Ce chapitre présente un aperçu de la situation actuelle du marché pour les racines et tubercules (manioc, pomme de terre, igname, patate douce et taro), les légumineuses (petits pois, fèves, pois chiches et lentilles), ainsi que pour la banane et les principaux fruits tropicaux (mangue, mangoustan et goyave, ananas, avocat et papaye). Il présente par ailleurs les projections à moyen terme (2026‑2035) pour la production, la consommation et le commerce de ces produits et décrit les principaux facteurs qui les sous-tendent.
Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2026‑2035
10. Autres produits
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10.1. Racines et tubercules
Copier le lien de 10.1. Racines et tubercules10.1.1. Vue d’ensemble du marché
Les racines et tubercules regroupent un ensemble de cultures qui accumulent l’amidon soit dans leurs racines (comme le manioc, la patate douce et l’igname), soit dans leurs tiges modifiées ou souches (comme la pomme de terre et le taro). Ces produits sont principalement destinés à l’alimentation humaine (à l’état frais ou après transformation), mais peuvent également être utilisés comme aliments pour les animaux ou faire l’objet d’une transformation industrielle, notamment pour la production d’amidon, d’alcool ou de boissons fermentées. Du fait de leur forte teneur en eau et de leur faible teneur en matière sèche, la plupart des racines et des tubercules se gâtent très vite une fois récoltés, à moins d’être transformés ou entreposés dans de bonnes conditions. Les possibilités d’échanges sur de longues distances et de stockage s’en trouvent limitées, ce qui rend le secteur particulièrement vulnérable aux pertes après récolte.
Parmi ces cultures, la production mondiale est dominée par la pomme de terre, suivie par le manioc. La pomme de terre est, après le maïs, le blé et le riz, la quatrième culture vivrière, en termes de disponibilité alimentaire. Elle est appréciée pour son rendement calorique élevé par unité de surface et d’eau, son cycle de croissance rapide, et sa capacité d’adaptation à différents climats. La production de pomme de terre se concentre en Asie et en Europe, où elle représente la principale culture de racines et tubercules dans les pays à revenu élevé. Malgré son importance, la production mondiale de pomme de terre n’a connu qu’une progression modeste au cours de la dernière décennie, en raison d’une croissance au ralenti dans plusieurs régions productrices traditionnelles.
Au cours des dernières décennies, la production de manioc a augmenté considérablement, particulièrement en Afrique et en Asie, où cette culture contribue de manière significative à la sécurité alimentaire et aux moyens de subsistance ruraux. Bien adapté aux sols peu fertiles et aux zones sujettes à la sécheresse, le manioc est une culture de base résiliente dans de nombreux pays à faible revenu. Autrefois considéré comme une culture de subsistance, il s’intègre de plus en plus dans les chaînes de valeur commerciales, notamment pour la production d’amidon, d’aliments pour animaux et de produits biosourcés. L’expansion et la commercialisation de la production de manioc dans plusieurs pays sont portées par les investissements dans les capacités de transformation et par une demande croissante liées aux usages alimentaires, fourragers et industriels.
10.1.2. Situation actuelle du marché
Les régions qui ont produit le plus de racines et de tubercules au cours de la période de référence sont l’Asie (126 millions de tonnes [Mt]) et l’Afrique (103 Mt). Les racines constituent un aliment de base important en Afrique subsaharienne. À l’échelle mondiale, quelque 154 Mt sont utilisées pour l’alimentation humaine, 44 Mt pour l’alimentation animale et 34 Mt pour d’autres usages, dont principalement la fabrication de biocarburant et d’amidon. Du fait de leur caractère périssable, qui empêche leur commercialisation internationale à grande échelle à l’état frais, ces produits sont généralement destinés à la consommation intérieure. Environ 8 % de la production mondiale sont aujourd’hui échangés sur les marchés internationaux, principalement sous forme de produit transformé ou déshydratée. La Thaïlande est le principal exportateur, suivie du Viet Nam. La République Populaire de Chine (ci-après la « Chine ») est le premier importateur.
La production mondiale de racines et tubercules a atteint 282 Mt (matière sèche) au cours de la période de référence (2023-2025). Elle a augmenté d’environ 8 Mt par an au cours des dernières années et sert principalement à l’alimentation humaine. Les prix des racines et tubercules (appréciés à l’aune de la valeur unitaire des exportations de manioc thaïlandais) évoluent globalement à la baisse depuis septembre 2024, sous l’effet d’une diminution de la demande sur les principaux marchés, et en particulier sur le marché chinois.
10.1.3. Contexte des projections
Le manioc est une culture résiliente et polyvalente, qui nécessite relativement peu d’intrants et permet de planifier la récolte avec souplesse, car les racines peuvent être laissées en terre après être arrivées à maturité. Supportant sécheresses et variations météorologiques, elle a toute sa place pour faire face aux phénomènes météorologiques extrêmes, particulièrement en Afrique subsaharienne. Outre son prix compétitif par rapport à d’autres produits de base, le manioc se distingue par la diversité de ses usages. En Afrique, les pouvoirs publics continuent de promouvoir l’utilisation de produits tels que la farine de manioc de haute qualité comme substitut partiel aux céréales importées en lien avec les objectifs de sécurité alimentaire.
