Dans un contexte de pressions budgétaires grandissantes dans le domaine de l’intégration et au vu de l’objectif stratégique largement partagé de tirer le meilleur parti du potentiel productif des immigrés, le présent chapitre offre un aperçu des évolutions notables des politiques d’intégration dans les pays de l’OCDE au cours de l’année passée. Il s’intéresse particulièrement aux réformes en matière de reconnaissance des compétences et des qualifications des immigrés, ainsi qu’aux utilisations innovantes du numérique et de l’intelligence artificielle dans le domaine de l’intégration.
Perspectives des migrations internationales 2025
3. Évolutions récentes des politiques d’intégration des immigrés
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En bref
Copier le lien de En brefPrincipaux résultats
Si certains pays de l’OCDE sont en train d’élargir la portée de leur cadre d’intégration et d’inclusion (par exemple l’Allemagne, la Belgique, le Canada), d’autres ont durci les conditions d’accès et renforcé les obligations en la matière (par exemple la Finlande, les Pays-Bas).
L’intégration est de plus en plus rattachée aux besoins du marché du travail : des pays comme l’Allemagne, la Belgique, le Canada, l’Espagne et le Luxembourg font de plus en plus coïncider leurs politiques dans ce domaine avec les pénuries de main-d’œuvre, notamment dans les secteurs des soins à la personne, des technologies de l’information, et dans les métiers qualifiés.
De nouveaux programmes favorisent une insertion rapide sur le marché du travail, tels que Job-Turbo en Allemagne et Turboplan en Belgique, qui conjuguent apprentissage de la langue, placement professionnel rapide et implication des employeurs pour favoriser une intégration rapide.
La protection des immigrés contre les pratiques abusives et la discrimination fait l’objet d’une attention croissante : des pays comme la Finlande et l’Italie luttent contre l’exploitation des travailleurs ; le Danemark, l’Espagne, la Finlande et la Suède mettent en œuvre des stratégies de lutte contre le racisme.
La décentralisation du processus d’intégration se poursuit : la Belgique, la Finlande, l’Irlande, le Luxembourg et la Suisse transfèrent les responsabilités dans ce domaine aux autorités locales ou régionales afin d’améliorer la réactivité et la coordination du processus.
Le suivi et l’évaluation sont en cours de consolidation : l’Allemagne et la Suède ont mis au point de nouveaux tableaux de bord et baromètres de l’intégration afin de mieux suivre l’évolution des résultats dans toutes les dimensions socioéconomiques et culturelles.
Les femmes immigrées font de plus en plus l’objet de mesures de soutien ciblées : l’Allemagne, la Corée, la Finlande, l’Irlande, le Luxembourg et le Mexique appliquent des mesures dédiées pour favoriser leur insertion sur le marché du travail.
Les règles en matière de citoyenneté se durcissent dans plusieurs pays : la Finlande, la Hongrie et les Pays-Bas ont allongé la durée de séjour requise et mis en place des tests de culture ou de langue, et ils appliquent désormais des critères susceptibles de restreindre l’accès à la citoyenneté.
La reconnaissance des compétences devient plus simple : l’Allemagne, la Belgique, le Canada, la Norvège, la Tchéquie et d’autres pays réduisent les délais de traitement des demandes et créent des voies d’accès prioritaires pour les immigrés exerçant des métiers en tension.
Les formations passerelles et ciblées se développent : des pays comme l’Allemagne, l’Autriche, le Canada et la France mettent en place des parcours flexibles pour permettre aux immigrés de combler leurs déficits de compétences sans avoir à repasser un diplôme entier.
La transformation numérique améliore l’accès aux services ainsi que leur coordination : des pays comme le Danemark, le Luxembourg et les Pays-Bas utilisent des plateformes numériques centralisées pour offrir aux immigrés un accès simplifié aux soins de santé, au logement et à l’éducation.
L’IA facilite l’apprentissage linguistique, la mise en correspondance des offres et des demandes d’emploi ainsi que la planification : en Allemagne, en Autriche et en Suisse, des outils permettent de personnaliser l’apprentissage, d’anticiper les besoins en matière d’installation et d’améliorer l’adéquation entre les compétences des immigrés et les besoins du marché du travail.
L’intégration numérique s’accompagne de nouveaux risques : si l’IA permet de réaliser des gains d’efficience, les pays doivent faire face aux risques d’exclusion, de biais et de violation de la confidentialité des données afin d’offrir un accès équitable à tous les immigrés.
Principales évolutions des politiques d’intégration
Copier le lien de Principales évolutions des politiques d’intégrationL’orientation des politiques d’intégration dans les pays de l’OCDE a évolué l’année dernière pour tenir compte des changements observés dans de nombreux pays membres, tant sur le plan économique que politique. Si certains gouvernements ont consolidé les cadres d’intégration et pris des mesures en faveur de l’inclusion, reconnaissant les retombées sociales et économiques à long terme d’une intégration rapide, d’autres ont durci l’accès aux services, pris des mesures restrictives ou rendu obligatoires certains critères d’intégration. Ces éléments nouveaux mettent en évidence un paysage complexe qui évolue sans cesse et où s’entrecroisent les besoins du marché du travail, les obligations humanitaires et les considérations politiques.
Orienter davantage les politiques d’intégration vers des objectifs plus larges sur le plan économique et démographique
Dans les pays de l’OCDE, dans le contexte du vieillissement démographique et des pénuries généralisées de main-d’œuvre, l’intégration des résidents étrangers, notamment ceux arrivés récemment, est de plus en plus considérée comme un levier stratégique pour faire face à des défis économiques et démographiques de plus grande ampleur.
En Allemagne, par exemple, les réformes de l’immigration qualifiée et les voies d’intégration sont explicitement liées à des initiatives visant à atténuer les pénuries de main-d’œuvre. Le nouveau plan d’action Job-Turbo, lancé fin 2023, vise à intégrer rapidement les réfugiés sur le marché du travail en les aidant à trouver un emploi dans les premiers temps tout en leur permettant d’apprendre la langue et de développer leurs compétences en continu. L’approche en trois étapes commence par un service d’orientation et des cours d’allemand débutant, afin que les participants atteignent les niveaux A2/B1 en allemand, un placement accéléré étant possible pour ceux qui possèdent des compétences recherchées. Une fois que les participants à Job-Turbo possèdent un niveau élémentaire en langue allemande, les agences pour l’emploi intensifient leurs efforts de placement, en proposant un accompagnement sur mesure pour mettre en relation les réfugiés et les employeurs, et mettent aussi en place sur les lieux de travail des cours de langue et des formations pratiques. La phase finale est consacrée à l’évolution professionnelle, notamment à l’acquisition de nouvelles qualifications, à la formation professionnelle et à l’accompagnement individuel, afin de favoriser l’accès à des postes qualifiés. Le programme prévoit une plus grande implication des employeurs, des initiatives simplifiées de mise en correspondance des offres et des demandes d’emploi, comme les journées d’action Job-Turbo, ainsi qu’une meilleure gestion des dossiers au niveau des agences pour l’emploi, et il est assorti de plans d’intégration contraignants et de prestations qui y sont subordonnées. Il accorde également la priorité à la reconnaissance des titres étrangers et cible les secteurs confrontés à de graves pénuries de main-d’œuvre, notamment les soins à la personne, les métiers spécialisés et les technologies de l’information. En accélérant l’accès au marché du travail, le programme Job-Turbo vise à réduire le chômage de longue durée parmi les réfugiés, à atténuer les pénuries de compétences et à favoriser l’intégration sociale et économique. Les premiers résultats indiquent une forte participation, 200 000 réfugiés environ ayant déjà trouvé un emploi dans le cadre du dispositif.
