La transition vers une économie à plus forte intensité de numérique et de savoir accroît la demande de compétences avancées et de qualifications supérieures dans les pays membres et partenaires et/ou candidats à l’adhésion de l’OCDE. Cette demande continuera de croître à mesure que le vieillissement de la population entraînera des pénuries de compétences.
En conséquence, le niveau d’études n’a jamais été aussi élevé, 48 % des jeunes adultes des pays de l’OCDE étant désormais diplômés de l’enseignement tertiaire, contre seulement 27 % en 2000. Ces diplômés ont tendance à bénéficier de rémunération plus élevée, d’un emploi plus stable, d’une meilleure santé et d’une plus grande participation à la vie civique.
Bien que les diplômés de l’enseignement tertiaire affichent en moyenne des niveaux de compétence plus élevés, comme le montre l’Enquête de l’OCDE sur les compétences des adultes, le fait d’être titulaire d’un diplôme de l’enseignement tertiaire n’est pas toujours synonyme de compétences solides. Dans les 29 pays et autres économies de l’OCDE participant à l’enquête, 13 % des adultes diplômés de l’enseignement tertiaire n’ont même pas atteint le niveau littéraire de compétence de base en 2023, ce qui signifie qu’ils ne comprenaient que des textes courts sur des sujets familiers. Cela illustre la nécessité pour les pays d’élargir l’accès à l’enseignement tertiaire et d’améliorer la qualité et la pertinence de l’enseignement dispensé.
La faiblesse des taux de réussite dans l’enseignement tertiaire constitue un autre obstacle qui pèse sur le rendement de l’investissement public, aggrave les pénuries de compétences et limite l’accès aux opportunités. Dans 32 pays membres et partenaires et/ou candidats à l’adhésion de l’OCDE, seuls 43 % des étudiants en licence obtiennent leur diplôme à temps, et ce pourcentage atteint seulement 70 % avec trois années supplémentaires, le taux étant relativement plus faible chez les hommes (63 % contre 75 % pour les femmes). Les interventions des pouvoirs publics visant à améliorer le taux de réussite peuvent consister à renforcer la préparation scolaire et l’orientation professionnelle dans l’enseignement secondaire, ainsi qu’à concevoir des cursus d’enseignement tertiaire assortis de séquences de cours clairement définies et des mesures de soutien pour les personnes qui risquent de prendre du retard.
Il est également nécessaire de proposer des cursus d’enseignement tertiaire plus inclusifs et plus souples. Il s’agirait notamment de programmes sur mesure pour les élèves des filières professionnelles, de procédures d’admission qui tiennent mieux compte de la diversité des profils d’apprenants, et d’offres plus courtes et ciblées comme les microdiplômes.
L’impact du milieu familial sur le taux de personnes diplômées de l’enseignement tertiaire a persisté au cours de la dernière décennie. En 2012, seuls 23 % des jeunes adultes dont les parents ne sont pas diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire étaient diplômés de l’enseignement tertiaire, contre 65 % de ceux dont au moins un des parents était diplômé de l’enseignement tertiaire. Cet écart est resté important en 2023 : seuls 26 % des jeunes adultes issus de familles ayant un faible niveau d’études avaient achevé des études tertiaires, contre environ 70 % des jeunes adultes issus de ménages très instruits.
Certains pays et autres économies montrent que cette dynamique peut être inversée. L’Angleterre (Royaume Uni), le Danemark et la Communauté flamande (Belgique) sont parvenus à réduire l’écart en matière d’accès à l’enseignement tertiaire grâce à des interventions ciblées1.
Dans l’enseignement primaire et secondaire, la situation socio-économique continue également de jouer un rôle important dans les résultats scolaires – représentant 20 % ou plus de la variation des scores en mathématiques dans certains pays, selon les données du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA). Pour éviter que ces disparités ne se creusent, les élèves et les établissements défavorisés ont besoin d’un soutien supplémentaire. Les pénuries persistantes d’enseignants touchent de manière disproportionnée les apprenants défavorisés et il convient également d’y remédier.
L’OCDE recommande d’adopter une approche globale pour assurer l’égalité des chances à tous les niveaux d’enseignement, à mesure que nous augmentons à la fois les effectifs et la qualité pour répondre aux besoins urgents en matière de compétences. Cela passe d’abord par des systèmes d’éducation des jeunes enfants solides, qui sont associés à de meilleurs résultats scolaires et à de meilleurs résultats pour les individus, nos sociétés et nos économies.
Mathias Cormann,
Secrétaire général de l'OCDE