune nouvelle mesure ne sera promulguée. Seuls les accords de libre-échange ratifiés avant la fin du mois de décembre 2025 sont pris en compte dans la publication.
Les projections restent soumises à une incertitude considérable, notamment en raison des tensions géopolitiques, de l’instabilité des marchés de l’énergie et des fluctuations du coût des intrants. Après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient dans les premiers mois de 2026, l’incertitude croissante entourant les coûts de l’énergie et des intrants agricoles a accentué les tensions sur les systèmes agroalimentaires mondiaux. Plusieurs analyses ont alors été conduites pour évaluer les possibles répercussions sur ces systèmes des perturbations affectant les marchés de l’énergie, les chaînes d’approvisionnement en engrais et les routes commerciales stratégiques comme le détroit d’Ormuz (FAO, 2026[1]; OECD, 2026[2]).
Afin d’examiner les risques posés par le renchérissement de l’énergie et des engrais, ces Perspectives présentent une analyse de scénario réalisée à l’aide du modèle d’équilibre partiel Aglink-Cosimo. En l’occurrence, la projection de référence pour 2026-2035 est comparée à un scénario défavorable basé sur les Perspectives de l’économie mondiale du FMI du printemps 2026 (IMF, 2026[3]). Dans le scénario défavorable, le fléchissement de la croissance économique et le renchérissement des intrants grèvent la performance du système agroalimentaire mondial, en particulier en 2026 et 2027. Il en résulte une hausse des coûts de production et un ralentissement de la croissance des revenus, et la conjonction de ces deux évolutions a un effet négatif plus marqué sur la sécurité alimentaire dans les pays à faible revenu. L’analyse de scénario permet d’évaluer de quelle façon ces changements macroéconomiques et les coûts plus élevés des intrants se répercutent sur la production agricole, les modes de consommation, la composition des régimes alimentaires, les stocks alimentaires et la résilience globale du système alimentaire. Les résultats sont exposés en détail dans l’Encadré 1.2.
Par rapport au scénario de référence, le scénario défavorable entraîne un affaiblissement généralisé des performances des systèmes agroalimentaires en 2026–2027, les impacts se transmettant par des coûts des intrants plus élevés et une croissance plus faible des revenus. Alors que les pays à revenu élevé sont globalement capables d’absorber ces chocs grâce à des ajustements commerciaux et à l’utilisation des stocks afin de maintenir une consommation stable, les pays à faible revenu font face à une détérioration systémique de la sécurité alimentaire, avec des risques importants et multidimensionnels résultant de contraintes interdépendantes touchant l’offre, l’accès et l’utilisation des aliments. Les risques liés à la disponibilité découlent de réductions des rendements et de la production agricoles induites par les engrais, plus marquées que dans tout autre groupe de revenu. Les risques d’accès proviennent d’une croissance plus lente des revenus combinée à une hausse des prix alimentaires, limitant la capacité des ménages à acheter de la nourriture et réduisant les possibilités d’accroître les importations. Les risques liés à la qualité de l’alimentation apparaissent à travers un abandon progressif des aliments d’origine animale riches en nutriments au profit des produits de base, entraînant une diminution de la diversité alimentaire et une possible dégradation des résultats nutritionnels. Les risques pour la stabilité sont accentués par la diminution des stocks et une plus grande exposition aux chocs externes, compte tenu des capacités limitées d’amortissement. Ces facteurs se renforcent mutuellement : la baisse de la production accroît la dépendance aux importations, mais la limitation du pouvoir d’achat restreint l’accès ; parallèlement, la hausse des prix oblige les ménages à adapter leur alimentation vers des paniers alimentaires moins coûteux et moins diversifiés.
Encadré 1.2. Scénario défavorable : implications pour les perspectives d’évolution du secteur agroalimentaire en 2026-2027
Copier le lien de Encadré 1.2. Scénario défavorable : implications pour les perspectives d’évolution du secteur agroalimentaire en 2026-2027Cette analyse complémentaire met en lumière les différences entre le scénario de référence présenté pour la période 2026-2027 et le « scénario défavorable » décrit dans les Perspectives de l’économie mondiale du FMI du printemps 2026 (IMF, 2026[3]). Le « scénario défavorable » se caractérise par un ralentissement sensible de la croissance économique mondiale, et par des prix de l’énergie supérieurs aux niveaux de référence – d’environ 33 % en 2026 et 10 % en 2027 – qui augmentent les coûts de production des systèmes agricoles. Dans ces conditions, les prix réels des engrais devraient dépasser les niveaux de référence de 29 % en 2026, et de 17 % en 2027. Ces évolutions entraînent une utilisation moindre d’engrais, une plus faible croissance de la demande et des ajustements de la production, des échanges et des modes de consommation dans l’ensemble des régions du monde.
Les prix de référence mondiaux de tous les principaux produits agricoles augmentent en termes réels sous l’effet conjugué de la hausse des coûts de production, liée en particulier au renchérissement de l’énergie, des engrais et des aliments pour animaux, et de l’inélasticité persistante de la demande alimentaire. Les hausses de prix déjà prévues pour 2026 s’accentuent en 2027, du fait que les coûts élevés des intrants continuent d’être répercutés sur les prix du marché. Les répercussions sont vastes, touchant à la fois les productions végétales et animales, et soulignent combien la réactivité limitée de la demande amplifie les tensions sur les prix imputables aux coûts sur les marchés alimentaires mondiaux (Graphique 1.3).
L’ampleur des retombées varie selon les groupes de pays, mais le scénario défavorable prévoit dans l’ensemble une production agricole moindre, des marchés alimentaires resserrés et des pressions accrues sur la sécurité alimentaire, ces effets étant les plus prononcés dans les pays à faible revenu.
Situation macroéconomique et transmission des coûts des intrants
Par rapport à celui de référence, le scénario défavorable se caractérise par une nette décélération de l’activité économique. Les répercussions sur les systèmes agroalimentaires prennent deux formes principales : le fléchissement de la croissance de la demande et la hausse des coûts de production. Du fait du niveau élevé des prix de l’énergie, les engrais deviennent plus onéreux, de sorte que leur utilisation se contracte dans tous les groupes de pays. Cependant, l’ampleur et la transmission de ce choc varient sensiblement (Graphique 1.4, partie a). Dans les pays à faible revenu, l’utilisation d’engrais baisse nettement (de 5.1 % en 2026 et de 3.4 % en 2027). Dans ceux à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, elle diminue dans des proportions comparables (de 4.3 % puis de 2.8 %), mais les pertes de production sont plus modérées du fait d’une efficacité d’utilisation des intrants de référence plus élevée. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à revenu élevé, la baisse de l’utilisation d’engrais est moindre (autour de 2 % ou moins) et n’a qu’un effet restreint sur la production, ce qui tient à la plus forte résilience de ces pays et à leur capacité à adapter l’utilisation d’intrants.
Retombées sur la production : les pertes sont concentrées dans les productions végétales
Dans l’ensemble des groupes de revenu, le scénario défavorable réduit plus fortement la production céréalière dans les pays à faible revenu, où la production diminue d’environ 2,3 % en 2026 et 1,7 % en 2027 (Graphique 1.4, partie b). Ces pertes reflètent d’importantes réductions des rendements liées à une moindre utilisation des engrais. Dans les pays à revenu intermédiaire inférieur, les diminutions sont plus limitées, généralement comprises entre 1 et 2 %, en raison d’une efficacité de base plus élevée dans l’utilisation des intrants. Les pays à revenu intermédiaire supérieur et les pays à revenu élevé ne connaissent que des réductions marginales, inférieures à 1 %. Dans l’ensemble, les résultats mettent en évidence une asymétrie marquée, les pays à faible revenu supportant les pertes les plus importantes de production céréalière dans le scénario défavorable.
Ajustements commerciaux : des capacités inégales d’amortissement des chocs
Les échanges revêtent une importance capitale pour compenser les chocs affectant l’offre intérieure, mais la capacité de recours aux marchés extérieurs varie sensiblement selon les groupes de pays. Dans les pays à faible revenu, la baisse de la production agricole entraîne une augmentation des importations nettes de denrées alimentaires de base (par exemple, les importations nettes de céréales augmentent de +3,5 % en 2026 et de +1,1 % en 2027), tandis qu’une croissance plus faible des revenus limite la capacité à financer ces importations dans un contexte de hausse des prix internationaux des produits de base. En conséquence, le commerce ne compense que partiellement les déficits de production intérieure. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, l’ajustement est plus efficace. Les importations nettes de céréales augmentent plus fortement (+7 % et +5 %), soutenues par une hausse des volumes importés et une plus grande capacité d’achat. Les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à revenu élevé s’ajustent également par le commerce, mais avec une résilience accrue, rééquilibrant l’offre et la demande sans perturbations majeures au niveau intérieur.
Consommation et composition des régimes alimentaires : des différences selon les groupes de pays
Le scénario défavorable se solde par le recul ou la stagnation de la consommation alimentaire dans tous les groupes de pays, mais la nature de l’ajustement est sensiblement différente selon les cas. Dans les pays à faible revenu, le ralentissement de la croissance des revenus et la hausse des prix alimentaires provoquent une diminution générale de la consommation, avec des réductions plus importantes de la consommation par habitant de produits d’origine animale (0,8 % et 1,4 %) que des produits de base (par exemple les céréales : 0,7 % et 1,1 %), ce qui indique un déplacement vers des régimes alimentaires moins coûteux.
Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, la consommation reste relativement résiliente, la consommation de produits de base demeurant globalement stable et les produits d’origine animale n’enregistrant qu’un recul modéré en 2027. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à revenu élevé, les niveaux de consommation restent largement inchangés, sans modification significative des régimes alimentaires, ce qui souligne le rôle des niveaux de revenu dans l’absorption des chocs de prix et le maintien de la qualité des régimes alimentaires.
Les dépenses alimentaires réelles de base par habitant diminuent dans les pays les plus pauvres, les pertes de revenus et la hausse des prix obligeant les ménages à réduire les volumes consommés et à se tourner vers des paniers alimentaires moins coûteux (Graphique 1.5). En revanche, les ménages des pays plus riches absorbent plus facilement le choc et maintiennent leur consommation malgré la baisse des revenus réels, ce qui reflète une plus grande résilience.
Stocks et résilience systémique
Dans le scénario défavorable, les stocks diminuent dans tous les groupes de pays du fait des efforts déployés pour atténuer les déséquilibres entre l’offre et la demande. Cependant, les conséquences ne sont pas partout les mêmes. Dans les pays à faible revenu, les prélèvements sur les stocks (environ 3-4 %) amenuisent des marges de manœuvre déjà limitées et augmentent ainsi la vulnérabilité à de nouveaux chocs. À l’inverse, les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et les pays à revenu élevé utilisent les stocks de manière plus efficace pour stabiliser les marchés : si les prélèvements sont comparables, voire plus importants (jusqu’à 4 %), ils ne compromettent pas la disponibilité alimentaire.