En Belgique, le gouvernement flamand a approuvé une note conceptuelle pour un Turboplan visant à améliorer l’intégration civique et à accélérer l’accès à l’emploi. Ce plan, qui définit dix actions à mener pour renforcer les politiques d’insertion professionnelle, exige une plus grande participation de la part des nouveaux arrivants tout en proposant un service d’orientation vers des emplois durables. Il privilégie la formation des travailleurs peu qualifiés tout en cherchant dans le même temps à aider les travailleurs hautement qualifiés à trouver un emploi qui correspond à leur niveau de compétences. En parallèle, elle aide les employeurs à rendre les lieux de travail plus accessibles aux locuteurs non natifs.
De même, la stratégie du Canada en matière d’immigration met l’accent sur l’importance des nouveaux arrivants pour soutenir la croissance économique à long terme, en particulier dans le contexte du vieillissement démographique. Cette orientation a favorisé l’adoption d’une approche plus proactive de l’intégration des immigrés, dans laquelle l’accès à l’emploi, à la formation et à la reconnaissance des qualifications est accéléré pour les personnes exerçant des professions très recherchées. Dans le même temps, le Luxembourg a mis à jour sa législation pour accélérer l’accès des immigrés qualifiés au marché du travail, et pour offrir notamment aux migrants familiaux un accès direct à l’emploi. En Espagne, où le taux de natalité figure parmi les plus bas de l’UE et où l’on met en avant l’immigration comme un moyen de renforcer l’économie et de soutenir l’État providence, une nouvelle réforme de l’immigration vise à concentrer les efforts d’intégration dans trois domaines clés : le travail, l’éducation et la famille. La réforme vise à faire face au vieillissement de la population dans le pays, en répondant aux besoins du marché du travail national et des migrants eux-mêmes.
Prévenir l’exploitation et combattre le racisme
Parallèlement aux initiatives qui visent à ce que les immigrés contribuent à combler les pénuries de main-d’œuvre, plusieurs pays de l’OCDE ont intensifié leurs efforts pour lutter contre l’exploitation des travailleurs immigrés. En Italie, un nouveau commissaire a été nommé pour faciliter l’intégration des travailleurs immigrés vivant dans des zones d’installation précaires, à la suite d’un rapport de 2022 estimant qu’au moins 10 000 travailleurs agricoles étrangers résident dans de tels lieux, où ils sont souvent exploités et vivent dans des conditions dégradantes. En parallèle, huit communes italiennes ont adopté des plans d’action à l’échelon local pour la période 2023-2026 en vue de lutter contre l’exploitation des travailleurs agricoles. Ces mesures font partie de la première phase du vaste Plan national triennal de lutte contre l’exploitation de la main-d’œuvre et le caporalato, à savoir le fait d’organiser le recrutement et le travail d’un grand nombre de travailleurs, souvent de façon illégale, dans de mauvaises conditions et pour de faibles rémunérations. Les plans multisectoriels au niveau des communes visent à assurer la mise en œuvre concrète des engagements nationaux. De même, en février 2024, le gouvernement finlandais a adopté une série complète de mesures pour prévenir plus efficacement l’exploitation de la main-d’œuvre. Le programme vise à renforcer la coopération et le partage d’informations entre les autorités, à lutter contre l’économie informelle, à améliorer la détection et le signalement des cas d’exploitation et de traite des êtres humains, et à alourdir les sanctions. Des efforts supplémentaires seront déployés pour veiller à ce que les travailleurs connaissent bien leurs droits, leurs obligations ainsi que le fonctionnement du marché du travail finlandais.
Le gouvernement suédois a adopté un nouveau plan d’action pour lutter contre le racisme et les crimes de haine. Le plan d’action, qui s’appuie sur des données relatives à la prévalence du racisme en Suède, porte en particulier sur l’islamophobie, l’antisémitisme, l’antitsiganisme et le racisme envers les Noirs et les Samis. Il s’articule autour de quatre « domaines prioritaires » : l’école, le système judiciaire, la protection sociale et la vie professionnelle. Un système de suivi est en cours d’élaboration pour rendre compte des efforts déployés chaque année au gouvernement. Dans le même temps, le gouvernement danois a présenté un nouveau plan d’action qui compte 36 nouvelles initiatives conçues en coopération avec des organisations de la société civile pour réduire les incidents racistes et renforcer les efforts de la société civile dans ce domaine. En Finlande, le nouveau plan d’action, Not Only Words, qui a été lancé en août 2024, vise à favoriser l’avènement d’une société plus inclusive et plus équitable grâce à des mesures concrètes de lutte contre le racisme structurel. Il s’agit notamment de favoriser les discussions et les formations dans le pays, de renforcer les connaissances, d’améliorer l’égalité et l’accessibilité en matière de communication et de développer le recrutement anonyme. Certains groupes se sont toutefois inquiétés du manque d’adéquation des décisions du gouvernement sur les questions liées aux migrants avec les objectifs de la campagne. En Espagne, où une hausse des contenus haineux au moment de grands événements sportifs a été documentée, le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations a signé un accord de collaboration avec LALIGA pour lutter contre le racisme et la xénophobie, prévenir les incidents violents et apporter des réponses efficaces lorsqu’ils se produisent. L’accord entre le ministère et LALIGA comprendra aussi des campagnes de communication et de sensibilisation, ainsi que des modules de formation sur le racisme dans le football amateur.