Dans plusieurs pays, au Nigéria notamment, des mesures encourageant le remplacement de la farine de blé par la farine de manioc visent à réduire la dépendance aux importations et à alléger la pression sur les réserves de devises étrangères. En Asie, le manioc est également utilisé comme matière première pour la production d’éthanol, une pratique encouragée dans certains pays par des obligations d’incorporation de biocarburants, même si son utilisation reste sensible à l’évolution des prix relatifs des matières premières. Sur les marchés internationaux, les produits transformés à base de manioc, tels que l’amidon et les cossettes, sont en concurrence avec le maïs et d’autres céréales fourragères dans les applications industrielles et l’alimentation animale.
La pomme de terre est toujours principalement destinée à l’alimentation humaine. Cependant, la consommation par habitant dans ces régions s’étant stabilisée, le potentiel de croissance de la demande totale est limité. À l’avenir, la production de pomme de terre devrait croître principalement du fait de l’augmentation de la population et de la hausse de la consommation dans les régions en voie de développement.
La production mondiale de patates douces affiche une tendance à la baisse ces dernières années, ce qui s’explique en grande partie par la réduction des superficies cultivées en Chine, premier producteur mondial. La demande de patates douces et autres racines et tubercules reste principalement portée par l’alimentation, les possibilités d’utilisation industrielle étant limitées par rapport au manioc. De ce fait, les habitudes de consommation sont étroitement liées aux préférences des consommateurs, à la croissance des revenus et aux prix relatifs, qui continuent de déterminer l’évolution de ces marchés.
10.1.4. Principaux éléments des projections
La production et la consommation mondiales de racines et de tubercules devraient connaître une forte croissance au cours de la prochaine décennie, de l’ordre de 20 % par rapport aux niveaux actuels, en fonction des rendements et de l’évolution de la demande. La croissance sera principalement tirée par les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, où la croissance démographique et les habitudes alimentaires continuent de soutenir la hausse de la consommation.
La superficie récoltée devrait connaître une augmentation modérée, concentrée en Afrique subsaharienne. Cette expansion reflète la résilience de la culture et son importance stratégique pour la sécurité alimentaire régionale. En revanche, la superficie consacrée aux racines et tubercules devrait stagner ou diminuer dans les régions à revenus élevés, notamment dans certaines parties de l’Europe et des Amériques, où la production est confrontée à la concurrence d’autres cultures et à une croissance limitée de la demande. En Asie, les tendances sont plus contrastées : la superficie reste relativement stable ou en légère baisse, principalement en raison des changements structurels affectant le secteur de la patate douce en Chine.
La croissance globale de la production devrait reposer de plus en plus sur l’amélioration des rendements et sur des systèmes de production plus intensifs, en particulier en Afrique, où les investissements dans des variétés améliorées, de meilleures pratiques agronomiques et l’intégration aux marchés contribuent progressivement à accroître la productivité (Graphique 10.1).
La consommation alimentaire mondiale de racines et de tubercules par habitant devrait augmenter modérément, passant de 19 kilogrammes (kg) actuellement à environ 21 kg par personne et par an en 2035, principalement sous l’effet de la croissance démographique et de la hausse de la consommation en Afrique subsaharienne, où les niveaux de consommation sont déjà bien supérieurs à la moyenne mondiale. La croissance de la consommation de biocarburants, bien qu’elle parte d’un niveau modeste (environ 4 % de la consommation totale), devrait se poursuivre, principalement grâce à la demande des industries chinoises de l’amidon et de l’éthanol. La consommation liée à l’alimentation animale et aux autres usages industriels devrait également augmenter, reflétant le rôle croissant du manioc et d’autres racines en tant que substituts aux céréales dans l’alimentation animale et la transformation.
Les échanges internationaux de racines et tubercules devraient rester globalement stables, à environ 8 % de la production mondiale, à moyen terme. L’essentiel des exportations provient d’un petit nombre de pays, notamment la Thaïlande et le Viet Nam, dont les expéditions combinées devraient encore augmenter pour répondre à la demande chinoise, liée en particulier à la production d’amidon et, dans une moindre mesure, à celle de biocarburants.
Les prix des racines et des tubercules devraient, à moyen terme, suivre globalement l’évolution des marchés céréaliers, en raison de leur substituabilité partielle dans les utilisations alimentaires et fourragères. En conséquence, si les prix nominaux devaient augmenter, les prix réels devraient rester stables ou baisser légèrement, dans l’hypothèse d’une croissance continue de la productivité et d’une expansion de l’offre.
10.2. Légumineuses
Copier le lien de 10.2. Légumineuses10.2.1. Vue d’ensemble du marché
Les légumineuses correspondent aux graines comestibles séchées de plantes de la famille des légumineuses1. Elles constituent une source importante de protéines végétales, de fibres alimentaires, de glucides complexes, de vitamines et de minéraux. Les légumineuses contiennent également des composés bioactifs bénéfiques pour la santé à différents titres. Leur consommation varie considérablement d’une région à l’autre en fonction des traditions alimentaires, des prix relatifs et de la disponibilité d’autres sources de protéines. Par rapport à de nombreux autres aliments de base, les légumineuses se conservent relativement bien en raison de leur faible teneur en eau. Elles peuvent être stockées pendant de longues périodes sans perte notable de leur qualité nutritionnelle, ce qui contribue à limiter les pertes après récolte.
