Le commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest : Nouvelles données, nouvelles perspectives s’appuie sur un jeu de données inédit pour mesurer et comprendre les échanges alimentaires dans la région. En combinant statistiques officielles et données sur le commerce non enregistré de plus de 130 produits, le rapport estime qu’environ 10 milliards USD de denrées sont échangés chaque année, soit six fois plus que les chiffres officiels. Ces données contestent l’idée selon laquelle le commerce alimentaire régional serait marginal ou uniquement informel. Elles révèlent au contraire un système dynamique, étendu sur de longues distances, essentiel pour la sécurité alimentaire, la transformation agricole et l’intégration régionale. Alors que l’urbanisation et la hausse des revenus stimulent et diversifient la demande, le rapport fournit aux décideurs, partenaires au développement et acteurs privés une base unique pour mieux exploiter le potentiel du commerce régional. Il appelle à un changement de paradigme : régionaliser les agendas de souveraineté alimentaire, aller au-delà de la simple facilitation des échanges vers une véritable promotion du commerce, et investir dans des systèmes de données plus robustes et harmonisés.
Le commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest
Description
Synthèse
Révéler les marchés invisibles : analyse approfondie du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest
Copier le lien de Révéler les marchés invisibles : analyse approfondie du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’OuestLe commerce alimentaire intrarégional est l’un des moteurs les plus importants, et pourtant parmi les moins compris, de l’économie et de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest. Longtemps considéré comme marginal et de subsistance, de nouvelles données révèlent un système dynamique, pesant plusieurs milliards de dollars, caractérisé par des flux transfrontaliers alimentaires diversifiés et à forte valeur ajoutée, pour la plupart non enregistrés.
Ce rapport propose l’analyse la plus complète à ce jour du commerce régional alimentaire en Afrique de l’Ouest. Alors que l’urbanisation s’accélère et que la demande régionale augmente, il est essentiel de mieux reconnaître et soutenir ce commerce afin de renforcer l’économie agroalimentaire, réduire la dépendance extérieure et améliorer la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
Un nouveau regard sur le commerce alimentaire en Afrique de l’Ouest
S’appuyant sur un ensemble de données pionnier couvrant à la fois les flux enregistrés et non enregistrés de 134 produits alimentaires, ce rapport offre une perspective inédite sur les dynamiques commerciales régionales. En combinant les statistiques officielles avec des données régionales sur le commerce non enregistré, il comble d’importantes lacunes dans la compréhension des échanges alimentaires au sein de la région.
Bien que toujours partielles, ces nouvelles données représentent une avancée majeure. Elles offrent un socle plus solide pour élaborer des politiques permettant d’exploiter pleinement le potentiel du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest.
Le commerce alimentaire intrarégional est six fois plus élevé que les statistiques officielles
La valeur du commerce alimentaire intrarégional est estimée à 10 milliards de dollars par an, soit six fois plus que ce qui est officiellement déclaré. Cette valeur équivaut au montant total des importations de riz, de blé et d’huile de palme en provenance de l’extérieur de la région, et représente également six fois le montant total de l’aide alimentaire et agricole reçue par l’Afrique de l’Ouest.
Jusqu’à 85 % du commerce alimentaire intrarégional n’est pas enregistré. Ces flux « invisibles » ne concernent pas simplement des volumes supplémentaires des mêmes produits : ils reflètent un panier alimentaire totalement différent. Alors que les données officielles couvrent principalement les produits transformés et à longue conservation, la majorité des échanges portant sur les denrées de base et les aliments riches en nutriments échappent aux statistiques. Par exemple, les céréales (84 %), les tubercules (95 %), les légumes (72 %), les fruits (62 %) et les protéines animales (52 %) sont absents des statistiques officielles.
Près des deux tiers des exportations alimentaires de l’Afrique de l’Ouest sont destinés à la région
En excluant le cacao et la noix de cajou, près de 60 % des exportations alimentaires de l’Afrique de l’Ouest sont destinées au marché régional. Cette part est comparable à celle des grands blocs commerciaux régionaux tels que l’Union européenne. Pour un tiers des pays ouest-africains, le principal marché d’exportation de produits alimentaires se situe au sein même de la région.