Décentralisation et action locale
Les autorités locales sont souvent bien placées pour coordonner les services d’intégration clés tels que le logement, l’éducation et l’emploi ; leur implication est donc essentielle à la réactivité et à l’inclusivité des systèmes d’intégration. Dans plusieurs pays, la responsabilité de la prestation des services d’intégration est progressivement passée des administrations centrales aux autorités locales. Cette décentralisation s’accompagne souvent de cadres qui permettent aux communes d’adapter l’aide aux besoins des marchés du travail locaux et des collectivités locales. L’Agenda Intégration Suisse, par exemple, délègue d’importantes responsabilités en matière d’intégration aux cantons, qui bénéficient de fonds fédéraux et appuient leur action sur des indicateurs de performance. Depuis plus d’une décennie, les cantons suisses jouent un rôle clé dans le processus d’intégration en accompagnant des structures ordinaires telles que des écoles, des établissements de formation professionnelle et des entreprises, dans le cadre des programmes d’intégration cantonaux (PIC). La troisième phase des PIC est en cours (2024-2027) et marque un changement de stratégie en vue de passer de projets pilotes à une intégration structurelle durable, tout en mettant l’accent sur la lutte contre la discrimination et l’investissement dans la petite enfance. Chaque canton, dans le cadre de son PIC 2024-2027, a précisé comment il entend atteindre les objectifs stratégiques de la troisième phase, notamment en renforçant la qualité et l’innovation, en mettant en place des systèmes numériques robustes de gestion et de suivi et en élaborant un cadre d’intégration plus cohérent et plus durable.
Une vaste réforme de la loi finlandaise sur l’intégration, entrée en vigueur début 2025, confie aux communes un rôle plus important dans la fourniture des services d’intégration, notamment le développement des compétences et la promotion de l’emploi. En renforçant le rôle des communes et des collectivités locales, la loi devrait favoriser des interactions positives entre les migrants et la population finlandaise, et renforcer aussi la coopération entre les différents acteurs de l’intégration. L’Autriche s’est également efforcée de consolider les partenariats régionaux pour la mise en œuvre de sa politique d’intégration, tandis que la Belgique déploie des programmes d’intégration civique par l’intermédiaire de ses autorités régionales, ce qui permet de les adapter sur les plans linguistique et contextuel. Depuis janvier 2024, les trois anciens bureaux d’accueil francophones ont adopté le statut bicommunautaire et ont commencé à mettre en œuvre un programme d’intégration civique bilingue. Dans le même temps, l’Irlande a mis en place des équipes d’intégration dans chaque collectivité locale afin d’apporter un soutien sur mesure aux immigrés. Ces équipes sont rattachées aux forums permanents d’intégration locale et veillent à la bonne collaboration entre les services de base, les ONG et les groupes de migrants à l’échelon local.
Le Luxembourg a remplacé le cadre traditionnel d’intégration par un modèle de « vivre‑ensemble interculturel », qui repose sur des commissions et des pactes communaux pour développer des initiatives inclusives au niveau local. En Australie, un nouveau modèle économique pour l’Australian Migrant English Programme (AMEP) entrera en vigueur début 2026 et mettra davantage l’accent sur l’offre de cours de proximité et sur le lieu de travail. Dans le même temps, le National Community Hubs Program (NCHP) a reçu des fonds supplémentaires pour continuer d’offrir à l’échelon local un accompagnement adapté aux immigrés et aux personnes admises pour raisons humanitaires, en vue d’aider en priorité les femmes immigrées et leur famille. La Lettonie, qui s’est efforcée de renforcer la mise en œuvre de sa politique d’intégration à l’échelon infranational en créant récemment des branches régionales de l’Agence pour l’intégration et l’inclusion, a quant à elle invité les autorités locales et les organisations de nouveaux arrivants à concevoir conjointement des mesures d’intégration.
Au Portugal, le réseau de centres d’intégration des immigrés a continué de se développer dans le cadre du Plan d’action national de 2024 pour l’immigration. Les centres favorisent l’intégration des immigrés en offrant un accompagnement sur différents plans : apprentissage du portugais, emploi, éducation et accès aux services de santé. Dans le même temps, le nouveau gouvernement de la Pologne a mis sur pied en 2024 un nouveau ministère de l’Intégration sociale qui concentre ses travaux sur l’intégration des immigrés, tandis que la Bulgarie et la Hongrie ont créé des plateformes d’intégration en ligne pour promouvoir l’emploi de leur population née à l’étranger.
Mesures prises pour améliorer le suivi des indicateurs d’intégration
Le gouvernement suédois a annoncé l’élaboration, par Statistics Sweden, d’un « baromètre de l’intégration » qui suivra les indicateurs de l’intégration qui sont difficiles à mesurer à l’aide des données disponibles dans le registre de la population, comme l’intégration sur les plans démocratique, social et culturel. Selon le gouvernement, une meilleure connaissance des différences en termes de besoins, de valeurs et de situation entre la population née à l’étranger et la population née dans le pays permettra de progresser plus facilement vers la réalisation des objectifs d’intégration tout en étayant la conception des politiques. Statistics Sweden a par ailleurs été chargé d’analyser comment suivre les résultats des adultes nés à l’étranger en langue suédoise (compréhension orale et écrite et expression orale).
En Allemagne, l’Office fédéral de la statistique (Destatis) a lancé le Tableau de bord de l’intégration, un nouvel outil interactif en ligne composé de plus de 60 indicateurs qui offre un aperçu visuel, interactif et fondé sur les données des principaux domaines liés à l’intégration et à la participation en Allemagne. Parmi les sources de données figurent des statistiques officielles ainsi que des informations provenant d’autres institutions telles que l’Agence fédérale pour l’emploi, l’Office fédéral de la police criminelle et la Caisse de retraite allemande, et des sources universitaires telles que le panel socioéconomique. Le dispositif repose sur l’infrastructure technique de Dashboard Germany, qui fournit depuis la fin de 2024 des données économiques actualisées très fréquemment.
Mesures prises pour encourager les femmes immigrées à travailler
Sur le plan de l’intégration, les femmes immigrées se heurtent souvent à des obstacles supplémentaires. Ces difficultés peuvent être dues à des contraintes de temps liées à leurs responsabilités familiales, qui les empêchent de participer à des mesures d’intégration, ou bien à leur statut migratoire, beaucoup étant des membres de la famille accompagnante et n’ayant que peu de liens immédiats avec le pays d’accueil. En conséquence, les femmes immigrées affichent souvent des taux plus élevés de chômage et de déclassement, et sont souvent cantonnées à des emplois précaires et faiblement rémunérés, en particulier dans les secteurs des soins à la personne et du travail domestique. C’est pourquoi de nombreux pays de l’OCDE ont pris des mesures ciblées sur ces obstacles supplémentaires.