La culture en alternance est une pratique établie de longue date dans les systèmes agricoles de nombreuses régions. Les légumineuses jouent un rôle important dans l’amélioration de la fertilité des sols grâce à la fixation biologique de l’azote. Elles peuvent contribuer à augmenter la teneur en matière organique du sol lorsqu’elles sont intégrées dans des systèmes de rotation des cultures ou de cultures intercalaires. Ces caractéristiques peuvent réduire le recours aux engrais synthétiques et contribuer à la diversification des systèmes de culture. Malgré ces avantages agronomiques, la production mondiale de légumineuses n’a progressé que lentement jusqu’au début des années 2000. La faiblesse des investissements dans la sélection variétale, les rendements médiocres par rapport aux céréales et un soutien politique moins marqué dans certaines régions ont freiné la croissance de la production. Depuis le début des années 2000, toutefois, cette croissance s’est faite plus rapide, soutenue par une demande en hausse, l’amélioration des variétés et des pratiques agronomiques, ainsi que par des initiatives publiques visant à promouvoir la production dans plusieurs pays, notamment en Asie et en Afrique.
La consommation mondiale par habitant a diminué entre les années 1960 et le début des années 2000, à mesure que les habitudes alimentaires évoluaient (Graphique 10.2). Ces dernières années, cependant, elle s’est stabilisée puis a progressivement augmenté, pour atteindre 7.5 kg par personne et par an. La croissance la plus forte s’observe dans les pays où les légumineuses restent une source clé de protéines végétales, notamment en Inde et dans plusieurs pays africains.
Les légumineuses se consomment sous diverses formes, notamment en graines entières, en grains cassés et en farines. Plus récemment, les progrès réalisés dans les technologies de transformation ont permis d’extraire les protéines, les amidons et les fibres des légumineuses, qui sont de plus en plus utilisés dans l’industrie agroalimentaire, notamment pour la fabrication de substituts de viande, d’en-cas et de produits de boulangerie.
10.2.2. Situation actuelle du marché
L’Inde reste le premier producteur mondial de légumineuses, avec environ un quart de la production mondiale. Parmi les autres grands producteurs figurent le Canada, la Chine, la Fédération de Russie (ci-après la « Russie ») et l’Union européenne. L’Asie est la principale région de consommation, puisque les légumineuses y constituent une source importante de protéines alimentaires. Cependant, la production demeure insuffisante pour satisfaire entièrement la demande, positionnant cette région en importateur net majeur. À l’échelle mondiale, environ un quart de la production de légumineuses fait l’objet d’échanges internationaux, le Canada occupant la première place en matière d’exportations (20 % des échanges mondiaux) et la Chine celle des importations (16 % des échanges). L’Afrique a continué d’accroître sa production et sa consommation au cours de la dernière décennie, bien que le degré d’autosuffisance reste variable d’un pays à l’autre.
Ces dernières années, les marchés mondiaux des légumineuses ont été influencés par une forte croissance de l’offre dans les principaux pays exportateurs, notamment au Canada. L’amélioration des conditions de culture et des rendements a stimulé l’expansion des superficies récoltées et la hausse des stocks destinés à l’exportation. Parallèlement, les mesures prises par les principaux pays importateurs, notamment l’assouplissement temporaire des restrictions à l’importation en Inde afin de contenir l’inflation des prix alimentaires sur le marché intérieur, ont favorisé les échanges commerciaux. Après les pics observés en 2021, les prix internationaux des légumineuses ont baissé du fait de l’amélioration des conditions d’approvisionnement et d’une croissance relativement modérée de la demande. Les prix internationaux des légumineuses, estimés sur la base du prix du pois sec canadien, n’ont cessé de baisser depuis 2021 et sont estimés à environ 215 USD/t pour la campagne en cours.
10.2.3. Contexte des projections
La demande de légumineuses est portée par leur caractère abordable comme source de protéines végétales, notamment dans les pays à faible revenu et les pays à revenu intermédiaire. Sur les marchés à revenu élevé, l’intérêt croissant pour les régimes alimentaires à base de végétaux et les alternatives aux protéines d’origine animale contribue à une utilisation accrue des légumineuses et des ingrédients dérivés de celles-ci dans l’industrie agroalimentaire.
Sur le plan de l’offre, les mesures de soutien mises en place dans plusieurs pays continuent de jouer un rôle important. Les initiatives visant à améliorer l’autosuffisance nationale en protéines, telles que la stratégie de l’Union européenne en matière de protéines, ainsi que les programmes de soutien dans les principaux pays producteurs, encouragent la culture des légumineuses. De plus, les avantages agronomiques qu’elles présentent, tels que leur contribution à la fertilité des sols, en font un élément intéressant des systèmes de culture durables. Les légumineuses restent pour autant moins compétitives que les céréales dans de nombreux systèmes de production en raison de rendements plus faibles et plus variables, ce qui continue de freiner une expansion plus rapide de l’offre.
10.2.4. Principaux éléments des projections
Les légumineuses devraient regagner en importance dans les régimes alimentaires de nombreuses régions, avec une consommation mondiale par habitant en hausse de 11 % par rapport à la période de référence, pour atteindre 8.2 kg par an d’ici 2035. Une croissance est attendue dans la plupart des régions, avec des hausses particulièrement marquées dans les pays où les légumineuses restent une source importante de protéines alimentaires d’origine végétale et dans les pays à revenu élevé, où la demande d’aliments d’origine végétale est en pleine expansion.
La production mondiale devrait augmenter d’environ 19 Mt au cours de la prochaine décennie, l’Inde représentant une part importante de cette croissance. Les gains de production en Inde sont soutenus par l’amélioration des variétés de semences, la mécanisation et des mesures publiques telles que les prix minimaux de soutien et les programmes d’achat.