Le commerce alimentaire intrarégional est également géographiquement très étendu. Les pays de la région échangent des produits alimentaires avec une médiane de 12 partenaires régionaux sur 14 possibles. Des exportateurs alimentaires majeurs, tels que le Sénégal, le Ghana et la Côte d’Ivoire, réalisent respectivement 58 %, 48 % et 39 % de leur commerce régional avec des pays non limitrophes.
Commerce intrarégional : le pilier caché de la sécurité alimentaire et nutritionnelle
Copier le lien de Commerce intrarégional : le pilier caché de la sécurité alimentaire et nutritionnelleLe commerce alimentaire intrarégional est une pierre angulaire de la sécurité alimentaire et nutritionnelle en Afrique de l’Ouest. Ce rapport estime qu’environ 68 000 milliards de kilocalories sont échangées chaque année au sein de la région. De quoi couvrir les besoins énergétiques annuels d’environ 80 millions de personnes, soit près d’un quart de la population ouest-africaine.
Le commerce intrarégional est essentiel pour garantir la disponibilité, l’accessibilité et la diversité alimentaires
Il contribue à assurer la disponibilité et l’accessibilité économique des denrées tout au long de l’année. Dans les centres urbains, il représente une source majeure de calories et de diversité alimentaire : à Bamako et à Ouagadougou, par exemple, il couvre entre 23 % et 30 % de l’approvisionnement alimentaire total. Pour certains produits comme la banane plantain ou l’avocat, cette proportion peut atteindre près de 100 %. Dans une région dominée par l’agriculture pluviale et caractérisée par des infrastructures de stockage limitées, la disponibilité alimentaire est soumise à de fortes variations saisonnières. Le commerce intrarégional permet d’atténuer ces fluctuations en compensant les déficits de production et en facilitant l’accès à une plus grande variété d’aliments.
En période de chocs de production, son rôle devient encore plus crucial : il contribue à réduire la rareté et à stabiliser les prix. Or, la volatilité des prix a des conséquences directes sur la nutrition. Lorsque les prix augmentent fortement, les ménages réduisent souvent la qualité et la quantité des aliments consommés. En contribuant à maîtriser les prix, le commerce intrarégional réduit le risque de malnutrition et d’effets sanitaires durables, notamment chez les enfants.
Stimuler la transformation agricole
Copier le lien de Stimuler la transformation agricoleLes évolutions structurelles de la demande alimentaire renforcent le commerce alimentaire intrarégional
Le commerce alimentaire intrarégional transforme le développement agricole en Afrique de l’Ouest. Portée par la croissance démographique, l’urbanisation et la hausse des revenus, la demande alimentaire régionale devrait atteindre 480 milliards de dollars d’ici 2030, dépassant largement la valeur des exportations alimentaires ouest-africaines vers les marchés mondiaux.
La demande se concentre de plus en plus dans les grandes villes, tandis que l’agriculture commerciale se développe en réponse à ces nouveaux débouchés. Le commerce alimentaire intrarégional joue un rôle déterminant dans cette transformation, en reliant l’offre et la demande à l’échelle régionale et en multipliant les opportunités de marché. L’ampleur et la prévisibilité croissantes de la demande grâce au commerce intrarégional favorisent de nouveaux investissements, renforcent la compétitivité et contribuent à réduire les prix au niveau régional.
Le commerce intrarégional entraîne l’essor d’une économie alimentaire marchande
Le commerce intrarégional stimule la croissance d’une économie alimentaire marchande dans la région. La demande urbaine croissante pour des produits pratiques et à forte valeur ajoutée attire des investissements vers une agriculture et un secteur de transformation orientés vers le marché. Au Ghana, les exploitations de taille moyenne sont passées de 20 % à 43 % des terres cultivées en cinq ans, principalement grâce à la production horticole et oléagineuse. À l’échelle régionale, les superficies consacrées aux cultures maraîchères ont augmenté de 70 % entre 2010 et 2022.