L’Irlande comme la Corée ont amélioré l’accès au marché du travail pour les membres de la famille accompagnante, un groupe dans lequel les femmes sont surreprésentées. En 2024, l’Irlande a permis aux conjoints et partenaires des titulaires d’un permis de travail général et des personnes transférées au sein d’une même entreprise de travailler sans avoir besoin d’un permis distinct. Dans le même temps, la Corée a modifié sa politique d’immigration pour permettre aux conjoints de spécialistes et de travailleurs qualifiés d’exercer un emploi non spécialisé, notamment dans les secteurs des soins à la personne et du travail domestique, s’ils remplissent certains critères (compétences linguistiques, par exemple). En Allemagne, le projet MYTURN, financé jusqu’en 2027, a été créé pour aider les femmes à acquérir des qualifications professionnelles utiles et à entrer durablement sur le marché du travail, en adoptant une approche spécialement adaptée à leur situation. Ailleurs, des réformes telles que la loi luxembourgeoise de 2023/24 sur le vivre‑ensemble interculturel ou les campagnes mexicaines de lutte contre la discrimination et d’information sur les droits des travailleurs, ciblent les femmes en tant que groupe vulnérable ou leur allouent des aides supplémentaires. En Finlande, la loi sur l’intégration, évoquée plus haut, comporte l’objectif spécifique d’améliorer l’emploi des femmes immigrées.
Des infrastructures d’intégration continuent de voir le jour dans certains pays, même si les exigences et les obligations peuvent se durcir
Ailleurs dans l’OCDE, des pays prennent sans attendre des mesures en vue de la création d’un système d’intégration. En Croatie, le premier centre d’information pour les étrangers a ouvert ses portes en 2025 dans la ville de Zagreb. Le centre permettra aux travailleurs étrangers et aussi aux personnes déplacées d’obtenir des informations sur leurs droits et obligations, ainsi que sur les services locaux disponibles, dans un seul et même endroit et dans une langue qu’ils comprennent, notamment des informations relatives à la santé et à la protection sociale, à l’inscription des enfants en maternelle, dans le primaire et le secondaire, ainsi que des renseignements d’ordre juridique et sur les droits et les devoirs des citoyens. Le pays est aussi en train d’élaborer un système pour mettre en place et financer des cours de langue croate et d’autres activités d’intégration.
De même, en Slovénie, le gouvernement est en train de créer un nouvel espace d’information et de conseil pour promouvoir une intégration plus rapide des immigrés dans la société slovène. Le centre fera mieux connaître les droits et les devoirs des immigrés, tout en favorisant l’avènement d’une société ouverte et tolérante en permettant à la population locale et aux étrangers d’échanger leurs expériences, connaissances et compétences.
Encadré 3.1. Examen à mi-parcours du plan d’action de la Commission en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027
Copier le lien de Encadré 3.1. Examen à mi-parcours du plan d’action de la Commission en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027L’examen à mi-parcours du plan d’action de l’UE en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027, publié en juin 2025, fait le point sur la mise en œuvre du pacte sur la migration et l’asile grâce à une évaluation structurée des progrès accomplis pour favoriser l’inclusion des migrants et des citoyens de l’UE issus de l’immigration. Le rapport met l’accent sur les progrès accomplis dans six domaines clés de l’action publique, à savoir (i) l’éducation, (ii) l’emploi, (iii) la santé, (iv) le logement, (v) les mesures transversales et (vi) les fonds et la gouvernance de l’UE. Il recense les réalisations, met en évidence les lacunes persistantes et fournit des orientations aux États membres et aux parties prenantes pour renforcer la mise en œuvre du Plan d’action pendant la période restante. L’examen sert de base pour améliorer la cohérence des politiques, garantir une utilisation efficace des fonds de l’UE et consolider les mesures en faveur de l’égalité des chances et de la cohésion sociale. L’examen à mi‑parcours (juin 2025) reconnaît que des progrès importants ont été accomplis dans la mise en œuvre du plan d’action qui accompagne le pacte sur la migration et l’asile. Les lacunes structurelles et les difficultés persistantes indiquent toutefois que des mesures actives et coordonnées, faisant l’objet d’un meilleur suivi, s’imposent pour atteindre pleinement les objectifs du plan à l’horizon 2027.
Tableau 3.1. Synthèse des principales conclusions de l’examen à mi-parcours du plan d’action de l’UE en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027
Copier le lien de Tableau 3.1. Synthèse des principales conclusions de l’examen à mi-parcours du plan d’action de l’UE en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027|
Dimension |
Principaux progrès réalisés |
Défis persistants |
Prochaines étapes recommandé |
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Éducation et formation |
Accès accru à la formation linguistique, inclusion préscolaire et soutien scolaire pour les migrants. |
Des disparités persistent – en particulier de plus faibles résultats scolaires et des taux d’abandon plus élevés parmi les élèves issus de l’immigration. |
Étendre le soutien linguistique précoce, renforcer la formation des enseignants à la diversité et promouvoir des environnements scolaires interculturels. |
|
Emploi et compétences |
Augmentation de la participation des migrants au marché du travail ; mise en place d’initiatives de validation et de reconnaissance des compétences par les pays membres. |
Des disparités persistent – en particulier de plus faibles résultats scolaires et des taux d’abandon plus élevés parmi les élèves issus de l’immigration. |
Encourager l’apprentissage mutuel sur les procédures de reconnaissance, offrir des services ciblés des SPE, développer des formations sensibles au genre et des programmes d’emploi adaptés aux jeunes. |
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Santé |
Mise en place de la médiation interculturelle dans les soins de santé ; mesures prises pour réduire les obstacles à l’accès. |
Problèmes persistants liés aux obstacles informationnels, juridiques et pratiques, y compris une compétence culturelle insuffisante des prestataires. |
Mettre en œuvre des campagnes inclusives d’éducation à la santé ; former les praticiens à la sensibilisation culturelle ; collecter des données de santé ventilées par origine migratoire. |
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Logement |
Lancement de projets de logements sociaux financés par l’UE avec une approche axée sur l’intégration ; certains États membres ont expérimenté des politiques de logement inclusives. |
Les immigrés restent exposés à un risque élevé de ségrégation, de surpeuplement et de précarité locative. |
Intégrer l’inclusion dans la planification urbaine, appliquer des politiques anti-ségrégation, garantir l’accessibilité financière et impliquer les communautés migrantes dans la conception des logements. |
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Mesures transversales |
Progrès dans l’intégration de la lutte contre la discrimination et de la sensibilisation à la diversité dans les différents secteurs ; coopération renforcée entre les parties prenantes. |
Faible application du cadre juridique européen contre la discrimination ; les préjugés en ligne et institutionnels restent largement non traités. |
Renforcer la sensibilisation, appliquer pleinement les garanties juridiques, soutenir les initiatives menées par les communautés et appuyer les actions d’intégration de la société civile. |
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Fonds et gouvernance de l’UE |
Utilisation efficace du FSE+, du FAMI, du FEDER et du FEAD pour financer les mesures d’intégration et d’inclusion ; alignement croissant des programmes de fonds structurels sur les objectifs d’intégration. |
Coordination nationale inégale dans l’allocation des fonds ; absence d’évaluation systématique de l’impact des fonds sur les résultats en matière d’intégration. |
Promouvoir une gouvernance coordonnée à plusieurs niveaux, établir des indicateurs de résultats communs, améliorer la collecte de données et réaliser des évaluations systématiques post-financement. |
Source : EUR-Lex, Examen à mi-parcours du plan d’action de la Commission en faveur de l’intégration et de l’inclusion pour la période 2021-2027, https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/?uri=CELEX%3A52025SC0162 (en anglais seulement, traduction du Secrétariat de l’OCDE).