La croissance globale de la production devrait résulter à la fois d’une amélioration des rendements et d’une exploitation plus intensive des terres, notamment grâce à un recours accru à la culture intercalaire avec les céréales, en particulier en Asie et en Afrique. Toutefois, la progression des rendements des légumineuses devrait rester plus lente que celle des céréales et des oléagineux, ce qui s’explique par des investissements relativement plus faibles dans la recherche, l’irrigation et l’utilisation d’intrants.
Les échanges mondiaux de légumineuses devraient continuer de progresser pour atteindre environ 25 Mt d’ici 2035. Le Canada devrait rester le premier exportateur, suivi de l’Australie et de la Russie. Les prix internationaux en termes nominaux devraient augmenter au cours de la période de projection, tandis que les prix en termes réels devraient baisser, du fait des gains de productivité et d’une croissance modérée de la demande.
10.3. Bananes et principaux fruits tropicaux
Copier le lien de 10.3. Bananes et principaux fruits tropicauxLa banane et les quatre principaux fruits tropicaux frais – la mangue, l’ananas, l’avocat et la papaye – jouent un rôle essentiel sur les marchés agricoles, pour la sécurité alimentaire et la nutrition, ainsi que pour garantir les moyens de subsistance aux petits exploitants des pays tropicaux. Ces dernières décennies, la hausse des revenus et l’évolution des préférences des consommateurs sur les marchés, tant ceux des pays émergents que ceux des pays à revenu élevé, mais aussi l’amélioration des transports et de la gestion de la chaîne d’approvisionnement, ont favorisé la croissance rapide de la consommation et des échanges internationaux de ces produits.
La production mondiale de bananes et des principaux fruits tropicaux rapporte environ 125 milliards USD aux producteurs. Bien que seulement 14 % de la production mondiale de bananes et 8 % de celle des principaux fruits tropicaux, environ, soient exportés, ces deux groupes de produits génèrent respectivement des recettes d’exportation situées aux alentours de 12.8 milliards USD et 15.5 milliards USD par an (chiffres provisoires pour 2025). Dans les pays exportateurs, qui sont majoritairement des pays à revenu faible et des pays à revenu intermédiaire, les recettes provenant de la production et du commerce de ces produits peuvent représenter une part importante du PIB de l’agriculture, en particulier dans les pays tropicaux d’Amérique latine. En 2024, par exemple, les bananes ont pesé pour environ 36 % dans les recettes des exportations agricoles de l’Équateur, tandis que, prises dans leur ensemble, les exportations d’ananas et de bananes ont représenté quelque 40 % des recettes que le Costa Rica a tiré de ses exportations agricoles. Le commerce de bananes et des principaux fruits tropicaux peut donc générer d’importantes recettes d’exportation pour les pays producteurs.
10.3.1. Bananes
Situation du marché
Les données préliminaires pour 2025 indiquent que les échanges mondiaux de bananes ont connu une reprise notable après les baisses enregistrées les années précédentes. Les principales évolutions découlent de la forte croissance des exportations de la Colombie et des Philippines – croissance à deux chiffres en glissement annuel – qui représente en tout environ 900 000 tonnes supplémentaires en 2025. Une augmentation sensible de l’offre a également été observée en Équateur, en Inde et au Viet Nam, portée par des investissements accrus dans l’extension de la production et par des conditions climatiques favorables. Parallèlement, les conditions météorologiques défavorables et la propagation de ravageurs et de maladies des végétaux ont continué de préoccuper le secteur, perturbant l’activité de plusieurs grands pays exportateurs.
Du côté des importations, la forte hausse des achats de la Chine et de la Russie, pays où ils ont affiché des taux de croissance à deux chiffres au cours des neuf premiers mois de l’année, a été le principal moteur de cette expansion. Au sein de l’Union européenne, premier importateur mondial de bananes, la demande est restée soutenue sur fond de production interne insuffisante aux îles Canaries et aux Antilles. Aux États-Unis, la hausse des prix unitaires des bananes a entraîné une baisse sensible de la demande, en particulier pour les bananes biologiques, plus onéreuses.
Principaux éléments des projections
Si tant est que les conditions météorologiques demeurent normales et que les maladies du bananier ne se propagent pas davantage, la production mondiale de bananes devrait atteindre 168 Mt à l’horizon 2035, contre 140 Mt au cours de la période de référence. Eu égard à la saturation croissante de la demande par habitant dans la plupart des régions, l’augmentation de la production et de la consommation mondiales devrait essentiellement reposer sur leur dynamisme démographique. Or, compte tenu du ralentissement de la croissance démographique mondiale, les projections de référence actuelles indiquent que cette production et cette consommation vont connaître une progression modérée, de 1.8 % par an, au cours de la période couverte par les présentes Perspectives. Parallèlement, dans certaines économies émergentes – en Chine et en Inde, surtout – la hausse des revenus devrait favoriser une évolution du rapport à la santé et à l’alimentation et maintenir une progression de la demande supérieure à la croissance démographique. L’Asie devrait donc demeurer la principale région productrice avec une production d'environ 87 millions de tonnes d'ici 2035, soit une part d'un peu plus de 50 % des quantités totales. L’Inde atteindrait, d’après les projections, un volume de production de 49 Mt et une consommation annuelle par habitant de 30.4 kg à l’horizon 2035, contre 25.4 kg au cours de la période de référence.