Les risques sanitaires et phytosanitaires, notamment les épizooties, constituent une autre source d’incertitude majeure. Ces épizooties peuvent fortement perturber les échanges de produits d’origine animale en entraînant des restrictions à l’importation, des interdictions d’exportation et des mesures préventives au niveau national qui peuvent rester en vigueur de nombreuses années. Certaines, telles que la grippe aviaire ou la peste porcine africaine, peuvent provoquer des pénuries d’approvisionnement soudaines dans les régions touchées et remodeler la structure des échanges mondiaux. Ces chocs ont pour effet immédiat des pertes de productions, mais ils peuvent également accroître la volatilité des prix et la pression exercée sur les systèmes alimentaires.
1.2. Prix des produits agricoles, productivité du travail et production : projections d’évolution pour 2035
Copier le lien de 1.2. Prix des produits agricoles, productivité du travail et production : projections d’évolution pour 20351.2.1. La baisse continue sur le long terme des prix mondiaux des produits agricoles en valeur réelle repose sur la poursuite des investissements dans l’amélioration de la productivité
Les marchés des produits agricoles sont par essence incertains, étant donné qu’ils dépendent des conditions naturelles de production, de l’évolution de la situation macroéconomique et des politiques publiques, ainsi que des tensions géopolitiques. À une offre instable s’ajoute une demande alimentaire mondiale de plus en plus inélastique par rapport aux prix, en particulier dans les pays à revenu élevé ou intermédiaire de la tranche supérieure, où même de faibles perturbations de l’offre peuvent entraîner des hausses de prix disproportionnées. Les risques à court terme pesant sur la stabilité des prix des produits agricoles restent importants en raison du conflit au Moyen-Orient en 2026, dont les répercussions ont perturbé les marchés de l’énergie et des engrais dans le détroit d’Ormuz. Dans ce contexte, les projections des prix mondiaux des produits agricoles pour 2026 présentées dans les présentes Perspectives restent soumises à une forte incertitude et à d’importantes pressions liées à la hausse du coût des intrants.
Au cours des dernières années de la période de projection, l’évolution des prix mondiaux des produits agricoles reflète les facteurs structurels sous-jacents et s’inscrit dans les tendances de long terme. Les prix mondiaux des produits agricoles en valeur réelle devraient rester globalement stables ou se situer légèrement en dessous de leurs niveaux actuels au cours des dix prochaines années, dans l’hypothèse d’une amélioration continue de la productivité et de conditions météorologiques normales1, qui réduisent le coût marginal de production de la plupart des produits agricoles (Graphique 1.6). Cela n’exclut pas que les trajectoires de prix effectives puissent diverger par rapport à celles attendues, l’expérience passée montre en effet que des périodes de volatilité et des flambées temporaires interrompent parfois des tendances lourdes. Comme l’illustre le Graphique 1.6, cette variabilité se traduit par des fluctuations répétées des prix. Elle s’est manifestée à l’occasion de divers chocs, comme les chocs pétroliers des années 1970, la crise financière mondiale et la crise alimentaire de la fin des années 2000 et du début des années 2010, ou encore la pandémie et les conflits géopolitiques de ces dernières années.
En 2025, le prix mondial de référence du bœuf et du veau a atteint son niveau le plus élevé des quarante dernières années. Il devrait rester élevé à court terme, la faiblesse du cheptel bovin et de la reconstitution des troupeaux limitant la croissance de l’offre. La robustesse de la demande sous-jacente contribue également au maintien des prix à un niveau élevé, ce qui reflète la croissance démographique, la hausse des revenus et une préférence soutenue pour les aliments d’origine animale dans de nombreux marchés émergents et marchés à revenu élevé. Cette tendance est particulièrement marquée dans les autres grands pays exportateurs, tels que le Brésil, le Canada et les États-Unis, où la reconstitution du cheptel devrait commencer dès les premières années de la période de projection, après les cycles de réduction du cheptel liés aux conditions de sécheresse et à une faible rentabilité. En termes réels, les prix de la viande bovine devraient atteindre un sommet en 2026 avant de reculer à moyen terme, à mesure que la reconstitution des troupeaux progressera et que l’offre croissante rattrapera la demande.
Il est important de reconnaître que la transmission des signaux de prix entre les marchés internationaux et les producteurs et consommateurs locaux varie considérablement d’un pays à l’autre. Des facteurs tels que les coûts de transport et de logistique, les fluctuations des taux de change, les politiques commerciales et le degré d’intégration des marchés nationaux aux chaînes de valeur mondiales déterminent si, et dans quelle mesure, les signaux de prix se transmettent d’un marché à l’autre. Par exemple, des coûts de transport élevés peuvent entraver la transmission des prix entre les marchés, tandis que les fluctuations de la valeur des monnaies locales peuvent soit amplifier, soit atténuer les signaux de prix internationaux.
Si les perturbations actuelles dans le détroit d’Ormuz devraient se traduire par une hausse des coûts des intrants pour les agriculteurs du monde entier et, avec un certain décalage, par une augmentation des prix mondiaux des produits agricoles de base, les effets immédiats du conflit devraient se faire sentir principalement sur les marchés alimentaires nationaux. Ils se matérialiseront sous la forme d’une hausse des coûts de transport et de transformation, d’une pression grandissante de la demande provenant des marchés des biocarburants et d’un éventuel durcissement des politiques monétaires si les pays relèvent les principaux taux d’intérêt afin de juguler l’inflation. Les répercussions les plus immédiates devraient être observées dans les pays d’Afrique subsaharienne, du Proche-Orient et d’Afrique du Nord qui importent des engrais ou des céréales. Les responsables de l’action publique se doivent de comprendre ces mécanismes de transmission pour réussir à stabiliser les prix locaux des produits alimentaires et assurer la sécurité alimentaire dans le contexte du conflit actuel.
Dans ce contexte de stagnation ou de diminution des prix réels des produits agricoles, l’amélioration de la productivité des terres et des cheptels – par exemple, la hausse du rendement des cultures, l’augmentation du taux de commercialisation des animaux d’élevage et des poids carcasse – ainsi que la capacité à gérer le coût croissant des intrants, s’avéreront indispensables pour transformer les décisions des agriculteurs et les ressources naturelles en hausse de la production et, à terme, en revenu agricole net susceptible de durer. Pour cette raison, il est essentiel de poursuivre les investissements dans les biotechnologies, la mécanisation et l’agriculture de précision pour réaliser les gains de productivité qui sous-tendent les tendances prévues des prix des produits agricoles en valeur réelle. En l’absence de tels investissements, les exploitations agricoles marginales pourraient avoir du mal à réaliser les gains de productivité nécessaires, ce qui compromettrait les revenus agricoles, accentuerait la pression sur les ménages agricoles et accélérerait l’abandon des exploitations.
En supposant une poursuite de la transition vers des systèmes de production plus intensifs dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, les projections montrent que la hausse de la production végétale mondiale proviendra à environ 73 % de l’amélioration des rendements, et à 9 % de l’intensification de l’utilisation des terres. De la même manière, la progression de la production animale, halieutique et aquacole devrait résulter pour une grande part des gains de productivité, même si l’expansion des troupeaux devrait également participer à cette évolution. L’adoption progressive de techniques améliorées de sélection végétale et animale, de meilleures pratiques d’alimentation et de gestion des exploitations, un recours accru aux engrais et autres intrants chimiques, ainsi qu’un meilleur accès aux services vétérinaires devraient permettre d’accroître la productivité des terres et des troupeaux à long terme, en particulier dans les pays à faible et moyen revenu.
Le Graphique 1.4 présente la variation annuelle moyenne des rendements pour certaines denrées alimentaires dans quatre groupes de pays classés en fonction de leur niveau de revenu. Pour calculer les rendements, on divise la quantité totale produite par la surface récoltée pour les cultures, et par les effectifs du cheptel pour les produits d’origine animale. Une progression plus rapide des rendements est attendue pour les céréales et les produits laitiers dans les pays à faible revenu, ainsi que pour la viande bovine, les céréales et les produits laitiers dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, avec des taux de croissance annuels projetés de 1 % à 3 % sur la prochaine décennie. Toutefois, ces gains partent généralement d’un niveau de productivité faible. Il reste difficile d’obtenir des améliorations durables des rendements, en particulier dans les pays à faible revenu, où des conditions de culture défavorables récurrentes et des maladies animales ont limité les rendements ces dernières années. Dans les pays à revenu élevé, la croissance des rendements devrait se maintenir à 0.5 % par an ou moins pour la plupart des produits de base, à l’exception des produits laitiers dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, où les rendements devraient augmenter d’environ 1.0 % par an au cours de la prochaine décennie. Les agriculteurs des pays à revenu élevé exploitent déjà leurs terres à la limite de leurs capacités techniques, ce qui rend tout gain supplémentaire de plus en plus difficile et coûteux à réaliser.
Malgré les perspectives d’une croissance plus soutenue de la productivité dans de nombreux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, les niveaux de productivité des terres et du cheptel devraient rester inférieurs à leur potentiel technique, et des écarts importants avec les pays à revenu élevé devraient persister à moyen terme. Si ces écarts s’expliquent en partie par des différences dans les conditions agroécologiques, l’accès limité au financement, aux technologies agricoles modernes, à la main-d’œuvre qualifiée et aux intrants agronomiques de pointe, ils ont pour conséquence que les agriculteurs de ces régions n’exploitent pas pleinement leur potentiel technologique. Pour répondre à la demande alimentaire future sans accroître la taille des cheptels, les surfaces agricoles et, par conséquent, l’empreinte écologique du secteur, il sera nécessaire de réduire les écarts technologiques existants en ce qui concerne les élevages et les terres cultivées ou, de manière plus générale, d’intensifier de façon durable les systèmes agricoles.
1.2.2. Axe thématique : évolutions de la productivité du travail agricole et de la variabilité des revenus
Pour garantir la sécurité alimentaire et la nutrition à long terme, les systèmes alimentaires doivent relever le défi de concilier trois objectifs : une alimentation plus saine, des moyens de subsistance viables pour les agriculteurs et les communautés rurales, et une utilisation durable des ressources. Cette section thématique s’intéresse à la dimension sociale de ce défi, un domaine important auquel contribuent les travaux des deux organisations qui publient ces Perspectives. L’Encadré 1.2 décrit une initiative récente de l’OCDE visant à soutenir les moyens de subsistance afin de renforcer l’attractivité du secteur agricole aux yeux des nouveaux exploitants. Compte tenu de la nature multidimensionnelle des enjeux sociaux dans le secteur agricole et des limites des données disponibles, il est important de délimiter clairement le champ d’application de ce qui peut être raisonnablement présenté dans les présentes Perspectives. En conséquence, cette section se concentre sur la productivité du travail agricole, en s’appuyant sur un indicateur récemment élaboré.