Durcissement des politiques de la citoyenneté
Parallèlement aux efforts d’intégration et de protection des migrants contre l’exploitation, un certain nombre de pays sont en train de durcir les conditions d’octroi des droits de citoyenneté. En Finlande, par exemple, les propositions de réforme de la loi sur la citoyenneté recommandent de durcir les mesures de naturalisation. D’abord, depuis octobre 2024, la durée de séjour requise pour obtenir la nationalité finlandaise a été portée de cinq à huit ans. En outre, les titres de séjour accordés au titre de la protection internationale ne sont plus pris en compte dans les critères de résidence. Ensuite, la définition de ce que sont des ressources financières suffisantes va devenir plus stricte. Enfin, la Finlande prévoit de mettre en place un test de citoyenneté, la proposition du gouvernement devant être soumise au Parlement courant 2025.
Dans le même temps, depuis janvier 2025, les migrants qui demandent une carte de séjour hongroise doivent réussir un test de connaissances sur la culture hongroise qui couvre six grands thèmes, à savoir les emblèmes du pays et les fêtes nationales, les événements marquants de l’histoire hongroise, les institutions fondamentales ainsi que les droits et les obligations des citoyens. L’évaluation, qui coûte 20 000 HUF (soit environ 50 EUR), consiste en un test écrit en hongrois, et les candidats sont autorisés à se présenter au maximum trois fois.
Le gouvernement néerlandais a également présenté en 2024 des propositions visant à durcir les règles qui régissent la naturalisation. Il s’agit notamment de porter le niveau linguistique requis au niveau B1 et d’allonger la durée de séjour requise de cinq à dix ans. En outre, le gouvernement prévoit de demander aux nouveaux citoyens, quand cela est possible, de renoncer à leur nationalité d’origine. Dans le même temps, depuis mi-2024, il a commencé à supprimer progressivement les allocations de subsistance pour les personnes déplacées d’Ukraine ayant des revenus du travail suffisants.
Avancées en matière de reconnaissance des compétences et des qualifications
Copier le lien de Avancées en matière de reconnaissance des compétences et des qualificationsIl est primordial de reconnaître les compétences et les qualifications que détiennent les immigrés afin que ces derniers puissent davantage contribuer à réduire les pénuries de main-d’œuvre. De nombreux pays de l’OCDE ont donc mis à jour leurs politiques relatives à la reconnaissance des qualifications afin d’accélérer et de simplifier les procédures.
Réduction des délais de traitement et mise en place de voies d’accès par secteur
Plus vite les qualifications acquises à l’étranger par les immigrés sont évaluées et reconnues, plus vite ces derniers peuvent accéder aux secteurs du marché du travail qui sont à la recherche de leurs compétences. En revanche, quand les procédures de reconnaissance prennent beaucoup de temps, les immigrés risquent de connaître des périodes de chômage prolongées ou de devoir opter pour des emplois déclassés. Sur le long terme, cette situation peut avoir des répercussions négatives sur les immigrés, notamment une dépréciation de leurs compétences, et laisser des stigmates. Pour éviter ces problèmes, plusieurs pays de l’OCDE ont pris des mesures pour accélérer les procédures de reconnaissance. Par le passé, ces initiatives s’étaient concentrées soit sur la mise en place de délais de traitement prescrits par la loi pour l’évaluation des qualifications étrangères, soit sur des mesures permettant aux immigrés potentiels de commencer le processus de reconnaissance avant leur arrivée dans le pays (voir OCDE (2017[1])). Les mesures prises en 2024 ont, quant à elles, plutôt mis l’accent sur la simplification des procédures et sur la suppression de certaines exigences.
En Allemagne, par exemple, la loi sur l’immigration qualifiée a été modifiée en 2024 pour simplifier la reconnaissance des qualifications professionnelles étrangères et réduire les délais de traitement. En Belgique, une nouvelle procédure de demande en ligne a été lancée en vue de réduire les délais de traitement de plusieurs mois à quelques semaines. La Norvège a mis en place un service accéléré pour évaluer les qualifications étrangères sous cinq jours ouvrés. Elle a également étendu son système de reconnaissance automatique à d’autres pays, dont l’Ukraine, et met à disposition des fiches téléchargeables qui expliquent la manière dont certains diplômes sont généralement évalués.
La simplification de la reconnaissance des diplômes étrangers est d’autant plus essentielle dans les secteurs touchés par de fortes pénuries de main-d’œuvre, comme les soins de santé, la construction et les technologies de l’information. C’est d’ailleurs dans cette logique que de nombreux pays de l’OCDE mettent en place des voies d’accès prioritaires dans les secteurs en tension. Il s’agit notamment des soins de santé, de l’ingénierie et des technologies de l’information pour l’Allemagne, des soins de santé et de la construction pour l’Australie, et de la médecine, du droit et de l’éducation pour la Belgique. Au Danemark, les universités ont mis en place un système permettant d’accélérer la reconnaissance des diplômes étrangers dans le domaine des sciences, des technologies, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM). La Tchéquie, quant à elle, a conçu un processus de reconnaissance accélérée destiné aux réfugiés ukrainiens pour les secteurs en tension, comme les soins de santé, les technologies de l’information et l’ingénierie. En Suisse, de nouvelles lois ont été adoptées en 2024 pour accélérer les procédures d’équivalence des qualifications étrangères dans les secteurs essentiels.
Le Canada a largement investi dans l’accélération de la reconnaissance des titres étrangers, notamment dans le secteur des soins de santé et pour les métiers qualifiés. L’accent a notamment été mis sur la simplification des procédures d’évaluation et sur le financement de formations passerelles. Dans le même temps, certaines provinces, comme l’Ontario et la Colombie‑Britannique, ont adopté une loi visant à supprimer l’expérience professionnelle requise au Canada pour de nombreuses professions.