Dans la principale région d’exportation, l’Amérique latine et les Caraïbes, la production devrait atteindre 35 Mt en 2035, grâce à la demande croissante des principaux marchés d’importation, dont au premier chef l’Union européenne et les États-Unis. Les pressions économiques étant probablement amenées à perdurer en 2026, voire au-delà, la demande de bananes sera vraisemblablement favorisée par leur coût relativement abordable. Les exportations totales de bananes en provenance d'Amérique latine et des Caraïbes devraient augmenter de 1 % par an pour atteindre environ 16 millions de tonnes d'ici 2035 ; les principaux pays exportateurs de cette région – l’Équateur, le Guatemala, le Costa Rica et la Colombie – bénéficieront vraisemblablement de cet essor, sous réserve qu’ils puissent protéger leur production des effets néfastes des maladies et des aléas météorologiques (Graphique 10.3). Les exportations de l’Inde, quant à elles, devraient atteindre environ 1.3 Mt d’ici 2035, contre 0.8 Mt au cours de la période de référence, en raison de la forte augmentation de la demande au Proche-Orient et en l’Asie centrale, notamment en Irak, aux Émirats arabes unis et en Ouzbékistan, ainsi qu’au Népal voisin. L’augmentation de la demande dans l’Union européenne et au Royaume-Uni devrait quant à elle profiter aux exportations en provenance d’Afrique, qui devraient croître de 1.3 % par an au cours de la période de projection, tirées par la Côte d’Ivoire, pour s’établir aux alentours de 0.8 Mt en 2035. La hausse de la demande d’importations de la Chine, où la croissance de la production intérieure devrait rester relativement faible, sera vraisemblablement un facteur supplémentaire de croissance de la production en Amérique latine et dans les Caraïbes, et surtout parmi les nouveaux fournisseurs asiatiques, le Viet Nam et le Cambodge, dont les exportations conjointes pourraient s’élever à environ 0.9 Mt d’ici 2035. Dans ce contexte, les exportations mondiales de bananes devraient atteindre quelque 22.8 Mt à l’horizon 2035.
10.3.2. Mangue, mangoustan et goyave
Situation du marché
Les exportations mondiales de mangues, mangoustans et goyaves ont atteint environ 2.7 Mt en 2025, soit une hausse de 7 % par rapport à l’année précédente. Cette évolution s’explique principalement par l’augmentation des exportations thaïlandaises de mangoustans, ainsi que de celles de mangues en provenance du Brésil, d’Égypte et du Pérou. Pour ce qui est des exportations mondiales par produit, les mangues ont représenté environ 85 % des expéditions, contre quelque 15 % pour les mangoustans. La goyave a continué d’afficher une faible disponibilité sur les marchés d’importation, du fait principalement de sa moindre aptitude au transport.
Les importations mondiales de mangues, mangoustans et goyaves frais ont augmenté de 12 % pour atteindre 2.6 Mt en 2025. Les États-Unis et l’Union européenne demeurent les deux premiers importateurs à l’échelle mondiale, avec des parts estimées à environ 23 % et 17 %, respectivement. Sur ces deux marchés, la demande de mangues demeure soutenue, portée par une prise de conscience croissante de ses bienfaits nutritionnels.
Les importations de la Chine, troisième importateur mondial de mangues, mangoustans et goyaves ces dernières années, devraient avoir augmenté de 19 % en 2025, principalement en raison de la hausse de la demande intérieure de mangues fraîches ou séchées.
Principaux éléments des projections
La production mondiale de mangues, mangoustans et goyaves devrait connaître une augmentation annuelle de 2.5 % au cours de la décennie à venir, pour atteindre 89 Mt d’ici 2035, contre 63 Mt au cours de la période de référence. La croissance de la production de mangues sera essentiellement dictée par une hausse de la demande liée à la progression des revenus dans les pays producteurs, ainsi que par la croissance démographique. L’Asie, d’où sont originaires la mangue et le mangoustan, continuera de représenter quelque 70 % de la production mondiale en 2035. Cela s’expliquera principalement par une forte augmentation de la demande intérieure en Inde, le premier producteur et consommateur mondial de mangues, sous l’effet de la hausse des revenus et des modifications des préférences alimentaires qui s’ensuivront. En Inde, la production de mangues, pour une large part destinée aux marchés informels locaux, devrait représenter aux alentours de 39 Mt en 2035, soit 44 % de la production mondiale. Ce pays devrait enregistrer une hausse de la consommation annuelle par habitant de 1 % par an au cours de la période couverte par les présentes Perspectives, pour s’établir à 24.5 kg en 2035, au lieu de 18.9 kg au cours de la période de référence, tandis que la consommation moyenne annuelle par habitant sur le continent asiatique devrait atteindre 14.4 kg en 2035, contre 10.8 kg pendant la période de référence. Au Mexique et en Thaïlande, premiers pays exportateurs, la hausse de la production répondra au contraire à l’augmentation de la demande d’importations à l’échelle mondiale. À l’horizon 2035, la part de la production destinée à être exportée devrait atteindre 19 % au Mexique et 34 % en Thaïlande. Cependant, avec des volumes de production prévus de 3.1 Mt et 1.7 Mt, respectivement, ces deux pays ne représenteront qu’une part relativement faible de la production mondiale en 2035.