La productivité du travail se réfère généralement à la somme de la valeur économique générée par le travailleur sur une période donnée. Pour les présentes Perspectives, la productivité du travail agricole est calculée en divisant le PIB en valeur réelle du secteur par le nombre total de travailleurs agricoles. Les projections du PIB agricole sont établies en combinant les composantes entrées-sorties du projet d’analyse des échanges mondiaux (Global Trade Analysis Project, GTAP), un modèle d’équilibre général mondial représentant la structure de l’économie mondiale, avec les variables comportementales et de marché pertinentes issues du modèle AGLINK-Cosimo. Les données sur l’emploi dans le secteur agricole proviennent d’ILOSTAT, la base de données mondiale de statistiques du travail de l’Organisation internationale du Travail, qui compile les données issues des enquêtes nationales sur la main-d’œuvre, de sources statistiques officielles et d’estimations modélisées. Dans ILOSTAT, le terme « emploi » désigne le nombre de personnes ayant travaillé au moins une heure au cours de la période de référence, conformément à la définition internationale. Il ne tient donc pas compte du nombre d’heures travaillées et n’est pas exprimé en équivalents temps plein. Les estimations prospectives de l’emploi sont établies à partir d’une approche statistique qui met en relation l’évolution de l’emploi avec les variations de la population rurale (facteur de taille), issues des Perspectives mondiales d’urbanisation 2025 des Nations Unies (United Nations World Urbanization Prospects 2025), et les projections du revenu par habitant (facteur de changement structurel), fournies par le FMI et Oxford Economics.
La productivité de la main-d’œuvre agricole calculée est une mesure brute de la valeur ajoutée par travailleur et ne fait pas de distinction entre les travailleurs qualifiés et non qualifiés. De ce fait, elle peut masquer d’importantes différences dans la composition de la main-d’œuvre et n’a pas nécessairement d’incidence sur le revenu agricole net ou sur le bien‑être des ménages. Les hausses de la productivité du travail reflètent souvent une réduction de l’intensité de main-d’œuvre par hectare due à la mécanisation et à l’accroissement du capital par travailleur. Toutefois, ces gains s’accompagnent également d’une hausse des coûts du capital, notamment des dépenses d’investissement, de l’amortissement et du service de la dette, qui ne sont pas déduits des mesures de productivité fondées sur le PIB. En outre, cet indicateur ne tient pas compte du rôle des mesures de soutien à l’agriculture, qui peuvent grandement influer sur le revenu agricole, indépendamment de la productivité. Dans les systèmes agricoles fortement mécanisés, les gains de productivité sont donc étroitement liés au remplacement de la main-d’œuvre par des machines, ce qui entraîne un transfert des rendements de la main-d’œuvre vers le capital. Dans certaines conditions, ce remplacement peut accroître la vulnérabilité financière, notamment lorsque des dépenses d’investissement élevées coïncident avec une contraction des prix ou une hausse du coût des intrants. Les cas d’abandon d’exploitation agricole et de faillite liés à des investissements en capital excessifs ou inopportuns soulignent l’importance de considérer la productivité du travail comme un indicateur de la transformation structurelle plutôt que comme une mesure directe du revenu des ménages.
Encadré 1.3. OCDE Forum mondial sur l’agriculture 2025 : Susciter de nouvelles vocations pour assurer l’avenir de l’agriculture
Copier le lien de Encadré 1.3. OCDE Forum mondial sur l’agriculture 2025 : Susciter de nouvelles vocations pour assurer l’avenir de l’agricultureLe Forum mondial de l’OCDE sur l’agriculture est un rendez-vous annuel de dialogue international sur la politique agricole qui réunit des agriculteurs, des décideurs et des experts. L’édition 2025 a mis l’accent sur l’amélioration de l’attractivité du secteur agricole pour les nouveaux exploitants. Le vieillissement de la population agricole (Graphique 1.8), la diversité des compétences, les chocs sur les marchés et les pressions environnementales remettent en question l’avenir du secteur. Les agriculteurs qui s’installent sont plus susceptibles d’adopter des technologies modernes et d’introduire de l’innovation et de nouvelles compétences (Campi et al., 2024[4]), ce qui peut aider à surmonter les difficultés auxquelles les systèmes alimentaires sont confrontés. Cependant, des obstacles tels que l’accès insuffisant à la terre, au financement, aux services sociaux et de conseil, les complexités administratives et le manque de connaissances entravent leur intégration. Les jeunes, les femmes et les peuples autochtones peuvent se heurter à des difficultés encore plus grandes (Dabkienė, 2025[5]; Agriculture and Agri-Food Canada, 2021[6]; Coopmans et al., 2021[7]). Les fluctuations des revenus agricoles peuvent également dissuader les nouveaux agriculteurs, tout comme l’augmentation des risques liés à la multiplication des phénomènes météorologiques extrêmes ou instables, la baisse attendue de la qualité de vie et la nature exigeante du travail.
Graphique 1.8. Part des emplois agricoles occupés par des actifs âgés de plus de 55 ans
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Note : dans les pays où ils sont manquants, les indicateurs correspondant aux années 2000 ou 2023 ont été remplacés par ceux de l’année la plus proche pour laquelle des données sont disponibles.
Source : (OECD, 2025[2]) d’après les données du domaine Indicateurs de l’emploi : Agriculture et systèmes agroalimentaires de la base de données FAOSTAT.
Les participants à l’édition 2025 du Forum mondial sur l’agriculture ont discuté de plusieurs manières d’attirer de nouveaux agriculteurs. Il est capital d’améliorer les revenus des agriculteurs et la rentabilité du secteur en stimulant l’innovation au service de la croissance durable de la productivité. L’action des pouvoirs publics ne doit pas se limiter à soutenir financièrement le secteur : elle doit faciliter l’accès aux terres, au crédit et aux services de conseil, favoriser la formation des agriculteurs, développer des réseaux de soutien entre pairs et le mentorat, et réduire le fardeau administratif. Souvent, la vision du métier d’agriculteur se fonde sur des clichés dépassés. Elle doit être remplacée par un nouveau récit inspirant, qui montre les possibilités d’innovation et d’entrepreneuriat dans le secteur agricole. L’amélioration de la durabilité sociale requiert des mesures coordonnées qui ne se limitent pas à l’agriculture et au revenu agricole, mais visent également la formation, les questions sociales, la taxation, les prestations de retraite et le travail. Étant donné que l’entrée dans le secteur et la sortie du secteur sont liées, les politiques facilitant le départ à la retraite et la planification de la relève ont leur importance. Il est indispensable d’améliorer le bien-être dans les zones rurales, de garantir l’accès aux soins de santé, à la formation et aux services culturels, de fournir une assurance sociale adaptée, des services de prise en charge des enfants, des personnes âgées et des personnes handicapées, ainsi que d’améliorer les conditions de travail pour rendre le métier d’agriculteur attractif.
Les témoignages d’agriculteurs lors de l’édition 2025 du Forum mondial sur l’agriculture (Szuda and Antón, 2025[8]) ont révélé que le secteur avait déjà entamé sa transformation. Les nouveaux entrants contribuent à l’innovation et au dynamisme entrepreneurial, tandis que la numérisation attire de nouveaux talents. Si la succession familiale reste importante, une part croissante des nouveaux arrivants provient de familles non agricoles ou se reconvertit dans l’agriculture après avoir exercé un emploi non agricole, bien que cette tendance ne soit pas uniforme d’un pays à l’autre. Dans certains contextes, on observe l’émergence de « moyens de subsistance mixtes », combinant activités agricoles et non agricoles. Cette combinaison permet de diversifier les sources de revenus, de réduire la vulnérabilité aux fluctuations de revenu et d’accéder à de nouvelles opportunités économiques.
Source : (OECD, 2025[9])
C’est dans les pays à revenu élevé d’Amérique du Nord, d’Europe de l’Ouest et d’Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande) que le PIB par travailleur agricole est le plus élevé. Ces pays bénéficient de rapport terres-main d’œuvre élevés, de systèmes de production à forte intensité de capital et d’une large diffusion des technologies. De grands pays à revenu intermédiaire d’Amérique latine, d’Europe de l’Est et d’Asie centrale et de l’Est occupent une position intermédiaire, ce qui reflète leur transition vers des systèmes ayant une orientation commerciale marquée et une forte intensité de capital. Les pays à faible revenu d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, qui sont les moins productifs, continuent de faire face à des contraintes structurelles, notamment la persistance de systèmes de petites exploitations caractérisés par une intégration limitée des marchés, une faible dotation en capital et une forte dépendance vis-à-vis d’un éventail restreint de cultures de base ou de l’élevage extensif, soit des conditions insuffisantes pour hisser les ménages ruraux hors de la pauvreté. Néanmoins, plusieurs de ces pays enregistrent des progrès notables en matière de productivité du travail agricole, ce qui témoigne d’une transition en cours d’une agriculture de subsistance vers des systèmes de production plus commerciaux.
La productivité du travail agricole présente les écarts les plus importants entre pays parmi tous les secteurs de l’économie, ce qui en fait un facteur déterminant pour comprendre les inégalités de revenu à l’échelle mondiale (Gollin, Lagakos and Waugh, 2014[10]). Au cours de la période de référence, le PIB agricole réel par travailleur du secteur agricole est estimé à un peu plus de 21 000 USD dans les pays à revenu élevé, contre un peu moins de 1 000 USD dans les pays à faible revenu (Graphique 1.9). Ces écarts soulignent la profonde hétérogénéité structurelle qui continue de caractériser les systèmes agricoles mondiaux.
Au cours des dix prochaines années, la productivité de la main-d’œuvre agricole devrait continuer à progresser dans toutes les tranches de revenus, bien qu’à des rythmes très différents. Ce sont les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure qui devraient enregistrer la croissance la plus rapide – près de 30 % d’ici 2035 – suivis par les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (19 %) et les pays à faible revenu (17 %). Ces tendances sont à l’image de la transformation structurelle en cours et de l’augmentation progressive de l’utilisation du capital dans ces groupes de pays. En revanche, la croissance dans les pays à revenu élevé devrait sensiblement ralentir, avec une production moyenne par actif qui augmentera d’un peu plus de 5 % d’ici à 2035. Malgré ces progrès, les écarts absolus entre les groupes de revenus restent importants, et le fossé entre les pays à revenu élevé et ceux à faible revenu, bien qu’il se réduise légèrement, continue de refléter des différences structurelles de longue date.