Les microdiplômes et les formations passerelles : des solutions de plus en plus prisées pour remédier plus efficacement aux déficits de compétences
Les microdiplômes et les formations passerelles ont le vent en poupe. Facilement adaptables, ils visent à remédier de façon ciblée aux déficits de compétences parmi les personnes nées à l’étranger et leur permettre ainsi d’intégrer le marché du travail plus rapidement sans avoir besoin de repasser un diplôme entier. Pour créer des microdiplômes et des formations passerelles qui donnent de bons résultats, il est indispensable de reconnaître les compétences existantes. Le système français de Validation des Acquis de l’Expérience (VAE) permet à toute personne, quel que soit son pays de naissance, d’obtenir un diplôme complet ou partiel ou une certification professionnelle en fonction de son expérience professionnelle et/ou du bénévolat ou volontariat qu’elle a effectué. Pour ce faire, elle doit soumettre un dossier détaillé à un jury pour évaluation. Grâce à certaines initiatives, notamment la VAE sans frontières, et à des dispositifs pilotes, comme le Parcours VAE migrants, cette voie d’accès a été étendue aux réfugiés et aux immigrés. Ils peuvent désormais eux aussi faire reconnaître leur expérience et obtenir des qualifications françaises reconnues. En 2023, le ministère du Travail a lancé un dispositif expérimental appelé la VAE inversée. Même si ce dispositif ne cible pas directement les immigrés, il devrait renforcer la participation des immigrés et des réfugiés et réduire les obstacles en les associant activement au processus au lieu de miser sur leur propre initiative. Créée en juillet 2023, la plateforme centralisée France VAE facilite l’accès à la VAE via un espace numérique intuitif comprenant une aide pour les locuteurs non natifs. De même, le Canada expérimente actuellement différents projets de reconnaissance des diplômes qui permettent aux immigrés de démontrer leurs compétences au moyen d’évaluations axées sur les compétences plutôt que par la validation traditionnelle des diplômes étrangers. En Autriche également, des programmes d’équivalence de la formation professionnelle permettent désormais aux immigrés sans diplôme officiel de démontrer leurs compétences en passant des épreuves pratiques. En Allemagne, la troisième phase du plan d’action Job-Turbo, mentionné ci-dessus, vise à stabiliser et améliorer l’emploi, l’objectif étant qu’au fil du temps les participants obtiennent des qualifications complémentaires et deviennent des travailleurs qualifiés.
Dans le prolongement de la reconnaissance des compétences et des microdiplômes, les formations passerelles proposent des modules de formation ciblés sur certaines aptitudes ou compétences requises dans le pays d’accueil. Ces programmes permettent donc aux immigrés de mettre à jour ou d’ajuster leurs qualifications existantes en s’épargnant une procédure longue et coûteuse pour repasser un diplôme. Dans certains pays, les microdiplômes sont cumulables et permettent d’accéder à des certifications officielles. Les formations passerelles, quant à elles, peuvent également proposer des cours de langue, des séances d’orientation culturelle et des stages pratiques visant à faciliter une transition sans heurt vers le marché du travail. De telles approches sont particulièrement intéressantes pour les immigrés dont les qualifications étrangères n’ont été que partiellement reconnues ou dont la carrière professionnelle a été perturbée en raison de leur départ ou de leur déplacement. Le Canada, qui est à l’avant-garde de ce type de dispositifs depuis de nombreuses années, met en place des programmes d’appoint pour les professionnels formés à l’étranger (par exemple les médecins, le personnel infirmier, les ingénieurs) afin de les aider à répondre aux critères canadiens de certification tout se forgeant une expérience professionnelle.
Les employeurs jouent un rôle de plus en plus important dans la reconnaissance des qualifications et accordent une plus grande attention à l’expérience professionnelle
Le renforcement du rôle joué par les employeurs témoigne de l’évolution en cours dans la reconnaissance des qualifications. La reconnaissance centralisée des diplômes n’est désormais plus l’unique voie possible et de nouveaux systèmes de reconnaissance plus souples et davantage axés sur la demande ont été mis en place. Ces derniers valorisent les compétences pratiques et l’expérience professionnelle, et sont en mesure de combler rapidement les pénuries de main-d’œuvre. En Allemagne, par exemple, des « partenariats de reconnaissance » ont été mis en place dans le cadre des modifications apportées à la loi sur l’immigration qualifiée. Entrés en vigueur en mars 2024, ces partenariats placent les employeurs au centre du processus de reconnaissance, leur permettant ainsi de remédier avec plus de souplesse aux déficits de compétences. Conformément à ces accords, les immigrés qualifiés peuvent être recrutés sans délai pour occuper des postes appropriés. En contrepartie, le travailleur immigré qualifié s’engage à demander la reconnaissance de ses titres avant son arrivée en Allemagne. L’employeur, quant à lui, convient i) de l’épauler pendant la procédure de reconnaissance et ii) de lui allouer du temps pour acquérir les qualifications requises pour compléter la procédure de reconnaissance. Une évaluation individuelle du travailleur permet de déterminer les actions concrètes à mener, par exemple la réalisation de stages, pour qu’il obtienne la pleine reconnaissance de ses titres. En parallèle, les entreprises et les syndicats sont impliqués à tous les niveaux de l’initiative Job-Turbo (mentionnée ci-dessus) et ils ont même signé une déclaration pour appuyer cette initiative.
La transformation numérique et le recours à l’intelligence artificielle (IA) au service de l’intégration
Copier le lien de La transformation numérique et le recours à l’intelligence artificielle (IA) au service de l’intégrationLe passage au numérique désigne le processus de conversion d’informations, de services et de procédures administratives en version papier au format numérique. Les opportunités offertes par l’IA sont particulièrement intéressantes dans le domaine de l’intégration, où les phénomènes migratoires sont susceptibles d’évoluer rapidement en raison de conflits, du dérèglement climatique ou de changements dans la politique internationale. Ces opportunités sont également précieuses dans un contexte de ressources publiques, notamment celles dédiées à l’intégration des immigrés, de plus en plus sous tension. Quand l’IA est utilisée de façon responsable et prend en compte les considérations d’ordre éthique, comme la confidentialité des données, l’équité et l’inclusivité, elle peut contribuer à une approche plus rentable, efficace et personnalisée de l’intégration.