Ces dynamiques favorisent le développement de pôles agricoles, l’expansion des petites et moyennes entreprises, et la création d’emplois, tant sur les exploitations qu’en dehors. Notamment, les segments non agricoles représentent désormais plus de 30 % de l’emploi total dans les systèmes alimentaires, les femmes occupant 72 % des emplois dans la commercialisation et 83 % dans la transformation.
Rééquilibrer les politiques agroalimentaires en faveur des marchés régionaux
Les politiques agricoles et alimentaires en Afrique de l’Ouest restent largement marquées par des modèles commerciaux centrés sur l’exportation de cultures de rente et l’importation de denrées alimentaires. Pourtant, le marché alimentaire intérieur se développe rapidement. D’ici 2050, la région comptera 235 millions de consommateurs urbains supplémentaires. Les politiques agricoles, aux niveaux national et régional, doivent s’adapter à cette transformation et tirer pleinement parti du potentiel du commerce intrarégional pour renforcer les systèmes alimentaires, de la production à la distribution.
Renforcer les fondements politiques du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest
Copier le lien de Renforcer les fondements politiques du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’OuestChanger le récit
Changer les perceptions erronées sur le commerce alimentaire intrarégional constitue une première étape essentielle vers des politiques agricoles et commerciales plus efficaces en Afrique de l’Ouest. Bien qu’il représente 10 milliards de dollars, avec des centaines de produits à forte valeur ajoutée circulant chaque semaine, ce secteur reste trop souvent considéré comme marginal ou strictement informel. Régionaliser l’agenda de souveraineté alimentaire par le commerce
Le commerce intrarégional est au cœur de la souveraineté alimentaire de l’Afrique de l’Ouest. Il connecte les producteurs à des marchés stables, stimule la production et renforce la résilience face aux chocs extérieurs. Loin de menacer les systèmes alimentaires nationaux, il soutient l’investissement, la productivité et l’accès à une alimentation diversifiée et abordable. Pourtant, de nombreuses politiques continuent de privilégier des modèles restrictifs d’autosuffisance, tels que les interdictions d’exportation, qui perturbent les échanges et entraînent une hausse des prix. La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) pourrait impulser une vision régionale commune en coordonnant les politiques, en harmonisant les réglementations et en faisant respecter les engagements commerciaux.
Passer de la facilitation à la promotion du commerce
Les barrières non tarifaires ne constituent qu’une partie du problème. Les commerçants sont également confrontés à des règles floues, à un manque d’information et à des services publics peu fiables, autant d’obstacles qui augmentent les coûts et alimentent l’informalité. Pour bâtir un environnement commercial plus efficace en Afrique de l’Ouest, il est nécessaire d’adopter des règles plus transparentes et cohérentes, et de mettre en place une administration commerciale axée sur le service, afin de rétablir la confiance. De meilleurs dispositifs de soutien public, ainsi que des infrastructures de transport et des services logistiques renforcés, permettront de réduire les coûts, d’attirer les investissements et de consolider les chaînes de valeur régionales, favorisant ainsi l’essor d’une économie alimentaire régionale plus dynamique.
Investir dans de meilleures données sur le commerce régional
De meilleures données sont essentielles pour renforcer les politiques alimentaires et commerciales régionales. La majeure partie du commerce alimentaire intrarégional en Afrique de l’Ouest n’est pas enregistrée. Elle est absente non seulement des statistiques officielles, mais également des débats politiques. Les efforts nationaux en matière de collecte de données existent, mais restent fragmentés et insuffisamment financés. La CEDEAO est idéalement placée pour coordonner l’harmonisation de ces initiatives et promouvoir un cadre régional unifié, capable de mieux saisir les flux non enregistrés. Des systèmes de données plus robustes permettraient aux gouvernements de concevoir des politiques plus ciblées et plus efficaces pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle, le commerce et le développement économique régional.
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