L’amélioration du rendement des céréales, du taux de commercialisation des animaux d’élevage et du poids carcasse devrait jouer un rôle dans l’évolution prévue de la productivité de la main-d’œuvre dans toutes les tranches de revenus. Ces indicateurs techniques représentent les principales voies de transformation du potentiel biologique et des décisions de gestion en production commercialisable et, à terme, en revenu par actif. Les pays à revenu élevé ont déjà atteint une forte productivité des terres et mis en place des systèmes d’élevage optimisés. Ces résultats reposent notamment sur des stratégies de commercialisation qui maximisent le rendement du capital et réduisent les contraintes de main-d’œuvre, laissant peu de marge pour de nouveaux gains de productivité. Les pays à revenu intermédiaire, en revanche, enregistrent une amélioration rapide de la productivité des terres et des troupeaux à mesure qu’ils s’orientent vers des systèmes de production entièrement intégrés aux marchés et plus intensifs en capital. Dans les pays à faible revenu, les progrès resteront limités par le faible niveau d’utilisation des intrants et de mécanisation, les difficultés de gestion et la forte exposition aux chocs causés par le climat et les marchés. Les décisions de commercialisation, par exemple, sont souvent prises en réaction à des contraintes immédiates plutôt que dans le cadre d’une stratégie planifiée. Les animaux sont ainsi vendus pour répondre à la sécheresse ou à des besoins financiers urgents, au détriment d’une mise en marché au poids d’abattage optimal ou lorsque les prix sont plus avantageux. Ce lien entre les difficultés financières des ménages et la gestion du cheptel compromet la contribution de l’élevage à la stabilité des revenus agricoles et limite les gains de productivité du travail.
Cependant, l’amélioration des rendements agricoles, du taux de commercialisation et du poids carcasse ne suffit pas à accroître durablement la productivité du travail agricole, en particulier dans les pays à revenu faible ou intermédiaire où les ménages ruraux disposent souvent d’une main-d’œuvre abondante mais de capitaux limités. Dans ce type de contexte, une focalisation exclusive sur le rendement biologique par unité de surface agricole ou par animal risquerait de se faire au détriment du bien-être et des revenus des populations rurales chargée de produire les aliments. En revanche, dans de nombreux pays à revenu élevé, les ménages ruraux sont moins directement impliqués dans la production agricole, et la disponibilité de la main-d’œuvre, qu’elle soit qualifiée ou non qualifiée, constitue un défi croissant pour le secteur. Plus généralement, les revenus des agriculteurs dépendent non seulement des gains de productivité biologique, mais aussi de l’efficacité d’utilisation de la capacité de travail, notamment des possibilités d’emploi hors exploitation et des conditions générales du marché du travail. L’évolution vers des systèmes de production à forte intensité de capital est généralement tirée par des progrès dans l’ensemble de l’économie qui font augmenter les coûts de la main-d’œuvre. En règle générale, la croissance du revenu agricole est une conséquence de la transformation économique globale et non une cause de celle-ci. Ainsi, si les gains de productivité technique demeurent importants, les politiques qui aident les agriculteurs à améliorer la productivité de leur travail, notamment grâce à la mécanisation, à l’automatisation, à une meilleure gestion des exploitations, à des outils de gestion des risques et à des possibilités d’emploi hors exploitation, constituent un levier plus fiable de croissance des revenus et jouent, à terme, un rôle plus déterminant dans la sortie des ménages ruraux de la pauvreté.
Pour autant, la prudence s’impose, car les pertes d’emplois dans le secteur agricole dues à la mécanisation peuvent entraîner des tensions passagères sur le marché du travail et compromettre le bien-être social lorsque la création d’emplois non agricoles ne progresse pas au même rythme. Ce risque est particulièrement marqué lorsque la main-d’œuvre devenue superflue se réoriente en majorité vers des activités informelles peu productives ou précaires. Bien que la main-d’œuvre se soit progressivement détournée de l’agriculture dans de nombreux pays à faible revenu, elle s’est souvent rabattue sur des emplois informels peu productifs ou précaires plutôt que vers des secteurs très productifs, limitant ainsi les gains de productivité globaux (Deudibe et al., 2020[11]; Mensah et al., 2022[12]). Dans certains cas, ces dynamiques peuvent également refléter des choix de politique publique qui favorisent activement les changements structurels dans l’agriculture, par exemple en soutenant la mécanisation ou l’utilisation d’intrants, sans que cela s’accompagne d’une création d’emplois et d’une croissance de la productivité suffisantes dans les secteurs non agricoles. Étant donné que les conditions varient considérablement d’un pays à l’autre, en fonction de l’accès aux marchés, des opportunités dans les secteurs non agricoles, des infrastructures et des institutions, le redéploiement de la main-d’œuvre ne suffira probablement pas à lui seul à générer une croissance généralisée des revenus d’ici 2035. L’amélioration de la productivité agricole doit donc rester au cœur des stratégies de transformation structurelle dans les pays concernés (Gollin, 2023[13]).
Des travaux d’analyse récents suggèrent également que la croissance de la productivité ne suffira probablement pas à elle seule à assurer une transformation rurale inclusive. Pour cela, il est nécessaire de considérer les systèmes agroalimentaires dans une perspective plus large, qui tienne compte de la diversité des possibilités d’emploi au-delà de l’agriculture primaire, de la résilience des moyens de subsistance ruraux et de la qualité des emplois créés tout au long des chaînes de valeur alimentaires. De nouvelles données fournies par la FAO montrent que les systèmes agroalimentaires représentent une part importante et hétérogène de l’emploi à l’échelle mondiale, soulignant ainsi l’importance de conjuguer les gains de productivité agricole avec la création d’emplois non agricoles inclusifs, le renforcement des liens entre les zones rurales et urbaines, et des politiques favorisant la résilience face aux changements climatiques, démographiques et sociaux (Davis et al., 2024[14]; Schneider et al., 2024[15]; Davis et al., 2026[16]).
Graphique 1.10. Part de l’agriculture dans le produit intérieur brut rapportée à la productivité de la main-d’œuvre agricole
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Note : la taille des bulles correspond au PIB agricole total. La productivité de la main-d’œuvre agricole est calculée en rapportant le produit intérieur brut agricole au nombre d’actifs dans le secteur.
Source : calculs de l’OCDE-FAO basés sur les données de l’OIT (base de données ILOSTAT).
Le Graphique 1.10 présente, sur l’axe horizontal, la part de l’agriculture dans le PIB total et, sur l’axe vertical, la productivité du travail dans l’agriculture (PIB agricole par travailleur), la taille des bulles représentant le volume global du PIB agricole. Le Graphique met en évidence une tendance structurelle très nette : les pays où la part de l’agriculture est plus importante, en particulier les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, ont tendance à afficher une productivité du travail nettement plus faible. Dans ces pays, l’agriculture emploie une forte proportion des ressources et contribue à une part conséquente de la valeur ajoutée nationale. Pourtant, la valeur créée par chaque actif est relativement faible. Le contraste est net avec les pays à revenu élevé (à gauche sur le Graphique), où l’agriculture ne représente qu’une petite part du PIB, mais où la productivité par actif est élevée. Quant aux pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, qui se situent entre ces deux extrêmes, la part de leur PIB agricole diminue et leur productivité augmente au fil du temps, dans la logique de la transformation structurelle et technologique à l’œuvre.
Les Perspectives montrent que les pays à faible revenu continuent de dépendre de l’agriculture (environ un cinquième du PIB pendant la période de référence, un peu moins en 2035), avec une production par actif légèrement en deçà de 1 100 USD réels à l’horizon 2035, soulignant la lenteur des progrès accomplis vers la réduction de la pauvreté et leur vulnérabilité persistante aux chocs économiques et aux catastrophes naturelles. Les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure devraient enregistrer une forte augmentation de leur productivité d’ici à 2035, tout en réduisant leur dépendance vis-à-vis de l’agriculture (qui représentera environ un dixième du PIB en 2035), ce qui laisse entrevoir un potentiel de rattrapage important avec la progression de l’investissement, de l’adoption des technologies et de l’intégration des marchés. Cependant, la productivité agricole moyenne du travail ne s’élève qu’à environ 2 700 USD par travailleur dans ces pays, ce qui indique que des écarts importants persistent et que de nouvelles améliorations seront nécessaires.
Ces tendances ont des implications claires pour les décideurs et les partenaires internationaux du développement : dans les pays à faible revenu, où l’agriculture reste le pilier de l’économie, l’accroissement de la productivité de la main-d’œuvre agricole représente l’un des leviers les plus puissants pour accélérer la réduction de la pauvreté et renforcer la sécurité alimentaire. Pour y parvenir, il faudra mettre en place un ensemble de mesures visant à améliorer la productivité, telles qu’un meilleur accès aux capitaux d’investissement pour mécaniser la production, des intrants de qualité et des services de conseil, de meilleures infrastructures rurales et logistiques, ainsi que des systèmes de production plus résilients, le tout complété par le développement des opportunités d’emploi hors exploitation. Ces mesures peuvent favoriser la transformation du système agroalimentaire et contribuer à ce que les gains de productivité se traduisent par une augmentation des revenus et une réduction significative de la faim et de la pauvreté.
Les projections de référence présentées dans les présentes Perspectives reflètent l’interaction des facteurs fondamentaux de l’offre et de la demande dans le cadre des tendances prévues en matière de conditions météorologiques et de rendements, ainsi que d’hypothèses spécifiques concernant le contexte macroéconomique et les politiques publiques. Bien que ces Perspectives s’appuient sur les meilleures informations disponibles, ces projections et les hypothèses qui les sous-tendent présentent inévitablement un degré d’incertitude, qui se traduit finalement par une variabilité autour des projections de référence. Les fluctuations des prix et des coûts sont inhérentes à l’agriculture, et elles entraînent une instabilité des revenus qui décourage les investissements et l’arrivée de jeunes agriculteurs, indispensables pour accroître la productivité. Des chocs exogènes, notamment les phénomènes météorologiques extrêmes, la hausse des prix de l’énergie, les épidémies touchant le bétail, le changement des politiques commerciales, les évolutions géopolitiques et les conflits, contribuent à cette instabilité.
Afin d’évaluer l’influence qu’une telle variabilité pourrait exercer sur les résultats au cours des dix prochaines années, une analyse statistique a été réalisé à partir des fluctuations du revenu agricole brut par travailleur observées entre 2000 et 2025, tant au niveau national qu'au niveau régional. Cette variabilité, qui reflète les effets combinés de divers chocs simultanés sur les déterminants du revenu, a ensuite été projetée sur la période 2026-2035. Le Graphique 1.11 présente les résultats sous forme de diagrammes en boîte, illustrant la dispersion potentielle des revenus selon les groupes de pays classés par niveau de revenu. Chaque boîte représente l’écart interquartile (du 25e au 75e centile), qui englobe 50 % des observations autour de la médiane. Les lignes horizontales, ou moustaches, s’étendent du troisième quartile au 95e centile et du premier quartile au 5e centile, ce qui permet d’exclure les valeurs aberrantes. La médiane correspond aux projections de référence des présentes Perspectives au niveau des groupes de pays.