Installation, intégration rapide et accès aux services publics
De nombreux pays de l’OCDE ont élaboré des plans détaillés en matière d’intégration ou mis en place des guichets uniques réunissant les multiples services auxquels les immigrés ont besoin d’accéder à l’appui de leur intégration. Le passage au numérique a permis aux pays de l’OCDE de faciliter le regroupement et l’accessibilité de ces services pour que les migrants puissent y accéder dès leur arrivée. Aux Pays‑Bas, par exemple, l’accès aux soins de santé, à l’éducation et aux logements sociaux est géré via les registres municipaux numérisés de la population, ce qui garantit aux immigrés de bénéficier immédiatement des systèmes de services publics. Chaque nouvel arrivant reçoit un plan d’intégration numérique élaboré avec les autorités locales, qui lui assigne notamment un parcours d’apprentissage de la langue dont le suivi est possible en ligne. Dans le même esprit, le Danemark dispose d’une plateforme numérique centralisée sur laquelle les immigrés utilisent un identifiant unique pour accéder à tous les services publics, y compris pour la banque, le logement et les documents d’identité. Au Luxembourg, le Portail DPI, qui est le portail multilingue pour les demandeurs d’asile lancé en 2023, fournit désormais des informations sur la protection juridique et propose un service d’accompagnement disponible en 13 langues avec des options audio. En Roumanie, afin de faciliter l’accès aux droits et de réduire les délais d’attente, les immigrés peuvent prendre rendez-vous et suivre l’avancée de leur dossier sur une plateforme via un portail sécurisé. Au Mexique, les centres pour l’intégration des migrants (CIM) fournissent une assistance concernant le logement, les soins de santé et la protection juridique aux émigrés de retour et aux demandeurs d’asile via un service numérique d’enregistrement et de suivi de dossiers. Dans le même temps, ils contribuent à créer des liens de proximité dans les zones frontalières clés.
En outre, plusieurs pays essayent de tirer parti des possibilités offertes par les avancées récentes dans le domaine de l’IA en numérisant davantage de données et de services. La Norvège et le Canada utilisent la modélisation des données pour anticiper les besoins en matière d’installation dans certaines régions, par exemple pour ce qui est des logements et des services de l’emploi. D’autres pays testent l’IA pour les aider à déterminer quelles interventions, par exemple les formations linguistiques ou le mentorat, sont les plus à même d’améliorer les résultats en matière d’intégration. En Suisse, le Secrétariat d’État aux migrations teste depuis 2020 l’outil GeoMatch pour guider l’affectation des immigrés dans les cantons. GeoMatch est un outil basé sur l’IA qui a été mis au point par l’Immigration Policy Lab de l’Université de Stanford et de l’école polytechnique fédérale de Zurich. Cet outil se sert de données antérieures pour aider les autorités publiques et les agences de réinstallation à déterminer les meilleurs lieux d’affectation pour les réfugiés en fonction de leur parcours et de leurs chances de réussite. De leur côté, les Pays‑Bas, en coopération avec l’Athena Institute de l’Université d’Amsterdam, étudient les possibilités offertes par les robots conversationnels fondés sur l’IA pour fournir des informations sanitaires personnalisées aux populations traditionnellement marginalisées et pour répondre en plusieurs langues aux questions relatives aux procédures d’asile et à la protection juridique. En Corée, un service de conversation personnalisé basé sur l’IA (disponible pour les immigrés et les Coréens nés dans le pays) permet de s’assurer du bien-être de ses utilisateurs une ou deux fois par semaine dans le cadre d’une conversation d’une durée d’environ deux minutes. Le service est capable de se souvenir des conservations passées et de s’en servir pour les appels suivants (OCDE, 2025[2]).
Dans le cadre d’un projet CommuniCity financé par l’UE, les villes d’Amsterdam et de Prague ont adapté une application existante fondée sur l’IA pour résoudre les problèmes administratifs spécifiques auxquels sont souvent confrontés les immigrés et les réfugiés. Cette application simplifie les démarches administratives. Elle fournit en effet un service de traduction et d’organisation, et programme des rappels pour la soumission des documents importants, comme les lettres provenant des autorités publiques. Un robot conversationnel propose également une assistance personnalisée.
Apprentissage de la langue, éducation et reconnaissance
Depuis de nombreuses années, les formations linguistiques sont la clé de voûte de l’intégration. L’intelligence artificielle offre d’importantes possibilités de soutien à l’apprentissage de la langue, notamment dans le contexte de l’intégration des immigrés. Les outils alimentés par l’IA sont en mesure de proposer des formations personnalisées et modulables dont le contenu peut être adapté aux besoins et aux progrès de chaque apprenant. De ce fait, l’apprentissage gagne en efficacité. Des retours en temps réel sur la grammaire, le vocabulaire et la prononciation favorisent une progression continue. Les avancées dans le domaine du traitement automatique du langage naturel permettent quant à elles aux apprenants de pratiquer la langue de façon interactive grâce à des simulations de dialogues réalistes. Compte tenu de leur flexibilité, ces outils offrent des possibilités de formation adaptables et économiques aux immigrés ne pouvant pas forcément suivre des formations classiques, notamment ceux qui doivent concilier leurs obligations professionnelles et familiales avec l’apprentissage de la langue.
Compte tenu des possibilités offertes, l’apprentissage de la langue est le domaine dans lequel l’IA a été le plus utilisée au service de l’intégration. En effet, de nombreux pays de l’OCDE ont pris des initiatives en la matière. En Allemagne, l’application Ankommen (« arriver » en français), qui a été co-élaborée par le gouvernement allemand, regroupe des cours de langue, des informations sur les cours d’intégration et des outils de recherche d’emploi. Dans le même temps, en Finlande, l’IA est utilisée dans le cadre de plateformes d’apprentissage en ligne du finnois et du suédois conçues pour les immigrés. L’Autriche a développé sa plateforme d’apprentissage en ligne Sprachportal.at pour que les immigrés puissent améliorer leur maîtrise de la langue. Depuis janvier 2023, le Fonds autrichien d’intégration délivre des certificats numériques pour la réussite des épreuves de langue et d’intégration, facilitant ainsi la délivrance des certifications linguistiques aux étrangers. L’Australie est en train d’élaborer un nouveau programme national et un nouveau modèle de délivrance en ligne pour améliorer l’enseignement de l’anglais aux immigrés. En Norvège, les comtés ont commencé à utiliser des outils numériques pour dispenser des cours de langue norvégienne et d’études sociales aux élèves à temps plein du deuxième cycle de l’enseignement secondaire dans le cadre du programme d’introduction. En s’appuyant sur les possibilités offertes par l’IA dans la reconnaissance des qualifications étrangères, l’Estonie a mis en place un système de reconnaissance de diplômes fondé sur l’IA qui permet aux immigrés de déposer en ligne leurs titres pour évaluation.
Emploi et mise en correspondance des offres et des demandes d’emploi
Non seulement les services d’intégration renforcent l’offre de compétences des personnes nées à l’étranger par le biais de l’apprentissage, de la formation et de la reconnaissance des qualifications, mais ils aident également les immigrés à trouver du travail, en faisant correspondre leurs compétences avec les offres d’emploi adéquates. La recherche d’un emploi faisant très largement appel aux réseaux, les immigrés, qui disposent d’un accès plus limité à ces derniers, peuvent se retrouver pénalisés.