Les exportations mondiales de mangues, mangoustans et goyaves devraient se monter à 3.4 Mt en 2035, contre 2.6 Mt au cours de la période de référence, grâce à une augmentation des achats aux États-Unis, en Chine et dans l’Union européenne. Le Mexique, principal fournisseur de mangues, devrait bénéficier de l’essor de la demande d’importations des États-Unis, son principal marché, à condition que les États-Unis n’imposent pas de droits de douane sur les mangues en provenance du Mexique. Dans cette hypothèse, le Mexique détiendrait en 2035 une part de 17 % dans les exportations mondiales. Par ailleurs, les exportations du Brésil et du Pérou, deux nouveaux exportateurs, seront principalement constituées de mangues destinées à l’Union européenne. Ces deux pays devraient représenter respectivement environ 13 % et 10 % des exportations mondiales en 2035. Les exportations de mangues et de mangoustans en provenance de Thaïlande et du Viet Nam répondront principalement à la demande croissante de la Chine en matière d’importations. À eux deux, la Thaïlande et le Viet Nam devraient représenter plus de 30 % des exportations mondiales, avec une part à peu près égale pour chacun. La Chine, où la consommation annuelle de mangues, mangoustans et goyaves s’est établie à 3 kg par habitant au cours de la période de référence, ce qui est relativement faible par rapport aux autres pays asiatiques, devrait voir ses importations croître de 2 % par an pour atteindre 0.8 Mt en 2035. Cette progression sera surtout due à la forte hausse de la demande de mangoustans liée à l’augmentation des revenus, car la production intérieure de ce fruit devrait rester faible en Chine.
10.3.3. Ananas
Situation du marché
Les données préliminaires indiquent que les exportations mondiales d’ananas ont diminué d’environ 5 % en 2025, pour atteindre 3.4 Mt, principalement en raison d’importantes pénuries d’approvisionnement au Costa Rica, premier pays exportateur avec des parts de marché d’environ 60 %. Pour ce qui est des principaux pays destinataires, les expéditions d’ananas du Costa Rica sont restées presque exclusivement destinées aux marchés des États-Unis et de l’Union européenne. Les exportations en provenance des Philippines, deuxième exportateur mondial d’ananas, ont augmenté d’environ 14 % en 2025, atteignant quelque 780 000 tonnes, dont l’essentiel a été expédié vers la Chine.
Les premières données sur les échanges indiquent que les importations mondiales sont relativement stables, de l’ordre de 3.2 Mt en 2025, ce qui ne représente qu’une variation modérée par rapport à 2024. Si la demande aux États-Unis et dans l’Union européenne est restée soutenue, la croissance a été freinée par les pénuries d’approvisionnement auprès du principal fournisseur mondial, le Costa Rica, pénuries qui n’ont pu être que partiellement compensées par une augmentation des achats auprès d’autres fournisseurs. Les importations de la Chine, troisième importateur mondial d’ananas, ont augmenté d’environ 9 % en 2025 pour atteindre 260 000 tonnes, la production nationale ayant été affectée par des conditions météorologiques défavorables qui ont entraîné une baisse des rendements et de la qualité pendant la majeure partie de l’année.
Principaux éléments des projections
Compte tenu d’une expansion de 1 % de la surface récoltée, la production mondiale d’ananas devrait s’accroître de 1.5 % par an au cours de la décennie à venir, pour s’établir à 37 Mt en 2035, contre 30 Mt au cours de la période de référence. L’Asie devrait conserver la première place par le volume de production, concentrant environ 43 % du total mondial, avec une offre importante en Chine, en Inde, aux Philippines et en Thaïlande. En Asie, la production d’ananas continuera à satisfaire principalement la demande intérieure et devrait augmenter fortement sous l’effet de l’évolution démographique et de la croissance des revenus, en particulier en Chine, en Inde et en Indonésie. De même, en Amérique latine et dans les Caraïbes, la production d’ananas – qui devrait se classer au deuxième rang mondial avec 34 % du volume total en 2035 – sera principalement déterminée par l’évolution des besoins d’une population croissante et de plus en plus aisée. Seuls le Costa Rica et les Philippines, deux grands producteurs et exportateurs mondiaux d’ananas, devraient accroître les quantités produites pour répondre à la hausse de la demande d’importations : à l’horizon 2035, les exportations devraient représenter environ 77 % de la production d’ananas frais dans le cas du Costa Rica et 23 % dans celui des Philippines.
Les exportations mondiales d’ananas frais devraient croître de 1.4 % par an pour atteindre 3.8 Mt en 2035, principalement sous l’effet de la demande d’importations des États-Unis et de l’Union européenne. Avec des quantités importées estimées à 1.2 Mt en 2035 – soit 34 % du total mondial – les États-Unis resteront le plus gros importateur. L’Union européenne détiendra quant à elle une part d’environ 26 % dans les importations mondiales. Sur ces deux marchés clés, la demande d’ananas frais devrait bénéficier de prix unitaires toujours peu élevés et, dans une certaine mesure, de l’introduction de nouvelles variétés de plus grande qualité. La hausse de la demande d’importations de la Chine, où la consommation a progressé plus rapidement que la production ces dernières années, devrait également favoriser l’essor des exportations mondiales. À l’horizon 2035, les importations chinoises d’ananas, en hausse au rythme annuel de 5.9 %, devraient avoisiner 0.3 Mt par an, et provenir en majeure partie des Philippines.
10.3.4. Avocat
Situation du marché
D’après les estimations, les exportations mondiales d’avocats ont augmenté de 13 % en 2025 pour atteindre environ 3.3 Mt, en contraste avec l’expansion modérée de 2 % observée en 2024. Alors que les exportations du Mexique ont été freinées par une forte demande intérieure, les expéditions d’avocats en provenance du Pérou ont considérablement augmenté grâce à l’expansion de la production et à la hausse de la demande d’importations. Ces deux exportateurs fournissent plus de 60 % du volume total des échanges sur les marchés mondiaux, leurs expéditions étant principalement destinées aux États-Unis et à l’Union européenne. On a également constaté une hausse des exportations de plusieurs nouveaux fournisseurs sur les marchés mondiaux, notamment le Chili, la République dominicaine et le Maroc. Dans le même temps, les exportations du Kenya et de l’Afrique du Sud ont diminué en raison des goulets d’étranglement logistiques liés à la crise en mer Rouge.