L’analyse montre que la variabilité est plus marquée dans les pays à faible revenu. Si la variabilité passée devait se maintenir sur la période de projection, il existerait, à l’échelle mondiale, 25 % de chances que le revenu par travailleur soit inférieur de plus de 12 % aux niveaux de référence, chaque année jusqu’en 2035. Dans les pays à faible revenu, cette baisse potentielle pourrait dépasser 20 %, excédant alors l’augmentation de référence, attendue à 17 %. Cela signifie qu’il y a environ une chance sur quatre que les revenus tombent en dessous des niveaux actuels d’ici 2035, ce qui met en évidence la plus grande vulnérabilité de ces pays face à la volatilité économique.
Compte tenu de la volatilité inhérente aux revenus agricoles, les investissements en faveur de la productivité doivent améliorer la résilience de manière à réduire les risques et inciter de nouveaux agriculteurs à rejoindre des systèmes de production modernisés. L’action des pouvoir public devrait donc soutenir les stratégies de résilience et de diversification qui atténuent les risques de baisse tout en permettant aux agriculteurs de tirer parti des conditions de marché favorables. Les autorités devraient susciter un environnement propice à la sensibilisation des parties prenantes et à leur coopération en matière de résilience, ce qui suppose de consacrer des moyens aux connaissances et éléments d’information permettant aux agriculteurs de mieux gérer leurs risques, de faciliter le développement d’instruments de marché pour le transfert des risques (assurances, marchés à terme, par exemple), et d’axer le soutien public sur les événements rares mais catastrophiques.
Graphique 1.11. Variabilité du revenu agricole brut par actif
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Note : Les boîtes représentent l’écart interquartile du revenu agricole brut réel par travailleur autour de la médiane normalisé par la moyenne (25e et 75e percentiles), tandis que les lignes qui s’en prolongent indiquent les 5e et 95e percentiles.
Source : calculs de l’OCDE-FAO basés sur les données de l’OIT (base de données ILOSTAT).
1.2.3. La croissance de la production agricole mondiale est tirée par la production animale et les pays à revenu intermédiaire
Au cours de la prochaine décennie, la valeur brute de la production agricole (mesurée en USD constants) correspondant aux produits examinés dans les Perspectives devrait augmenter de 13.3 % pour atteindre 4 010 milliards USD en 2035. La production animale devrait être en tête de cette tendance, avec une hausse de 15.1 %, suivie par la production végétale (12.5 %) et enfin la production halieutique et aquacole (11.0 %). Les pays à revenu intermédiaire de l’Asie-Pacifique, de l’Afrique subsaharienne ainsi que la région Amérique latine et Caraïbes devraient continuer d’être les principales sources de l’expansion de l’agriculture (Graphique 1.12), représentant 80.3 % de la croissance de la production mondiale, contre 78.4 % au cours de la précédente décennie. Ces tendances prévues dans les économies à faible revenu et à revenu intermédiaire reflètent le développement agricole en cours et le potentiel accru de gains de productivité.
La région Asie-Pacifique devrait contribuer à hauteur de 57.5 % à la croissance de la production mondiale à l’horizon 2035. L’Inde devrait être le principal moteur de la croissance de la production dans la région et à l’échelle mondiale, représentant 25.6 % de la hausse mondiale, grâce notamment au dynamisme du secteur laitier. Malgré une contribution moindre par rapport aux dix dernières années, la Chine continuera de représenter une part importante de la croissance de la production agricole mondiale (13.9 %, contre 20.9 % auparavant), soutenue en partie par l’augmentation de la production de viande bovine. En Afrique subsaharienne, la production agricole devrait connaître une forte croissance, portant sa part dans l’augmentation de la production mondiale totale à 15.6 %, contre 11.2 % au cours de la décennie précédente. Cette hausse devrait être observée à la fois dans les secteurs des cultures et de l’élevage, sous l’effet de l’amélioration progressive de la productivité des terres et des cheptels, ainsi que de l’expansion des cheptels et des superficies cultivées. La contribution de l’Asie du Sud-Est progressera aussi nettement d’après les projections, passant de 6.5 % au cours de la décennie précédente à 10.4 % en 2035. Une part importante de la croissance mondiale de la production (12.7 %) devrait provenir de l’Amérique latine et des Caraïbes, même si sa contribution relative devrait rester modérée. En revanche, les perspectives de production dans les régions industrialisées d’Amérique du Nord, d’Europe et d’Asie centrale devraient rester limitées en raison de contraintes liées aux ressources et de facteurs réglementaires. En Europe et en Asie centrale, l’augmentation proviendra surtout des pays d’Europe orientale et d’Asie centrale.
La part de l’élevage dans la production agricole totale devrait augmenter d’environ 1 % à l’échelle mondiale, principalement sous l’effet de sa hausse dans les pays à revenu intermédiaire d’Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi que du Proche-Orient et d’Afrique du Nord. L’accroissement de la demande intérieure d’aliments d’origine animale, signe de la croissance démographique et de l’augmentation des revenus dans ces régions, est appelé à attirer davantage d’investissements dans les systèmes de production animale. Parallèlement, la consommation mondiale de protéines pour l’alimentation animale progressera de 13.5 %, ce qui illustre à la fois l’augmentation de la production animale et la poursuite de l’intensification des systèmes de production. Même dans des régions comme l’Amérique latine et les Caraïbes ainsi que l’Afrique subsaharienne, où la part de l’élevage dans la production totale devrait rester stable, la forte progression de l’ensemble de la production au cours des dix prochaines années entraînera dans son sillage celle des produits d’origine animale.
1.2.4. L’augmentation de la production agricole, halieutique et aquacole au niveau mondial, ainsi qu’une évolution à la hausse de la production animale, devraient entraîner une augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur agricole
L’agriculture, la foresterie et les autres affectations des terres (AFAT) représentent environ 22 % des émissions mondiales de GES d’origine anthropique. La moitié de ces émissions provient des émissions directes de méthane et d’oxyde nitreux des exploitations agricoles, et l’autre moitié des émissions indirectes de CO2 résultant de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF) liés à l’expansion de l’agriculture. Les Perspectives s’intéressent uniquement aux émissions directes associées à la production des exploitations agricoles, qui sont utilisées pour établir des projections à partir des données historiques provenant de la base de données FAOSTAT, conformément à la méthodologie de niveau 1 proposée par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Cette méthode consiste à appliquer des coefficients d’émissions aux principales données sur les activités, comme la taille des cheptels, l’épandage d’engrais de synthèse ou la surface consacrée à la riziculture. Des méthodes plus approfondies tenant compte des pratiques de gestion et des systèmes de production fourniraient des estimations plus précises, mais leur application ne rentre pas dans le cadre de ces Perspectives.
En utilisant la méthode de base, les Perspectives montrent que l’accroissement prévu de la production agricole, halieutique et aquacole mondiale – en partie tirée par l’extension des cheptels et des terres agricoles, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire – entraînera directement une hausse des émissions de GES de 6.5 % au cours des dix prochaines années. La hausse prévue devrait avoir lieu en majorité en Asie du Sud et du Sud-Est, ainsi qu’en Afrique subsaharienne, où les troupeaux de ruminants prennent de l’ampleur (Graphique 1.13). D’ici 2035, les émissions directes de GES d’origine agricole en Asie du Sud et du Sud-Est ainsi qu’en Afrique subsaharienne devraient augmenter respectivement de 7.0 % et 16.0 %. En revanche, en Europe et en Asie centrale, les émissions reculeront de 0.9 % au cours de la prochaine décennie, dans la continuité des réductions observées au cours de la décennie écoulée (3.4 %), même si le rythme ralentit. Cette tendance est le résultat de la mise en œuvre de politiques environnementales et climatiques et de changements structurels en cours dans le secteur.
La population et le cheptel bovin de l’Afrique subsaharienne sont plus de trois fois supérieurs à ceux de l’Amérique du Nord. Cependant, sa productivité, mesurée en termes de production par animal, reste faible, s’établissant à environ un dixième du niveau observé en Amérique du Nord. Étant donné que les émissions affectent l’ensemble de la planète, le fait d’axer les efforts d’atténuation sur les régions où la productivité des ruminants est faible devrait en principe générer des bénéfices importants, car le nombre d’animaux nécessaires pour produire une quantité équivalente ou supérieure d’aliments d’origine animale diminuerait, ce qui réduirait de fait les émissions de méthane provenant de la fermentation entérique et de la gestion des effluents. Cependant, les systèmes de production de ruminants dans la région reposent largement sur le pastoralisme. Ces éleveurs exploitent efficacement des ressources rares et très variables et jouent un rôle essentiel dans la préservation de la biodiversité, l’approvisionnement alimentaire et la subsistance des populations, ainsi que dans la réduction des émissions grâce à une gestion durable des pâturages. En déplaçant stratégiquement leurs troupeaux en fonction des conditions saisonnières et de la disponibilité du fourrage, les éleveurs permettent à la végétation de se régénérer, préservent la santé des animaux et réduisent la pression exercée sur les sols fragiles et les ressources en eau, tout en préservant les races locales d’animaux d’élevage adaptées aux environnements difficiles.
Les efforts visant à réduire les émissions des ruminants d’élevage dans la région devraient tenir compte de ces réalités et éviter les trajectoires d’intensification conçues dans un cadre trop restrictif qui se fonderaient sur une utilisation accrue de l’eau et d’intrants externes servant à l’alimentation animale, ce qui pourrait créer de nouveaux risques pour l’environnement et les moyens de subsistance. En revanche, des améliorations durables et adaptées à la culture des systèmes pastoraux, comme l’amélioration de la santé des animaux, la réduction des pertes, l’optimisation de la gestion des pâturages et un accès accru à la formation, aux services et aux marchés, peuvent faire augmenter la productivité par animal tout en renforçant la résilience des écosystèmes. De telles approches peuvent améliorer les moyens de subsistance en milieu rural et réduire les émissions sans nuire aux fonctions écologiques des pâturages. En parallèle, la lutte contre les émissions d’origine agricole requiert une stratégie équilibrée qui tienne compte non seulement de l’efficacité de la production dans les pays à faible revenu, mais aussi de la forte consommation de produits d’origine animale dans les économies industrialisées, qui contribue notablement aux émissions mondiales de GES d’origine agricole.