La mise en correspondance des offres et des demandes d’emploi évolue et les avancées de l’IA favorisent le passage d’une simple collecte d’informations sur l’expérience et les qualifications officielles du demandeur d’emploi à une approche plus globale de l’appariement et de l’établissement de profils sur la base des compétences. Ainsi, les technologies de l’IA, comme l’apprentissage automatique, peuvent être particulièrement utiles pour aider les immigrés à trouver des emplois qui correspondent à leurs compétences, même quand leurs qualifications officielles ne sont pas facilement transférables. Dans le même esprit, l’initiative allemande Job-Turbo, mentionnée ci-dessus, propose un programme d’emploi encadré et basé sur l’IA qui vise à limiter les périodes de chômage grâce à une insertion professionnelle rapide des réfugiés une fois terminés les cours d’intégration. En s’appuyant sur les avancées dans le traitement automatique du langage naturel, la Suède expérimente depuis quelque temps un robot conversationnel pour l’orientation professionnelle des nouveaux arrivants, qui est alimenté par l’IA et disponible en plusieurs langues. Le Service public de l’emploi flamand (VDAB) a collaboré avec Radix AI pour mettre au point un modèle d’apprentissage profond qui améliore la mise en correspondance des offres et des demandes d’emploi en analysant à la fois les données structurées et non structurées des CV et des offres d’emploi. Cette méthode basée sur l’IA permet de rapprocher plus précisément les candidats des opportunités d’emploi adaptées.
L’Agence danoise du marché du travail et du recrutement (STAR) a élaboré un modèle d’établissement de profils qui se sert des techniques de l’apprentissage automatique pour déterminer le risque de chômage de longue durée (>26 semaines). Ce modèle croise les données provenant de registres administratifs et d’une enquête en ligne recueillant des données comportementales. En collaboration avec l’Université de Copenhague, l’Agence est en train d’élaborer un nouvel outil de sondage visant à dégager des traits de caractère structurels, comme les préférences temporelles et l’attitude vis-à-vis du risque. Les demandeurs d’emploi ne sont pas obligés d’utiliser cet outil, mais s’ils le font, ils peuvent accéder à l’intégralité des résultats du modèle. Ce système ne place pas automatiquement les demandeurs d’emploi dans des programmes actifs du marché du travail (PAMT), mais il sert plutôt de base aux conseillers pour l’emploi, qui conservent la pleine responsabilité de leurs décisions (OCDE, 2025[2]).
Inclusion sociale et renforcement des liens de proximité
À terme, le but des politiques d’intégration n’est pas uniquement de fournir des services, mais également de créer des conditions dans lesquelles les immigrés peuvent participer et contribuer pleinement à la société. S’ils sont bien conçus et déployés, les outils de l’IA peuvent être des alliés de poids pour parvenir à cet objectif.
L’IA et les réseaux sociaux ont la capacité de favoriser les liens de proximité, l’échange culturel et la participation à la vie civique. Qui plus est, dans de nombreux pays de l’OCDE, les collectivités locales et les organisations non gouvernementales travaillent de concert avec les autorités pour tirer parti des possibilités offertes par l’IA et renforcer l’inclusion sociale et la cohésion locale. En France, des applications comme RefAid et Bienvenue! ont été conçues afin de fournir des informations en temps réel sur les centres d’accueil, les distributions de nourriture, l’assistance juridique et les rencontres linguistiques à proximité. De son côté, l’Australie finance des applications de mise en récit et de création de communautés en ligne qui permettent aux migrants de partager leur histoire et d’échanger avec la population locale. Dans un certain nombre de pays de l’OCDE, les collectivités et autorités locales ont pris l’initiative d’utiliser des outils numériques pour favoriser l’inclusion sociale et l’intégration. Par exemple, en Allemagne, les autorités locales gèrent avec des organisations non gouvernementales une application mobile en open source appelée Integreat. Cette application fournit des informations et des services localisés adaptés aux immigrés et aux réfugiés en Allemagne, ainsi que des conseils en plusieurs langues sur la déclaration de résidence, les soins de santé, l’éducation et l’emploi. En Tchéquie, dans le cadre du projet d’accueil des réfugiés, une ONG basée à Prague, SIMI, a créé un guide en ligne (https://bydleni.migrace.com/) qui contient une synthèse exhaustive et actualisée des renseignements pratiques destinés à aider les étrangers à trouver un logement pérenne, sûr et décent. Ce guide s’appuie sur la grande expérience de l’organisation. Elle est en effet habituée à travailler avec des clients qui n’ont pas de liens sociaux en Tchéquie, qui ne connaissent pas suffisamment les coutumes locales et les normes juridiques, qui sont dans une situation trop vulnérable pour revendiquer leurs droits ou qui ont été victimes de discrimination. Ce guide fournit des renseignements sur les possibilités de logement, des détails sur frais d’hébergement et des conseils sur la façon de procéder pour la recherche de logement en expliquant notamment les droits et les obligations des locataires et propriétaires et comment mettre fin à un contrat de location.
L’IA a un pouvoir de transformation dans le domaine de l’intégration des immigrés, offrant des solutions modulables, personnalisées et intégrées face à ce défi complexe. Étant donné que l’IA peut non seulement proposer des traductions en temps réel et reconnaître les compétences, mais aussi fournir des analyses prédictives pour mieux planifier les services, elle est en mesure de combler les failles linguistiques, bureaucratiques et logistiques qui nuisent souvent à l’intégration. L’évolution vers le numérique et la participation en ligne n’est toutefois pas sans risque dans un domaine où la réussite repose sur les interactions sociales et l’implication de la population locale. Même si de nombreux groupes d’immigrés sont bien placés pour tirer avantage des possibilités créées par l’IA, le manque de culture numérique peut être important et certains groupes risquent de ne pas pouvoir accéder à ces services numériques. De plus, compte tenu de la vitesse à laquelle l’environnement numérique actuel évolue, certains outils pourraient bientôt devenir obsolètes et, s’ils ne sont pas régulièrement mis à jour, la qualité des informations qu’ils contiennent risque de se dégrader rapidement. Sachant que les politiques d’intégration se tournent de plus en plus vers l’utilisation de processus numériques et de l’IA, les risques susmentionnés devront faire l’objet d’un suivi et des précautions devront être prises pour protéger la confidentialité des données, pour veiller à ce que les biais découlant de l’utilisation de données antérieures ne soient pas intégrés aux outils prédictifs et pour s’assurer que les inégalités en matière de culture numérique et d’accès aux appareils numériques ne compromettent pas l’accessibilité et la qualité des services d’intégration.
Références
[2] OCDE (2025), « AI and the future of social protection in OECD countries », OECD Artificial Intelligence Papers, n° 42, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/7b245f7e-en.
[1] OCDE (2017), Making Integration Work: Assessment and Recognition of Foreign Qualifications, Making Integration Work, Éditions OCDE, Paris, https://doi.org/10.1787/9789264278271-en.