Les données et informations préliminaires indiquent que les importations mondiales d’avocats ont augmenté d’environ 12 % en 2025, atteignant approximativement 3.1 Mt. L’abondance des approvisionnements sur les marchés mondiaux a permis de répondre à la demande croissante sur les principaux marchés d’importation que sont l’Union européenne et les États-Unis, marchés où les consommateurs, de plus en plus soucieux de leur santé, continuent de plébisciter massivement l’avocat, qui est communément perçu comme étant un fruit de bonne qualité nutritive.
Principaux éléments des projections
Parmi les principaux fruits tropicaux, l’avocat affiche le niveau de production le plus faible, mais il a connu la croissance la plus rapide de ces dernières décennies, et cette tendance devrait se poursuivre tout au long de la période couverte par les Perspectives. La forte demande mondiale, des rendements importants par hectare et le niveau élevé des prix unitaires à l’exportation restent les principaux moteurs de cette hausse, qui favorise des investissements dans l’extension des surfaces cultivées dans de nouvelles zones de production comme dans celles déjà solidement établies. D’ici 2035, la production devrait par conséquent croître au rythme de 2.6 % par an, soit un volume annuel de 16 Mt, près de trois fois plus élevé qu’en 2015. Bien que de nouvelles zones de culture aient rapidement émergé ces dernières années, la production d’avocats continuera vraisemblablement de se concentrer dans un petit nombre de régions et de pays. Les quatre premiers pays producteurs – le Mexique, la Colombie, le Pérou et la République dominicaine – devraient sensiblement développer leur production au cours de la décennie à venir pour atteindre conjointement une part d’environ 53 % de la production mondiale en 2035. En Colombie, au Mexique et au Pérou, la production devrait croître de 25 % à 50 % par rapport aux niveaux de la période de référence. Par conséquent, l’Amérique latine et les Caraïbes, en particulier, devraient continuer de concentrer environ 65 % de cette production.
L’avocat est en voie de devenir le principal fruit tropical échangé en termes de volume et dépasser ainsi l’ananas vers la fin de la période de projection, pour atteindre un volume d’exportations de 4.3 Mt à l’horizon 2035. La valeur totale des exportations mondiales devrait par conséquent s’élever à 11 milliards USD aux prix constants de 2023-25, faisant ainsi de l’avocat l’un des fruits les plus lucratifs. Malgré une concurrence de plus en plus forte de la part de nouveaux exportateurs, tels que la Colombie et le Kenya, le Mexique devrait demeurer le premier exportateur mondial, avec une part de 38 % en 2035. Le pays tirera en effet parti d’une croissance annuelle de la production de 1.9 % au cours de la décennie à venir ainsi que de la hausse continue de la demande aux États-Unis, à supposer que les avocats puissent échapper aux droits d’importation que ce pays pourrait imposer. Le Pérou, deuxième pays exportateur d’avocats, devrait quant à lui être à l’origine de 25 % des expéditions mondiales, ces dernières étant principalement destinées à répondre à la croissance de la demande observée dans l’Union européenne.
Portés par l’intérêt des consommateurs pour les bienfaits supposés des avocats, les États-Unis et l’Union européenne devraient rester les principaux importateurs, avec respectivement 41 % et 28 % des quelque 4 millions de tonnes d’importations mondiales à l’horizon 2035. Cependant, les importations devraient également progresser au Royaume-Uni, au Canada, en Chine et dans certains pays du Moyen-Orient en raison de l’augmentation des revenus et de l’évolution des préférences des consommateurs sur ces marchés. La consommation d’avocats par habitant devrait de même augmenter dans de nombreux pays producteurs sous l’effet de la croissance des revenus, notamment en Colombie, en Indonésie, et au Mexique.
10.3.5. Papaye
Situation du marché
Les données commerciales préliminaires indiquent une expansion des exportations mondiales de papayes de 14 % en 2025, pour atteindre près de 420 000 tonnes. Les exportations du Mexique, premier exportateur mondial de papayes, devraient avoir augmenté d’environ 12 % au cours de l’année, pour atteindre 230 000 tonnes. La quasi-totalité des exportations mexicaines de papayes est destinée aux États-Unis qui, ayant réalisé plus de la moitié des importations mondiales de papayes en 2025, se positionnent en tant que principal importateur mondial, comme l’indiquent les données d’exportation par destination. L’essentiel de la production mexicaine de papayes demeure cependant destiné à la consommation intérieure.
Les données préliminaires indiquent que les importations mondiales ont augmenté de 17 % en 2024, à 410 000 tonnes. Les États-Unis sont restés le premier importateur mondial, avec une part estimée à 56 % en 2025. La demande de papayes aux États-Unis s’est maintenue à un niveau soutenu en 2025, le fruit étant considéré comme une source riche en en bêta-carotène et en vitamine C.
L’Union européenne demeure le deuxième importateur mondial de papayes, mais avec une part estimée à seulement 10 % en 2025. La papaye reste, de manière générale, un produit méconnu dans l’Union européenne, du fait principalement qu’elle supporte mal le transport. Une croissance significative sur ce marché semble donc difficilement atteignable. Aussi les données préliminaires indiquent-elles que les importations de l’Union européenne se sont maintenues à un niveau relativement bas en 2025, avec environ 40 000 tonnes.