Les ruminants et d’autres élevages représenteront, d’après les projections, 76.6 % de l’augmentation mondiale des émissions directes de GES imputables à l’agriculture ; l’épandage d’engrais de synthèse – qui constitue une autre source majeure d’émissions de GES à cause de l’oxyde nitreux qui se forme à ce moment-là – devrait y contribuer à hauteur de 22.7 %. Les prévisions ne tiennent pas compte des émissions de GES liées à la production d’engrais ; si l’on prenait en compte ces émissions en amont, l’empreinte environnementale déclarée de l’utilisation d’engrais serait multipliée par deux environ. La riziculture représente une autre source importante d’émissions directes de GES liées à l’agriculture, les rizières irriguées émettant de grandes quantités de méthane. Toutefois, l’augmentation prévue de la production de riz devrait provenir principalement de l’amélioration des rendements, et non de l’extension des rizières, ce qui limiterait les émissions liées à la riziculture.
Dans la mesure où la hausse de la production proviendra en grande partie des améliorations de la productivité – et non de l’expansion des terres cultivées ou des cheptels –, on s’attend à ce que l’intensité carbone de la production agricole diminue dans toutes les régions au cours de la prochaine décennie. L’Afrique subsaharienne et l’Asie du Sud devraient connaître les baisses de l’intensité des émissions de GES (c’est-à-dire le volume d’émissions par unité de production ou par activité) les plus importantes, malgré l’augmentation du niveau des émissions directes de GES. En effet, il est généralement plus facile de réduire les émissions dans les systèmes de production dont l’intensité d’émissions est initialement élevée que dans les régions où les rendements sont déjà plus importants et où les possibilités de réduction supplémentaire sont plus limitées.
Il est important de reconnaître que si les émissions directes de GES sont une composante majeure de l’empreinte environnementale de l’agriculture, de la foresterie et des autres affectations des terres (AFAT), elles ne représentent qu’une dimension de la performance globale en matière de durabilité du secteur. Pour évaluer de manière plus exhaustive les résultats agroenvironnementaux, il conviendrait d’inclure d’autres facteurs, notamment les répercussions sur les ressources en eau, la santé des sols et la biodiversité, ainsi que la capacité du secteur à séquestrer le carbone et sa contribution à la résilience environnementale. Ce secteur est également très exposé aux phénomènes météorologiques extrêmes, notamment aux variations de température et aux régimes de précipitations, qui ont des répercussions sur les ressources naturelles, la productivité et les moyens de subsistance. Cette question revêt une importance particulière pour les petits exploitants vulnérables, pour lesquels la résilience est essentielle au maintien de la production et des moyens de subsistance. La mise en place de systèmes de production plus résilients dépendra non seulement des avancées technologiques, mais aussi de l’adoption de stratégies d’adaptation concrètes, notamment les approches agroécologiques, l’agriculture climato-compatible, la diversification des cultures, la récupération de l’eau, l’amélioration des systèmes de semences, les banques de semences communautaires et l’utilisation des savoirs autochtones et traditionnels. Les instruments de gestion des risques et les dispositifs d’assurance jouent un rôle essentiel dans le renforcement des capacités d’adaptation et la réduction de la vulnérabilité aux chocs.
1.3. Consommation : projections d’évolution pour 2026-2035
Copier le lien de 1.3. Consommation : projections d’évolution pour 2026-20351.3.1. Les économies à revenu intermédiaire et à faible revenu soutiennent l’augmentation de la consommation de produits agricoles
Au cours de la prochaine décennie, la valeur de la consommation globale de produits agricoles, halieutiques et aquacoles devrait progresser de 12.5 %. Cette augmentation sera presque entièrement tirée par les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire, où la croissance démographique fait progresser la demande totale, tandis que la hausse des revenus et l’urbanisation rapide redéfinissent les modes de consommation (Graphique 1.14). Les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, en particulier l’Inde et les pays d’Asie du Sud-Est, joueront un rôle de premier plan, contribuant à hauteur de 39 % à la hausse de la consommation mondiale à l’horizon 2035, contre 32 % durant la décennie précédente. À l’inverse, la contribution de la Chine devrait fortement reculer pour s’établir à 13 %, en conséquence d’une demande alimentaire par habitant arrivée à saturation et du déclin démographique.
À mesure que les régimes alimentaires évoluent dans ces régions, la demande alimentaire ne se cantonne plus aux produits de base : les produits d’élevage et les produits de la pêche et de l’aquaculture sont de plus en plus consommés. L’augmentation de la production nationale de ces produits devrait stimuler considérablement la demande en cultures fourragères. Par conséquent, une part croissante des cultures de base et des oléagineux sera utilisée pour l’alimentation animale plutôt que pour la consommation humaine directe. Cependant, l’alimentation humaine reste la destination principale des produits agricoles, avec une part d’environ 42 % de la consommation totale. C’est dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure que la demande d’aliments pour animaux augmentera le plus vite, au rythme de 2.8 % par an au cours des dix prochaines années. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, cette demande progressera plus modérément que lors de la décennie écoulée, en raison de la stagnation de la production animale.
Les pays à faible revenu, notamment ceux d’Afrique subsaharienne, enregistreront également une forte croissance de la demande, principalement alimentée par la croissance démographique rapide. Cependant, les aliments de base resteront la principale composante des régimes alimentaires, la demande d’aliments pour animaux ne progressant que modestement par rapport à la demande alimentaire, ce qui souligne les défis actuels liés à la sécurité alimentaire.
Les problèmes d’inefficience le long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire demeurent un enjeu majeur. Dans les pays à revenu intermédiaire, l’accès limité aux technologies, aux installations de stockage frigorifique et à des moyens de transport efficaces entraîne d’importantes pertes alimentaires. Dans les pays à revenu élevé, le gaspillage alimentaire est davantage lié aux normes de commercialisation strictes, aux pratiques en matière de sécurité alimentaire et au comportement des consommateurs.
1.3.2. Avec la hausse des revenus, les régimes alimentaires devraient continuer à se diversifier dans les pays à revenu intermédiaire ces dix prochaines années
La hausse des revenus et la stabilité des prix alimentaires apportée par l’augmentation de la production devraient favoriser la poursuite de la diversification des régimes alimentaires dans les pays à revenu intermédiaire au cours des dix prochaines années. Dans l’ensemble des groupes de revenus, les régimes alimentaires devraient devenir plus riches en énergie et en protéines, les évolutions les plus marquées étant attendues dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure et de la tranche supérieure (Graphique 1.15), où les produits d’origine animale contribuent de manière significative à ces évolutions. Dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, les régimes alimentaires devraient continuer d’évoluer vers un contenu énergétique global plus important et une diversification accrue des sources de nutriments, avec un rôle croissant des produits d’origine animale, tandis que dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure, ces évolutions devraient progressivement ralentir à mesure que les régimes alimentaires tendront à se stabiliser. Dans les pays à faible revenu, les progrès en matière d’amélioration de l’adéquation nutritionnelle et de la diversité des régimes alimentaires devraient rester limités, en raison de gains modestes de pouvoir d’achat. Parallèlement, dans les pays à revenu élevé, les régimes alimentaires devraient rester globalement stables, tant en termes de composition que de contenu énergétique global.
Avec la progression des revenus, le régime alimentaire des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire évolue vers une plus forte consommation de produits d’origine animale, notamment de viande, de produits laitiers et de poisson. Cette transition s’explique par la hausse du pouvoir d’achat et par la modification des préférences des consommateurs. À l’inverse, dans les pays à revenu élevé, le régime alimentaire ne devrait pas connaître de changement majeur à court terme. La consommation de viande reste globalement stable, peu d’éléments indiquant une réorientation vers les substituts végétaux. Bien que ces produits soient de plus en plus répandus, ils ne représentent encore qu’une faible part de la consommation totale. Les baisses récentes de la consommation de viande, là où elles ont été observées, ont été principalement dues aux fluctuations des prix plutôt qu’à des changements durables dans les préférences des consommateurs. Toutefois, à plus long terme, des changements plus marqués dans les habitudes alimentaires pourraient se dessiner, les jeunes générations étant susceptibles d’adopter de nouvelles préférences alimentaires.
Si ces projections laissent entrevoir une croissance continue de la consommation moyenne, elles reflètent principalement des tendances globales et peuvent masquer d’importants problèmes de répartition, en particulier dans les zones urbaines et périurbaines. Une part croissante de la population des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire dépend des achats sur le marché pour se nourrir et est donc très exposée aux fluctuations des prix des denrées alimentaires. Dans ce contexte, les ménages s’appuient souvent sur un éventail limité d’aliments de base et peuvent rencontrer des difficultés à adapter leurs habitudes de consommation lorsque les prix augmentent. L’augmentation prévue de la dépendance vis-à-vis des importations de denrées alimentaires de base dans certaines régions, conjuguée à la croissance rapide de la population urbaine, pourrait accroître encore l’exposition à la volatilité des prix et aux perturbations de l’approvisionnement extérieur. En conséquence, la hausse des prix peut se traduire plus directement par une diminution de l’accessibilité financière des denrées alimentaires et par une vulnérabilité accrue des ménages urbains les plus modestes. Le renforcement de la sécurité alimentaire exigera par conséquent de porter une attention accrue à l’accessibilité économique de l’alimentation, notamment à l’évolution des prix, à l’intégration des marchés et aux systèmes de protection sociale.
1.3.3. L’augmentation de la consommation d’aliments pour animaux est soutenue par l’expansion des cheptels et l’intensification des systèmes de production dans les domaines de l’élevage et de l’aquaculture, en particulier dans les pays à revenu intermédiaire
La production animale mondiale devrait continuer de croître plus rapidement que la taille des cheptels durant la prochaine décennie, faisant écho à l’amélioration de la productivité, notamment dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure. L’augmentation des effectifs du cheptel, conjuguée à des pratiques d’alimentation plus intensives, devrait entraîner une hausse de 13.5 % de la consommation mondiale de protéines destinées à l’alimentation animale. L’efficacité alimentaire s’améliore dans la plupart des régions, car la production de protéines animales croît plus rapidement que l’apport en aliments pour animaux. Dans les pays à faible revenu, le passage de systèmes de production artisanaux, reposant principalement sur des résidus et des déchets, à des exploitations commerciales utilisant des aliments composés se traduit par une augmentation des quantités d’aliments utilisées par unité de production (Graphique 1.16).
Graphique 1.16. Variation annuelle de la quantité de protéines produites et de la consommation d’aliments par unité animale productive dans les systèmes d’élevage de non-ruminants
Copier le lien de Graphique 1.16. Variation annuelle de la quantité de protéines produites et de la consommation d’aliments par unité animale productive dans les systèmes d’élevage de non-ruminants
Note : la taille des bulles correspond à la part des non-ruminants (viande porcine, volaille et œufs) dans la production totale de protéines au cours de la période de référence (2023-2025).
1.3.4. Les économies émergentes sont à l’origine de la hausse de l’utilisation des produits agricoles de base comme matières premières dans la production de biocarburants
Les produits agricoles ne sont pas uniquement utilisés pour l’alimentation humaine et animale : les biocarburants représentent leur utilisation non alimentaire la plus courante. La valeur de la consommation mondiale de biocarburants devrait progresser au rythme de 1.3 % par an, portée par une demande de carburants en hausse et par les mesures de soutien mises en place à l’échelon national. L’essentiel de cette croissance proviendra vraisemblablement des pays à revenu intermédiaire, en particulier du Brésil et de l’Inde, en ce qui concerne l’éthanol, et de l’Indonésie, en ce qui concerne le biodiesel. Aux États-Unis, l’engouement pour le biodiesel durable devrait influer sur la demande d’huile végétale et de biocarburants issus de déchets au cours de la prochaine décennie.
La production de biocarburants repose sur diverses matières premières agricoles, le maïs étant la plus répandue pour la production d’éthanol, et les huiles végétales étant très employées pour la production de biodiesel. La part des biocarburants dans la consommation totale de produits agricoles devrait progresser de 13.6 % durant les dix prochaines années. Les produits agricoles sont de plus en plus utilisés à des fins non alimentaires autres que la production de biocarburants. Ces utilisations comprennent les produits industriels, les matières premières et la production d’énergie électrique, les tendances de la demande variant selon les matières premières et le niveau de revenu (Graphique 1.17). Bien que les déchets et les cultures énergétiques dédiées soient considérés comme des sources prometteuses, notamment dans la production de carburants d’aviation durables, leur contribution devrait rester marginale à moyen terme en raison de leur disponibilité limitée.
Un nombre croissant de pays encouragent l’utilisation de la biomasse agricole dans un plus large éventail de produits biosourcés, d’applications industrielles et de chaînes de valeur circulaires que les seuls biocarburants liquides. Les produits agricoles sont de plus en plus intégrés à diverses bioindustries. Au sein de l’Union européenne, la nouvelle stratégie en matière de bioéconomie (2025) identifie la biomasse agricole comme une ressource interne essentielle pour des applications à plus forte valeur ajoutée, notamment les matériaux d’origine biologique, les produits chimiques et les bioraffineries, tout en mettant l’accent sur le principe de la priorité alimentaire et sur l’importance de renforcer l’utilisation de matières premières secondaires, telles que les résidus et les sous-produits. Ces orientations visent à renforcer les liens entre les agriculteurs et les chaînes de valeur industrielles. De même, le Canada soutient le développement des bioplastiques, des produits biopharmaceutiques et d’autres applications non alimentaires, ainsi que des investissements dans les capacités de production de biocarburants, notamment par l’extension des capacités de trituration du colza afin de répondre à la demande croissante de diesel renouvelable.
Plusieurs pays soulignent l’importance de la valorisation des résidus et des intrants biosourcés comme stratégies complémentaires. Au Brésil, les politiques en faveur de la bioéconomie encouragent l’utilisation de sous-produits agricoles et halieutiques pour produire des carburants, des biomatériaux et des composés de grande valeur tout en favorisant également le développement de bio-intrants tels que les biofertilisants et la fixation biologique de l’azote dans le cadre de la production végétale. Dans le secteur de la pêche, une grande partie de la production transformée est désormais transformée en produits tels que la farine de poisson, les huiles et les ingrédients bioactifs, ce qui illustre l’ampleur des approches circulaires. D’autres pays, comme la Suisse, privilégient l’utilisation des déchets et des résidus pour la production de biogaz et de bioénergie, ce qui reflète les contraintes de durabilité pesant sur l’utilisation des cultures primaires.
1.4. Échanges : projections d’évolution pour 2026-2035
Copier le lien de 1.4. Échanges : projections d’évolution pour 2026-20351.4.1. Les échanges entre régions excédentaires et régions déficitaires devraient s’intensifier
Les échanges agroalimentaires mondiaux ont connu une forte expansion au cours des dernières décennies, notamment à la suite de l’entrée en vigueur de l’Accord sur l’agriculture de l’Organisation mondiale du commerce (1995) et de l’adhésion de la Chine à cette même organisation (2001). La part de la production agricole mondiale qui est échangée est passée de 16 % en 2000 à 22-23 % aujourd’hui. Depuis 2019, cette part s’est stabilisée et devrait rester globalement inchangée au cours de la prochaine décennie, à mesure que l’impact des précédentes mesures de libéralisation des échanges s’estompe.
Le Graphique 1.18 montre que la structure des exportations devrait rester concentrée, l’Amérique latine conservant sa place de premier exportateur mondial. Cette tendance est fortement influencée par le Brésil, l’Argentine et le Paraguay. L’Amérique du Nord restera le deuxième exportateur, ses exportations se stabilisant en dessous de leur pic de 2020. La région Europe et Asie centrale, qui est devenue exportatrice nette en 2014, après des gains de productivité et des investissements, notamment dans les pays de la mer Noire, devrait également voir son excédent commercial gonfler.
En parallèle, les importations nettes progressent dans les régions enregistrant une croissance démographique rapide et un développement des classes moyennes. Les pays d’Asie du Sud et du Sud-Est ont vu leur statut évoluer d’exportateur net à importateur net en raison de la hausse de la demande alimentaire, notamment en Inde, en Indonésie, aux Philippines, en Malaisie, en Thaïlande et au Viet Nam, combinée à une diminution des exportations d’huile de palme de la région. Les importations nettes de produits agricoles de base de l’Afrique subsaharienne devraient croître de 55 % d’ici à 2035, tandis que celles de la région Proche‑Orient et Afrique du Nord progresseront de 34 %, reflétant la forte croissance démographique et la capacité de production intérieure limitée. À l’inverse, les importations nettes des pays développés et de l’Asie de l’Est devraient baisser, principalement en raison du ralentissement de la croissance de la demande en Chine.
La persistance des excédents et des déficits indique que les régions sont structurellement liées par les échanges. Les échanges peuvent compenser les pénuries d’approvisionnement à l’échelle locale pour réduire la variabilité des prix, tandis que l’implantation de la production dans les régions possédant un avantage comparatif peut faire baisser les prix. Les échanges permettent également aux consommateurs d’accéder à une plus vaste gamme de denrées agricoles que celles pouvant être produites localement. Cependant, le commerce comporte également d’importants risques systémiques, notamment une pression sur les réserves de change et une exposition accrue aux chocs de taux de change. En outre, les perturbations survenant dans les principaux pays exportateurs en raison de phénomènes météorologiques défavorables ou de changements de politique commerciale peuvent rapidement se répercuter sur les pays importateurs.
1.4.2. Les échanges sont essentiels pour assurer la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des agriculteurs
Malgré des périodes de perturbations majeures, notamment la pandémie de COVID‑19, les conflits géopolitiques et les tensions commerciales, les échanges agroalimentaires se révèlent extrêmement résilients. Ils restent indispensables pour équilibrer les déficits et les excédents de produits alimentaires à l’échelle mondiale, stabiliser les prix, permettre l’implantation de la production dans les régions possédant un avantage comparatif et offrir aux consommateurs un accès à des produits alimentaires hors saison et provenant de différentes régions. La production étant souvent géographiquement éloignée des régions où la demande connaît la croissance la plus rapide, un système commercial efficace et fondé sur des règles demeure essentiel à la sécurité alimentaire mondiale ainsi qu’aux moyens de subsistance des populations rurales.
Le Graphique 1.19 montre, pour une sélection de régions, la part des exportations dans la production totale et la part des importations dans la consommation totale. Ces indicateurs révèlent des différences importantes quant au rôle joué par les échanges selon les régions.
Les grandes régions productrices, telles que l’Amérique du Nord et l’Amérique latine et les Caraïbes, ont respectivement exporté 28 % et 44 % de leur production intérieure en équivalents calories en 2023-2025. En Amérique latine et dans les Caraïbes, cette part a augmenté depuis la décennie précédente, mais elle devrait se stabiliser. La part de la production intérieure qui est exportée devrait également sensiblement augmenter dans la région Europe et Asie centrale, où elle passera de 23 % en 2013-2015 à 31 % en 2035 (Graphique 1.19, partie a). Cependant, même les grandes régions exportatrices nettes ont recours aux importations pour satisfaire une partie de leur consommation intérieure. En Amérique latine et aux Caraïbes, par exemple, les importations contribuent pour environ 22 % à la consommation totale des produits étudiés dans les Perspectives (Graphique 1.19, partie b). Cette estimation inclut les échanges intrarégionaux, qui occupent une place importante dans cette région.
Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, où la croissance démographique est forte, mais où les ressources limitées freinent le développement de la production, les importations apportent un complément notable à la production intérieure de denrées alimentaires destinées à la consommation humaine et animale. Durant les dix prochaines années, la part des importations en équivalents calories dans la consommation totale de produits agricoles progressera pour atteindre 72 %. En Afrique subsaharienne, la part des importations dans la consommation totale est plus faible, s’établissant à 20 % en 2023-2025, mais elle devrait atteindre 22 % d’ici 2035, car la croissance rapide de la demande intérieure sera de plus en plus assurée par les marchés mondiaux (Graphique 1.17, partie b).
1.4.3. Des investissements sont nécessaires pour améliorer l’accès des pays aux marchés, en particulier les pays à faible revenu, afin de tirer parti des opportunités de marché en expansion.
Les prévisions en matière de production et de consommation dans les pays à faible revenu restent freinées par un accès limité aux marchés agroalimentaires, ce qui empêche les agriculteurs de tirer parti des opportunités de croissance locales et mondiales qui pourraient être exploitées grâce à des investissements publics ciblés dans les infrastructures et les technologies. Le Graphique 1.20 met en évidence d’importantes différences entre les régions en termes d’intensité des échanges et d’accès aux marchés, montrant que les pays bénéficiant d’une meilleure connectivité ont généralement un niveau de participation aux échanges plus élevé et des secteurs agroalimentaires plus dynamiques.
Sur le Graphique 1.20, l’intensité des échanges est mesurée comme le ratio du commerce total (importations et exportations) à la taille globale du marché, définie comme la somme de la production et de l’utilisation intérieure totale. Cet indicateur reflète le degré d’intégration d’un pays aux marchés agroalimentaires mondiaux. Les pays où l’intensité des échanges est élevée participent plus activement au commerce international, en tant qu’exportateurs, importateurs, ou les deux.
L’accès aux marchés est représenté par l’indice de performance logistique de la Banque mondiale (World Bank, 2023[17]), qui fournit une mesure complète et comparable au niveau international de l’environnement logistique d’un pays. Cet indice évalue des dimensions clés, comme la qualité des infrastructures de transport, l’efficacité des procédures douanières, la fiabilité des chaînes d’approvisionnement et la facilité d’organisation d’expéditions. Cet indicateur indirect de l’accès aux marchés reflète directement la capacité à assurer la circulation des marchandises à l’intérieur des pays et au-delà des frontières, et fournit des données récentes avec une large couverture mondiale.