Principaux éléments des projections
La production mondiale de papayes devrait progresser de 2.1 % par an pour atteindre 18 Mt en 2035, contre 15 Mt au cours de la période de référence. La part de papayes exportées étant particulièrement faible, autour de 3 % au cours de la période de référence, la production est essentiellement dictée par la demande intérieure, qui dépend de la croissance démographique et des revenus. L’Asie, première région productrice au monde, devrait bénéficier de la plus forte croissance, sa part dans la production mondiale atteignant d’après les projections 57 % en 2035, contre 55 % au cours de la période de référence. L’Inde, premier pays producteur au monde, devrait voir sa production augmenter de 2.5 % par an, pour atteindre une part de 36 % de la production mondiale d’ici 2035. La croissance de la population et l’augmentation des revenus seront les principaux facteurs de cette hausse, avec une consommation intérieure de papayes estimée à 4 kg par habitant en 2035, en légère progression par rapport aux 3.6 kg atteints au cours de la période de référence. En Indonésie, la production devrait croître de 1.9 % par an au cours de la période de projection, dans le sillage de l’accroissement de la demande intérieure, conséquence de la hausse attendue des revenus par habitant à un rythme supérieur à 3.3 % par an.
Les exportations mondiales seront principalement déterminées par l’augmentation de la production au Mexique et par celle de la demande des principaux importateurs. Moyennant un taux de croissance annuel de 1.9 %, les exportations mondiales de papayes devraient atteindre un niveau tout juste supérieur à 0.5 Mt à l’horizon 2035. Le développement des échanges internationaux de papayes se heurte toutefois à un obstacle majeur : la grande périssabilité du produit et sa fragilité dans les transports, qui rendent difficiles les expéditions vers des destinations lointaines. Les innovations dans la chaîne du froid, l’emballage et le transport pourraient toutefois faciliter sa distribution à plus grande échelle, d’autant que la demande de fruits tropicaux est en hausse sur les marchés d’importation.
10.3.6. Incertitudes
Les perspectives de la production, des échanges et de la consommation de bananes et des principaux fruits tropicaux tombent sous le coup de plusieurs incertitudes potentiellement graves. Un coût de la vie élevé et les fluctuations des taux de change risquent de freiner la demande sur les marchés intérieurs comme sur ceux d’importation, surtout pour les consommateurs des couches les moins aisées de la population. Étant donné les valeurs unitaires généralement élevées des fruits tropicaux et leur forte élasticité-prix à la demande, les variations des revenus des consommateurs ou des prix peuvent rapidement affecter la demande. Les incertitudes géopolitiques susceptibles de bouleverser les relations commerciales existantes et d’avoir des effets de grande ampleur sur les marchés intérieurs et mondiaux constituent en outre une source de préoccupation. À cet égard, des conflits armés qui perturberaient les routes commerciales, les marchés de l’énergie et l’approvisionnement en engrais pourraient nuire à la production de bananes et de fruits tropicaux, tant quantitativement que qualitativement. Les répercussions négatives de ces événements pourraient exercer une pression supplémentaire sur les coûts de production, mettre en péril les approvisionnements mondiaux et entraîner une hausse des prix tout au long de la chaîne de valeur. Les droits de douane mis en place par les principaux pays importateurs constituent une autre source d’incertitude majeure. En fonction des taux appliqués ainsi que du poids de ces pays sur les marchés mondiaux, les répercussions de ces droits de douane sur les partenaires commerciaux et les marchés mondiaux pourraient être considérables.
D’autre part, le réchauffement climatique accroît la fréquence des sécheresses, inondations, ouragans et autres catastrophes naturelles qui rendent la production de plus en plus difficile et coûteuse. Compte tenu de la périssabilité des fruits tropicaux aux stades de la production, de la commercialisation et de la distribution, les défis environnementaux et le manque d’infrastructures continuent de menacer la production et les approvisionnements internationaux. Le problème est d’autant plus aigu que l’immense majorité des fruits tropicaux sont produits dans un cadre informel et dans des zones reculées, que leur culture dépend beaucoup des précipitations, est sujette aux effets néfastes de phénomènes météorologiques de plus en plus imprévisibles et est éloignée des grands axes de transport.
Dans un contexte de hausse des températures, on observe une propagation plus rapide et plus intense des ravageurs et des maladies, la fusariose par exemple. Une évaluation de l’impact économique potentiel de la TR4 sur les marchés mondiaux a montré que la propagation de la maladie entraînerait notamment une perte considérable de revenus et d’emplois dans le secteur bananier des pays concernés, ainsi qu’une hausse importante des prix à la consommation dans les pays importateurs.2
Notes
Copier le lien de Notes← 1. Les différents types de légumineuses sont les suivants : haricots secs, fèves sèches, pois secs, pois chiches, niébés, pois d’Angola, lentilles, pois bambara, vesces, lupins et légumineuses secondaires (non comprises ailleurs).
← 2. Une simulation alternative a été réalisée en 2019 afin d’évaluer l’impact économique potentiel du TR4 sur la production et le commerce mondiaux de la banane. Les résultats de ce scénario ont été publiés dans le numéro de novembre 2019 de Food Outlook, la publication semestrielle de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). (https://openknowledge.fao.org/server/api/core/bitstreams/5b53665b-3767-4681-9cad-ebf60d5d1dbe/content).