L’Afrique subsaharienne se situe dans la tranche inférieure pour ce qui est de l’intensité des échanges comme de la performance logistique. Cette position est la manifestation d’obstacles structurels tels que des réseaux de transport inadaptés, une capacité de stockage restreinte et des systèmes de facilitation des échanges insuffisants, qui font grimper les coûts de transaction et réduisent la compétitivité. Par conséquent, les agriculteurs de ces régions restent souvent coupés des marchés à forte valeur commerciale, ce qui limite leur capacité à répondre à la demande croissante. Ces contraintes structurelles limitent également la capacité de la région à importer des denrées alimentaires en cas de pénurie d’approvisionnement et restreignent l’accès des agriculteurs aux intrants intermédiaires importés, tels que les aliments pour animaux, les engrais, les semences et l’énergie, qui sont essentiels à la production. Des investissements publics ciblés sont nécessaires afin de renforcer la connectivité et de permettre aux producteurs des pays à faible revenu d’accéder plus facilement aux marchés et de renforcer leur rôle dans les systèmes agroalimentaires mondiaux.
Graphique 1.20. Intensité des échanges et accès aux marchés
Copier le lien de Graphique 1.20. Intensité des échanges et accès aux marchés
Note : l’intensité des échanges est calculée comme la somme des exportations et des importations rapportée à la somme de la production et de la consommation dans chaque région, l’ensemble étant mesuré en dollars constants des États‑Unis de 2014‑2016. L’indice de performance logistique de la Banque mondiale se réfère à l’enquête de 2023 (1 correspondant à un niveau faible et 5 à un niveau élevé). La taille des bulles représente le volume total des échanges (exportations plus importations), mesuré en dollars constants des États‑Unis de 2014‑2016.
À l’inverse, les régions dotées de systèmes logistiques robustes, comme l’Amérique du Nord et l’Asie développée et de l’Est, principales régions exportatrices, affichent une forte intensité des échanges et une meilleure intégration aux marchés mondiaux. Cette intégration favorise à la fois l’écoulement efficace des excédents de production vers les marchés extérieurs et un accès fiable aux denrées alimentaires et aux intrants de production importés, ce qui permet à ces pays d’être mieux armés pour stabiliser l’approvisionnement, faire face aux chocs et tirer profit du commerce international.
Si le manque d’infrastructures, le retard technologique et d’autres contraintes structurelles empêchent généralement les agriculteurs des pays à faible revenu et à revenu intermédiaire d’accéder aux marchés locaux, régionaux et mondiaux, ces obstacles sont souvent répartis de manière inégale au sein des communautés rurales. Les agricultrices, en particulier, sont souvent confrontées à des difficultés supplémentaires pour accéder à la terre, aux intrants, au financement et aux marchés. Des études empiriques récentes mettent en évidence des écarts persistants de productivité du travail agricole entre les femmes et les hommes dans les pays africains, tandis que de nouvelles estimations mondiales montrent que les femmes représentent une part importante de l’emploi dans les systèmes agroalimentaires, mais restent surreprésentées dans des formes d’emploi plus précaires (Piedrahita, Costa and Mane, 2025[18]; Costa et al., 2026[19]). Année internationale des agricultrices, 2026 est l’occasion de mettre en lumière ces contraintes et de sensibiliser le public au rôle des femmes dans les systèmes agroalimentaires, comme indiqué dans l’Encadré 1.4.
Encadré 1.4. Points clés de la participation des femmes aux marchés et aux échanges de produits agroalimentaires
Copier le lien de Encadré 1.4. Points clés de la participation des femmes aux marchés et aux échanges de produits agroalimentairesLa multiplication par cinq du commerce mondial des produits alimentaires et agricoles entre 2000 et 2022 a accru les possibilités d’emploi et de revenus dans l’ensemble des systèmes agroalimentaires, où les femmes apportent une contribution importante à travers des activités de production, de transformation et de commercialisation qui soutiennent les ménages, les communautés et les économies. À l’échelle mondiale, les systèmes agroalimentaires emploient 36 % de la population active féminine et 38 % de la population active masculine. En Afrique subsaharienne, ces parts passent à 66 % et 71 % respectivement (FAO, 2023[20]). Les Nations Unies ont proclamé l’année 2026 Année internationale des agricultrices. D’après la page Web de la FAO qui y est consacrée (https://www.fao.org/woman-farmer-2026/fr), « l’Année internationale sera l’occasion de mettre en lumière les rôles essentiels que jouent les femmes dans l’ensemble des systèmes agroalimentaires, de la production au commerce », ainsi que leur contribution à « la sécurité alimentaire, la nutrition et la résilience économique ».
La participation des femmes et des hommes aux chaînes de valeur reste inégale parmi les producteurs, les travailleurs, les commerçants et les entreprises. Dans de nombreux pays, des entreprises agroalimentaires dirigées par des femmes participent aux marchés locaux et intérieurs, commercialisant des produits de faible valeur plutôt que des produits de grande valeur faisant l’objet d’un commerce international. De même, la participation de nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) aux échanges agroalimentaires reste faible et nombre des contraintes sous-jacentes pèsent de la même manière sur les entreprises dirigées par les femmes et sur celles dirigées par des hommes, en particulier dans les pays en développement. Les coûts élevés liés à la mise en conformité, la complexité des normes, l’accès limité aux informations sur les marchés ainsi qu’aux services logistiques et d’assistance pourraient réduire les chances des PME de pénétrer les marchés d’exportation ou de s’orienter vers des segments à plus forte valeur ajoutée.
Les femmes qui occupent un emploi salarié dans l’agriculture perçoivent 82 centimes pour chaque dollar gagné par les hommes. L’égalité des chances de participation des femmes et des hommes à l’agriculture et aux échanges pourrait contribuer à des gains d’efficacité économique et à la sécurité alimentaire. Par exemple, l’élimination des disparités qui existent entre femmes et hommes en ce qui concerne la productivité agricole et les salaires perçus dans les systèmes agroalimentaires permettrait d’accroître le produit intérieur brut (PIB) mondial d’environ 1 % et de réduire de 45 millions le nombre de personnes touchées par l’insécurité alimentaire (FAO, 2023[20]).
Du point de vue des présentes Perspectives, ces progrès contribuent à la réalisation des objectifs de croissance prévus. Le développement de la production et des échanges dans le secteur agricole et la création de valeur ajoutée envisagés dans les Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO supposent une amélioration continue de la productivité, de l’intégration aux marchés et de la capacité en matière d’offre, notamment dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Pour que ces projections se réalisent, des mesures devront être prises pour éliminer les obstacles qui limitent le potentiel de production des agricultrices et des commerçantes.
Des services d’aide au développement des entreprises, des formations professionnelles et des programmes de promotion des exportations peuvent renforcer la capacité des entreprises, qu’elles soient dirigées par des femmes ou des hommes, à participer au commerce. Un développement des capacités adapté peut favoriser la mise en conformité avec les normes internationales, le renforcement des liens avec les marchés et l’adaptation à l’évolution des conditions de marché. Des progrès efficaces nécessitent une coordination entre les politiques sectorielles et les institutions compétentes, lesquelles doivent être appuyées par des cadres juridiques robustes et des mécanismes de responsabilisation institutionnelle.
Source : (FAO, 2025[21]).
Références
[6] Agriculture and Agri-Food Canada (2021), What we heard report: Indigenous agriculture and agri-food in Canada: Perspectives, experiences and opportunities for the future, https://agriculture.canada.ca/en/indigenous-peoples/what-we-heard-report-indigenous-agriculture-and-agri-food-canada.
[4] Campi, M. et al. (2024), “The evolving profile of new entrants in agriculture and the role of digital technologies”, OECD Food, Agriculture and Fisheries Papers, No. 209, OECD Publishing, Paris, https://doi.org/10.1787/d15ea067-en.
[7] Coopmans, I. et al. (2021), “Understanding farm generational renewal and its influencing factors in Europe”, Journal of Rural Studies, Vol. 86, pp. 398-409, https://doi.org/10.1016/j.jrurstud.2021.06.023.
[19] Costa, V. et al. (2026), “Global estimates of women’s and men’s employment in agrifood systems from 2000 to 2021”, Global Food Security, Vol. 48, p. 100904, https://doi.org/10.1016/j.gfs.2026.100904.
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[11] Deudibe, G. et al. (2020), Structural Transformation in Sub-Saharan Africa, World Bank, Washington, DC, https://doi.org/10.1596/33327.
[1] FAO (2026), Global Agrifood Implications of the 2026 Conflict in the Middle East, https://openknowledge.fao.org/handle/20.500.14283/cd8875en.
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[3] IMF (2026), World Economic Outlook: Global Economy in the Shadow of War, https://www.imf.org/-/media/files/publications/weo/2026/april/english/text.pdf.
[12] Mensah, E. et al. (2022), “Structural Change, Productivity Growth and Labour Market Turbulence in Sub-Saharan Africa”, Journal of African Economies, Vol. 32/3, pp. 175-208, https://doi.org/10.1093/jae/ejac010.
[2] OECD (2026), The impact of the conflict in the Middle East on agricultural markets.
[9] OECD (2025), OECD Global Forum on Agriculture - Summary, https://www.oecd.org/en/events/2025/10/oecd-global-forum-on-agriculture.html (accessed on 2026).
[18] Piedrahita, N., V. Costa and E. Mane (2025), “Gender gap in agricultural labour productivity: A comparison across African countries”, Global Food Security, Vol. 46, p. 100872, https://doi.org/10.1016/j.gfs.2025.100872.
[15] Schneider, K. et al. (2024), “Resilient and inclusive rural transformation in sub-Saharan Africa under climate, demographic, and social change: Challenges and opportunities for income growth and job creation”, Global Food Security, Vol. 43, p. 100815, https://doi.org/10.1016/j.gfs.2024.100815.
[8] Szuda, Á. and J. Antón (2025), Who will feed the future? Four policy steps to secure the next generation of farmers, https://www.oecd.org/en/blogs/2025/11/who-will-feed-the-future-four-policy-steps-to-secure-the-next-generation-of-farmers.html.
[17] World Bank (2023), Logistics Performance Index, https://lpi.worldbank.org/.
← 1. « Les conditions météorologiques normales sont définies comme l’ensemble de conditions météorologiques de référence utilisées dans ces Perspectives, dérivées des moyennes climatologiques récentes de variables clés telles que la température et les précipitations sur une période de référence de plusieurs décennies, et appliquées pour représenter les conditions de cultures normales en l’absence de chocs climatiques. »